X (A) 69 K M II
E F G S 1 via
Tregelles l'ait remarquer que le codex A a des leçons plus anciennes dans les autres parties du Nouveau Testament que dans les évangiles.
Edouard Reuss, 1804-1891, bien connu pour ses introductions aux livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, par sa traduction et ses commentaires de la Bible, ne croyait pas non plus à la possibilité de distinguer très exactement les familles de textes*. Cependant, pour la pratique, il en distingue trois, les mêmes que celles de Tregelles, mais dans lesquelles les manuscrits sont rangés différemment :
Alexandrlne Constanlinopolitaine Occidentale
Evv. BCL EFGHSV D
Actes, E Paul, ABC H la plus grande par- DEFG
Athanase, Cyrille tic des man. minus- principalement Cléd'Alex., les versions cules, les versions ment d'Alex., Orimemphitique, éthio- gothique, slave. gène, la syriaque Pe-
pienne, arménienne, schitto, la Sahidique.
syriaque Philox.
Reuss fait observer que les sources des leçons occidentales sont en union étroite avec celles des plus anciens textes orientaux, tandis que ceux-ci s'accordent souvent avec les versions Peschitto, Sahidique, Clément d'Alexandrie et Origène.
Henry Alford a publié, en 1849-1861, Londres, un
1, Geschichte der heiligen Scriften N. T., Braunsclnveig, 187*, H Theil, p. 103, 104.
Nouveau Testament grec avec des variantes et un commentaire. Il reproduit d'ordinaire les leçons de ses prédécesseurs, mais il avait collationné des passages choisis du Vaticanus ; il a donné cependant quelques variantes nouvelles, extraites du codex We et de T pour Le, XXII, 20-XXIII, 20. Son texte paraît se rapprocher davantage de celui de Tregelles que de celui de Tischendorf.
Avec F. H. Ambrose Scrivener, nous revenons au Texte reçu. Il publia en 1859 le texte des Estienne, en l'accompagnant des leçons de Théodore de Bèze, des Elzevier, de Lachmann, de Tischendorf. de Tregelles. En 1886. il en publia une 3e édition, dans laquelle il ajouta les leçons de Westcott-Hort et des reviseurs de l'Authorised Version. En 1881, il donna le texte grec du Nouveau Testament, qu'avaient adopté les traducteurs de l'Authorised Version en l'accompagnant des leçons qu'avaient suivies les traducteurs de la Revised Version.
Les travaux de Scrivener sur le texte du Nouveau Testament ont été considérables. Il a édité le codex de Bèze et le codex Augiensis, collationné plus de ôO manuscrits minuscules, qui, pour la plupart, n'avaient pas été examinés avant lui. Enfin, il a donné une Introduction à la critique du Nouveau Testament qui a fait époque. Trois éditions ont été publiées de son vivant; la quatrième l'a été après sa mort par Ed. Miller. Les chapitres sur les versions anciennes du Nouveau Testament ont été écrits par des spécialistes1-.
Scrivener reconnaît qu'il y a des manuscrits, texte grec et versions, qui présentent des caractères différents, lesquels se retrouvent dans un certain nombre
1, A plain Introduction \o thtCriticitmof theNew Tutament, iv« éd. i ondon, 1-
d'entre eux et permettent de les classer en groupes, sans toutefois qu'on puisse voir en ceux-ci des familles, qui proviendraient du travail de reviseurs. Les différences proviennent surtout des copistes. Ceci posé, il admet qu'il y eut au 11e siècle une tendance à paraphraser le texte et à y introduire des additions, puis dans le courant du me et du iv° siècle, une autre tendance aux omissions et au purisme grammatical et critique, tandis qu'une troisième adoucissait ce qui était rude, éclaircissait les difficultés, harmonisait les textes évangéliques. Ces tendances se retrouvent, la première en Occident, la seconde en Egypte, la troisième, à Antioche d'abord, puis à Constantinople. Il y aura donc lieu d'examiner soigneusement les variantes pour savoir d'où elles viennent à leur origine.
