Gesch. des nt.Kanons, II" B., p. 455 ss
2. sur le texte du Nouveau Testament de Marcion cl. : Le Nouveau lestamenl dans l'Eglise chrétienne, II, p. 152-1G2.
Von Soden soutient que Marcion ne possédait pas dans son Apostolicon les ch. XV, XVI de l'épître aux Romains, et qu'il avait dans son exemplaire la doxologie, XVI, 24-26, après XIV, 23. Il avait forgé, luimême ou ses disciples, cette doxologie qui passa plus tard dans les copies orthodoxes de l'épître aux Romains.
Saint Irénée, dont le Traité contre les Hérésies a dû être écrit dans le dernier quart du n« siècle, est un témoin du texte occidental. Nous en trouvons quelques traces dans les passages qui nous sont restés de l'œuvre originale, c'est-à-dire en grec, mais surtout dans la traduction latine, qui doit reproduire fidèlement le texte grec du Nouveau Testament, que citait saint Irénée. Il serait étonnant que le traducteur eût, de parti pris, conformé au texte occidental, en usage de son temps, tous les passages néotestamentaires, s'ils avaient été cités dans une autre forme. On remarquera que le texte latin des citations néotestamentaires est plus souvent en accord avec la vieille latine africaine qu'avec l'européenne. Faut-il en conclure que la version africaine était prépondérante même en Gaule, au ni* siècle, ou plutôt que le traité de saint Irénée a été traduit en Afrique et que le traducteur a conformé son texte néotestamentaire à celui qui était courant en Afrique ?
Au livre IV, 31, 2, de VAdversus Haereses, saint Irénée cite les malédictions du Seigneur contre les scribes et les pharisiens, Mt, XXIII, 26-27, à peu près di' la même façon que le codex de Bèze et Clément ^'Alexandrie : Vae vobis, Scribae et Pharisaei bypooritae, quoniam similes estis monumentis dealbatis.il loris enim sepulchrum apparet formositm ; intus nutem plénum est ossibus mortuorum et universa maliiia. — Mi, XXV, 41, saint Irénée cite ainsi lu parole du
Seigneur aux maudits : Abite, maledicti, in ignem aeternum, quem praeparavit pater meus diabolo et angelis ejus. Dans le IIIe livre, ch. 12, saint Irénée cite de longs passages des Actes, II-XV, où l'on relève de nombreuses variantes, apparentées avec celles du codex de Bèze. Il serait trop long de les citer ; on les trouvera relevées dans l'édition de Harvey, t. Il, p. 52-72. Comme le codex de Bèze, il ajoute, Art., XV 29 : Ambulantes in Sphitu Sancto.
Si l'on examine les rares passages du Nouveau Testament que nous trouvons dans les morceaux qui nous ont été conservés du texte grec de saint Irénée, on constate que ces leçons sont en accord as souvent avec les manuscrits de type syrien, dans Mt, XI, 25; XIX, 16; Act., VIII, 37; quelquefois s ceux de type neutre, dans Me, I, 1, Alt, IX, 48, ou de type occidental, dans Aie, II, 49; Art., XI, 36. Ces divergences d'origine peuvent provenir de ceux qui nous ont transmis ces passages, Epiphane, Théodoret, lesCatenae; ils ont peut-être conformé le texte de saint Irénée à celui qu'ils suivaient eux-mêmes.
Dans la citation de Aie, I, 1, on remarquera que le texte latin de saint Irénée n'est pas toujours en accord avec le texte grec, puisque dans celui-ci nous lisons : 'Apy-^i toù sùnyyeKou 'It]<joû Xpiff-rou et dans celuilà : Initium evangelii, et qu'en outre, en deux passages, le premier écrit : Initium evangelii Jesu Christi filii Dei et, de plus, que les textes néotestamentaires ne sont pas toujours cités de la même façon, puisqu'en un endroit il y a seulement : Initium evangelii.
