‹ Le Nouveau Testament dans l'Église ChrétienneChapitre 44 sur 156 · VERSIONS LATINES AVANT SAINT JE HOME · texte numérisé non relu

VERSIONS LATINES AVANT SAINT JE HOME

Si. — Noms de la vieille version latine.

La vieille version latine était appelée d'ordinaire l'Itala ou l'Italique, dénomination commode mais inexacte, car elle appliquait au tout un nom qui ne convenait qu'à une partie. Ce nom venait d'un passage de saint Augustin1 : In ipsis autem interpretationibus Itala ceteris praeferatur, nam est verborum tenacior cum perspicuitate sententiae, et latinis quibuslibet emendandis Graeci abhibeantur, in quibus quod ad vêtus testamentum attinet... Libros autem novi testamenti si quid in Latinis varietatibus titubât Graecis cedere oportere non dubium est. Casley a conjecturé qu'il fallait lire : illa ceteris praeferatur, et Potter : usitata. Ces conjectures paraissent peu fondées, surtout la seconde.

Il est clair que saint Augustin compare ici plusieurs

t. De doctrina christiana, 11,-2-2.

versions latines, et qu'il déclare préférer celle qu'il appelle Itala, à cause des qualités de son texte. Est-ce que cette Itala serait la version latine en usage, au temps de saint Augustin, dans l'Italie du nord et qu'il avait dû pratiquer pendant son séjour à Milan, auprès de saint Ambroise, version plus exacte et plus latine que celle qu'il lisait en Afrique? C'est ce que l'on croit ordinairement. Mais Burkitt' a essayé de démontrer que cette version Itala ne serait autre que la version Vulgate de saint Jérôme. Cette opinion, appuyée sur diverses preuves, a été acceptée par quelques spécialistes, Zahn, Berger, Corssen, mais rejetée par d'autres, Mercati, Monceaux, Kennedy, Lejay, Méchineau. La preuve principale que donne Burkitt de son hypothèse n'est pas décisive. Il y a, d'après lui, entre les citations du De Consensu Evangelistarum et la Vulgate un accord presque constant. Mais, ainsi que nous le verrons, la Vulgate est une revision du texte italien et les différences entre elle et ce texte ne sont pas très nombreuses, de sorte que saint Augustin, citant un texte italien, peut paraître citer la Vulgate. En outre, les adversaires de Burkitt, Vogels en particulier, tout en reconnaissant que les Mss. du De Consensu Evangelistarum suivent la Vulgate, soutiennent que tous ces Mss. ont été interpolés.

Quelle que soit l'opinion que l'on adopte sur la version Itala, le terme ne peut s'appliquer qu'à une des versions latines et non à leur ensemble. On préfère donc actuellement les appeler les « vieilles versions latines » ou « la vieille Vulgate » ou « la Vulgate antéhiérony mienne ». Nous adoptons la première dénomition.

I. Thr otd Latin and th« Itala, p. •';:• >v>, Cambridge, 1896.

g 2. — Langue des vieilles versions latines.

La première question qui se pose à propos de ces vieilles versions latines est celle de leur patrie d'origine, d'où découlera celle de leur date. Pour la résoudre il faut étudier la langue de ces versions.

Les vieilles versions latines ont été écrites en latia populaire, cette langue que les lettrés appelaient cotidiana, rustica, plebeia; c'était la langue du peuple, mais aussi celle de la conversation dans les classes les plus élevées de la société. Plaute et Ennius l'ont souvent employée dans leurs écrits. Sans différer totalement de la langue classique, elle offre cependant des divergences lexicologiques, morphologiques et syntaxiques assez profondes pour qu'il soit nécessaire de relever les plus remarquables. L'étude des changements de signification qu'ont subis les mots est la plus intéressante et môme, en un sens, la plus utile pour le lecteur du Nouveau Testament ; aussi la traiterons-nous, bien qu'elle n'apporte aucun élément de solution pour la question que nous avons en vue : la patrie d'origine des vieilles versions latines.

On la trouvera exposée très en détail dans Rônsch ' et dans Kaulen2. Observons qu'un certain nombre des particularités que nous allons signaler se retrouvent dans la Vulgate, surtout dans le Nouveau Testament, et cela s'explique par ce fait que le texte néotestamentaire de la Vulgate est le texte des vieille* versions latines, plus ou moins revisé par saint Jérôme. En outre, nos relevés portent sur l'ensemble de la Bible et non exclusivement sur le Nouveau Testament.

