‹ Le Nouveau Testament dans l'Église ChrétienneChapitre 114 sur 156 · St. Paul the Traveller, p · texte numérisé non relu

St. Paul the Traveller, p

MaxEoumaç, ainsi que porte le texte de nos éditions. Le reviseur s'est encore trompé, ch. XVIII, 3; XVI, 30; XVII, 15, où il fait passer Paul par la Thessalie dans son voyage de Bérée à Athènes, lequel se fit par mer. Il altère les faits qui étaient vrais au ier siècle et ne l'étaient plus au ne, ch. XIII, 14 ; mais il a dû écrire vers l'an 150, avant que la Lycaonie ne fût disjointe de la Galatie.

En fait, conclut Ramsay, le reviseur a traité son texte avec la plus grande liberté ; la connaissance qu'il montre de la topographie de l'Asie et de la Galatie méridionale prouve qu'il était en rapport avec l'église d'Kphèse et avec celles d'Iconium et de Lystres. Certaines traditions pauliniennes, encore survivantes dans ces églises, lui étaient familières, tandis que, dans les changements qu'il a apportés aux récits des voyages de Paul en Macédoine et à Corinthe, il ne paraît avoir connu aucune tradition authentique.

Passons à l'hypothèse de Coppieters ' qui se rapproche sur certains points de celle de Ramsay. D'une comparaison approfondie des variantes des textes A et H il conclut que la forme A représente le texte authentique des Actes, et que les leçons de la forme B ne peuvent ni être attribuées à Luc, ni provenir du journal de voyage. Il pense que la recension occidentale a dû naître en Asie Mineure, peut-être àÉphèse, vers l'an 100-140. Le recenseur a amplifié le récit en y ajoutant des mots ou des expressions qui lui impriment un caractère d'emphase : rat;, 7roXû;, #Xo;, \*.tyo^, (aetù 7t««y,« TT<xppr,<ji'a<;, ^ou'ptov xa\ iSaXXtfjJievoç, etc. ; des phrases i|ni exaltent le ministère de Pierre : XI, 2, et celui de Paul : XIII, 44, 45; XIV, 7; XVI, 12; XIX, 20; des mentions do lieux et de temps, des compléments au

i. Dehttti [etorutn ApotUhmm tKtt*Hattû, i,»vann. tMti

moyen de récits parallèles dans les Actes : II, 46; XIX, 1-9; XXII, 3-12; XXV, 9-18. Il a tiré ses renseignements de l'Ancien Testament et du Nouveau ou de quelque tradition ancienne. Il exagère les persécutions venant des Juifs et diminue celles qui viennent des Romains : XIV, 2 s.; XVII, 4; XXIII, 24, etc. Beaucoup de ces interpolations ont un caractère d'amplification ou d'explication.

Venons-en maintenant aux hypothèses qui traitent de l'ensemble du problème du texte occidental, telles que celles de Westcott-Hort, Rendel Harris, Cfett*, Resch, B. Weiss, Zahn, qui tous refusent de tenir ce texte pour original. Nous ne pouvons entrer dans tous les détails de leurs hypothèses, et nous devrons nous borner à en dégager l'idée directrice et les preuves principales.

Nous exposerons plus loin le système de Westcott- Hort sur l'histoire du texte du Nouveau Testament. Il nous suffira de dire ici la position qu'ils prennent au sujet du texte occidental. D'après eux, les leçons aberrantes de ce texte sont des interpolations du texte qu'ils qualifient de neutre, texte représenté par le Vaticanus et le Sinaiticus. Aucune de ces variantes ne serait authentique au point de vue du texte des évangiles, mais quelques-unes d'entre elles offriraient peutêtre des traditions primitives, conservées oralement ou par écrit. Quant aux omissions des versions latines, ils les acceptent comme authentiques et comme représentant le texte original, corrompu par des additions qui se seraient glissées dans le texte neutre; c'est ce qu'ils appellent les non-interpolations occidentales, dont nous avons déjà parlé.