Tertullien est aussi un représentant du texte occidental. Mais il est difficile de dire quand il traduisait lui-même ses textes, ou quand il utilisait une version latine déjà existante. 11 a cité, comme les textes occidentaux, Mt, XXV, 41, dans Hermog. XI; cependant,
dans son De Resur. carnis, XIV, il donne la bonne leçon. Il a l'addition du codex de Bèze, dans Act. XV, 29, sous cette forme : Vectante vos Spiritu Sancto.
Avec saint Cyprien nous abordons un terrain plus sûr. Nous possédons dans ses œuvres un si grand nombre de citations qu'on peut à leur aide reconstruire les évangiles. Or, ce texte est bien le texte occidental. Si nous le comparons avec celui de la Vulgate, nous y relevons de très nombreuses différences avec celle-ci : substantifs, adjectifs, verbe employé pour un autre : interitus pour perditio, claritas pour gloria, purus pour mundus, ea pour illa, adsumere pouraccipere, segregare pour separare, etc.; des différences de cas pour les noms, de temps ou de modes pour les verbes, des constructions changées, des mots ajoutés ou retranchés.
Voici quelques changements plus importants :
Cyprien. Vulgate.
Mt, III, 11 : Qui venit Qui autem post me venautem fortior me est (Cod. turus est.
Mt, V, 13 : Vos estis sal Vosestissalterrae. Quod terrae, quod si autem sal si sal evanuerit1 in quo sainfatuatum fuerit1, in quo lietur? Ad nihilum valet condietur? Ex eo ad nihi- ultra, nisi ut mittatur folum valebit, nisi ut proi- ras.
ciatur foras.
Mt, XVIII, 19, 20 : Dico Dico vobis quia si duo ex vobis quoniam si duobus vobis consenserint super ex vobis convenerit in terra, terram, de omni re quamde omni ro quamcumque cumque petierint, fiet illis
I, r.riir variante provra qu'on Irtdaotem avait dans son texte
HwpavOfl cl l'autre (iapavOi).
petieritis, continget vobis a pâtre meo, qui in caelis a pâtre meo, qui in caelis est. Ubi enim suntduo, vel est : ubicumque enim fue- très congregati in nomine rint duo aut très collecti meo, ibi sum in medio eoin nomine meo, ego cum mm.
eis sum.
Il serait possible de multiplier indéfiniment ces comparaisons de texte, afin de prouver que saint Cyprien a eu sous les yeux un texte différent de celui qui a servi à établir la Vulgate, laquelle représente cependant, à un certain degré, le texte occidental. Nous présumons bien qu'un certain nombre des variantes que nous trouvons dans les citations, proviennent du fait qu'il citait de mémoire, ainsi que l'a prouvé Hans von Soden en citant le texte suivant : Nam cum denotarentur discipuli ejus, quod ederent nec prius manus abluissent, respondit et dixit : Qui fecit quod est intus l'ecit et quodforis est; verum date eleemosynam et ecce vobis munda omnia, lequel est un mélange de Me, VII, 1 et Le, XI, 40; cependant, si nous comparons les citations de saint Cyprien avec les manuscrits latins africains, k e, nous constatons, avec quelques différences, des ressemblances telles que nous devons conclure qu'il avait sous les yeux des manuscrits de cette recension occidentale. Le fait a été prouvé avec la dernière évidence par la comparaison qu'a établie Sanday * entre les citations faites par saint Cyprien de l'évangile de saint Matthieu et le texte de cet évangile dans le codex k. Saint Cyprien est en accord avec le codex k, et même représente quel-
i. Old-latin Biblical Texts, n° II. Portions ofthe Gospels according to St Mark and St Matthew from the Bobbio MS (k) p. xlii-lxyiii, Oxford, 1886.
quefois un texte africain plus ancien. Hort » avait déjà affirmé que les citations de saint Cyprien étaient des témoins importants et véridiques de la vieille version latine d'Afrique.
