Op. Cit. p. M
-2. The New Testament ingreek, vol. II, Introduction, a. 137, Londoa.
avec l'un ou l'autre des textes présyriens (les textes neutre et occidental) contre les Pères antiochiens et le texte grec récent (le texte syrien) ou, end'autres termes, cette version a une variante de transition qui souvent, quoique pas toujours, possède une attestation grecque.
Gwilliam 1 a étudié de près les divers aspects de cette question et aboutit aux résultats suivants : De l'examen des quatorze premiers chapitres de l'évangile de saint Matthieu, il résulte que la Peschitto soutient le texte traditionnel (le texte syrien avec quelques divergences) dans 108 passages, et le texte du Vaticanus dans 65 passages. Dans 137 passages elle n'est en accord ni avec le texte grec du Vaticanus ni avec celui des autres manuscrits grecs. Dans le plus grand nombre de ces passages, la Peschitto s'accorde avec la Sinaïtique et la Curetonienne, ou l'une des deux; dans beaucoup d'autres, elle est en accord avec la vieille version latine ou avec quelques manuscrits grecs. Il reste 31 passages où la Peschitto reste seule.
Ces constatations posent l'alternative suivante. Il existe dans cette version des variantes qui ne sont dans aucun des manuscrits grecs collationnés ; mais il y a encore de nombreux manuscrits minuscules qui n'ont pas été collationnés. Si l'on retrouvait ces variantes de la Peschitto dans ces manuscrits il s'ensuivrait que ceux-ci représenteraient des archétypes anciens et que, par conséquent, il y a lieu d'en tenir compte dans l'appréciation des variantes, et de ne pas s * n tenir uniquement au témoignage du Vaticanus ou du Sinaiticus. Si, au contraire, la Peschitto est le seul représentant de ces variantes, elle doit être tenue pour un témoin d'un toxte grec perdu.
1. Stwtia biblica, \..|. \, p.irl III : l'iacr of t/tc l'cshitto rrrsiim in
jtaratuê eritieu» of tlw gr*$k ffmo Tntmmtnt, Oxford, 1803, p. 138
Date d'origine de la Peschitto. — Nous avons maintenant à examiner la date de naissance de la Peschitto. Pour la fixer, il faut d'abord étudier la question de priorité d'origine entre la Peschitto et les versions vieilles syriaques, Diatessaron, Sinaïtique et Curetonienne. Ces trois dernières vont ensemble contre la Peschitto.
La question avait déjà été examinée par Le Hir ', mais seulement pour les rapports de la Peschitto et de la Curetonienne. 11 concluait que celle-ci était plus ancienne que celle-là. Il croyait mémo que les deux versions dérivaient d'un même original et que c'était la Peschitto qui dérivait de la Curetonienne; elle en était une revision, qui avait pour but de rendre cette version plus conforme au texte grec et, dans une certaine mesure, plus correcte et plus grammaticale. Cette revision n'est pas le fait d'un seul, mais de plusieurs correcteurs. La première apparition certaine de la revision se produit à Edesse, qui fut le centre de ce mouvement de réforme du texte sacré, qui se communiqua ensuite dans les autres régions de langue syriaque. Ce mouvement commence à saint Kphrem, donc vers le milieu du ive siècle.
La question de priorité entre ces versions est encore discutée de nos jours et les spécialistes ne sont pas d'accord sur les rapports entre ces deux groupes de textes. Dérivent-ils d'un même original plus ancien ou l'un est-il une revision de l'autre ? D'après P. Martin, la syriaque Sinaïtique est une revision de la Peschitto, laite à l'aide d'un manuscrit ressemblant au codex de Bèze. Cette hypothèse n'a pas été adoptée. D'après G william, Bonus, la Sinaïtique et la Curetonienne ne
I. Éludes bibliques. Ancienne version syriaque des Évangiles, p. 25», Paris, 1889.
sont pas la source de la Peschitto ; la Sinaïtique serait même plus récente que celle-ci. D'après Allen, les trois versions seraient trois recensions d'une même version dans l'ordre suivant : Sinaïtique, Curctonienne, Peschitto. D'après Iljelt, la Sinaïtique serait dans l'ensemble un témoin fidèle de la vieille version syriaque du n° siècle; la Curetonienne serait une recension de la Sinaïtique faite au milieu du ne siècle sous l'influence du Diatessaron. La Peschitto serait une revision de la vieille syriaque par élimination des variantes issues du Diatessaron.
