ÔL GrïCOM, op. fit. |i. 8U
Pour établir son système de canons, dont nous allons parler, Eusèbe se servit d'une division des évangiles en chapitres. Etait-il l'auteur de cette division ou l'a-t-il empruntée à Ammonius? Il semble bien que cette division est antérieure à Eusèbe, mais il n'est pas établi qu'elle soit l'œuvre d'Ammonius. On la cite cependant souvent sous son nom en la qualifiant de a sections ammoniennes ». Ces sections se rencontrent dans certains manuscrits sans être accompagnées des canons d'Eusèbe, ce qui tendrait à prouver qu'elles sont indépendantes de ceux-ci. C'est l'opinion de la plupart des spécialistes, Scrivener, Gregory, von Soden, qui cependant ne les attribuent pas à Ammonius, mais constatent qu'elles sont antérieures à Eusèbe. Mill1 soutenait aussi qu'elles sont l'œuvre d'Ammonius; Wettstein et Lloyd au contraire pensaient qu'Eusèbe est l'auteur des sections et des canons.
Quoi qu'il en soit de cette question, voici le système d'Eusèbe, tel qu'il l'a exposé dans son épître à Carpianus. Son but est de mettre les évangiles en parallèle dans leurs plus petits détails, ce qui l'oblige à diviser les évangiles en sections de longueur très variable ; il en est d'un demi-verset. Mattbieu est partagé en 355 sections, Marc en 233, Luc en 342 et Jean en 232; en tout 1162 sections. Ces chiffres donnés par Gregory 2 ne sont pas toujours les mêmes dans les manuscrits. Le total est conlirmé par Epiphane 3 : Têffffotpa eîalv eOaYY^l3t> xetpaXaîwv giXiuv éxoiT&v I^xovTa £uo.
Eusèbe rangea ensuite ces sections en dix tables
i. Novum Testant. Monilum,p. viii-xi, Oxon. 18*7. •2. Nooum Testamenlum graece reeensuit Tischendorf; Prolcgoniena scripsit Grkcorv, vol. m, p. 143. Leipzig. 1884. ;!. Ancoratus, cb. L.
qu'il appela canons. Le premier, A, contenait 74 sections communes aux quatre évangiles; le second, B, 111 sections communes à Matthieu, Marc, Luc; le troisième, F, 22 sections communes à Matthieu, Luc, Jean; le quatrième, à, 25 sections communes à Matthieu, Marc et Jean; le cinquième, E, 82 sections communes à Matthieu, Luc ; le sixième, <r, 47 sections communes à Matthieu, Marc; le septième, Z, 7 sections communes à Matthieu, Jean; le huitième, n, 13 sections communes à Luc, Marc; le neuvième, 0, 21 sections communes à Luc, Jean ; le dixième, I, contenait les sections particulières à chaque évangile : 12 pour Matthieu, 21 pour Marc, 71 pour Luc, 97 pour Jean. A la marge des manuscrits étaient inscrits le chiffre de la section et celui du canon ; en se reportant au canon et au chiffre indiqués on trouvait les passages parallèles. Exemple : Matthieu, III, 3, nous trouvons à la marge des manuscrits qui ont la tabulation
eusébienne, l'indication suivante : ^. La lettre supérieure m, c'est le chiffre de la section et l'inférieure le numéro du canon. Prenons le canon A ou 1 et à la section *) ou 8, nous trouvons cette concordance : Marc, p ou 2, Luc, Ç ou 7, Jean, i ou 10 et si nous nous reportons dans les manuscrits ou les éditions imprimées qui ont la tabulation eusébienne, nous trouvons que dans les quatre passages parallèles sont rapportées les paroles d'Isaïc : tl>wv^ (3oÛ)vto<; èv Tri tprjuto. Le parallélisme des passages est quelque-
fois nmins évident. Ainsi, au sigle ^ ou -p. répété
six lois, sont indiqués les passages : Mt, X, 40, Me, IX. 37, Le, X, J<>, .///, Mil, 20 qui rapportent à pou près ces paroles du Seigni nr : 'O i\ik 8iyô|juvo< ôé^EToti tov à7to<TTe(X«vTot |aï, sauf Jean qui répète L'idée et non les
termes. Mais en môme temps sont indiqués cinq passages de Jean, XII, 44; V, 24; XIV, 15, 21, 24, qui n'ont qu'un rapport assez général avec la parole du Seigneur citée plus haut.
Cette harmonie évangélique a été marquée sur un grand nombre de manuscrits. Le Sinaiticus a les sections et les canons d'Eusèbe, mais de la seconde main, c'est-à-dire de celle du correcteur. Les manu* crits AEGLNSUV etc. et de nombreux minuscules ont les sections et les canons d'Eusèbe '. Malheureusement, les manuscrits ne reproduisent pas tous exactement les mêmes chiffres, soit par suite de corrections intentionnelles, soit par la négligence ou l'inadvertance des copistes.
Cette notation a rendu de grands services et pourrait en rendre encore, maintenant surtout que, dans les éditions qui la reproduisent, on a remplacé les lettres par des chill'res arabes.
Les Actes des apôtres et les épîtres catholiques. — La division des Actes des apôtres el des épîtres catholiques a été attribuée à Euthalius, dont nous avons déjà parlé. Nous jugeons inutile de reproduire les discussions qu'ont soulevées divers critiques, Rendel Marris, Bousset, Conybeare, Robinson. von Dobschùtz, sur les questions que soulève le rôle d'Euthalius dans cette division des Actes, des épîtres catholiques et des épîtres pauliniennes2. A quelle date a-t-elle été exécutée? Quels rapports y a-t-il entre la capitulation cuthalienne et celle des manuscrits n Bî Quelle est celle des deux qui est l'origine de l'autre? De ce débat il semble résulter qu'Euthalius, diacre d'Alexandrie.