D'après les études récentes de Hans von Soden, il résulte aussi que les citations du Nouveau Testament qu'a faites saint Cyprien, sont en rapport étroit avec les manuscrits k et e. Voici quelques comparaisons du texte de saint Cyprien avec celui du manuscrit k et celui de la Vulgate.
Cyprien-Codex k Vulgate.
Mt, V, 13 : Si autem sal Quod si sal evanuerit. infatuatum fuerit.
— VI, 20. Neque tinea, Neque aerugo, neque ti-
neque comesturaex- nea demolitur.
terminât.
— VI, 34. Crastinus enim Crastinus enimdies soli-
ipse cogitabit sibi. citus erit sibi ipsi.
Ce qui établit le mieux les rapports entre Cyprien el Jr, c'est le grand nombre de termes qu'ils ont en commun contre la Vulgate : Esuricntes et sitientes au lieu de esuriunt et sitiunt; — hereditabunt au lieu de possidebunt; — proici au lieu de mittatur foras; — lumen vestrum au lieu de lux vestra; — inimicum au lieu de inimicum tuum; — eis qui vos persecuntur au lieu de persequentibus vos ; — claricificentur au lieu de honorificentur; — bucinare au lieu de tuba cancre, etc.
On ii< devra pas en conclure que saint Cyprien
avait sous les yeux un manuscrit contenant un texte
d<' ions points semblable à celui de Jr, mais seulemenl
do texte analogue, car il présente de nombreuses
oc le codex fr, de sorte que, tout exa-
i. Thr Mm TuUmtnt tn çrmk, vol. n, p. 71,
miné, il paraît probable que tous deux dérivent d'un texte antérieur. Ajoutons enfin que saint Cyprien s'accorde en certains cas avec d'autres codex vieux latins et même avec la Vulgate contre k. Malgré ces constatations de divergences, il n'en reste pas moins que saint Cyprien est un représentant du texte occidental.
C'est donc avant saint Cyprien et peut-être avant Tertullien que nous rencontrons les vieilles versions latines. Quel que soit leur pays d'origine, nous constatons qu'elles contiennent un texte occidental. Pour le démontrer il suffira de mettre en regard le texte de son plus ancien représentant, le codex k et celui de la Vulgate.
Codex k (Bobiensis). Vulgate.
Me, XII, 18 : Et veniunt Et venerunt ad eumSad- Sadducaei ad illum qui di- ducaei qui dicunt resurreccunt resurrectionem non tionem non esse et int» i esse, et interrogabant illum rogabant eum dicemv dicentes : Moses scripsit Magister, Moyses nobis nobis ut si cujus frater de- scripsit ut si cujus frater cessent et habueril uxorem mortuus fuerit et dimisevit elfilium non reliquerit ac- uxorem et /Mo s non relicipiat frater ejus illam mu- querit, accipiat frater ejus lierem et resuscitet semen uxorem ipsius et resuscifratri suo. Septem fratres tet semen fratri suo. Sepfuerunt et primus accepit tem ergo fratres erant : et uxorem et priusquam ge- primus accepit uxorem et neraret filium decessit et mortuus est non relicto non remisit semen; et ac- semine. Et secundus accecepit eam secundus re- pit eam et mortuus est et suscita-ré semen fratri suo nec iste reliquit semen. Et et ipse mortuus est, et ter- tertius similiter. Et accetius simili modo et omnes perunt eam similiter septem
septem; si mulier mortua et non reliquerunt semen. est et mulier sine ftliis, cui Novissima omnium deremanet mulier munda? functa est et mulier. In Omnes enim septem illam resurrectione ergo cum rehabuerunt; in anastasim surrexerint, cujus de his cujuserit? erit uxor? septem enim
habuerunt eam uxorem.
