‹ Le Nouveau Testament dans l'Église ChrétienneChapitre 65 sur 156 · Evangelion da-Mepharresche, 11, p. -2'M · texte numérisé non relu

Evangelion da-Mepharresche, 11, p. -2'M

reconstruit approximativement à l'aide des commentaires de saint Éphrem sur le Diatessaron, écrits au IVe siècle, dont nous avons une version arménienne, faite probablement au vi« siècle et que nous possédons dans deux manuscrits du xne siècle. Elle a été traduite en latin par Aucher et éditée par Moesinger : Evangelii concordantis Expositio facta a sancto Ephraemo, doctore Syro. Zahn1, se servant de cette traduction, des Homélies d'Aphraates et des citations évangéliques répandues dans les commentaires d'Aphraates, a reconstitué le Diatessaron. On aurait pu se servir aussi pour cette reconstruction des commentaires d'Isho'dad, dont nous avons avons parlé plus haut et qui viennent d'être édités et traduits par Mrs Dunlop Gibson 2.

Une version arabe du Diatessaron du xr* siècle a été publiée en 1888 par le P. Ciasca 3 à l'aide de deux manuscrits. Cette version nous donne le contenu et l'ordre des matières du Diatessaron, mais ne nous apprend rien sur le texte original, car elle a été faite probablement sur un texte syriaque du Diatessaron, conformé, disent quelques critiques, à celui de la Peschitto. Cette hypothèse est niée en partie par Hoskier. Deux bonnes traductions anglaises du texte arabe ont été faites par Hope W. Hogg, Edinburgh, 1896 et par Hamlyn Hill, Edinburgh, 26 éd. 1911.

Le codex Fuldensis contient une harmonie des évangiles en latin, faite d'après une traduction latine du Diatessaron, découverte en 545 par Victor, évé-

1. Fortehungtn ;«r Geschichte des nt. Kanons, 1 ïheil, Tatians Dia leuaron, BrlftÔfea, 1881.

i. The Commentariei <>f Isholdad ofMerv, bishop of lladatha (c. MfO A. D.) in «yriac and engtlâh, :\ vol., Cambridge, 1911.

liorum llarmoniae arabice nune pritnwn erduplici • Udit <■' ttXmêlaUont lalina donaott A. Qufl *. ftMMWi 1H8H. De Tatiani Uiatrssui PffrtfolM, Milan, 1888.

que de Capoue. Elle suit l'ordre des matières du Diatessaron, mais le texte vieux latin a été remplacé par celui de la Vulgate ; elle ne peut donc être d'aucune utilité pour la reconstitution du texte de Tatien.

Barton et Spoer ' croient avoir retrouvé dans un Lectionnaire de la Syriaque harkléenne cinq péricopes qui offraient des ressemblances frappantes avec le Diatessaron arabe.

2° La syriaque Smaïtïque. — Mrs Agnes Smith Lewis2 a raconté comment cette version syriaque aélé découverte au monastère de Sainte-Catherine sur le Mont Sinaï. Accompagnée de sa sœur, Mrs James Y. Gibson, elle visita le couvent, en février 1892, dans le but d'y examiner des manuscrits syriaques que lui avait signalés Hendel llarris. Un manuscrit palimpseste lui fut présenté, qui présentait en écriture supérieure des vies de saintes femmes et en écriture inférieure une copie des évangiles en syriaque.

Mrs Lewis et Gibson photographièrent le manuscrit, qui, présenté à Burkitt et à Bensly, fut reconnu pour être de la même famille que celui de Cureton, dont nous parlons plus loin. Une expédition fut organisée en 1893, à laquelle prirent part Bensly, Rendel Harris, Burkitt et Mrs Lewis et Gibson. La transcription fut partagée entre les trois premiers et publiée en 1894 à Cambridge : The four Gospels in syriac, transcribed from the Sinaitic palimpsest by R. L. Bensly, J. R. Harris, F. C. Burkitt, with an Introduction by Agnes Smith Lewis. Celle-ci en publia en même temps une traduction anglaise : A Translation of the four Gospels from the Syriac of the Sinaitic Palimpsest, London, 1894.

of biblical Literature : Traces of the Diatessaron of Tatuui in HarcUan Syriac Lectionaries, t. x\iv, p. 179. New-York, 1905.

i. The four Gospels in Syriac : Introduction, Cambridge. 18'Ji.