Rendel Harris regarde aussi le texte occidental comme altéré, et cherche à montrer comment les variantes du codex de Bèze se sont produites. Il les

attribue à diverses causes qu'il croit reconnaître, et qu'il essaye de déterminer. Et d'abord, la plus grande partie des interpolations occidentales, qu'on relève dans les Actes , sont dues à un scribe montaniste. Un des caractères du codex de Bèze est la présence de nombreuses gloses qui paraissent injustifiées. Plusieurs ont pour but de faire ressortir l'action du Saint-Esprit sur le croyant et son habitation dans l'âme du chrétien. Voici quelques-uns des textes que relève Rendel Harris1. Dans Actes, VI, 10, il est dit que les Juifs ne pouvaient résister à sa sagesse et à l'Esprit avec lequel il (le diacre Etienne) parlait; la glose du codex de Bèze est celle-ci : Oïxiveç oùx ïayuov àvctffTÎ)vai t9J <rocp(a \xrt oucy) ev aÙTtoj xa\ tw TrveufzocTi [tw aylai] to IXaXsi. — Actes, XV, 32, il est dit que Judas et Silas étaient prophètes; le glossateur ajoute : ovtsç irX^pei; nveu^atoç àyi'ou. — Actes, XV, 29, les apôtres ordonnent aux païens convertis de s'abstenir de viandes immolées aux idoles, du sang, des animaux étouffés et de la fornication et, en vous gardant de ces choses, vous agirez bien; le glossateur ajoute : tpepôfievoi iv tw àyi'w Trveôy.aTt. — Actes, XIX, 1, il est rapporté que Paul, après avoir parcouru le haut pays (de Galatie et de Phrygie), vint à Éphèse; le glossateur explique que c'est sous l'impulsion du Saint-Esprit que Paul, dont le projet était d'aller à Jérusalem, changea de direction et vint à Ephèse : Oc'Xovtoç 5è toû IlaûXou xarà ttIjv îot'av fJouX^v wopeueaôai eïç UpoaôXujxa eTnev aùxô> xb Trveujjia otyiov uTtodTpécpïiv eïç t^v

'Aai'av. Cf. encore Act. IV, 24; XVI, 10; XIX, 2.

11 ne semble pas cependant que l'on puisse attribuer à un glossateur montaniste la parole de Jésus à ses apôtres, lui demandant s'il faut appeler le feu du ciel

h, n" i : .1 itetfy "/' Coder Beiae, Ctmbrldge,

IH'M, p,

sur les villages inhospitaliers, Le, IX, 55 : Koù el aÙToïç- Oùx otSaxe uotou TrveûjjiaToç Icts. Cette sentence est trop anciennement connue pour qu'elle vienne d'un montanisle : on la retrouve dans les versions vieilles latines, syriaques, Curetonienne et Peschitto ; elle est omise par la syriaque Sinaïtique.

Rendel Harris démontre ensuite que le texte grec du

codex de Bèze a été latinisé ; en d'autres termes, qu'il

a été conformé au texte latin, adjacent au texte grec.

De plus, ce texte latin est plus ancien que le grec

auquel il est joint; il est conforme au texte latin de

saint Irénée et vient probablement de l'église de

Carthage. On découvre son influence dans le Diatessa-

ron de Tatien, ce qui nous oblige à conclure que

celui-ci avait entre les mains un manuscrit grec-latin,

d'où pourrait dériver le codex de Bèze, ou bien que

Tatien a employé un texte latin apparenté à celui que

nous avons dans le codex de Bèze. Mais alors, que

deviendrait l'hypothèse du glossateur montaniste,

lequel n'a pu exercer son action sur le texte avant la

fin du ne siècle?

Quoi qu'il en soit de la valeur critique et historique de l'hypothèse de Rendel Harris dans ses diverses parties, il en résulte que le texte occidental présente des couches multiples qu'il a déterminées avec assez de netteté.

L'hypothèse de Chase est assez semblable à celle de Rendel Harris, avec cette différence fondamentale qu'au lieu de croire que le texte occidental a subi l'influence des versions latines, il pense qu'il a été contaminé par la version syriaque. Ce n'est donc plus à des manuscrits gréco-latins qu'il se réfère, mais à des gréco-syriaques. Nous ne pouvons entrer dans le détail des preuves qu'il donne pour étayer son hypothèse ; nous devons nous borner à résumer les faits qu'il

a rassemblés, et à indiquer les conclusions. Nous sommes obligé de constater que certaines dérivations du texte occidental au texte syriaque, nous ont paru assez subtiles; cependant, il y a des constatations qui nous ont semblé exactes.

Et d'abord, Chase1 proteste, avec raison, à notre avis, contre cette appellation de texte occidental que l'on donne à un texte que l'on retrouve dans toute l'étendue du monde chrétien, en Orient aussi bien qu'en Occident ; il propose de l'appeler texte syro-latin, ce qui serait une bonne épithète si elle ne laissait en dehors le fait que ce texte était répandu en Egypte, au ne siècle.

