Epist. CVl ad Suniam et Freteltm
•2. Com. inlsaiam, XL1X, :..
Nous n'avons pas d'exemple que ce terme ait été appliqué à une version latine en dehors de son rapport avec le texte grec des Septante. Lorsque saint Jérôme parle d'une version latine des Ecritures, il se sert plutôt des termes : in latino, latinus interpres, apud latinos, et quand il mentionne la sienne il dit nos. nostra interpretatio. Mais comme sa traduction remplaça peu à peu la version traduite des Septante, le terme qui désignait celle-ci passa naturellement à la sienne, mais ce changement se fit très lentement. Même au moyen âge, la dénomination Vulgata editio était encore employée pour désigner les Septante, et la version de saint Jérôme était ordinairement désignée par les termes suivants : translatio emendatior [recens, nova, posterior, hebraica], translatio quam tenet [quam recipit] Romana ecclesia, editio nostra, codices nostri. Roger Bacon, 1214-1294, emploie encore « Vulgata editio » pour désigner les Septante en opposition avec la traduction de saint Jérôme : « Quare cum translatio Ieronymi evacuavit translationem vulgatam LXX et similiter Theodotionis, ut certum est omnibus, oportet quod Biblia qua utimur sit translatio Ieronymi 4 . »
C'est cependant dans Roger Bacon que l'on trouve, dit-on, le terme de « Vulgata » appliqué pour la première fois à la version de saint Jérôme. Mais les textes que l'on apporte pour établir cette proposition sont peu convaincants. Celui qui paraît le plus clair est le suivant : « Nam pro majori parte [textus] est corruptus in exemplari vulgato, quod est parisiensi2. » Mais, comme h- fait remarquer Gregory 3, le terme est appliqué à l'exemplaire parisien qui est répandu, vulgatus.
t. cf. Boby, /'<■ Biblionm ttvtibtu, Oxenli, no:;, p. m». 2. Ro4Mi Ricoh Optra, London, IM9| i, p. oa.
ni. p. fil»».
Il nous semble cependant que par le terme Vulgata Érasme * a désigné la version que nous appelons de ce nom, quand il écrit : « Vulgata novi testamenti editio. Hieronymi non est. » En effet, le Nouveau Testament de notre Vulgate n'est pas de saint Jérôme, puisqu'il n'en a été que le correcteur, ainsi que nous le dirons plus loin.
Quoi qu'il en soit, ce terme Vulgate a été consacré par le Concile de Trente pour désigner la version de saint Jérôme, lorsqu'il a dit en parlant de celle-ci : Insuper eadem sacrosancta Synodus considerans non parum utilitatis accedere posse ecclesiae Dei, si . \ omnibus Latinis editionibus quae circumferuntur sacrorum librorum, quaenam pro authentica habenda sit, innotescit, statuit et déclarât, ut liaec ipsa vêtus et Vulgata editio, quae longo tôt saeculorum usu in ipsa ecclesia probata est, in publicis lectionibus, disputationibus, praedicationibus et expositionibus pro authentica habeatur, et ut nemo illam rejicere quovis praetextu audeat vel praesumat. »
Quoi qu'on en ait dit, cette « vêtus et Vulgata editio » était bien la version de saint Jérôme, non telle qu'elle était sorti de ses mains, mais telle qu'elle était lue dans l'Église chrétienne. Depuis lors, ce terme « la Vulgate » a été réservé pour désigner cette version déclarée seule authentique par le concile de Trente.