Voici les règles de critique textuelle que pose Scrivener : 1° La vraie leçon ne peut être déterminée par le témoignage d'un seul groupe d'autorités, mais doit être fixée par la comparaison patiente et l'estimation soigneuse des autorités, qui appuient chacune des leçons;
2° Quand il y a accord entre les documents jusqu'au vi' siècle pour les évangiles, jusqu'au ixe pour les autres livres du Nouveau Testament, le témoignage des documents plus récents doit être difficilement accepté, à moins qu'il ne soit appuyé par une évidence interne considérable ;
3° Quand les plus anciens documents sont en désaccord, les onciaux récents et les cursifs, spécialement ceux qui sont bons, sont importants comme les représentants survivants d'autres manuscrits, vraisemblablement aussi anciens, sinon plus, que les manuscrits actuellement existants ;
4° Quand il y a divergence entre les autorités, on ne doit pas accepter les leçons qui sont attestées par
le plus grand nombre des témoins, mais celles qui proviennent de plusieurs sources éloignées et indépendantes et qui offrent le moins de ressemblance l'une par rapport à l'autre, eu égard à leur caractère général.
John William Burgon était du même avis que Scrivener sur les questions de critique textuelle du Nouveau Testament. 11 a fait de nombreux voyages en France et en Italie pour collationner les manuscrits et rassembla un grand nombre de variantes, que l'on conserve au British Muséum en seize portefeuilles. Il a édité lui-même deux de ses ouvrages de critique textuelle : Thelast Twelve Verses ofthe Gospel according to St. Mark, vindicated against récent critical objectors and established, Oxford, 1871. et The Révision revised, London, 1885. Après sa mort Edward Miller a publié deux ouvrages qui lui sont attribués : The traditional Text of the Holy Gospels, vindicated and established by the late J. W. Burgox, arranged, completed and edited by E. Miller, London, 1896 et The Causes of the corruption ofthe traditional Text ofthe Holy Gospels, by the late J. W. Burgon, arranged, completed and edited by E. Miller, London, 1896. La question est de savoir ce qui dans ces volumes appartient à Burgon et ce qui est à Miller.
Système de Westcott et Hort. — • Le travail de Westcott et Hort, dont nous avons à parler maintenant, a fait époque dans la critique textuelle du Nouveau Testament par le texte nouveau que ces deux critiques ont édité, et surtout par un sysléme de critique t «n hii'llc, établi sur les faits les mieux observés, qu'ils ont élaboré et présenté dans tous ses détails. Texte ; itème ont été depuis trente ans la base de tous les travaux de critique textuelle du Nouveau Teartanirni. Malgré l<-s attaquai dé quelques critiques le
système se maintient et subsiste, avec quelques modifications, en face du système de von Soden.
Ce système a été exposé dans le plus grand détail par F. J. A. Hort dans le second volume de The New Testament in the original Greek, qu'il a publié conjointement avec B. F. Westcott. Les deux collaborateurs ont été d'ailleurs en étroite union de pensées soit pour l'établissement du texte grec, soit pour l'élaboration du système; ils y ont travaillé vingtcinq ans. En voici un exposé succinct.
Après avoir montré la nécessité de la critique textuelle pour l'établissement du texte du Nouveau Testament, Hort en examine les Méthodes. l.e premier mouvement, en présence de deux variantes, est de choisir celle qui donne le meilleur sens, mais cette décision est toute subjective, et pourra varier suivant celui qui la prendra. De plus, il est possible que cette leçon, plus conforme au sens général du texte, soit le fait d'un copiste, qui aura le texte
pour le rendre plus compréhensible. Cependant, cette leçon plus facile peut nous conduire à la leçon originale, dont elle a été la correction.