Les variantes entre ces deux textes sont trop nombreuses et trop accentuées pour qu'elles puissent être attribuées au copiste ; elles s'expliquent par le fait que nous avons ici deux recensions différentes : l'une, celle du codex Je, occidentale; l'autre, celle de la Vulgate, à peu près conforme au texte grec de nos éditions, donc neutre-alexandrine.
11 est à remarquer que la version latine du codex de Bèze se rapproche davantage de la Vulgate que du codex Bobiensis. C'est dans ce dernier codex seul que l'on trouve la mention de la lumière qui brilla, lors de la résurrection de Jésus, Me, XVI, 3.
Hans von Soden a démontré, avons-nous dit précédemment, que les manuscrits vieux latins k e h, d'origine africaine, représentaient la version latine la plus ancienne que nous possédions du Nouveau Testament et à l'aide de ces trois manuscrits, il a reconstruit un texte résultant de celui de ces trois manuscrits. Or, de l'examen de ce texte nous concluons qu'il différait profondément de celui de la Vulgate. Un exemple prouvera cette proposition.
Manuscrits k eh. Vulgate.
Me, III, 23 : Quomodo Quomodo potest Satanas
t Satanas Satanam AT- Satanem eficerê? Et si re-
pellere ' Si autem regnnm gnum in se dividator, ûod
in se dividatur, non potesl poteat regnum illud stare,
TEXTE DES IIe III» SIÈCLES. 369
stare et si domus in se Et si domus super ipsam diçidatur, non potest stare dispertiatur non potest et si Satanas Satanam eji- domus Ma stare. Et si Sacit,dioisum est regnum ejus tanas consurrexerit in sert non potest stare, sed metipsum, dispertitus est finem habet. Nemo potest et non poterit stare, sed vasa fortis diripere in- finem habet. Nemo potest troiens in domum, nisi vasa fortis ingressus in primum fortem alligaverit domum diripere, nisi prias et sic vasa ejus diripiet. fortem alliget et tune do- Amen dico vobis quia mum ejus diripiat. Amen omnia peccata remittentur dico vobis quoniarn omnia filiis hominum et blasfe- dimittentur filiis hominum miae. Qui autem blasfema- peccata et blasphemiae ?«*'verit Spiritum Sanctum bus blasphemaverint. Qui non habet remissam, sed autem blasphemaverit in reus erit aeterni peccati. Spiritum Sanctum non ha-
bebit remissionem in aeternum sed reus erit aeterni delicti.
Ces quelques exemples nous permettent d'affirmer que les premières versions latines représentent un texte différent du texte fourni par les manuscrits grecs d'origine neutre ou syrienne. Si nous examinons les versions latines plus récentes, telles qu'elles nous sont données dans les manuscrits a b, recension européenne, les manuscrits i q, recension italienne, nous constatons que, tout en étant plus rapprochés de la Vulgateet donc des textes neutres, ils ont conserv cependant un texte de fond occidental.
Ainsi, l'addition, proprement occidentale, après Mt, XX, 28 : Tf/.eïç 81 Çr^Eirs etc., se trouve dans les manuscrits vieux latins, a.bcdeffi2glhm n. Il en est de même pour l'addition après Le, IX, 55 :
Oùx oÏSoite -Ttotou 7rveu(AaTo<; ia-zi ufxeTç, adoptée par les codex e a b, Cyprien, et conservée par la Vulgate. Dans les Actes des apôtres, VIII, 37, les codex vieux latins c emptw ajoutent : Dixit autem Philippus : Si credis ex toto corde licet, etrespondens ait: credo Dei filium esse Jesum Christum, addition occidentale, conservée dans la Vulgate clémentine mais non dans les meilleurs manuscrits de la Vulgate, A C F G, etc.
Avec le codex de Bèze, les codex a b e ft 1 omettent il//, XXI, 44. De même les codex a d ff2 i 1 omettent les versets 19, 20 de Le, XXII : Quod pro vobis datur, etc. Les codex b e les transposent de la même façon que les syriaques Curetonienne et Sinaïtique. De même que lecodexde Bèze, les vieux latins abeff2 omettent les versets 36 et40 de Le, XXIV et des versets 51 et 52 ils omettent aussi : et ferebatur in caelum et adorantes.