A un voyage subséquent, 1895, Mrs Lewis put photographier des feuilles qui avaient résisté au déchiffrement et combler des lacunes du texte ; elle les publia sous ce titre : Some Pages ofthe four Gospels retranscribed from the Sinaitic Palimpsest, with a translation ofthe whole Text, London, 1890.

A la suite d'un quatrième voyage, 1897, elle fit d'autres corrections qu'elle a publiées dans The Expositor, 5e série, vol. VII, p. 111-119. En 1910, Mrs Smith Lewis a donné une édition définitive sous ce titre : The old Syriac Gospels or Evangelion da- Mepharreshê, being the text of the Sinai or syroantiochene Palimpsest, including the latest additions and emendations. With the variants of the Curetonian Text, corroborations from many other Mss., and a list of quotations from ancient Authors, London. 142 feuilles du manuscrit ont été retrouvées et déchiffrées; il en manque 17.

Voici le contenu du manuscrit d'après cette dernière édition ; il a été complété par le manuscrit de Cureton, dont nous plaçons les emprunts entre parenthèses; les parties que l'on n'a plus, ni dans le Sinaïtique ni dans le manuscrit Cureton, sont placées entre crochets. Mi, I, 1-VI, 10 (VI, 11-VIII, 2); VIII, 3-XII, 4 [4-0]; XII, 7-25; XII, 31-XV1, 15 (XVI, 15-XVII, 13); XVII, 14-XX, 24(XX,26-XXÏ, 19); XXI, 20-XXV, 20 [20-30]; de XXV, 21 à 38, seulement des lambeaux de phrases; XXV, 38-XXVHI, 8; manque la fin : XXVIII, 9-20. — Me, [I, 1-12*] I, 12M, 43 ; [1, 44-11, 20] II, 21-IV, 17 [IV, 18-41]; V, 1-20" [V, 20b; VI, 5*]; VI, 5" XVI, 8 [XVI, 17-20 : Le, I, l-10a [I, 10b-38] I, 39-27 [V, 28-VI, 11]; VI, 12-XXIV,52. — /n, (I, 1-25)1, 20-40 [I, 47-11, 15]; II, LÔ-IV,37(IV,38-Vf6»); V,G"-25ll(V,25"-4G*)V/«>"- \\ III. :;r \ VIII. ;i-\l\, /,<>■]; XIX, W-XXI, 25.

De nombreux travaux ont été publias sur cette ver-

sion syriaque. Nous signalons les plus importants : C. Holzey, Der neuentdekte Codex Syrus Sinaiticus untersucht, Munchen, 189G. — A. Bonls, Collatio codicis Lewisiani rescripti Evangeliorum sacrorum syriacorum cunicodice Curetoniano, cui adjectae sunt lectiones e Peshitto desumptae, Oxford, 1896. — A. Merx, Die vier kanonischen Evangelien, Berlin, 1897, 1902, 1905, 1910. — H/ILT, Die altsyrische Evangelienùbersetzung und Tatians Diatessaron, besonders in ihrem gegenseitigen Verhàltnis untersucht, Leipzig.

La version syriaque sinaïtique présente des caractères textuels très particuliers : additions et surtout omissions de textes, transpositions de passages, accord avec les vieilles versions latines et le Diatessaron. Nous exposerons en détail ces divers faits, lorsque nous traiterons du texte occidental, dont la syriaque sinaïtique est un des principaux représentants. Quant au texte si caractéristique delà Sinaïtique, Mt. I. 16 : Joseph, à qui était mariée la vierge Marie, engendra Jésus, nous en avons parlé dans Y Histoire des livres du Nouveau Testament, II, p. 507.