1. Itala und Vulgata.Das Sprachidiom der urchristlichen Italaund der rômi&chen Volkssprache, Marburg. 187&

2. Sprachliches Handbuch zur biblischen', Vulgata, Freiburg Br.,

Au point de vue morphologique nous trouvons dans la vieille version latine un grand nombre de mots dont la terminaison n'est pas celle du latin classique. Signalons les terminaisons en mentum : aeramentum, cogitamentum, inquinamentum, — en men : cogitamen, linteamen, — en monia, ium, eum : alimonia, cremium, sanctificium, calcaneum, — en arium, erium, orium : atramentarium, boletarium, improperium, propitiatorium, — enculum : habitaculum, — en ura : capillatura, — en are : luminare, — en entia : concupiscentia, delinquentia, — en tor : acceptor, adnuntiator, — en trix : criminatrix, — en or : frendor, — en io : acquisitio, contaminatio, — en a : calvaria, pruna, — en us : coruscus, accubitus, — en atio, baptizatio, blasfematio.

Des noms ont changé de déclinaison; on trouve : pavus pour pavo, retia pour rete, altarium pour altare, cratera pour crater, etc.; des verbes ont changé de conjugaison : exercëre, lugSre, florire, accersire, fodire, etc. Des mots ont changé de nombre; on a inimicitia, scala, virgultum au singulier et carnes, aequitates, sanguines, miserationes au pluriel.

De nouveaux diminutifs ont été formés : pugillus , auricula, casula, mamilla. Des adjectifs et des participes sont devenus des substantifs : infernus, salutare, volatile, beneplacitum, incensum.

Quelques adjectifs ont pris des terminaisons nouvelles enbilis,ilis, alis, cens, cins, eus, ius, uns, osus, anus, ninus, bundus, etc.; des participes passés sont devenus des adjectifs : beneplacitus, disciplinatus, ingensatuB, etc.

Noir avons des adverbes terminés en e, im, itus , nter; des verbes nouveaux formés par des noms : ueruginare, cibarc, fornicari ; par des adjectifs : angustaiv, anxiare, bajularc; par des compara-

lifs : minorare; par des superlatifs : proximare; par des adverbes : elongare, ou par d'autres mots : beatificare, castificare, fructUicare. Signalons des verbes composés : appretiare, appropiare, coagitare, exhonorare, adimplere. Nous avons des formes intensives nouvelles : febricitare : et aussi des combinaisons de mots : incorruptibilitas, incorruptio, pusillanimitas, coaequalis, comparticeps, intrinsecus. usquequaque ; des prépositions devant des adverbes : ab intus, ab invicem, pro invicem, a longe, de super, de intus, de sursum, de rétro; deux prépositions de suite : de sub.

Signalons les mots archaïques : gluttira, minare (mener); des grécismes : agonia, bravium, grabatus. melota, pliantasma, anathema, zizania, episeopus, presbyter, diaconus, paracletus, baptizare. colaphizare. judaizare, angariare, catechizare ; des hébraïsmes : gehenna, amen, alléluia, hosanna, sicera.

Relevons des comparatifs et des superlatifs nouveaux : novior, proximior, parvissimus, piissimus. magnus valde (hébraïsme pour gadol meod). Les formes nouvelles dans la conjugaison des verbes sont nombreuses dans les divers temps ; le déponent devient actif : lamentavimus.

Les fautes de grammaire, de syntaxe en particulier, sont très nombreuses dans la vieille version latine et il en reste même quelques-unes dans la Yulgate. On trouve quelques barbarismes : necessarior. bibiturus, exiet, prendidistis ; des prépositions : ante. extra, in, per, post, propter gouvernant l'ablatif au lieu de l'accusatif; ab, coram, cum, de, in, prae, pro. sine gouvernant l'accusatif au lieu de l'ablatif; dignus, memor, avec l'accusatif; des verbes employés avec le datif au lieu du génitif. La Vulgate en présente un exemple : misertus est eis ; miserere lilio meo.

On a encore : egere, fungi, rememorari construits avec l'accusatif. On relèvera aussi le superlatif employé pour le positif, le superlatif pour le comparatif: plurima pour plura; le pronom possessif mei pour l'adjectif meus; ille pour l'article manquant en latin : ille alius discipulus ; hic et is sont employés de la même façon : in id ipsum pour in unum, simul; unus pour l'article indéterminé; accessit ad cum una ancilla; ipse signifie le même.