Raison d'être et but de la revision des vieilles versions latines. — Jusque vers la iin du ive siècle, il n'existait pas de version latine officielle des saintes Ecritures. Au fur et à mesure que se multipliaient les copies du texte s'accroissait le nombre des variantes. C'est de saint Jérôme lui-même que nous apprenons
\. 2e édition de son Nouveau Testament 4519, dans sou Apologia, p. 64.
cet état de choses. Dans sa préface au pape Damase sur les évangiles, il constate qu'on ne sait où trouver le vrai texte : « Si enim latinis excmplaribus fuies est adhibenda ; respondeant quibus : tôt enim sunt exemplaria pêne quot codices. Sin autem veritas est quaerenda de pluribus : cum non ad graecam originem revertentes, ea quae vel a vitiosis interpretibus maie reddita, vel a praesumptoribus imperitis emendata perversius, vel a librariis dormitantibus aut addita sunt, aut mutata corrigimus * ? » Saint Augustin a constaté aussi, ainsi que nous l'avons déjà dit, l'infinie variété des traducteurs latins, et les Juifs eux-mêmes se moquaient des leçons divergentes des versions latines.
il était nécessaire de corriger ces défectuosités du texte des Ecritures et d'obtenir un texte unique, comme le dit très bien saint Jérôme : Hoc (Novum Testamentum) cum in nostrosermone discordât et diversos rivulurum transites ducit, uno de fonte quaerendum est.
Le pape Damase chargea, probablement en 3S2, saint Jérôme de faire une nouvelle version latine des saintes Écritures. Si nous en jugeons par sa lettre au pape, saint Jérôme avait seulement à reviser le Nouveau Testament : « Novum opus, écrit-il, me facere co^is ex veteri, ut post exemplaria Scripturarum toto orbe dispersa, quasi quidem arbiter sedeam : et quia inter se variant, quae sint illa quae cum graeca consentiant veritate, decernam. » La revision des évangiles fut faite lie des autres livres du Nouveau Testament en 384-385.
Nature et méthode de la revision de saint Jérôme. — S;iint Jérôme - nous expose lui-même quel a
MU i h tète ilos MlttOM de In YulRMe.
. ud Damaium.
été son travail : « Codicum graecorum emendata collatione, sed veterum, quae (evangelia) ne multum a lectionis latinae consuetudine discreparent, ita calamo temperavimus, ut his tantum quae sensum videbantur mutare correctis, reliqua manerepateremurut fuer.v Il a donc simplement fait une revision du Nouveau Testament. Ce genre de travail n'était pas une nouveauté, car en admettant que le texte européen n'est pas une revision du texte africain, mais une traduction indépendante, il est certain que le texte italien est une revision de l'européen, qui corrige le texte pour ai rendre la latinité moins rude et pour conformer le texte latin aux textes grecs de type syrien. Le codex Brixianus serait (Wordsworth) le meilleur représentant de cette revision; Saint Jérôme l'a connu et en a fait la base de la sienne; son texte latin des évangiles se rapproche beaucoup de. celui du Brixianus, daprès Wordsworth, ou de celui du Veronensis, d'après Burkitt, ou du Vercellensis, d'après Souter. La question aurait besoin d'être étudiée de nouveau, car les codex Veronensis et Vercellensis sont de type plus ancien que le Brixianus. Examinons quelle a été retendue de la revision de saint Jérôme.
Le travail n'a pas été le môme pour les évangiles que pour le reste du Nouveau Testament. « Pour les évangiles la revision a été complète dans les deux premierévangiles et dans la première partie du troisième. Dans la seconde partie de saint Luc et dans les premiers chapitres de saint Jean, saint Jérôme s'est borné à corriger le style et il a gardé les leçons du Brixianus. Dans le reste du IVe évangile il a suivi une voie moyenne4. » La revision a porté sur la langue, sur les traductions insuffisantes et sur les interpolations de la
1. Manc;enot. article Yuhjate dans le Dictionnaire de la Bible de "Vicouroux, t. V (le vol. n'a pas encore paru), Paris, M*.
vieille version latine. Il est inutile de nous arrêter sur les corrections grammaticales qui sont de pure forme. En voici cependant quelques exemples : Mt, V, 7 : ipsi misericordiamconsequenturau lieu de ipsismiserebitur Deus; 11 : propter me — propter justitiam ; 22 : fratri suo — fratri suo sine causa; 25 : es in viacum eo — es cum illo in ira; 29 : mittatur in gehennam — eat in gehennam; 43 : odio habebis — odies. Examinons plutôt comment saint Jérôme s'est comporté vis-à-vis des témoins de son texte. Ils sont divers et peuvent être catalogués sous trois chefs : textes grecs, textes latins, textes de type inconnu.