3° Version syriaque Curetonienne. — En 1842, l'archidiacre Tattam apporta en Angleterre un volume provenant du couvent de Sancta Maria Deipara, dans la vallée de Nitrie, à l'ouest du Caire. Ce volume avait été formé en 1222 à l'aide de divers manuscrits du môme format. Le D. Cureton, Assistant Keeperof Mss., au British Muséum, découvrit dans ce volume 82 1/2 pages, qui reproduisaient une ancienne version syriaque des évangiles ; les autres feuilles du volume contenaient une copie de la Peschitto.

Ce manuscrit, écrit probablement vers 450-470, est du format in-4°. Le texte sur deux colonnes à la page, à été copié par un habile scribe, en bel estranghelo,

l'ancienne écriture syriaque, sur un vélin très blanc. Il contient les fragments suivants des évangiles : Ml, 1, 1-VIIL 22; X, 32-XXIIL 25; Me, XVI, 17-20; Jn, 1, 1-42; III, 5-VII, 37 (beaucoup de mots sont illisibles). III, 6-IV, 6: XIV, 10-12: 15-19; 21-23; 26-29; Le, 11, 48-111, 16: VII, 33-XV, 21; XVII, 23-XXIV, 44; en tout, 1.786 versets. Ce manuscrit a été publié parCureton, à Londres, en 1858, sous ce titre : Remains of a very antient recension ofthe four Gospels in Syriae, hitherto unknown in Europe, discovered, edited and translated. Le texte syriaque avait été imprimé en 1848, mais seulement pour l'usage privé.

Trois autres feuilles de cette même version, peutêtre même du même manuscrit, furent apportées d'Egypte par H. Brugsch et éditées par E. Rédiger dans le Monatsberichl der Kànigl. Preussischen Akademie der Wissenschaft zu Berlin, 1872 et par W. Wright : Fragments of the Curetonian Gospels, 1872; elles contiennent : Jn, VII, 37-VIII, 19; Le, XV, 22- XVI, 12; XVII, 1-23. On a encore : fol. 53 qui contient Le, II, 48-111, 16 et fol. 52, fragments de Jn, XIV et fol. 72, Le, XIV, 35-XV, 21, fragments compris dans l'édition de Cureton.

De nombreux travaux ont été publiés sur cette version syriaque par Ewald, Land, Tregelles, Lagarde, Hermansen, Le Hir, Etude sur une ancienne version syriaque des Evangiles, Paris, 1859, Perles, Gildmoister, Wildeboer, W. Wright. J. R. Crowfoot l'a retraduite en grec, London, 1870-1871, et en 1885, Fr. H;ithgen en a donné une autre reconstruction grecque : Evangelienfragmenté der griechischen Text des Cu* relon'schcn Syrers wiederhergestellt, Leipzig.

Enfin, en 1904, F. Crawford Burkilt a publié une édition critique de oette version : l'jvangelion da-Mepharreshe. The Curetonian Version of the four Gos-

VERSIONS SYRIAQUES. 2 lit

pels, with the readings of the Sinai Palimpsest and the early Syriac Patristic évidence, edited, collected and arranged. Cambridge. Les passages, dont on ne possède pas le texte dans le manuscrit Curetonien, sont donnés d'après le manuscrit Sinaïtique ; les fragments de Berlin sont insérés à leur place respective. L'éditeur a donné de cette version une traduction anglaise très littérale, s'attachant à établir une distinction dans les termes employés quand elle existait en syriaque, bien qu'elle ne Fût pas dans le grec.

Avant d'aller plus loin, nous avons à résoudre trois questions.

1. Quels sont les rapports de ces versions syriaques, la Sinaïtique et la C uretonienne ? Quelle est la plus ancienne des deux et proviennent-elles l'une <!•■ l'autre, ou dépendent-elles d'une version plus ancienou sont-elles des traductions complètement indépendantes ? Il est difficile, dans l'état actuel des doeumei de répondre à ces questions et les spécialiste m s'accordent pas sur ces divers points. 11 semble probable que la syriaque Sinaïtique est la plus ancienne, mais que la Curetonienne n'en dépend pas; ce sont deux versions indépendantes, car elles sont divergentes en un trop grand nombre de passages, ce qui prouve en outre qu'elles ne viennent pas d'une même version syriaque primitive. Une preuve de l'ancienneté de la Sinaïtique par rapport à la Curetonienne ressort de ce fait que la Curetonienne a subi davantage l'influence occidentale. Les deux ont des leçons occidental, mais dans un certain nombre de passages la Curetonienne s'accorde en outre avec les textes vieux latins contre la Sinaïtique. Cette preuve cependant n'est pas décisive, car nous ne savons pas à quelle époque ni comment s'est formé le texte occidental.