Chase s'occupe d'abord du texte des Actes que nous donne le codex de Bèze, et après avoir examiné un grand nombre de passages de ce livre, il conclut que le texte du codex de Bèze est le produit d'une assimilation d'un texte grec à un texte vieux syriaque, que d'ailleurs nous n'avons pas, que ce travail a été le fait de plusieurs scribes, qu'il s'est concrète vers l'an 180 ou même plus tôt et entin qu'il a été exécuté à Antioche, la seule ville de l'empire romain où l'on employait dans une si large mesure les langues dominantes dans l'empire, le grec et le latin, et de plus le syriaque, un des éléments producteurs du texte syro-latin.

Chase examine ensuite le texte syro-latin des évangiles 2. 1° Certaines variantes de ce texte trahissent leur origine syriaque : la forme idiomatique du syriaque est reproduite, Mt, XXIII, 3; Le, IX, 16. Des expression! caractéristiques du syriaque sont introduits .luis le texte grec, Mt, XXV, kl;Jn, XXI, 7; Le, II, AH. Une leçon singulière s'explique si l'on

i. Th. Elément m the Text <>/ Codex Bwm, London, 1893.

•'. Thé tyro latin Ttwl <// tfu Qotpett, London, IWB.

cherche son origine dans le texte syriaque, Le, V, 10; Le, XXII, 12. Une variante syro-latine reproduit ou implique une leçon syriaque, Mt, X VIII, 20; Le, II, 5; Le, XXIII, 27. 2° Les textes syro-latins des évangiles, surtout dans le codex de Bèze. montrent des signes nombreux d'harmonisation, et impliquent coïncidence avec l'ordre des récits du Diatessaron. 3 On trouve de nombreuses interpolations brèv. longues dans le texte syro-latin : ce sont des explications du texte, Jn, VI, 66; des additions dostinées a compléter le récit, Mt, XXVI, 15; Le, II, 48; des assimilations de passages des Écritures, Ancien et Nouveau Testament, Mt, XX, 28; Le, XIII, 17; d-, passages issus de la tradition orale ou écrite, Le, XI. 5; Le, XXIII, 53. 4° Le texte syro-latin contient de nombreuses omissions de mots et de phrases entières 5 Les leçons syro-latines données par le codex de tieze se retrouvent dans Irénée, Marcion, Justin.

De ces faits Chase conclut que le texte ^vro-latin s est iorme progressivement dans la première moitié du £ siècle. Le texte des Actes, que représente le codex de lieze, était lormé vers l'an 180 et celui des évangiles entre 170 et 180. Le texte grec, source de celui du codex de Beze, a été assimilé de diverses façons à un texte vieux syriaque par un scribe qui copiait un manuscrit bilingue, grec-syriaque. Ce scribe assimilâtes ne devait pas craindre de faire des changements dans le texte, et surtout d'y introduire les corrections ou les additions qu'il jugeait nécessaires. Ces interpolations lui étaient fournies, à lui et aux copistes subséquents, par la tradition orale ou par a prédication chrétienne, qui développait le texte ou le citait peu littéralement. Le premier texte a dû en effet subir de nouveaux changements par suite de transcriptions successives. Cependant, le scribe qui a

copié le codex actuel de Bèze avait sous les yeux un manuscrit grec-latin, et, dans quelques passages, il a été influencé par le texte latin.

Le texte syro-latin s'est formé à Antioche; de là, il s'est répandu dans toute la chrétienté. Antioche était en rapports continuels avec tout l'empire romain par le port de Seleucie. Ce texte syro-latin a suivi le chemin commercial. D'Antioche il est allé à Alexandrie, où nous en trouvons des traces chez Clément d'Alexandrie et dans la version Sahidique; à Rome, où il a influencé le texte de Justin et de Marcion; à Carthage, où nous le retrouvons dans les écrivains africains et les vieilles versions latines. Il a pu être apporté à Lyon par saint Irénée, un oriental.

Quant à la vieille version latine, Sanday pense qu'elle a été faite à Antioche ; Hort croit plutôt qu'elle serait née, à Rome et à Carthage, du texte grec formé à Antioche et que, de ces villes, elle se serait répandue dans tout l'Occident. Cette seconde hypothèse expliquerait mieux les nombreuses divergences qui existent entre les textes syriaques et les textes latins. Cependant, elles sont telles, surtout pour Ion omissions, qu'il nous paraît plus probable que les vieilles versions latines et les vieilles syriaques sont indépendantes les unes des autres. Nous reconnaissons seulement qu'elles ont pu exercer une influence l'une sur l'autre, à une époque postérieure à leur formation.

