‹ Le Nouveau Testament dans l'Église ChrétienneChapitre 58 sur 156 · Epist. CIV, ti · texte numérisé non relu

Epist. CIV, ti

t. De Viris ill. CXXXV.

juxta hebraeam transtuli. » Dans sa lettre à Marcella, vers 385, il se justifie des accusations de ceux qui attaquent sa revision en citant trois passages des épîtres de saint Paul, dont il a amélioré les textes : Rom. XII, 11, Domino servientes au lieu de tempori servientes ; I Tim. I, 15, fidelis sermo au lieu de humanus sermo ; I Tim. V, 19, nisi sub duobus et tribus testibus. Si d'ailleurs l'on compare le texte de la Vulgate avec celui des manuscrits vieux latins ou des écrivains antérieurs à saint Jérôme, on constate de nombreuses traces de revision.

Pour les Actes des apôtres, saint Jérôme a amélioré le latin des vieilles versions ; il l'a rendu plus correct et plus élégant. Voici quelques-unes de ses corrections : Actes, I, 4, convescens..., quam audistis per os meum au lieu de cum conversaretur cum illis..., quod audistis a me; I, 5, baptizabimini — tingemini; I, 7, dixit autem — at ille respondens dixit; I, 8, supervenienlis Spiritus sancti in vos — superveniente Spiritu sancto in vos; VII, 38, verba vitae — eloquiaviva; XIV, 15, nos mortales sumus similes vobis homines — nos similiter passibiles ut vos sumus homines; XXI, 5, et explicitis (expletis) diebus — cum autem factum explere nos dies; XXV, 16, ad abluenda crimina — de crimine.

Wordsworth et White ' ont démontré que, de même que pour les évangiles, saint Jérôme s'était servi pour la revision des Actes de manuscrits que nous ne possédions plus, mais le plus souvent de manuscrits de la môme famille que le Sinaiticus et le Vaticanus. Quelquefois, contre ceux-ci, il a suivi les manuscrits EH LP pins récents; par exemple, dans Actes, XX, 24, il adopte leur leemi : sed nihil horum vereor née fado

i. Nouum Tcitamentum, il, p. \i.

animam pretiosiorem quam me. En outre, il a conservé contre les manuscrits n B un certain nombre de leçons occidentales.

La revision des Actes est donc indéniable, bien que saint Jérôme ait laissé subsister un certain nombre de mauvaises leçons. Ainsi, Actes, XXVII, 13, cum sustulissent de Asson legebant Cretam, tandis que le grec porte : apavTeçàffffovTrapsXéyovTo tïjv Kp^TT)v : levant l'ancre, ils côtoyèrent de plus près la Crète.

Nous constatons aussi que saint Jérôme a revisé les épîtres de saint Paul. En voici quelques exemples : Rom. I, 13, nolo autem au lieu de non autem arbitror; I, 15, quod in me promptum est — quod in me est promptus sum; I Cor. X, 4, conséquente eos

— sequenti se; ib. 7, idololatrae efficiamini — idolorum cultores efficiamur; ib. 21, participes esse — participare; II Cor. III, 18, a claritate in claritatem — de gloria in gloriam; Gai. III, 25, at ubi venit fides

— veniente autem fide; Phil. II, 30, tradens animam suam — parabolatus de anima sua; I Tint, III, 12, qui filiis suis bene praesint — filios bene régente. Remarquons cependant que pour établir avec certitude cette revision des épîtres il faudrait examiner tous les témoins de l'ancienne version pour s'assurer que les leçons données comme hiéronymiennes ne s'y trouvent pas déjà.

11 semble d'ailleurs que la revision des épîtres pauliniennes a été peu attentive, car il subsiste dans le texte do la Vulgate quelques contre-sens : Éph. I, 23, on lit dans le texte grec : xotl aùxôv eôcoxsv xe^aX^v uitÈp Ttavxa ty) èxxXyiata et dans la Vulgate : et ipsum dédit caput supra omnem Ecclesiam. Mais est-ce bien le texte que saint Jérôme a laissé subsister? Dans l'editio minor du Novum Testamentum latine de Wordswortb- White, nous lisons : et ipsum dédit caput supra omnia

ecclesiae, traduction exacte du texte grec. Col. II, 20: ti wç Çwvteç ev MG\t.oi Soy^axi^ffôe est traduit : quid adhuc tanquam viventes in mundo decernitis, c'est-à-dire pourquoi décrétez- vous, tandis que le sens est : pourquoi vous laissez-vous imposer une décision, un décret? Eph. V, 16 : 'Ei;aYopaÇo|AEvot tov xtupdv, cherchant à saisir le temps, mettant à profit l'occasion, tandis que la Vulgate a : redimentes tempus.