Des verbes sont suivis de prépositions inusitées : misereor super turbam. Au lieu de l'infinitif, une conjonction lie deux propositions : dico vobis quod gaudium erit ; l'indicatif est employé à la place du subjonctif, principalement avec les conjonctions cum. dum ; le gérondif pour le participe présent ou le futur passif, et d'autres incorrections grammaticales qu'on trouvera relevées dans Wordsworth-Sanday-White1.

Comme grécismes, nous citerons le génitif à la suite d'un comparatif : major horum; dominari gouvernant le génitif au lieu de in ou de l'ablatif; loqui avec le datif; avec l'accusatif, nous avons benedicere, confundi, maledicere, nocere, petere (accusatif de la personne). Signalons aussi le positif pour le comparatif : bonum tibi est in vitam intrarcquam ; in avec un nom de ville ; l'impératif employé comme condition : hoc fac et vives; l'infinitif pour exprimer l'intention. Relevons l'emploi général de l'infinitif : potestatem crucifigere, desiderium dissolvi, dignos solvere, idoneus docere, habeo baptizari, exierunt videre, tradidit eos servire: l'emploi du participe présent comme complément au Ben de l'infinitif; «le l'ablatif absolu pour le participe: du génitif pour l'ablatif absolu.

I. Old latin Inblical 7V.-M. V II. l'm-tionx of the Gospels accordait, tu St. Mark and St. Matthew, Oxlord, 18Wf, p. c-txxvi.

Comme hébraïsmes, citons l'emploi de la préposition ab après le comparatif ou le positif : minus fui ab iis; l'emploi adverbial de addere, adjicere, apponere : et addidit mittere tertium, adjiciens dixit, apposuit dicere.

Beaucoup de mots ont éprouvé des modifications de sens plus ou moins grandes. Ainsi d'abord, les noms suivants : animositas signifie colère, — sine causa, en vain, — commemoratio, souvenir, — commissura, ajouture, — compar, compagnon, — confusio, honte, ignominie, — conspersio, pâte, — conversalio, manière de vivre ; — correptio, punition, reproche, — custodia, gardien, — dillidentia, intidélité, — festivitas, fête, — honestas, richesse, — instita, bandelettes, — intentio, intention, — lacus, fosse, — mansio, demeure, — opéra, secours, — opinio, renommée, — oratio, prière, — palma, soufflet, — praevaricatio, violation, — praevaricator, pécheur. — pressura, souffrance, — querela, défaut, blâme, — refectio, salle à manger, — refrigerium a les sens les plus divers : rafraîchissement, récréation, soulagement, adoucissement, allégement, repos, consolation, joie, délices, jouissances; — resolutio,mort, — reverentia, honte, — sacramentum, mystère, secret, — stabulum, hôtellerie, — substantia, biens, fortune, — villa, champs.

Les adjectifs et les adverbes ont eux aussi des significations particulières : fidelis, croyant, — incredibilis, incroyant, — infidelis, id., — malignus, le Malin, le diable. — modicus, petit, peu important, — quis, lequel des deux, — rudis, neuf, — sufficiens, content, — tanti, tant, — iterato, de nouveau, — magis, plus fort. — paulo minus, peu s'en faut que, un peu moins que, — putas, est-ce que, — utique, oui, — ut puta, par exemple, comme on dit, — vel, seulement.

Il en est de même pour les verbes : abire, aller, voyager, marcher, — accepto ferre, considérer comme.

— accipere, prendre, — adjurare, conjurer, — afferre, porter, — atlendere ab, se garder de, — fieri potest, il est admissible, il peut se faire, — clarificare, glorifier,

— cogitare, avoir soin, — colligere, recevoir en hospit alité, — communicare, souiller, — compungere, frapper à fond, — concutere, faire violence, — confundere, rougir de honte, et d'autres significations un peu différentes, — congratulari,se réjouir avec quelqu'un, — consummare, accomplir, — conversari, vivre, — coruscare, faire des éclairs, — delibare, immoler, — demorari, demeurer, — deprecari, prier beaucoup, — desiderare, avoir besoin, — dimittere, abandonner, pardonner, laisser. — dinumerare, compter, — dormire, mourir,

— epulari, se réjouir, — eructare, faire connaître, — evacuare, abolir, abroger, — exhibere, donner de la nourriture. — exspoliari, être dépouillé de ses vêtements, — exterminare, ravager, détruire, — facere, passer le temps, — improperare, maudire, accabler d'insultes, — incipere, entreprendre, avoir l'intention de faire, être sur le point de, être dans l'avenir, commencer à faire, devoir être. Incipere est un des mots employés le plus souvent dans le Nouveau Testament dans les sens les plus divers et assez vagues,