L'hypothèse de Resch sur l'origine des variantes du Ifxte occidental dérive de sa théorie sur l'évangile primitif. Il croit qu'il a existé un évangile original en hébreu, lequel a été utilisé par les évangélistes

l.'Kiin Jish nach <lrn gricchischcn un<l hèbrddchtn Tuett wicderhergcatclU, Leipzig, 1898.

synoptiques. Il a essayé de le retrouver, en comparant entre eux les textes des évangiles synoptiques, les passages des écrivains ecclésiastiques et des textes occidentaux, qui offrent des variantes avec le texte grec, variantes qu'il croit dues à des traductions du texte hébreu, indépendantes les unes des autres. Le texte occidental proviendrait donc directement du texte hébreu original et aurait autant de droit au titre d'authentique que le texte grec. Avec la plupart des critiques, nous jugeons que cette hypothèse est inadmissible par la raison bien simple que le texte occidental représente nos trois évangiles grecs et non un seul évangile hébreu. En outre, cette théorie n • plique pas l'origine du texte occidental du IVe évangile et des Actes.

Zahn ' a discuté en détail l'hypothèse de Blass sur l'origine du texte occidental des Actes et s'y est rallié. Il n'accepte pas la théorie du même auteur sur le IIIe évangile. Voici son jugement sur le texte occidental. Il contient beaucoup de leçons qui sont originales : celles-ci ont été retranchées par les divers recenseurs du texte, Lucien, Hesychius. Pamphile. Un grand nombre d'additions ont été introduites dans le texte, de l'an 150 à 200, par les scribes non officiels, pendant la période où la copie du texte n'était pas surveillée, et où la tradition orale était encore vivante. Nous retrouverons cette observation chez d'autres critiques.

L'hypothèse de Kenyon 2 sur les causes premières des variantes occidentales se rapproche de celle de Zahn. Le texte des évangiles et des Actes a été traité

*LEinMt>m8 in das Neue Testament, p. 3H-3CS, Leipzig, 3« Aull., ,i/toltf tothe 'extual Critkism of the \ew Testament, p. 30*,

librement par les scribes du nc siècle et par les prédicateurs. Il n'y eut pas un texte dérivant d'un archétype, mais plusieurs textes, suivant la remarque de saint Jérôme, à propos des textes latins : Quot homines, tôt paene codices. Aucun manuscrit, pas même le codex de Bèze, ne peut être regardé comme le représentant type du texte occidental. Dans un grand nombre de passages, il diffère des autres témoins de ce texte ; de plus, il n'est pas deux manuscrits de la vieille version latine qui soient en accord de tout point; les vieilles versions syriaques diffèrent profondément des vieilles versions latines, et les deux vieilles versions syriaques, la Sinaïtique et la Curetonienne, ne s'accordent pas même entre elles. 11 n'y a donc pas, en réalité, un texte occidental, mais plusieurs textes, s'accordant sur divers points contre le texte grec de nos éditions, et sur d'autres divergeant entre eux. — C'est ce que nous venons de démontrer.

Vogels 1 soutient que les leçons divergentes du codex de Bèze ont été produites par une influence harmonisante, qui provient du Diatessaron de Tatien ou de toute autre harmonie des évangiles. Cette hypothèse peut s'appliquer à un témoin du texte occidental et en expliquer les anomalies, mais il ne donne pas la solution de tout le problème, ce que, nous le reconnaissons, Vogels ne prétend pas faire.

Nous verrons plus loin ce que pensent von Soden et dom Chapman sur le texte occidental. Des recherches précédente! nous pouvons dégager les conclusuivantes :

Le problème n'est pas résolu dans son entier; quel-

mgtlientext det Codem Cantabriçitntit, Leipzig, IMO. Die aU$yri$ehen Bvangtlitn in ilinm Vtrhâitnit iu Ta- . i rclburg Br., 1041.

TEXTE DES IP-IIP SltCLES. 411

quefois, une hypothèse en explique une partie, mais non les autres parties et même est en opposition avec celles-ci. Un point important se dégage cependant. Dans les évangiles et les Actes principalement, nous retrouvons dans le texte occidental des leçons inconnues aux textes grecs de type neutre et syrien ; il est possible que ces leçons proviennent de la tradition authentique, orale et môme écrite : elles seraient donc authentiques comme paroles du Seigneur, mais non comme partie des évangiles canoniques. Quant aux omissions qu'on relève dans quelques témoins du texte occidental, elles affaiblissent la valeur traditionnelle des passages omis, sans la détruire complètement; il est nécessaire de discuter chacune d'elles.

En résumé, il y a lieu de poursuivre l'étude de ce texte occidental. Les textes que nous avons cités précédemment en montrent l'intérêt capital.

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