Voici comment est reproduit par le codex Veronensis, recension européenne du milieu du ive siècle, le texte de J/c, XII, 18, que nous avons donné précédemment : Et venerunt ad eum Sadducaei qui dicunt non esse resurrectionem et interrogabant eum dicentes : Magister, Moises nobis scripsit ut si cujus frater decesserit et habuerit uxorem et filios non reliquerit, ut accipiat eam frater uxorem ejus et resuscitet semen fratri suo. Fuerunt ergo aput nos septem fratres et primus accepit uxorem et mortuus est non relicto semine et secundus accepit eam et mortuus est et non nliquit semen. Similiter acceperunt eam septem. Postea vero et mulier defuncta est; in resurrectione BrgO eum [incipiejnt resurgere, cujus ea manabif uxor? Septem enim illam habiteront uxorem.
On constatera que ce texte du codex Vérone i toni en reproduisant des leçons du codex Bobiensis, nit des leçons particulières, se rapprocha 'lu texte d.' la Vulgate.
TEXTE DES IJM1I» SIÈCLES. 37 j
Si nous en arrivons à la recension italienne, représentée par le codex Brixianus , les divergences d'avec la Vulgate s'atténuent de plus en plus ; les leçons purement occidentales deviennent moins nombreuses ; le codex omet les additions occidentales, comme celles que l'on trouve après Mt, XX, 28; Le, VI, 4 comme leçons occidentales conserve celles qui sont aussi dans la Vulgate, comme dans Le, IX, 55. différences du texte de ce codex avec celui de la Vulgate sont surtout des différences ou des transpositions de mots. Quelquefois cependant elles sont plus profondes; voici comment il transcrit la prière dominicale.
Codex Brixianus. Vulgate.
Le, XI, 3 : Pater noster Pater
qui es in caelis, sanctifiée- sanctifn <■-
tur nomen tuum, adveniat tur nomen tuum, adveniai
regnum tuum, fiât voluntas regnum tuum
tua sicutincoeloelin terra
Panem nostrum cotidia- Panem nostrum quotidianum da nobis hodie et di- num da nobis hodie et dimitte nobis />eccatonostra, mitte nobis débita nostra, sicut et nos dimittimus siquidemet j/wdimittimus omnibus debitoribus no- omni debenti nobis et ne stris et ne nos inducas in nos inducasintentationem. tentationem sed erue nos a malo.
Dans les membres de phrase qui ne sont pas dans la Vulgate : qui es in caelis — fiât voluntas tua sicut m coelo et in terra — sed erue nos a malo, le Brixianus est en accord avec d'autres manuscrits vieux latine plus anciens, bcdSHgr. C'est à quelques variantes insignifiantes près le texte qui est donné dans le codex
de Bèze pour le grec et pour le latin. C'est un exemple de textes assimilés.
Si de l'Occident nous revenons en Orient, nous allons encore y trouver le texte occidental, dès la fin du 11e siècle. En Egypte, Clément d'Alexandrie, qu'on s'attendrait à voir reproduire le texte neutre, tel qu'il nous est donné dans le codex Vaticanus, est apparenté, au contraire, de très près, dans ses citations évangéliques avec le texte occidental tel que nous le trouvons dans le codex de Bèze, les versions vieilles latines de recension africaine, saint Cyprien, saint Irénée. Le fait a été démontré jusqu'à l'évidence par Mordaunt Barnard1 dans un travail sur les citations bibliques de Clément d'Alexandrie.