En outre, en plusieurs passages le traducteur a méconnu le sens de la voix moyenne ; il semble que si saint Jérôme avait revisé de près les épîtres pauliniennes, il aurait corrigé ces inexactitudes et d'autres du même genre. La revision des évangiles a été exécutée avec beaucoup plus de soin.

La revision de l'épître de saint Jacques a été très profonde si nous en jugeons par la comparaison de la Vulgate et du seul manuscrit vieux latin que nous en avons, le Corbeiensis et des rares citations du Sessorianus et du Spéculum. Voici quelques-unes des corrections du ch. I : cum in tentationibus variis incideritis au lieu de quando in varias tentationes incurritis ; patientia — sufferentia ; perfecti — consummati ; si quis autem vestrum indiget sapicntiam — et si cui vestrum deest sapientia ; haesitans — dubitans ; movetur et circumfertur — fertur et defertur; vir duplex animo — homo duplici corde; exortus est enim sol cum ardore et arefecit fenum et flos ejus decidit et décor vultus ejus deperiit, ita et dives in itineribus suis marcescet — orietur enim sol cum aestu suo et siccat fenum et flos ejus cadit et dignitas iaciei ipsius périt; sic et locnplea in actu suo marcescit.

Si l'on compare ce texte du Corbeiensis avec celui de l;i Vulgate, on constate que les divergences entre les deux sont aussi nombreuses que les ressemblances. ( .< nest donc pas le texte du Corbeiensis que saint Jérôme

a revisé; ce n'est pas non plus celui du Sessorianus pour la même raison. Ces textes sont vieux latins, mais ils ont dû subir une première revision avant saint Jérôme. Ou plutôt, saint Jérôme a revisé une version vieille latine indépendante du Corbeiensis. Cette version devait être analogue à celle dont nous avons des fragments dans le palimpseste Bobiensis, s. Les dix gences avec la Vulgate sont peu nombreuses et peuvent provenir de la revision de saint Jérôme : petat pour postulet; assimiletur undae pour similis est lluctui: otiosa pour mortua; multi pour plures; acquus aiiimo pour patientes et patienter. Il y a aussi quelque* 0 missions*.

Les mêmes questions se posent pour les autres '■pitres catholiques et pour l'Apocalypse. A quel degré saint Jérôme a-t-il revisé la version italienne de oes écrits? La réponse est la même; sa revision a légère, surtout pour la IIe épître de Pierre, car plus qu«dans les autres écrits il a laissé subsister des inexactitudes ou des traductions tellement littérales qu'elles en deviennent inintelligibles.

///. - HISTOIRE li h: I. I VULGATE APRÈS SAINT JE HUME

Le texte manuscrit. — Le travail de saint Jérôme sur les saintes Écritures fut tout d'abord mal accueilli : «mi devait s'y attendre, car il troublait trop profondément les textes auxquels on était habitué, surtout pour l'Ancien Testament. On l'accusa de répandre l'erreur :

Krror mihi geminus infligitur, dit-il dans une de se* deux préfaces au livre le Job, corrector vitiorum.

I. Cf. Portions oftheActs or the Apostles, of the Epistle ofSt. James and the first Epistle of St. Peter from the Bobbio Palimpse$t («) t>y H l. WSlTI, OxJonl, 1897. } '

falsarius dicor et errores non auferre, sed serere. Tanta est enim vetustatis consuetudo, ut etiam confessa plerisque vitia placeant : dum magis pulchros habere volunt codices, quam emendatos. » Saint Jérôme dans sa réponse traita ses détracteurs de chiens hurlants. Nous ne rappellerons pas sa controverse avec saint Augustin qui avait essayé de le détourner de son projet de faire une traduction nouvelle de la Bible; saint Jérôme lui répondit avec l'âpreté que l'on sait.

Saint Augustin continua à se servir de la vieille latine et même lorsqu'il relève dans ses Rétractations de mauvaises leçons des Ecritures, il n'utilise pas la nouvelle version pour ses corrections. Cependant dans les Acta contra Felicem, 404, il se sert de la revision de saint Jérôme pour les évangiles, mais de la vieille latine pour les Actes.