Cette étude de chaque leçon particulière ne permettant pas un choix assuré, il faut examiner la valeur générale de chaque document. Suivant que le document aura offert un plus grand nombre de bonnes leçons ou le contraire, on pourra établir sa valeur relative. Mais on constatera bientôt que les documents se rangent en groupes, qui présentent plus ou moins les mêmes leçons, et offrent par conséquent les mêmes caractères. Il sera possible ensuite de déterminer quel est le plus ancien de ces groupes, et de fixer avec plus ou moins d'approximation leur origine et la raison de leurs caractères particuliers.
Hort applique ensuite ces principes de critique
textuelle au Nouveau Testament. 11 examine d'abord les matériaux du texte, manuscrits grecs, versions anciennes, écrivains ecclésiastiques et les groupe de la façon que nous relatons ci-dessous, suivant qu'on les retrouve dans les différents livres du Nouveau Testament. Il ne faut pas oublier que primitivement les livres étaient copiés séparément, de sorte qu'il était possible que le texte des évangiles ne fût pas le même que celui des épîtres pauliniennes, dans un manuscrit complet, parce que ces deux parties étaient reproduites d'après des copies différentes, qui n'avaient pas le même caractère textuel. Ainsi le manuscrit A appartient au groupe syrien pour les évangiles, tandis que pour les Actes et les épîtres et surtout pour l'Apocalypse il est du type neutre.
Il est possible aussi que les copistes, ayant sous les yeux des manuscrits de type différent, aient mélangé les leçons. Ainsi, le codex C offre des leçons du type syrien et du type neutre.
Ceci posé, voici comment les autorités peuvent être classées d'après Westcott-Hort : celles qui sont entre crochets ont un texte mixte '.
Évangiles. — Texte neutre. — r B [LTS C A, dans il/c,NPQRZ];
[1-209, 33 1 version Bohaïrique [Sahidique, Syriaque hiérosolymitaine] ;
[Origène, Clément d'Alexandrie].
Il faut noter que même n et la Bohaïrique ne sont pas exempts de mélange, quoiqu'ils ne le soient pas au point qu'il soit nécessaire de les placer entre crochets. Les textes aberrants dans la version Sahidique, Ori-
.■ nomenclature eit empruntée A kiusopp lake, The Ttzt <>f tament, p. 71, London, 1908. La lotatlon ni oelta de nicbendoi i.
gène, Clément d'Alexandrie sont probablement d'origine pré-syrienne.
Texte occidental. — D [groupe Ferrar], vieille latines [Vulgate] ;
Syriaque pe8ch syrcur, syr8i". [Syrhark texte et marge. Arménienne, San.];
Irénée gr, Irénée Iat, Tertullien, Cyprien [Clément d'Alexandrie] ;
[et presque toute la littérature latine].
Il y a aussi d'autres manuscrits grecs qui présentent des traces de ce texte, mais elles ne sont pas assez nombreuses pour que ces manuscrits soient marqués dans ce tableau.
Texte alexandrin. — [« C L \ H X, 33, Bohaïrique, Sahid., Clément d'Al., Orig.].
Il n'y a pas de texte purement alexandrin ; il est le plus souvent mélangé à un texte neutre. L est probablement le meilleur manuscrit de ce texte.
Texte syrien. — E G H K M S et dans presque toutes les versions non mentionnées ci-dessus. Il est mélangé aussi avec d'autres éléments dans [CAX, 33, 1-209, groupe Ferrar, vieille latine, recension italienne, Vulgate, syriaque Peschitto, syrhier; arménienne].
Actes des apôtres. — Texte neutre. — >s»B Bohaïrique [Sahidique].
Texte occidental. — DE, 137, vieilles latines et spécialement d h Gigas p e [Syriaque harkléenne surtout dans les marges, Syriaquepesch], Cyprien, Augustin, Vigile.
Texte alexandrin. — [nC Cl, Bohaïrique, Sahidique, Origène].