Citons-en quelques exemples : avec le codex de Bèze, il introduit dans le texte de Mt, V, 44, le passage de Le, VI, 27 : KùXoyeÏTS touç xaTapcojJisvou; ôpiaç. Il cite, à quelques légères variantes près, de la même façon que le codex de Bèze les paroles du Seigneur aux scribes et aux pharisiens, Mt, XXIII, 27, 25 :
"QjxcHot ia-ct Totcpoiç X£xovia|/.évoi;. e^wOev 6 TdKpo; <pq(v£Tat &patoç, evoov 81 -(([iz 'àffTÉtov vexpwv... xaôapt'Çrce. Tb e!jo> toû Trorrçptov... £voo0£v Ss Y£(Jt.ouffiv àxaSapata;. xaôd'piaov TrpioTOV to ivSov tcû iroTïipîou ?va ylvrixau xotl to êfroOev xaôapo'v. Les mots soulignés sont ceux qui sont particuliers à Clément d' Al< v x ; i r. drie et pour la plupart au codex de Bèze.
Clément a cité le passage de Mt, XI, 27 : Oùoel; i^iytvoWxei tovutôv, de la même façon que saint Justin et saint Irénée. De même que les vieilles versions latines acdfff'2, la syriaque Curetonienne, saint Irénée, aulieu de Ta p.uffT^pia xrfi p»<jiXeta<; twv oùpocvwv, il a to [AUffTii'piov, Mi. XIII, 11. Au x 30 de Ml, XVIII, Clément
l, v, et Bitd ClatMhl of Altxandria't Biblica
C*mbri<lK<\ ,K''''-
avec le codex de Bèze a uap' oTç, au lieu de èxeï ei^t sv (xs'ffo) ccùtwv. Dans Le, III, 22, il cite les paroles qui viennent du ciel : Yîô; [/ou et <jù àyaTrirjToç, e^m oiM-epov YEYswYixà aï, de la même façon que le codex de Bèze, saint Justin, Tychonius, l'Evangile selon les Hébreux et les vieilles versions latines, abed, etc., Hilaire. Le texte de Le, IX, 62 : OùSeIç yàp eU fi oirîffio pXÉ7r(*>v xaî eTCiôaXXcov t^)v xeîpa aùtoû ett' àpotpov euôeTo; Icttiv t9) paaiXEia xoïï ©eoïï, donné par Clément, s'accorde avec le codex de Bèze et les témoins vieux latins contre celui des manuscrits neutres. Dans Le, XXIV, 43, Clément seul donne le texte grec : Koù yxyMv Èvûnnov aùxwv eTitev «ûtoïç, qui est celui qu'ont traduit les vieux latins bfr3q : Et manducans coram ipsis dixit ad eos. Ajoutons avec Burkitt qu'il y a en plusieurs passages accord entre Clément d'Alexandrie et la version syriaque Sinaïtique. Il a aussi le passage Le, IX, 55 : Oùx oïSate îrofou TTVEUfxaToi; l<rre, que l'on trouve dans le codex de Bèze, la syriaque Curetonienne, le Diatessaron et qu'a conservé la Vulgate.
En certains passages cependant Clément s'accorde avec le texte neutre contre le texte occidental. Ainsi il cite Mt, XIII, 13, de la même façon que les premiers, et non comme le codex de Bèze, la syriaque Curetonienne, les vieilles latines, Irénée.
Le disciple de Clément d'Alexandrie, Origène, 185- 253, est plutôt un représentant du texte neutre que du texte occidental, bien qu'on y trouve des traces de celui-ci. En fait, on ne sait pas encore très exactement ce qu'il faut penser des citations de la Bible que l'on rencontre dans les écrits d'Origène. Les critiques s'accordent à reconnaître que le même passage n'est pas toujours cité de la même façon, qu'il se présente sous différentes formes et que souvent il n'est pas cité littéralement. On remarque
aussi que le texte d'Origène n'est pas toujours en accord avec celui des manuscrits Vaticanus et Sinaiticus. Faut-il soutenir, comme l'ont fait certains critiques, qu'Origène avait son texte du Nouveau Testament, comme il en avait un de l'Ancien, en d'autres termes, qu'il a revisé le texte du Nouveau Testament employé à son époque ?