— infirmare, être malade — instaurare, établir richement, - intendere, regarder, — nescire, ne pas connaître, — parère, apparaître, — pertinet ad, se soucier de, — pot arc. donner à boire, — praevaricare, passer d'un lieu à un autre, — promercre, prendre plaisir, être favorable, — refrigerare, raffermir, fortifier, — rememorari, se rappeler, — renuntiare, renoncer, — retinerc, se souvenir, — scire, connaître, — suggilare. dire des injures, — sustinere, attendre, — taedere, se décourager, — traducere. faire affront, diffamer. Quel-

ques verbes déponents prennent un sens passif: consolari, être consolé. — reraetiri, être mesuré.

Certaines prépositions ont aussi des significations particulières : absque, loin de, — circa, à côté de, avec (instrumental ), — ex, de (génitif), — in, de, — sub, au temps de, en présence, — deforis, hors. — secus, le long de, près. subtus, sous, dessous.

Telles sont les formes principales qui, dans l.s vieilles versions latines, sont empruntées au latin populaire, mais cette liste est incomplète si l'on pense au grand nombre de mots latins qui ont reçu une signification chrétienne. Un Latin du temps d'Auguste n'employait certainement pas dans le néme sens qu'un chrétien les mots tels que : virtus, gratia, creatio, gloria, redemptio, tentatio, praedicatto, eto. \<>!is n'avons pas relevé ces significations nouvelles parce qu'elles sont tellement différentes des sens classiques, qu'on ne peut s'y tromper.

g 3. — Pays d'origine des vieilles versions latines.

Si maintenant, pour déterminer le pays d'origine de ces vieilles versions latines, nous recherchons en quelle partie de l'empire romain nous retrouvons ces formes différentes du latin classique, nous constatons, si nous acceptons les références aux auteurs données par Ronsch, que, d'une manière générale, ces particularités, ces vulgarismes des vieilles latines se retrouvent dans la langue populaire de toutes les régions de l'empire. Il en reste cependant quelques-unes que nous trouvons seulement chez les auteurs africains. Ainsi, dans le codex Bobiensis, k, nous relevons des formes qui lui sont particulières et qui se trouvent aussi dans les écrits de saint Cyprien. « Les citations

bibliques de saint Cyprien, dit Mangenot \ servent à discerner les textes africains et elles ne détonnent pas avec son style propre 2 : ce qui est un nouvel indice de leur origine africaine. Ces textes ont toujours été exclusivement en usage en Afrique jusqu'à la fin du ive siècle, et on ne les retrouve cités en Europe que dans les écrits des auteurs originaires d'Afrique, tels que Lactance, saint Victorin de Pettau et saint Zenon de Vérone. Ils sont donc nettement africains et de leur histoire strictement africaine on peut conclure avec certitude à leur origine africaine. A Rome, en Italie et dans les contrées chrétiennes de l'Europe méditerranéenne on ne trouve en usage que des textes bibliques « européens » ou « italiens » 3. » Monceaux avait déjà soutenu que la première version latine avait été faite en Afrique : « On s'explique aisément, dit-il *, que les premiers missionnaires débarquant en Afrique aient dû introduire avec eux ou faire exécuter aussitôt une version de leurs principaux livres sacrés. Le grec n'était compris que des lettrés, ou des marchands de Carthage et des grandes cités maritimes. Partout les gens du peuple, et même la plupart des bourgeois dans l'intérieur du pays ne parlaient que le latin ou les langues indigènes. Or, les livres saints, gage des promesses divines, devaient être et étaient lus alors par tous les fidèles. De plus, on en récitait des fragments dans les réunions liturgiques. Enfin, dans ces psaumes à répons, dont parle Tertullien, c'était l'usage que lo peuple reprit en chœur certains versets.

i. Patrie et <latr ,(>■ la première version latine du Nouveau Testa ment, Lille, rui, p. :..

i. [le vocabulaire de saint Cyprien diffère beaucoup de celui de la Bible africaine. Di Bmjthe.]