Il faudrait maintenant se demander à quelle date a

été faite la syriaque Sinaïtique. La réponse à cette question dépend en partie de l'opinion que l'on se formera sur les rapports entre cette version et le Diatessaron, question que nous étudions plus loin. Si l'on admet qu'elle est indépendante du Diatessaron, bien que faite par quelqu'un qui le connaissait, on peut croire qu'elle a été faite vers l'an 200. Elle l'aurait été plus tôt si elle est totalement indépendante du Diatessaron; c'est l'opinion du Dr Hjelt, qui croit en outre que les quatre évangiles n'ont pas été traduits par le même ; saint Matthieu aurait été traduit le premier et saint Luc le dernier. Il prouve son hypothèse en montrant que le même terme a été traduit différemment dans les différents évangiles. Cet argument, bien qu'assez probant, n'est pas décisif. Le même traducteur a pu rendre différemment le même terme, s'il a fait son travail à des époques assez éloignées les unes des autres.

2. Quels sont les rapports entre ces deux versions Sinaïtique et Curetonienne et les autres types du texte du Nouveau Testament? Du tableau que nous publions plus loin sur les grandes interpolations de textes, il ressort que la Sinaïtique omet toutes ces additions avec les textes de type neutre, et la Curetonienne en omet plus de la moitié. Il n'en faudrait pas conclure que ces versions ont été influencées dans ces passages par les textes neutres, car elles ne sont pas en accord avec ceux-ci dans les leçons qui les caractérisent. Ainsi, les leçons spéciales au Sinaiticus et au Vatica- Ut, VI, 8; XI, 19; XXVII, 49; Me, III, 14, 16; VF, 22; XIII, 33; Le, II, 14; X, 41, 42; XIV, 5; XV, 21; .///, IX, 4; X, 22, etc., ne se trouvent pas dans la syriaque Sinaïtique. De ce fait on déduira la valeur des variantes, soutenues tout à la fois par les textes alexandrins et par les vieilles versions syriaques.

Ces versions n'ont pas non plus les leçons oaracté-

ristiques des textes syriens, telles que les leçons agglomérées. En quelques passages cependant elles marchent avec ceux-ci contre les autres textes. Ainsi, la Sinaïtique soutient la leçon sùSoxi'a, Le, II, 14, avec les manuscrits syriens contre eùîox(«ç, appuyée par n B D et les vieux latins. De même aussi la Sinaïtique et la Curetonienne supposent dfpm-cov, Le, XIV, 15, avec les manuscrits syriens et non àpxov.

Nous verrons plus loin les rapports entre les versions syriaques et les textes occidentaux.

Il resterait à se demander si les manuscrits de ces deux versions syriaques, qui datent tout au plus dr la fin du ive siècle ou du commencement du ve, n'ont pas été interpolés à l'aide d'un manuscrit grec. Du fait que la Curetonienne contient quatre des grandes interpolations et la fin de la finale longue de Marc, Burkitt1 conclut qu'elle a été revisée d'après un manuscrit grec qui avait quelques-unes de 068 interpolations occidentales et la finale longue de Marc

3. Quels sont les rapports entre les versions syriaques, Sinaïtique et Curetonienne d'un côte, et le Diatessaron de l'autre? Quel est le plus ancien des deux groupes? Encore une question très controversée sur laquelle nous ne pouvons donner que les conclusions des divers spécialistes. Constatons d'abord que la Sinaïtique et la Curetonienne, malgré leurs divergences, représentent un même texte et le Diatessaron un autre.