Nous examinerons cette hypothèse lorsque nous exposerons le système de von Soden.
Ou bien faut-il expliquer ces anomalies comme l'a fait Preuschen 4 ? Origène dictait ses ouvrages. D'après Eusèbe2, «plus de sept tachygraphes écrivaient sous sa dictée, et se relayaient les uns les autres à heures fixes ; il n'y avait pas moins de copistes, ainsi que des jeunes filles exercées à la calligraphie ». Il est probable qu'Origène ne vérifiait pas lui-même les textes qu'il dictait de mémoire; il est possible même que, pour les textes de longue étendue, il les indiquât seulement et laissât aux secrétaires le soin de les copier. On voit de suite que ceux-ci pouvaient d'abord se tromper sur la lecture de ces dictées tachygraphiées, et de plus qu'ils reproduisaient pour les citations qu'ils avaient à vérifier ou à compléter les manuscrits qu'ils possédaient. Or, il est probable que tous les secrétaires n'avaient pas des manuscrits de provenance identique, c'est-à-dire offrant le môme texte. Il y avait peut-être quelques-uns de ces manuscrits qui étaient de type occidental. Ainsi s'expliqueraient les divergences dans les écrits d'Origènr.
Si donc nous voulons retrouver le texte biblique qu'Origène avait entre les mains, il faut, comme d'ailleurs pour la plupart des écrivains ecclésiastiques,
,1,-U'Ur /,,-, Qrig«nt$, Zeitiehr. fur die ntttl. Wiuentchuft, IV" lahrg., p. 67, Oiesseo, 1003.
j. WitU teel. vi, 13, i.
étudier les textes qu'il a paraphrasés ou qu'il a expliqués. C'est en suivant ce principe que HautscbJ a examiné les citations évangéliques qu'a laites Origène dans ses ouvrages. Malheureusement, il n'a étudié qu'un certain nombre de citations, et a laissé de côté celles qui se trouvent dans Tischendorf. Voici les résultats principaux auxquels il aboutit : avec le codex de Bèze, les vieilles versions latines, lei riaques Curetonienne et Sinaïtique, Origène omet, Mt, V, 11, t|/euSo(xevot; Mt, VI, 6, 18, èv tw <pa*epû ; Mt, X. 19, ooO^oeTai y«P &|*'V Iv Ixeivri t9j &pa xi XaX^ffrjTe : Le, XXIV, 32, ^ftîv, d); sXaXet iv ^(xïv. Avec les mêmes manuscrits Origène ajoute, Mt, X, 23, après eîç tt,v Ixépav xav Ix. TauT7]<; Suôxioatv, epsuyete etç tt,v àXXyjv, modifie ainsi le texte de Me, XI, 3 : 'Eav tiç ujaïv eÏto]' ti Xûere tov ictoXov, de Z,C, IX, 27 : *£wf ixv ÏSunjivtov uiov toû àvôpunrou iv T7) SôÇï] ay-roS. Il serait possible de citer encore d'autres passages d'Origène où il s'accorde avec les témoins du texte occidental contre ceux du texte neutre. Ajoutons cependant qu'Origène, dans le plus grand nombre des passages qu'il cite, reproduit le texte neutre. Voici d ailleurs un résumé de l'examen qu'a institué Hautsch sur 161 citations évangéliques d'Origène. Le texte d'Origène s'accorde avec celui du Vaticanus en 38 passages contre celui du codex de Bèze ; il s'accorde avec le codex de Bèze en 27 passages contre le Vaticanus; 3 seulement de ces passages sont dans Jean, ce qui prouve que pour cet évangile Origène avait un texte presque exclusivement neutre. Dans 13 passages, il s'accorde avec le Vaticanus et le codex de Bèze ; dans 23 passages, avec le codex de Bèze et l'une ou l'autre des versions latines et syriaques; dans 26 passages, avec lune