L'opposition s'apaisa peu à peu. Au ve siècle, la version hiéronymienne est adoptée en Gaule par saint Prosper d'Aquitaine, saint Vincent de Lérins, Fauste de Riez, Scdulius et saint Mamert; saint Eucher de Lyon et saint Avit l'emploient aussi, mais non exclusivement. D'après S. Berger1, du commencement à la fin du vie siècle, les citations du Nouveau Testament tout entier étaient ordinairement empruntées aux textes anciens. En Italie on accepta avec faveur une version qui avait été faite par ordre du pape Damase et qui, de plus, était écrite dans un latin plus pur et moins fruste que celui des vieilles latines. Cependant, dans la liturgie, on se servait tantôt de la version hiéronymienne, tantôt de la vieille latine. Léon le Grand, 440-461, se sert autant de l'une que de l'antre. Ses successeurs ont agi de môme; il en est même qui Utilisèrent seulement la vieille latine3. Celle-ci n'était

i. Cf. Kkvlin, Gacliùhtr (fer Vulgata, Main/., 1868, p. 80».

donc pas complètement évincée, ainsi qu'il ressort du témoignage de saint Grégoire le Grand1 : « Novam vero translationem dissero, sed cum probationis causa exigit nunc novam nunc veterem per testimonia assumo; ut quia sedes apostolica, cui auctore Deo praesideo, utrique utitur, mei quoque labor studii ex utraque fulciatur. » Il résulte de ce passage que, même à la fin du vie siècle, la version de saint Jérôme n'était pas officielle à Rome, et qu'on la plaçait seulement sur le même rang que l'ancienne

En Espagne, saint Isidore de Séville -, recommande la version hiéronvmienne : « PresLn ter quoque Hieronymus, trium linguarum peritus, ex Uebraeo in latinum eloquium easdem Scripturas convertit eloquenterque transfudit, cujus interpretatio meritû ceteris antefertur; nam est et verborum tenacior et perspicuitate sententiae clarior, atque utpote a christiano interprète verior. » Walafrid Strabon, ixe siècle, répète ce témoignage de saint Isidore et affirme: i ll.i. translatione nunc ubique utitur tota Romana ecclesia, licet non in omnibus libris. » Julien de Tolède se sert encore de la vieille version quand elle lui est utile dans la polémique, mais en général il adopte la version hiéronvmienne.

En Afrique on resta plus longtemps attaché à lancienne version, ainsi qu'il appert du témoignage des manuscrits, et aussi des écrits de Junilius, de Tyco nius et de Primasius. En Bretagne, il en était de même; cependant saint Patrice citait la Vulgate, ainsi que Fastidius, ve siècle.

Si nous examinons les manuscrits, nous constatons que l'usage des vieilles versions s'est maintenu long-

i. Praef. in Job ad Leandrum ; P. M. LXXV, col. 510. a. Etym. VI, 4.

temps; dans quelques-uns, des livres entiers sont encore de la vieille latine ; dans la plupart, des notes marginales la reproduisent et dans beaucoup les textes sont tellement mélangés qu'on ne peut distinguer si le texte est une vieille version revisée ou la Vulgate altérée. Ainsi, dans le codex G, Sangermanensis. ixc siècle, l'évangile de Matthieu est version vieille latine ; pour les autreslivres il reste beaucoup de traces de cette version. Le codex Colbertinus, c, xnp-xmc siècle, possède les évangiles en vieille latine, le reste est le texte de la Vulgate ' . 11 en est de même pour le manuscrit de Perpignan, p. 144. Les manuscrits du Nord de la Grande- Bretagne et de l'Irlande, cités p. 197, ont un bon texte de la Vulgate, mais avec un fond de leçons vieilles latines.

On s'explique très bien cet état des textes, surtout pour le Nouveau Testament. Saint Jérôme ne l'avait pas traduit à nouveau, mais seulement revisé, de sorte que la substance de son texte reproduisait la vieille version latine. Le copiste habitué à celle-ci la reproduisait sans s'apercevoir toujours que le texte revisé était différent. Il introduisait ainsi dans celui-ci des leçons vieilles latines. 11 est difficile qu'il en eût été autrement. Il est possible aussi qu'il ait introduit délibérément pour des raisons dogmatiques ou polémiques, des leçons vieilles latines, ou simplement parce qu'il jugeait meilleur le texte vieux latin. S. Berger2 a fait ressortir cet état de choses : « Pour chaque passage les raisons qui ont pu causer l'altération du texte primitif sont différentes. On écrirait, à propos de la Bible latine, tout an traité « do mendorum causis ». On trouve use de beuucoup d'erreurs dans la présence de

i. ir.i|.i i s tioakii i Le fond <iu texte est vieux latin, tfèi isoles, sur lequel la vulgete usi »u|M:i|«>sée.

jp, cit. i». h.