1° Saint Jérôme a utilisé principalement des textes grecs du même type que le Sinaiticus et le Vaticanus. D'après ceux-ci il corrigea les textes vieux latins dans de nombreux passages qu'on trouvera relevés dans Wordsworth-White *. En voici quelques-uns : nisi ob fornicationem, au lieu de nisi ob causam fornicationis, Mt, XIX, 9 ; justificata est sapientia a filiis suis, au lieu de ab operibus suis, Ml, XI, 19; sedere fecerunt, au lieu de sedebat, Mt, XXI, 7; virtutes taies quae per manus ejus elïiciuntur, au lieu de virtutes taies quae per labia, Me, VI, 2 ; licet dari, au lieu de die ergo nobis si licet, Me, XII, 14; ut venirent, au lieu de venite, Le, XIV, 17 ; credentes, au lieu de non credentes, Jn, VI, 64 ; patrem, au lieu de patrem meum, Jn, VIII, 38. Il a supprimé sine causa, Mt, V, 22; neque quid bibatis, Mt, VI, 25; sicut dixi vobis, Jn, X, 26.
11 a adopté contre les versions latines récentes la levon des plus anciennes versions latines, soutenue par les codrx Sinaiticus et Vaticanus: justitiam, Mt,\l, 1, au litMijde eleemosynam; quid me interroges de bono,
i. Nouum Trstuiii'iihtiH latine, p. 1 1 ■.
XIX, 17, au lieu dequid me dicis bonum; i'ratres tui, sans l'addition de sorores tuae, Me, III, 32 ; in testimoniumillis, sans addition, Mc,Yl, ll;Jesum, sans addition, Jn, V, 16; et veniebant ad eum, Jn, XIX, 3.
Quelquefois cependant saint Jérôme s'accorde avec les textes grecs et latins récents contre les textes anciens. Il ajoute : et qui dimissam duxerit moechatur, Mt, XIX, 9; hic calix, Mt, XXVI, 42; in die a septies, Le, XVII, 4; quotidie, Le, IX, 23 ; quia vadoad patrem, Jn, XVI, 16; qui ante me factus est, Jn, I, 27. Il a admis les f 2 et 3 de Mt, XVI ; Facto vespere dicitis : Serenum erit, etc. absents dexBVXr, mais admis par CDGH, etc. et les vieilles latines. Il suit ensuite les textes grecs récents contre le Sinaiticus et le Vaticanus et le codex Brixianus.
2° En quelques passages il adopte la leçon des vieilles versions latines contre les textes grecs : unus est bonus Deus, Mt, XIX, 17; in locum desertum qui est Bethsaida, Le, IX, 10. La plupart des corrections sont de pure forme : in zona au lieu de in zonam ; sequentibus se turbis au lieu de sequenti se turbae ou sequenti populo : cogitationes — cogitationem ; hora — die; Hierosolyma — Hierusalem ; ne pereant — nequid pereat.
3° Enfin, saint Jérôme a suivi quelquefois contre les témoins que nous avons, des textes grecs que nous ne connaissonspas :Mt, XXVII, 55, après mulieres multae longe, il omet videntes ou aspicientes; Me, XII, 29, Deus unus est au lieu de Dominus unus est: Le, IX, 44, in cordibus vestris au lieu de in auribus vestris; Jn, XXI, 16, agnos meos, au lieu de oves meas. En outre, on peut supposer que saint Jérôme a quelquefois introduit des variantes qui ne sont soutenues par aucun texte grec. Ainsi il nous apprend que Jn, X, 16, ovile au lieu de grex est sa traduction.