Bâthgen2 a soutenu que la Sinaïtique était postérieure au Diatessaron pour les raisons suivantes : 11 y a dans la Sinaïtique de nombreuses leçons harmonisantes qui doivent être attribuées à une Harmonie

1. Evcuujelioii da-Mepharreshe, t. II, p. 217. •2. Evaiiijelii'nfragmente, p. 7-'.

évangélique antérieure. Les nombreuses abréviations et omissions de la Sinaïtique s'expliquent de la même façon. Les leçons, spécifiquement neutres, de la Sinaïtique, prouvent qu'elle a été faite plus tard que le 11e siècle. Le peu de littéralité de la version sinaïtique, qui tourne quelquefois à la paraphrase, rappelle le travail d'amélioration de Tatien sur les textes évangéliques .

L'hypothèse de Bâthgen n'a été acceptée qu'en partie par les spécialistes, ou a même été rejetée complètement. Ilolzhey' croit que la Sinaïtique est antérieure à Tatien; pour la Curetonienne, il ne se prononce pas. Hjelt2 admet que la Curetonienne est postérieure à Tatien, mais il tient pour l'antériorité de la Sinaïtique. Merx 3 et Mrs Lewis A soutiennent que la Sinaïtique est un texte du 11e siècle, par conséquent antérieur à Tatien. D'après Mrs Lewis, on trouve dans celle-ci des formes et des dispositions du texte antérieures à celles de Tatien, Alt, I, 25; Jn, XVIII, 12-25. On ne s'expliquerait pas l'absence dans la Sinaïtique de la prière du Seigneur : « Père, pardonne-leur, car ils no savent ce qu'ils l'ont » qui se trouve dans le Diatessaron, si l'on n'admettait pas l 'antériorité de la Sinaïtique sur le Diatessaron.

Gressmann •"' présente la question d'une façon un peu différente. 11 suppose l'existence d'une première version syriaque, antérieure à celle que nous avons. Il ne sait pas si elle est antérieure ou postérieure au Diatessaron, mais il suppose qu'elle est antérieure. Elle est représentée par la Sinaïtique et la Curetonienne,

t l>> r ,,,-,,, ,,1,1, cA/e Codex Syrus Sinaiticus, p. .'Mi, Mtimhcn, 1896.

altsyriteke E rnngelienûbersetzimij imd Tulians Diatessaron, \>. 1*7, Uipzig, 1901.

kanoniêchen Evangêliw nach ihrem ûltotten bekannten u Th. p. mi, Berlin, 190t.

. rit. p. v.

Kttffl tyriiohtn Tetraevangelium : Zt-itsrlir. fur ,hc ut. MO, 1908, \ l". p, i.i.

VERSIONS SVRIAQi 223

qui, elles, sont postérieures à Tatien, à cause de leurs textes harmonisants, qui proviennent du Diatessaron. 11 ne peut pas dire quelle est celle des deux qui représente le mieux la vieille version syriaque.

D'après Hoskier aussi, il aurait existé une version syriaque, antérieure à celles que nous possédons, et dont on découvrirait des traces chez celle-ci.

Il pourrait se présenter un autre problème. Les syriaques Curetonienne et Sinaïtique ont toutes deux des leçons harmonisantes, mais la second- • 88 moins grande quantité que la première. Est-ce que, en supposant une vieille syriaque antérieure à Tutit n «t libre de leçons harmonisantes, la Sinaïtique a introduit celles-ci dans la vieille syriaque, d après Tatien, ou bien, en supposant que la vieille syriaque avait déjà des leçons harmonisantes, dues à l'iniluence de Tatien, la Sinaïtique aurait dégagé la vieille syriaque d'une partie de ces leçons harmonisante- inann

ne peut répondre. Pour lui, l'ordre historique des versions syriaques est le suivant : Syrus vêtus, Tatien. Sinaïtique, Curetonienne, PeschittO.