plusieurs versions d'un même texte, en particulier de versions anciennes auxquelles l'Église avait peine à renoncer et dont quelques parties se perpétuaient dans la liturgie. L'exercice de la mémoire, plus développé en des temps où les manuscrits étaient rares, devait également amener une confusion incessante entre des textes parallèles comme sont les évangiles. Enfin, la dogmatique elle-même a sans doute une grande part de responsabilité dans la corruption du texte de la Bible latine. Les altérations dogmatiques, en effet, ne sont pas rares dans le texte de la Vulgate. La foi en l'infaillibilité des Ecritures pouvait se trouver blessée des différences qui se rencontrent dans les passages parallèles des livres saints. De là une tendance toute naturelle à compléter un évangile d'après les autres. Les doctrines les plus chères aux théologiens du moyen âge exercent toutes leur influence sur le texte de la Bible. Ici, c'est le dogme de la Trinité, que l'on veut trouver formulé en toutes lettres dans la Bible et que Ion affirme par la fameuse interpolation du passage des « trois témoins ». C'est la foi en la divinité de Jésus-Christ qui s'exprime en un grand nombre de falsifications de détail, toujours au détriment de son humanité... C'est ainsi que la petite foi des hommes à qui était confié le soin de reproduire le texte de la Bible, exigeait que tous les objets de leur croyance lussent exprimés en propres termes dans quelque passage de la Parole de Dieu. »

Il était nécessaire de porter remède à cet état de choses et nous allons voir que, depuis le vie siècle jusqu'à nos jours, on s'est efforcé de retrouver le texte primitif de la Vulgate de saint Jérôme.

Cassiodore, 486-560, constate que le texte hiéronymien était altéré et il l'a revisé, mais nous ne savons sur quoi a porté son travail; il ne donne ni la liste des

corruptions, ni celle de ses corrections. 11 voulait que les moines qu'il avait sous sa direction eussent les saintes Écritures « in codicibus emendatis », lesquels avaient été transcrits « sub collatione priscorum codicum ». Dom Chapman a essayé de prouver que Cassiodore avait fait reviser le texte à l'aide de manuscrits provenant de la bibliothèque du prêtre Eugipius, 455- 533 ' . En effet, le manuscrit des évangiles d'Echternach, codex Epternacensis, porte la note suivante : « Proemendavi ut potui secundum codicem de bibliotheca Eugipi praespiteri quem ferunt fuisse sancti Hieromini. » Don Chapman croit que cette note a été écrite par Cassiodore et il pense, en outre, que le manuscrit type dont il est parlé ici est non pas le manuscrit même de saint Jérôme, mais un exemplaire de la première édition, ou tout au moins une copie du commencement du v» siècle et d'origine romaine. Cependant l'Epternacensis ne peut être qu'un descendant lointain de ce manuscrit de Cassiodore. Enfin, le codex Amiatinus est probablement une copie du texte de la Bible contenu dans les neuf volumes de Cassiodore2 et par conséquent il remonterait directement à la copie de saint Jérôme par l'entremise de Cassiodore et d'Eugipius.

Des manuscrits italiens furent portés en Grande- Bretagne, lors de la mission de saint Augustin ou même plus tôt. Vers la fin du vne siècle, les monastères de Wearmouth et de Jarrow reçurent des copies de la Bible (Pandectes ou Bibliothecae), apportées d'Italie par Benêt Hiscop et l'abbé Ceolfrid. C'est d'après ces manuscrits que furent copiés l' Amiatinus et les Evangiles de Lindisfarne. Des copies de ers

1rs on thê early Mstory <>f l/ie Vulgale Gospels, Oxford, 1908,

Bibles passèrent dans les monastères d'Irlande, mais elles furent plus ou moins mélangées de leçons vieilles latines et syriaques particulières à l'Irlande. Dom de Bruyne croit que plus probablement la Vulgate alla en Irlande par des manuscrits venus de Lérins. Les moines irlandais portèrent ces copies sur le continent, en Gaule, en Suisse et en Germanie, où, transcrites à nouveau, elles reproduisirent aussi les leçons propres à ces pays. C'est à ces faits que nous devons ces nombreux manuscrits de la Bible, copiés par des moines irlandais qui reproduisent les leçons irlandaises et continentales'.

En Espagne, nous avons un groupe de manuscrits très particuliers. « Aucune famille de textes, dit S. Berger 2, excepté les textes irlandais, ne montre une originalité aussi exclusive. » Le texte vieux latin de type italien que l'on trouve dans les œuvres de Priscillien a exercé sur eux une forte influence. De plus, les scribes espagnols ont admis des interpolations ou ont complété le texte par des notes et môme des additions légendaires à la marge de leurs copies3. Il en résulte que le texte de ces manuscrits a peu de valeur critique. Parlant des codex Toletanus et Gavensis Wordsworth et White déclarent qu'ils ont plus souvent rejeté qu'accepté les leçons espagnoles'.

Ces textes espagnols se sont introduits en France, surtout dans le sud et firent concurrence aux manuscrits irlandais prépondérants dans le nord et l'est. Ce fut à l'aide de ces deux groupes de manuscrits que furent opérées, en Gaule, au vme siècle, deux re-

i. Sur cette histoire des textes irlandais dont nous n'avons indiqué que les grandes lignes, lire S. Ukiioer, Histoire de la Vulgate pendant les premiers siècles du moyen àye, Paris, 1895, p. •29-60.

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