:t. Roua diront i>Uih loin ce qu'on entend par textes européens, ita

i Hittoirt hti r,/i,nne,l. I"> |>- 406, l':ui>,

Si ces lectures édifiantes, si ces chants s'étaient faits en grec, quelques clercs seulement auraient compris peut-être, mais ils auraient été presque seuls à comprendre : hypothèse inadmissible, parce qu'elle est absolument contraire à l'esprit des communautés primitives. Ainsi, les nécessités mêmes de la propagande et du culte, dans l'Afrique romaine, exigeaient impérieusement qu'on traduisît au moins une partie des livres saints. »

Il nous semble qu'il y a seulement une forte présomption en faveur de l'origine africaine de ces versions. Le texte du manuscrit k est, en effet, celui que reproduit saint Cyprien et il possède les mêmes particularités linguistiques que les écrits de lévêque de Carthage. Mais est- il certain que la langue de saint Cyprien était une langue qui possédait des caractères spéciaux, la différenciant du latin vulgaire parlé en dehors de l'Afrique? En d'autres termes, e6t-ce que le latin parlé à Carthage avait des caractères particuliers qui permettait de le distinguer du latin parlé dans le reste de l'empire? Monceaux le croit; d'après lui, le latin populaire se développa et se déforma en Afrique d'après ses lois internes, mais il fut altéré surtout par son contact avec les idiomes sémitiques de la contrée ; il se forma une langue hybride où le latin dominait, mais un latin tout infiltré de punique et de libyque. Boissier ' n'admet pas cette hypothèse : « Les grammairiens anciens, dit-il, ne paraissent pas avoir réussi à découvrir bien sûrement quels étaient les signes distinctifs de la latinité d'Afrique. Ceux d'aujourd'hui ont-ils été plus heureux? Je ne le pense pas. » Après avoir discuté les exemples de latinité africaine, mis en avant par Monceaux, il conclut : « Tout ce qu'on

I. Les Africains; Étude sur la littérature latine d'Afrique, par G. Monceaux. Journal des Savants, Paris, 181)5, p. 38-40.

peut, je crois, affirmer, c'est que jusqu'à présent ce qu'on nous donne comme provenant du punique ou comme appartenant en propre à la latinité africaine est fort douteux ou tout à fait insignifiant. »

Dom Leclercq observe « qu'il n'y avait pas deux façons de parler mal le latin, mais une seule qui se retrouve dans toutes les provinces; l'Afrique, l'Espagne la Gaule, l'Italie et Rome même commettent des fautes semblables et sur ce point Yafricitas ne nous donne rien de positif1 ». Aymeric a donné sur cette question d'excellentes conclusions : « Où est le latin vulgaire qui soit différent du latin de l'église d'Afrique? Dans toutes les provinces de l'empire, le latin fut la langue du peuple romain, la langue de la maison, la langue de la famille, du marché, de la rue, de l'atelier et des camps. Mais pourquoi donc parler du latin africain? Le voici : cette langue commune à toutes les provinces devint, d'abord, en Afrique, la langue écrite et la langue de la littérature. A Rome, en Italie et dans les autres provinces, elle fut seulement parlée et n'eut pas de littérature. L'Afrique seule eut des Tertulliens, des (lypriens, des Augustins. Voilà pourquoi il est permis de prononcer le nom de latin africain et d'appuyer cette dénomination sur le caractère spécial de ces grands écrivains, mais non sur la langue elle-même. A supposer même qu'il existe des expressions introuvables ailleurs qu'en Afrique, on ne devrait encore rien conclure. Ne pourrait-on pas peut-être en trouver qui soient exclusivement propres à un Italien, à Plaute, Térence ou Pétrone? En conclura-t-on qu'il y a un latin italien a? »

i. Afrirptr (Langues pttiéei en) dam i<- Dicthrmatn (fffrvMolopfa

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Il suit de cette divergence d'opinion de plusieurs savants autorisés qu'on ne peut conclure avec certitude que la patrie de la vieille version latine soit l'Afrique. Elle a pu être faite ailleurs et saint Cyprien l'avoir adoptée. Et de fait, Chase, sappuyant sur la parenté textuelle des vieilles versions latines et des vieilles versions syriaques , a supposé que la première version latine avait été faite à Antioche. Sanday et Kennedy' acceptent cette hypothèse, sur laquelle nous reviendrons plus loin.