Texte syrien. — Tous les autres témoins.
Épîtres paulimennes. — On peut grouper les manuscrits des épîtres pauliniennes de la même façon que ceux des évangiles et des Actes, mais les carac-
tères des textes y sont moins nettement marqués. Le texte occidental, en particulier, a moins d'additions et d'omissions.
Texte neutre. — N B [A C], version bohaïrique [Origène].
Texte occidental . — D G F G [B] , vieilles latines , anciens Pères latins.
Texte alexandrin. — Dans [A G, Origène] s'il est quelque part.
Et aussi un groupe Césaréen : Rfl II, Euthalius.
Il est à remarquer que, dans les épîtres pauliniennes, B a par places des éléments distinctement occidentaux, de sorte que, si on le trouve uni avec D E F G contre n A G, ce dernier texte doit être considéré comme le texte neutre.
Épîtres catholiques. — Le témoignage des manuscrits pour le texte de ces épîtres n'est pas suffisamment caractéristique pour en permettre un groupement définitif. Il est seulement possible de dire que, pour celles-ci aussi, les manuscrits n B semblent avoir le meilleur texte et la version latine représenter un texte de type plutôt différent. Un manuscrit de Corbie, ft, contenant l'épître de saint Jacques, est remarquable comme représentant probablement une version locale en usage dans le voisinage d'Aquilée, tandis que le manuscrit m a un texte africain.
Voici comment Westcott-Hort sont arrivés à déterminer ces quatre groupes. Il existe un certain nombre de variantes qui se présentent sous trois formes : deux formes courtes et une forme longue, qui réunit les deux formes courtes. Ex. : Me, IX, 38 : 1 Kal éxtoXuoiuv aùfov, Sri oùx rjxoXoûOet ^(/.ïv, qu'on trouve avec de petites variations dans les manuscrits sBC LA, lyriaquei l'eschitto et Uarkléenne , versions Hohaïrique, Ethiopienne;
2 *Oç oùx axoXouôet y.tO' fjtiwv xai IxwXuOfxev aùfév, qui est avec quelques légères variations aussi dans DX, 1-209, groupe Ferrar, 28, ta b c ffa, Vulgate arménienne;
3 *0; o5x txxoÀouÔeï fjfiîv xal IxojXûuajjLsv aùxov , #ti ocix àxoXouôeï ri(jL'v, qui se trouve dans ANEFGHKMSU VFII et dans toutes les autorités, sauf celles citées plus haut.
Le, XXIV, 53 : 1 EùXoyoOvteç tov Oeôv, dans x B C* L, Memphitique, syriaque lliérosolymitaine;
2 Atvouvxiç xov Beo'v, dans D, a b c tf, manuscrits de la Vulgate, Augustin;
3 Alvoïïvxeç xal eùXoYOÙvteç tov 0eov, dans A C X F II Iv MSUVnn.cfq, Vulgate, Peschitto, Harkléenne, Arménienne.
Ma, IX, 49 : 1 113; yàp rcupl àXtffÔ>faeTai, dans (m) B L A, 1, 118-209, Ci, 81, 435, Memphitique, Arménienne.
2 naffajifàp ôuuia àXl àXiafafceTat, dans D, Guretonienne, (a) b c ff i \k Gigas llolm.
3 Ilaç yàp mipt àÀtff9ï)ff£Tai, xal 7î3<7a Ouata âXl àXiaÔ^aeTat, dans ACNXEF C II K M SUVT II et toutes les autres autorités non citées ci-dessus.
