HISTOIRE DU TEXTE IMPRIMÉ DU NOUVEAU TESTAMENT
Nous n'avons pas à citer toutes les éditions qui ont été données du texte grec du Nouveau Testament ; elles ont été très nombreuses. Reuss4 en a compté 484 réellement différentes, 98 dont le titre seul avait été changé et 149 rééditions. Depuis la publication de son travail, 1872, de nouvelles éditions ont paru ; nous signalerons plus loin les principales. Pour ne pas surcharger outre mesure notre exposé, nous devons nous en tenir aux éditions qui ont un intérêt au point de vue critique. Nous étudierons les premières éditions qui ont contribué à former le Textus receptus, puis les éditions critiques qui les ont suivies, jusqu'à nos jours. Nous nous attacherons surtout à faire ressortir d'après quels principes critiques ces éditions ont été établies.
L 'histoire du texte imprimé du Nouveau Testament se divise naturellement en trois périodes : La première va depuis la Polyglotte d'Alcala, dont le Nouveau Tes-
t. BibUothât a Vovi Testamenti graeci cuius edUlOOM ftb initie» lypographUe ad noatram aeiatem Impresaaa qaotquol reperirl potuerunt colugit Sdaaxdui Rivm, Brunavigae, 187*.
tament grec fut imprimé en 1514, jusqu'à Fell, 1675. Ce fut une période d'établissement du texte, mais avec des moyens imparfaits et des principes critiques défectueux. La seconde, qui s'étend depuis les travaux de Mill, 1707, jusqu'à ceux de Scholz, 1830, fut une période de grande activité critique. Enfin, dans la troisième, de Lachmann, 1830, à von Soden, 1910, furent fixées les méthodes pour l'établissement du texte du Nouveau Testament.
Il semblerait que le Nouveau Testament grec ait dû être imprimé dès l'invention de l'imprimerie. 11 n'en fut rien. Le livre sacré de l'Occident était la Bible latine : c'est donc elle qui fut imprimée la première en 1452 et plus de soixante ans se passèrent avant que la Bible grecque ne fût imprimée, 1517. Cependant, on en imprima quelques fragments avant cette époque. En 1481, un moine de Plaisance, nommé Jean, publia, à Milan, le Magnificat, Le, I, 46-55 et le Benedictus, Le, I, 68-79, à la suite d'un Psautier grec, avec une suite d'hymnes de l'Ancien Testament.
En 1495, l'Imprimerie des Aide, à Venise, publia le prologue de l'évangile de saint Jean I, 1-14. En 1504, Aide Manucci inséra dans les pages restées vides des poèmes de Grégoire de Nazianze, les premiers chapitres du même évangile, I, 1-YI, 58. En 1514, In, 1, 1-14, ainsi que l'oraison dominicale, furent publiés à Tûbingen.
lrc PÉRIODE : DE LA POLYGLOTTE d'aLCALA A FELL,
La Polyglotte d'Alcala. — L'Édition Princeps du Nouveau Testament grec fut le Ve volume de la Polyglotte d'Alcala de Henares, en latin Complutum. Elle fut préparée par l'ordre du cardinal Francisco
Ximenes de Cisneros, 1437-1517. La préparation de cette Polyglotte, hébreu-grec-latin pour l'Ancien Testament, grec-latin pour le Nouveau, commença en 1502. Le Nouveau Testament fut établi par les soins de Jacobus Lopez de Stunica (Astuniga), Fernando Nunez de Gusman, DemetriusDucas, de l'île de Crète, et Antonio de Lebrija, près de Séville. L'impression du Nouveau Testament fut terminée le 10 janvier 1514. Le vol. VI, Lexicon, Indices etc., porte la date du 17 mars 1515.
Les premiers volumes, I-IV, qui contenaient l'Ancien Testament ont été terminés le 10 juillet 1517. L'approbation du pape Léon X fut donnée le 22 mars 1520. C'est en 1521 que l'on trouve pour la première fois cette Polyglotte dans le commerce. La date de publication donnée ordinairement est 1522. Érasme ne l'avait pas entre les mains lorsqu'il publia en 1516 la première édition de son Nouveau Testament grec.
Les deux textes, grec et latin, étaient placés en face l'un de l'autre, ligne par ligne, et les mots latins étaient référés aux mots grecs par des lettres romaines en exposant, de la façon suivante :
N. T. Compl. Matth. XX, 7, 8.
yei yauT0tç, ' \nzi^t-:t axai villis. zIte net bvos c in
"ui/etç 'eiç tov da[jL- dvineam meam.