En outre, plusieurs savants catholiques, Dom Gams, Vercellone, Kaulen, Martin, Méchineau, soutiennent que la première traduction du Nouveau Testament a été faite en Italie, et d'après Kaulen, Turneret Souter, à Rome même. D'autre part, Mangenot déclare que « l'hypothèse à priori vraisemblable de l'origine romaine de la première version latine du Nouveau Testament, devient improbable, sinon fausse, par ce fait que l'église de Rome était, à l'origine, plus grecque que latine, que les premiers papes parlaient grec et écrivaient dans cette langue. Le premier pape qui ait écrit en latin, saint Victor, 189-199, était un africain de naissance, et l'église d'Afrique a fourni les premiers monuments latins de la littérature chrétienne. Si le peuple parlait latin à Rome, les chefs de l'église romaine écrivaient en grec. La prédication et l'interprétation de la sainte Ecriture pouvaient avoir lieu en latin, sans que l'église romaine ait eu nécessairement une version latine de l'Ecriture2 ». Il est possible, en effet, que dans les premiers temps de l'évangélisation, le .Nouveau Testament ait été traduit seulement de vive voix, en Italie,

1. The old latin Versions dans Etonnas, Dictionary of the Bible, t. m, \).:>\, Edinbargb, 1908.

2. Patrie et date de la première version latine du Nouveau Testament, p. 4, Lille, 19t.

en Afrique ou en Gaule. Cependant, est-il probable que cette situation se soit prolongée jusqu'au commencement du 111e siècle, ainsi que le soutient Mangenot? Ce n'est pas l'opinion du P. Méchineau i : « Vers la fin du ï** siècle, à Rome, comme en plusieurs autres contrées de la péninsule ou de l'empire, on devait posséder déjà quelque traduction de l'un ou de l'autre des trois premiers évangiles. Peu à peu, les autres documents, évangile de saint Jean, épîtres de saint Paul ou des autres apôtres, arrivent à la connaissance du monde d'Occident et sont pareillement traduits en latin pour l'usage soit du peuple, soit des prêtres et des évêques eux-mêmes. C'est dans la première moitié du 11e siècle, de l'an 100 à 150, que se fit la plus grande partie de ce travail et sur la fin du même siècle que le reste s'acheva. »

[Une étude des inscriptions trouvées dans les catacombes de Rome pourrait jeter un jour nouveau sur la langue parlée par le peuple, qui était probablement un mélange de grec et de latin. On relève des inscriptions grecques en caractères latins, ce qui suppose des gens parlant le grec, mais ne connaissant que l'alphabet latin, et inversement des inscriptions latines en caractères grecs, provenant de gens parlant latin et ne connaissant que l'alphabet grec. Ces constatations indiquent qu'à Rome le latin et le grec étaient indistinctement employés. Hoskikk.]

,; 4. — Date de naissance des vieilles versions latines.

En fait, nous n'avons aucune donnée positive pour résoudre la question; nous devons nous borner à

i. i triioru latintt '/<■ la H>hie antérUum à sainl Jérôme. Dicl. de la • i. \H.ounoiA, i. IV. col. 148, Paris, 1808.

examiner le problème plus restreint de la date de naissance de la version qui a laissé ses premières traces en Afrique. Les nombreuses citations néotestamentaires que l'on relève dans le texte latin du traité de saint Irénée, Adversus Haereses, ont dû être traduites directement sur le grec, et non empruntées à une version latine. En supposant moine qu'elles proviennent d'une version latine antérieure, cela n'avancerait guère la solution de la question, puisque nous ne savons à quelle époque le traité a été traduit en latin. Souter croit que ce fut au iv° siècle. Rappelons qu'il a été soutenu que le traité de saint Irénée avaitété traduit en Afrique. Bornons donc nos recherches à l'Afrique. Il est certain qu'au temps de saint Cyprien, 200-258, il y avait en Afrique une traduction latine du Nouveau Testament; ce fait ressort très nettement de l'accord qui existe entre le texte du codex Bobiensis et celui des œuvres de ce Père. De plus, il a composé des ouvrages comme les Testimonia qui sont un florilège de textes sacrés en latin, ce qui suppose qu'il existait de son temps une version latine des saintes Écritures. Mais est-on obligé de croire que cette version n'a pas été exécutée avant le commencement du 111e siècle? Mangenot le soutient' : « De l'aveu de M. Monceaux, ce n'est que chez saint Cyprien, qu'apparaissent nettement constitués et avec leurs caractères spécifiques des textes « africains » proprement dits, les seuls qui aient été en usage en Afrique depuis le milieu du m siècle jusqu'à la seconde moitié du ive. Donc, en l'an 200, l'église d'Afrique n'avait pas encore de version latine de la Bible, sinon de quelques livres; elle en possédait une complète au commencement de l'épiscopat de saint Cyprien, en 249. Cet évêque de Carthage l'em-

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