\\ cstcott-Hort ont encore relevé d'autres leçons agglomérées dans Me, V 111, 26; Le, IX, 10; XI, 54; XII, 18 et ils ajoutent qu'on pourrait en trouver d'autres, ce qui est arrivé en effet Ainsi dans Actes, VI, 8, un groupe de documents donne Tilr\ç>y\<; /âpi-cos, un autre TrXnipTiç Tïicnsto,-, tandis que le Laudianus, Ea, a irX^'pr,; X.apiTo« xal ttiWw;. Dans Me, XIII, 11, les majuscules x B D L, les minuscules 1 33 209 ont pà\ Trpo(iepifxvaT«; le majuscule W a ^ irposfjLeXeTa-K, tandis que le plus grand nombre des autres autorités ont (at) irpopepifÂîTs fjLY)âè ftaXaTaie.
Si l'on examine les autorités qui appuient ces trois formes de variantes, on constate que les mêmes s'accordent toujours pour donner la même forme de variante. Ainsi :
1 est toujours une variante courte trouvée dans n B, Bohaïrique ;
2 une autre variante courte trouvée dans D, vieilles latines, vieilles syriaques;
3 une variante plus longue, trouvée dans les autres autorités et qui semble unir les formes 1 et 2.
Pour juger quelle est ] des trois formes celle qui est originale et, par conséquent, quel est le groupe qui donne le meilleur texte, on pourrait examiner les caractères généraux de chacun de ces groupes. Le premier a une tendance aux omissions ; le second aux additions ; le troisième aux corrections qui expliquent le texte. Cette constatation ne nous donne aucune conclusion certaine, parce que ces caractères sont tout relatifs.
En effet, il semble plus probable que la leçon agglomérée est postérieure à la leçon simple. On comprend qu'un copiste, ayant sous les yeux deux manuscrits offrant chacun une leçon différente, les ait prises toutes deux, ne sachant laquelle choisir et voulant d'ailleurs conserver toutes les paroles du texte sacré, tandis qu'il est difficile de croire que, si la leçon agglomérée était originale, le copiste ait osé omettre des mots du texte et ait choisi seulement une expression, non tantôt l'une, tantôt l'autre, mais toujours la même dans le même groupe. — Pour expliquer ce choix identique, on peut supposer que tous les manuscrits d'un groupe dérivent d'un seul archétype. En outre, on répondra à Hort que les copistes du Vaticanus et du Sinaiticus ont simplement retranché les expressions pléonastiques, ce qui est une de leurs habitudes. Mais il restera le codex D et les vieux latins qui ont plutôt une tendance aux additions. Pourquoi dans ce cas auraient-ils pratiqué l'omission?
Ce critérium de l'évidence interne? étant à double tranchant, il faut en trouver un autre pour déterminer
la valeur absolue de ces groupes. L'examen des citations des écrivains ecclésiastiques nous le fournira. Westcott-Hort établissent que les écrivains les plus anciens, Origène. Clément d'Alexandrie, saint Irénée, saint Cyprien, Tertullien donnent tous une des deux formes courtes, tandis que les écrivains postérieurs, saint Jean Chrysostome et les autres Pères de l'Église grecque après le ive siècle ont la forme longue. Cette constatation est une forte présomption en faveur des formes courtes qui seraient plus anciennes que la forme longue.
Si l'on examine ensuite les diverses variantes de ces groupes, on constate qu'elles se retrouvent identiques dans chacun d'eux et ceux-ci sont appuyés par les mêmes écrivains ecclésiastiques, c'est-à-dirr lei plus anciens pour les groupes 1 et 2 et les plus récents pour le groupe 3. Il faut remarquer cependant que tous les écrivains ecclésiastiques postérieurs au ive siècle n'adoptent pas les textes de ce groupe 3. Saint Jérôme, dans la revision qu'il a faite du texte des évangiles, accepte surtout les leçons du groupe 1 et quelquefois maintient celles du groupe 2.
Ceci posé, voici comment Hort expose l'histoire du texte du Nouveau Testament et explique l'origine des groupes. On a constaté que le premier groupe a son habitat principalement en Egypte; que le second est répandu au ne siècle dans toute l'étendue du monde chrétien, aussi bien en Syrie, en Egypte qu'en Occident; que le troisième se retrouve à partir du milieu du ive siècle à Antioche et plus tard à Constantinople. L'hypothèse suivante, dont quelques parties d'ailleurs ont été déjà proposées, explique ces faits.
