Cf. Gregok y, op. cit. p
présomption générale les citations que nous avons faites dans notre précédent volume, citations qui, presque toutes, s'écartent plus ou moins du texte original. Nous avons admis qu'assez souvent on citait de mémoire, ou que l'on ne s'astreignait pas à la littéralité ; mais ne peut-on pas supposer que cette liberté dans les citations a joué aussi un rôle dans la transcription des manuscrits, ou môme que ces passages non littéraux étaient déjà tels dans les manuscrits? On s'expliquerait difficilement d'une autre façon les variantes que l'on relève, par exemple, dans les longues citations de saint Irérjée; il n'a pas dû les faire de mémoire, mais copier un manuscrit, lequel contenait ces leçons.
On ne se faisait, en ce temps-là, aucun scrupule de falsifier les écrits. Saint Denys de Corinthe écrivant à Soter, évêquedeRome, se plaint que l'on ait altéré ses lettres. « Des frères ayant jugé bon que j'écrive des lettres, j'ai écrit. Mais les apôtres du diable y ont mêlé de l'ivraie, ayant tantôt retranché, tantôt ajouté. Que le malheur repose sur eux! Il n'est pas étonnant qu'ils se soient mis à altérer quelques-uns des écrits du Seigneur, où 6au|A<xo-TOv àpa et xat twv xupiaxîov paStoupy^ffai tiveç £7itê£'ëXY)VTat yp«<ï>wv> puisqu'ils se sont attaqués à d'antres, qui n'avaient pas leur importance. » Il est probable que saint Denys fait allusion aux a lu rations que les hérétiques du n° siècle ont fait subir aux saintes Ecritures.
Voici sur ce point le témoignage formel de Caius, commencement du in0 siècle : Ces hérétiques ont audaciensement corrompu les divines Écritures, sous prétexte de les corriger. Pour se convaincre que ceci pas une fausse accusation, on n'a qu'à jeter les wu\ sur leurs exemplaires; ceux d'Asdépiade Bont totalement différents de a >ux do Théodote. Leurs dis-
ciples ont multiplié ces copies corrigées qui sont, en réalité, des copies corrompues. Les copies d'Hémophile sont différentes de celles-ci, et celles d'Apollonides divergent les unes d'avec les autres ', »
Nous rappellerons pour mémoire les altérations qu'ont fait subir au texte sacré les gnostiques Basilides et Valentin, les Artemonites, les Marcosiens et les audacieuses mutilations de Marcion. Il altérait même les textes qu'il conservait. Tertullien lui reproche d'avoir ajouté ioi'ouç xoùç irpo^Taç, dans I Thess. II, 15. On peut, il est vrai, se demander quelle est la bonne leçon. La leçon toùç tSîouç Trpopfraç a pour elle Db Ce En K L, tous les manuscrits minuscules sauf huit, les deux versions syriaques, Chrysostome, Théodoret, Jean Damascène, tandis que la leçon toÙç irpo^taç est donnée par m A B D E F Q, huit minuscules, Origène, la Vulgate, les versions égyptiennes, etc.
Saint Irénée nous apprend que, de son temps, il existait des copies fautives des saintes Écritures, lorsqu'il parle des copies, antiquiset probatissimis et veteribus scripturis; c'est donc qu'il y en avait d'autres. C'est ce qu'il affirme après avoir discuté la question de savoir si dans l'Apocalypse il faut lire xU\ 666, ou/iç', 616 : Hoc autem arbitror scriptorum peccatum fuisse ut solet fieri. Et saint Irénée savait si bien que les copistes prenaient de grandes libertés avec le texte qu'il leur adresse la prière suivante 3 : « Je te conjure, toi qui transcriras ce livre, au nom de Notre- Seigneur Jésus-Christ et de sa glorieuse parousie, dans laquelle il viendra juger les vivants et les morU collationne ce que tu auras copié et corrige-le a
Mi^JSStiff- CG PaSS3ge SG retr0UVe — bstance dans 2. Ecsèbe, Hist. eccl. V, 20, S.
soin sur cet exemplaire d'où tu Tas copié. » Il a cité d'ailleurs un texte des évangiles interpolé par ceux qui veulent être plus habiles que les apôtres, peritiores apostolis '.
Clément d'Alexandrie parle aussi de ceux qui défigurent les textes : Maxapiot, cpïjaiv, oî âeSuoYixévoi £vexsv otxatoffuvr,?, oti otùtot uîot 0eou xXïjOirçffOVTar ^, wç tiveç tcov (jLSTaxiô^vxwv xà EÙotYTÉXta, Maxâpioi, cpraiv, oî o*EÔ>uoYfx.£voi u7ro tyjç Sixatoduvr,?, ôxt auxol EffovTai teXeioi' xai jjiaxàptoioî SeSicoy^Évoi evsxa i(xoîi, o-ct Içouai T07tov otcou où 8tto^ÔTlo'ovTai2. On remarquera que Clément ne cite pas plus exactement que ceux qu'il accuse de changer les évangiles, puisqu'il transpose la finale du f 9 au f 10. Il y aurait d'ailleurs à relever dans ses écrits de nombreuses transformations des Écritures. Une des plus singulières est celleci : IIeujtsov oùv tcoXXw piaXXov xîj YPacP7i Xeyouff»)" 05xirov xâfi7)Xov Stà Tpu7t^(xaToç PeXov7jç SieXEuaeaôat, r, irXouffiov cpiXoffocpgTv 3.
Les Pères de l'Eglise ont aussi accusé les Ariens d'avoir corrompu les textes du Nouveau Testament. Saint Ambroise*, écrivant sur le passage de/n, III, 0, dit aux Ariens : « Quem locum ita expresse, Ariani. testificamini esse de Spiritu, ut eum de vestris codieibus auferatis. Atque utinam de vestris et non etiam de Ecclesiae codicibus tolleretis. »
Ambrosiaster0 croit môme que certains manuscrits grecs sont fautifs par suite des corrections que les copistes y ont introduites de leur propre autorité : Quae sophistae Graecorum... adultérant scripturam.