Il a supprimé la plupart des interpolations occiden-
to.
taies : Mt, III, 15, le feu sur le Jourdain lors du baptême du Christ; Mt, XX, 28, cherchez de petit à devenir grand; Jn, VI, 56. le corps du Fils de l'homme comme pain de vie, et d'autres interpolations moins importantes : Ml, XX, 28; Me, I, 3, 7, 8; IV, 19, XVI, 4; Le, VIII, 48; IX, 43, 50; XI, 36; XII, 38; XXIII, 48, etc. 11 n'a pas admis la doxologie de la fin du Pater, Mt, VI, 13, que l'on trouve dans les manuscrits grecs, EG KLW, etc., dans les vieux latins îgq et la Didachè.
On pourra se rendre compte du travail de saint Jérôme en comparant la Vulgate avec le texte du Brixianus qui a été, croit-on, la base de sa revision. Voici les différences qu'on peut relever sur un chapitre pris au hasard. Le premier texte est celui de la Vulgate. le second celui du Brixianus. Mt, VII : metietur — remetietur; trabem in oculo tuo — in oculo tuo trabem ; trabes — trabis ; mittatis — miseritis; forte — quando ; disrumpant — dirurapant; invertit — inveniet; porriget — porrigit; petet — petit; porriget — porrigit; bona dare — bona data dare; et vos — sic et vos ; eis — illis ; attendite — adtendile autem; tribulis — tribolis; omnis — ommis enim; exciditur — excidetur; mittitur — mittetur; intrabil — intravit; in regnum — in regno; dicent mihi — mihi dicunt ; nunquam — non ; ea assimilabitur — eam similibo eum; inruerunt — inpegerunt; similis erit — similabitur; inruerunt — inpegerunt ; fuit — facta.
Les divergences sont, on le voit, peu nombreuses ; aussi a-t-on soutenu, Burkitt et Kaufmann, que le Brixianus était un manuscrit de la Vulgate avec quelleçons vieilles latines qui lui seraient venues par l'entremise <le la version gothique.
Établissons donc notre comparaison à l'aide d'un antre mannaorit de type italien, le Monacensis. ,1//, Vlll : eum antem descendisse! — et descendent
eo; leprosus — leprosus quidam; cum — post haec ; centurio — quidam centurio ; potestate — potestate constitutus ; quod — quia ; ejicientur — ibunt : vade et — vade ; in — ex ; dimisit — remisit ; daemonia habentes — daemoniacos; dicentem — dicentem quia : aegrotationes — egrimonia nostra ; unus — quidam ; sequar — sequor; et dicit — dicit; tabernacula — nidos ubi requiescant ; reclinet — declinet ; de discipulis ejus — discipulus; Jésus autem — at ipse; dimitte — sine ; naviculam — navicula ; accesserunt et suscitaverunt — accedentes suscitaverunt ; salva — libéra ; dicit — ait; increpavit — imperavit; porro — illi autem ; quia et
— quod; mare — mari; in regionem — in regione: du»
— duo homines; saevi — periculosi ; clamaverunt — exclamaverunt ; non longe — longe: pascens — pascentium; mitte — permitte nos ire ; impetu — impetum; daemonia habuerant — daemonium habebant; obviam — in obviam.
Les corrections, on le voit, ne sont pas plus considérables pour le Monacensis que pour le Brixianus.
On s'est demandé si, outre les évangiles, saint Jérôme avait revisé aussi les autres livres du Nouveau Testament. Dans sa lettre au pape Damase. il ne parle que de la revision des évangiles; saint Augustin ne mentionne aussi que les évangiles dans sa lettre à saint Jérôme : « Proinde non parvas Deo gratias agimus de opère tuoquoEvangelium ex graecointerpretatuses '. >> On doit penser cependant que saint Jérôme a revisé tout le Nouveau Testament, puisque le pape Damase lui avait demandé une revision de toutes les Écritures. Il nous affirme2 d'ailleurs qu'il a fait le travail : « Novum Testamentum graecae fidei reddidi; Vêtus