Au ne siècle, le texte du Nouveau Testament, surtout celui des évangiles, fut fréquemment copié pour être répandu dans le peuple chrétien. Ces copies n'étaient
pas surveillées par l'autorité et chacun les exécutait sans se préoccuper beaucoup de reproduire très littéralement le texte. Les copistes se permettaient des corrections pour amender le texte ; ils y introduisaient les faits de la vie du Seigneur quils avaient appris par la tradition orale. De là des passages entiers ou des versets inconnus aux autres types de texte, qui se sont glissés dans le texte du 11e siècle. Les copistes complétaient aussi le texte d'un évangile par celui d'un autre. Il y eut encore des changements introduits dans le texte pour le rendre plus conforme à l'état des choses au ne siècle. On retrouve ce texte dans toute l'étendue de l'Église, sans qu'il soit possible de dire en quel lieu il est né. Hort croit qu'il faut chercher son origine en Syrie et que c'est là qu'on le trouve tout d'abord dans les vieilles versions syriaques. D'Orient, il passa en Occident où il se retrouve dans les vieilles versions latines. — Ya-t-ileu vraiment influence directe des versions syriaques sur les versions latines? C'est là une hypothèse qui n'a pas été admise par tous les critiques. Il n'est pas impossible que ce texte occidental n'ayant rien d'homogène, c'est-à-dire présentant des variantes divergentes suivant les documents qu'on examine, ne se soit formé un peu partout, sans qu'il y ait toujours eu réaction d'un représentant de ce type sur un autre.
Cependant, disent Westcott-Hort, il était resté des manuscrits purs de toute altération, reproduisant par conséquent le texte original. Nous en retrouvons surtout en Egypte, où les meilleurs représentants de ce tante sont \v Vaticanus elle Sinaiticus. llort a donné au texte do ces manuscrits la qualification de texte neutre parce qu'il n'a admis en général aucune des i n tci jn .l.i lions du texte occidental, ni des corrections Bunaticalee du texte <i<i il appelle alexandrin.
DE LACHMANN JUSQU'A NOS JOURS. 45y
Le texte du Nouveau Testament ne resta pas cependant en Egypte, en particulier à Alexandrie, pur de toute correction intentionnelle. Alexandrie était un centre de culture hellénique et ses grammairiens et critiques, habitués au grec classique et experts dans l'art de corriger les auteurs, devaient être tentés de ramener le grec vulgaire du Nouveau Testament à des formes plus classiques. Cependant, comme les copistes alexandrins étaient savants et soigneux, ils ont transcrit les textes littéralement, tout en y introduisant des corrections de grammaire ou de langue. Hort ne cite aucun manuscrit qui représente complètement ce texte qu'il appelle alexandrin. Il a seulement laissé des traces dans quelques manuscrits, tels que k CL A 2 33 pour les évangiles, dans les versions égyptiennes et surtout chez les écrivains alexandrins, Clément d'Alexandrie, Origène, Cyrille d'Alexandrie.
Tel fut l'état du texte du Nouveau Testament pendant les quatre premiers siècles de l'Eglise. Vers le milieu du iv,! siècle, on se préoccupa à Antioche de reviser le texte afin, pensait-on, de le ramener à sa pureté primitive. Peut-être voulut-on imiter la revision des Septante qu'avait exécutée le prêtre Lucius d' Antioche. Hort insinue même que c'est à lui qu'on doit la revision du Nouveau Testament; Sanday, von Soden et d'autres critiques l'affirment nettement, se basant surce fait que sa revision de l'Ancien Testament présente les mêmes caractères que celle du Nouveau.