7reXa>vacxaifogeavhY)iSixatov Cum ' sero oooo ooo ooo
^Xtyeaze, ' o^(- 0000 0000 0000 000.
ocç ■ oe " Yevo|x«vv)<; ° Ufn o ■ autem " factum esset
p xûptoç tou '• a[t.T:i- °dicit p dominus '" vinee.
Les mots grecs n'ont ni esprits, ni accents, mais seulement un accent aigu pour marquer la tonique. Six n ni s ( xomplaires seulement ont été imprimés, rte que l'édition originale de cette Polyglotte est
très rare. Elle a été rééditée en 1821 à Tûbingen et en 1827 et 1851 à Mayence.
On ne sait pas de façon certaine quels manuscrits ont été employés pour établir le texte du Nouveau Testament. Stunica parle d'un Codex Rhodiensis, mais on n'a pas retrouvé ce manuscrit. Dans la préface, il est dit que l'archétype de cette édition a été établi d'après des exemplaires « antiquissima emendatissimaque » envoyés par le pape Léon X. Mais les deux seuls manuscrits envoyés du Vatican ne contenaient rien du Nouveau Testament. Par la comparaison du texte avec des manuscrits connus on a trouvé qu'il était analogue à ceux des évangiles 51, Actes 32, Paul 38, Apocalypse 10. D'après Scrivener, il aurait des rapports avec le codex de Siedel, Actes 42, Paul 48, Apocalypse 13 ; Actes 69, Évangiles 234, etc. Ce que l'on constate c'estqu'aucun manuscrit ancien et de haute valeur, analogue, par exemple, au Vaticanus, n'a été emplo;
On a prétendu, mais à tort, que dans certains passages le texte grec de la Polyglotte avait été corrigé d'après le texte latin. Seul, le texte de I Jn, Y, 7, a été emprunté à la Vulgate. On a relevé seulement 50 fautes d'impression '.
Éditions d'Érasme. — Didier Érasme, 1465- 1536, a publié cinq éditions du Nouveau Testament grec. La première a été faite à l'instigation de Joannes Froben, imprimeur à Baie, qui voulait devancer la publication de la Polyglotte d'Alcala; il en fit la proposition à Érasme le 17 avril 1515. Commencée le 11 septembre 1515, l'impression du travail d'Érasme a été terminée le 1er mars 1516. Son édition a donc paru cinq ans avant la Polyglotte, 1521, laquelle conserve cependant la priorité d'impression,
i. Pour d'autres détails grammaticaux, cf. Scrivener, op. cit. n, p. it<i.
1514. Érasme reconnaissait lui-même que son volume avait été « praecipitatum verius quam editum ». Il affirmait cependant qu'il s'était servi « compluribus utriusque linguae codicibus, ncc iis sane quibuslibet, sed vetustissimis simul et emendatissimis ». En fait, il a établi son édition d'après le manuscrit 1, xie siècle, évangiles, Actes, Paul, qui est bon, mais dont il s'est peu servi et surtout d'après les manuscrits 2, évangiles, xme-xive siècle; Actes, xme-xive siècle, Paul; 4, 7, Paul, Actes; 1, Apocalypse, xiiic,siècle, qui sont moins bons. Il a utilisé aussi un manuscrit des commentaires de Théophylacte. Le seul manuscrit qu'il eut de l'Apocalypse, outre quelques lacunes dans le courant du texte, n'avait pas les six derniers versets de cet écrit. Érasme les a traduits de la Vulgate en grec et a complété de même les lacunes4.
Dans les deux premières éditions Érasme avait omis le passage des trois témoins, Un, V, 7; dans sa discussion avec Stunica, il s'était engagé à le reproduire si on lui montrait un manuscrit grec le possédant. Dans la 3e édition il fut introduit d'après le codex Montfortianus, très mauvais manuscrit.
La première édition, petit in-folio, contenait, en face du texte grec, une traduction latine, œuvre d'Erasme, et des notes. Le texte grec est criblé de fautes grammaticales et typographiques. Sorivener? déclare que c'est le livre le plus rempli de fautes qu'il connaisse.
En 1518, 1519, Erasme publia une seconde édition, dans laquelle il corrigea un grand nombre de fautes d'impression et quelques mauvaises leçons, en se servant d'un nouveau manuscrit, catalogué 3, évangiles,
i. Cf.GRKGOM rtaetkritiA iuN. 7". il, i>. 'Mo.