D'après Burkitt\ le Diatessaron et les vieilles syriaques n'ont pas été traduites d'après le même texte grec. Le Diatessaron a été formé à l'aide du texte grec lu à Rome au milieu du ne siècle, tandis que les vieilles syriaques représentent le texte grec lu à Antioche vers l'an 200. Le traducteur des vieilles syriaques aurait été iniluencé quelquefois par les leçons du Diatessaron.

Enfin, d'une étude comparative des leçons harmonisantes de la Curetonienne et de la Sinaïtique avec les leçons du Diatessaron, Vogels2 déduit les conclusions

l. Hvangelion da-Mepharrethe, t. II, p. 309, 810. •2. Die altsyrischen Evangelien in ihrem V>')-fuiUnis zu Tatiaiu Diatessaron, Freiburg-Br., li>H, p. 141.

suivantes : L'Eglise syrienne a reçu tout d'abord les évangiles sous la forme du Diatessaron; la Curetonienne est antérieure à la Sinaïtique. Ce ne sont pas cependant des versions indépendantes l'une de l'autre, mais deux revisions d'un même travail. Comme la Curetonienne se tient plus près du Diatessaron que la Sinaïtique, on en doit conclure que la première représente le type le plus ancien. Quant à la date d'origine des versions syriaques, Vogels ne la fixe pas; il paraît la croire moins ancienne qu'on ne le suppose d'ordinaire.

La question de priorité paraît donc être en faveur du Diatessaron, et cela principalement à cause des leçons harmonisantes de la Sinaïtique et de la Curetonienne. Mais il faudrait prouver qu'elles viennent du Diatessaron, et non d'une Harmonie évangélique antérieure à celle de Tatien, grecque probablement.

$ 3. — Deuxième groupe des versions syriaques.

La Peschitto : Origine du nom. — La version syriaque, la Peschitto ou la simple, la fidèle, la commune, est la version officielle acceptée par tous les chrétiens syriens : Maronites, Jacobites, Nestoriens, Melchites. On ignore pourquoi elle a été ainsi nommée. On a pensé que cette désignation la distinguait primitivement des versions syriaques qui portaient les signes diacritiques employés par Origène dans ses Hexaplef. C'est au i\ -V siècle qu'elle reçut ce nom, mais il semble difficile de supposer qu'à cette époque les versions hexaplaires aient été assez dans l'usage courant pour qu'il fût nécessaire de distinguer de celles-ci la Peschitto. Cette môme raison — la date de cette appel-

lation — doit faire rejeter l'opinion que cette version syriaque a reçu ce nom pour spécifier une différence d'avec le Diatcssaron. Il y avait longtemps que celui-ci n'était plus en usage dans l'église syrienne. Le plus simple serait de croire que Moses bar Kephas, le premier chez qui nous retrouvons cette épithète, a voulu faire allusion à l'usage populaire ; ce serait la Vulgatc syriaque.

Manuscrits de la Peschilto. — Contrairement aux deux versions syriaques, Sinaïtique et Curetonienne, qui ne contiennent que les évangiles, et dont nous n'avons qu'un manuscrit pour chacune, la Peschitto nous est parvenue dans 28<j manuscrits qui contiennent toutlc Nouveau Testament, sauf les épîtres catholiques contestées, IIe épître de Pierre, IIe et IIIe de Jean, épître de Jude et l'Apocalypse. Elle n'a pas non plus la péricope de la femme adultère et le verset des trois témoins.

Ces manuscrits ont été catalogués en dernier lieu par Gregory { ; il en relève, pour les évangiles, 4 en Amérique, 71 et quelques fragments en Angleterre, 17 à Paris, 17 en Allemagne, 2 en Suisse, 14 en Italie, 2 en Suède, 2 en Russie ; 11 des manuscrits des évangiles contiennent aussi les Actes et les épîtres catholiques; on possède, en outre, de ceux-ci, en Amérique 1 manuscrit, en Angleterre 20, en Hollande 2, en France 7, en Allemagne 8, en Suisse 1, en Italie 4. 16 des manuscrits précédemment catalogués contiennent aussi les épîtres pauliniennes; en outre, on a de ces épîtres, 19 manuscrits en Angleterre, 2 en Hollande, 16 en France, 0 en Allemagne, 1 en Suisse, 5 en Italie. Plusieurs de ces manuscrits sont catalogués deux fois ; il y aurait lieu d'appliquer à la numération des manus-

i. Ttxtkritik des X. Test, s s .>.::.

crits syriaques de la Peschitto, celle qu'on a adoptée pour les manuscrits grecs.

