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CHAPITRE II

Les versions syriaques sont de première importance pour la critique du texte du Nouveau Testament, d'abord à cause de leur valeur intrinsèque, mais surtout à cause des textes de types différents, qu'elles représentent. Si l'on arrive à déterminer la date relative de ces versions l'une par rapport à l'autre, on résoudra par là même la question de l'ancienneté du texte que chacune représente. L'exposé qui va suivre expliquera cette proposition.

Nous pourrions répéter à propos des versions ou de la version syriaque, ce que nous venons de dire sur les versions latines. On ne sait exactement ni l'époque à laquelle elle fut traduite, ni s'il y en a eu primitivement une seule ou plusieurs. La plus ancienne donnée que nous ayons sur la version syriaque des évangiles se trouve dans Y Histoire ecclésiastique d'Eusèbe, IV, 22, 8. Hégésippe cite l'évangile selon les Hébreux et l'évangile syriaque, Éxte tou x«6' 'Eêpafouç EÙaYYsXt'ou xai toï iupiaxoû. Quoi est cet évangile syriaque dont l'origine remonterait au moins au milieu du ue siècle? Est-ce une traduction des quatre évangiles séparés OU le hiatessaron, c'est-à-dire les évangiles mélangés?

On l'ignore et la question est très complexe ainsi que nous le verrons dans la suite de ce travail.

Nous allons d'abord 1° étudier les diverses versions syriaques que nous possédons, puis 2° discuter les questions de date et de priorité entre les versions. Avant de procéder à cet examen nous devons dire quelques mots sur la langue de ces versions : l'araméen.

§ i. — Langue des versions syriaques.

L'araméen est une branche des langues sémitiques. Nous n'avons pas à nous occuper des diverses langues qui forment le groupe araméen ; nous nous bornons à celles dans lesquelles a été traduit le Nouveau 'I ment. 1° L'araméen oriental est représenté pour nous par le Talmud de Babylone, le mandéen et surtout par le syriaque qui a été parlé dans la Mésopotamie septentrionale, dans le district dont Kdesse était la capitale. C'est dans ce dialecte que furent écrites les principales versions syriaques, Diatessaron de Tatien, Syriaques Sinaïtique, Curetonienne, Peschitto, Philoxénienne. Harkléenne. « La souplesse et la flexibilité de la langue araméenne, dit Chabot', sa syntaxe lâche et mobile se prêtaient aisément aux constructions les plus variées, et le christianisme trouvait dans le syriaque un instrument tout aussi approprié que le grec à la diffusion des idées nouvelles. »

2° L'araméen occidental est représenté par l'araméen biblique, qu'on trouve dans quelques livres de l'Ancien Testament, sunout Esdras et Daniel. Au temps de Notre-Seigneur, les Juifs parlaient cet araméen avec des différences dialectales assez fortes pour qu'on pût

I. Les langues et les littératures aramèenncs, \>. 29, Paris, 1M0.

distinguer le judéen et le galiléen ; il reste dans les évangiles une vingtaine d'expressions ou de mots araméens, sans compter les noms propres1. C'est probablement dans ce dialecte que saint Matthieu a écrit son évangile. 11 nous reste dans les dialectes judéen et galiléen divers écrits, des Targums, des parties du Talmud de Jérusalem.

Enfin, nous avons quelques débris de la littérature christo-palestinienne, écrits dans un dialecte très voisin de celui des Targums palestiniens et du Talmud de Jérusalem, ce sont les Lectionnaires hiérosolymitains, dont nous parlerons plus loin.

Nous n'avons pas à parler des autres dialectes de l'araméen occidental : le samaritain, le Palmyrénien et le nabatéen.

Nous possédons les versions syriaques suivantes : la version syriaque Sinaïtique, la Guretonienne, la Peschitto, la Philoxénienne, l'Harkléenne; la Hiérosolymitaine se rattache aux précédentes. Nous devons ajouter le Diatessaron de Tatien, représentant d'un texte syriaque important. Nous l'étudierons même en premier lieu, puisque d'après plusieurs critiques il serait le plus ancien texte syriaque des évangiles ; à GÛté du Diatessaron nous placerons la Sinaïtique et la Guretonienne qui ont avec lui des rapports très étroits. Ces trois textes syriaques formeront un premier groupe : le second sera constitué par la Peschitto et le troisième par les versions plus récentes.

.; 2. — Premier groupe des versions syriaques.

1° Le Diatessaron de Tatien. — La première question qui se pose à son sujet est de savoir s'il a été

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composé primitivement en grec ou en syriaque; la seconde, quelle est sa date et quel est son lieu d'origine. Sur ces divers points les critiques ne sont pas d'accord. Il est cependant très nécessaire de résoudre ces questions. Le Diatessaron est un des principaux témoins du texte dit occidental, mais dont on retrouve des traces, comme nous le dirons plus loin, dans les manuscrits syriaques et alexandrins. Il faut donc savoir si le Diatessaron a été tout d'abord composé au milieu du 11e siècle, au moyen du texte grec existant à Rome à cette époque, et ensuite traduit en syriaque, à Rome ou en Syrie. S'il en était ainsi, on constaterait l'existence à Rome d'un texte grec de type occidental. Si, au contraire, le Diatessaron a été composé en syriaque et en Syrie, il se rattache aux versions syriaques de ce pays, de type occidental, elles aussi, et de plus il représente un texte moins ancien, de la fin du 11e siècle, vers 175-180. Donc, dans quelle langue a été composé le Diatessaron?

Les arguments que l'on donne pour établir quelle a été la langue primitive ne semblent décisifs ni pourje grec, ni pour le syriaque. Von Soden * soutient que le Diatessaron a été composé en grec. D'après Eusèbe, dit-il, Tatien lui-même a appelé son Harmonie des évangiles : to Sià Teaaapcov ; il ne lui aurait pas donné un titre grec, si son Harmonie avait été en syriaque. Cette preuve est faible, car d'autres écrivains syriaques ont donné à leurs œuvres des titres grecs : Xpovixôv, 'ExxXriaiaffTtxvi. Von Soden ajoute que ni Eusèbe, ni Théodoret ne mentionnent que le Diatessaron n'a pas été composé dans la langue des xà xiovapa. Clément d'Alexandrie et Hippolyte de Rome ont utilisé le Diatessaron, ce qui suppose un texte grec; des

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