D'après Hort, cette revision eut lieu en deux fois. Il remarque que la version syriaque Peschitto tient une position intermédiaire entre les plus anciens textes et ceux qui se retrouvent dans les Pères de l'Église, postérieurs au ive siècle. Il en conclut qu'il y eut une première revision du texte grec, laquelle servit à une revision de la Peschitto. Cette revision aurait eu lieu
vers le commencement du ivc siècle; plus tard, on procéda à une revision plus complète du texte grec, en suivant toujours les mêmes principes. Cette seconde revision aurait été terminée vers le milieu du ive siècle. De son lieu d'origine Ilort a appelé ce texte le texte syrien.
Ses caractéristiques principales étaient, comme nous l'avons déjà vu, d'agglomérer les variantes des textes précédents et surtout de rendre le texte plus facile à comprendre en adoucissant ou en expliquant les passages difficiles. Dans ce but, on introduisit dans le contexte des conjonctions pour adoucir les transitions trop brusques, on substitua les noms propres aux pronoms pour éclaircirle sens ; les formes peu ordinaires furent remplacées par des formes familières. « Pour la matière et le style, le texte syrien, dit Hort * , est un texte remarquablement complet. Il se complaît dans les pronoms, les conjonctions, les termes explétifs et en chaînons de tout genre, ainsi qu'en d'autres additions plus considérables... Ce texte est d'une forme coulante et attractive, mais le sens en est appauvri et l'énergie diminuée. Il est mieux adapté à l'usage ordinaire et à la lecture publique qu'à l'étude approfondie et appliquée. »
Ce texte revisé eut une immense diffusion, et l'on ne peut s'en étonner, si l'on se rappelle quelle a été à cette époque l'influence de l'école d'Antioche en tout ce qui touche aux études bibliques.
Les circonstances favorisèrent d'ailleurs l'extension et la prédominance du texte syrien. Saint Jean Chrysostome, élevé à l'école d'Antioche, le porta à Constant inople, et de la capitale de l'empire il rayonna sur tout l'Orient. Bientôt les provinces les plus orien-
l, Thé .Y''"' Tutatntnt in iht original grttk, n. p. Ift.
taies de l'empire tombèrent an pouvoir des Arabes, et Constantinople devint le centre du christianisme oriental et le siège d'une grande activité scientifique. Beaucoup de manuscrits du Nouveau Testament y furent copiés et, étant de date plus récente, ils nous ont été conservés, tandis qu'en Orient les Arabes détruisirent, brûlèrent partout les bibliothèques, anéantissant ainsi toute la littérature ecclésiastique de l'Egypte et de la Palestine, en particulier, lieux où l'on aurait pu trouver les manuscrits des textes antérieurs au ive siècle. Que les manuscrits de ces textes, qu'on pourrait appeler aberrants, parce qu'ils diffèrent du texte officiel, ne nous aient pas été conservés à Constantinople, cela s'explique par ce fait bien connu que l'on détruisait tous les ouvrages dont la doctrine n'était pas conforme à l'orthodoxie ou était soupçonnée de tendances hérétiques, témoin la destruction des œuvres d'Origène. A plus forte raison, fit-on disparaître les manuscrits de la Bible dont le texte n'était pas conforme au type officiel.
Après avoir établi ces quatre types de texte : neutre, occidental, alexandrin, syrien, Hort pose les principes suivants de critique textuelle * : Le texte occidental est un texte altéré, l'alexandrin un texte corrigé, le syrien un texte revisé, artificiel, si l'on peut parler ainsi. Reste le texte neutre, dont il faut retrouver les leçons. 1° Toute leçon attestée parles manuscrits plus récents et qui ne se trouve pas dans xBCDLP et les autres autorités citées dans le tableau, p. 452, doit être considérée comme syrienne et par conséquent rejetée. 2° Lorsqu'une leçon est attestée par ces dernières autorités en union avec les manuscrits récents contre les plus anciens témoins, elle doit être