Enfin, Gregory1 l'ait remarquer que quelques-uns des manuscrits syriaques du Nouveau Testament n'ont pas été examinés à fond par les spécialistes, de sorte qu'on ne connaît pas exactement la nature de leur texte. 11 est fort possible que l'on range parmi les manuscrits de la Peschitto des manuscrits qui contiennent d'autres versions syriaques. Il arrive aussi qu'un même manuscrit n'ait pas le même type de version pour tous les livres du Nouveau Testament. Il peut être Peschitto pour un livre, et philoxénien ou harkléen pour un autre.

A la précédente liste Gregory2 a ajouté 55 manuscrits dont 21 sont au couvent de Sainte-Catherine au Sinaï, 2 en Amérique, 2 en Arménie, 19 en Angleterre, 11 à Seert, Kurdistan. Ils contiennent tout ou partie du Nouveau Testament.

Dans les Studia biblica* Gwilliam a cité les meilleurs manuscrits pour une édition critique de la Peschitto du Nouveau Testament. Au British Muséum, Cod. Add. 14.479, de Tannée 5.">4, épîtres de Paul ; id. 14.459, an. 530, Jean et Luc; Vatican, an. 548, quatre évangiles; Florence, an. 586; British Muséum, quatre évangiles, an. 600; id. Cod. Add. 14.448, an. 099-700, tout le Nouveau Testament. Ces manuscrits sont datés. Gwilliam cite ensuite les suivants non datés et qu'il estime plus anciens : British Muséum, Cod. Add. 14.459, Matthieu, Marc, vers 450 ; Cod. Add. 17.117, môme époque et môme contenu; Cod. Add. 14.470, contient tout le Nouveau Testament; il est in- du commencement du vu siècle, ainsi que

*. <)]>. rit. |>. 1-2''K 1301.

D Mattrialt par th$ CriticUm of the Peahitto

Nrw Testament, Oxford, imil.

les trois suivants : Cod. Add. 14.453, quatre évangiles; Cod. Add. 14.476 et 14.480, les épîtres de Paul : le codex Crawdortianus 1, quatre évangiles, peut-être du v° siècle ou du commencement du vie. Dans son Introduction à la critique textuelle du Nouveau Testatament, p. 132, 133 *, Martin compte onze manuscrits syriaques du ve siècle, contre quatre grecs et trois latins ; trente-trois du vif siècle, contre cinq grecs et quatorze latins ; onze du vme siècle, contre un grec et cinq latins. Ces estimations ne s'accordent pas avec celles que donne Gregory-.

Ces manuscrits représentent chacune des deux branches de l'église syrienne, la Nestorienne et la Jacobite ; les variantes entre manuscrits sont peu importantes, si nousen jugeons par le tableau qu'en a dressé (rwilliam3. Ce sont des différences orthographiques, des transpositions de mots, des omissions sans importance : Me, I. 20, èvxw tcXouo; 1, 31, ctùrS];, omis par les manuscrits, etc.

Editions de la Peschitto. — La première édition de la Peschitto du Nouveau Testament a été publiée à Vienne, en 1555, conjointement par J. A. Widmanstadt, Moïse de Mardin. Le patriarche jacobite d'Antioche, Ignatius, avait envoyé en Europe un prêtre mésopotamien, Moïse de Mardin, pour trouver un éditeur de cette version. L'édition fut faite à l'aide d'un manuscrit du Nouveau Testament, de type jacobite, écrit à Mossoul, Mésopotamie, et apporté par Moïse, et d'une copie de deux manuscrits que possédait Widmanstadt. Elle fut publiée sous ce titre : Liber Sacrosancti Evangelii de Jesu Christo Domino et Deo nostro, Div. Ferdinandi Rom. Imperatoris designati jussu

Page 1