Kenyon pense que la Sinaïtique et la Curetonienne sont plus anciennes que la Peschitto ; les citations du Nouveau Testament, que l'on trouve dans Aphraates, paraissent empruntées à un texte analogue à celui des deux premières versions.
Les citations d'Ephrem sont souvent en accord avec la Peschitto, mais en diffèrent aussi assez souvent pour établir que ce Père connaissait un autre type de texte. Ce témoignage peut être infirmé de deux façons. Il est possible que le texte des citations d'Ephrem ait été conformé plus tard au texte officiel, c'est-à-dire à la Peschitto, ou bien dans les passages où il diffère de celle-ci, il les a peut-être empruntés à un texte grec. La question des citations néotestamentaires d'Ephrem, bien que déjà étudiée4 plusieurs fois, ne paraît pas encore complètement résolue. Burkitt 2 croit que saint Ephrem ne s'est servi ni des vieilles syriaques, ni de la Peschitto, mais du Diatessaron. S'il peut y avoir un doute pour la Sinaïtique et la Curetonienne, il n'y en a aucun pour la Peschitto. Il en con-
i. Studia bibliea, vol. ni. p. 100 I wminatton <>/'//»• ff*w
Testament QuotatiOM of Ephrtm Syrtu by H. Woom Oxfwd. — • nit similis, vill, h. >> ; .s. Bphratm'4 QuoUUtofit from the i rftwCord Bonurr, Cambridge, nwi.
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clut donc que celle-ci a dû prendre naissance après la mort d'Éphrem, 378. 11 croit qu'elle fut l'œuvre de Rabbula, évêque d'Edesse, 411-435.
Les faits appuyent cette hypothèse, d'après Burkitt. Encore au commencement du ve siècle, les chrétiens de langue syriaque lisaient l'Evangile sous la forme du Diatessaron. A cette époque, les évêques syriens décidèrent que les évangiles seraient lus désormais séparément. Nous voyons Théodoret, évêque de Cyr, nord-est d'Antioche, 423-457, poursuivre avec persévérance dans son diocèse la destruction du Diatessaron. Dans un des canons de Rabbula ' on lit : Que les prêtres et les diacres aient soin que dans toutes les églises soit gardée et lue une copie des évangiles séparés, Evangelion da-Mepharreshè. Rabbula fit donc remplacer le Diatessaron par les évangiles à l'état séparé, non par des copies analogues aux manuscrits Sinaïtique et Curetonien, mais par la Peschitto.
La question est de savoir si l'œuvre de Rabbula consista à reviser une version déjà existante ou à faire une traduction nouvelle du texte grec. On a soutenu que la Sinaïtique-Curetonienne était la version primitive qui, revisée pour la rendre plus conforme au texte grec et corrigée au point de vue grammatical et littéraire, serait devenue la Peschitto. Les deux types de versions ne sont pas, en effet, sans rapports l'un avec l'autre; il y a de nombreux passages concordants qui prouvent que le traducteur ou le reviseur de la Peschitto a connu les vieilles versions. Il se serait donc produit en Syrie un fait analogue à celui de la revision des textes vieux latins par saint Jérôme pour aboutir à la Vulgate. La Peschitto serait la Vulgate syriaque.
Cette hypothèse est contredite par les faits, les
A. OvERltF.CK, -2-20.
versions Sinaïtique, Curetonienne et la Peschitto sont basées sur des textes grecs de type différent. Les premières s'accordent ordinairement avec les textes occidentaux et souvent aussi avec les manuscrits Vaticanus et Sinaiticus, tandis que la Peschitto se range plutôt du côté des textes syriens. On a supposé, il est vrai, que la Peschitto aurait subi des revisions successives pour la conformer au texte grec en usage dans les pays syriens, car si elle est en accord avec celui-ci elle a aussi des leçons de type neutre ou occidental. Les manuscrits porteraient des traces de ces revisions. Mais, d'une étude attentive des faits, Gwilliam a prouvé qu'il n'y a aucune trace de revision dans les plus anciens manuscrits de la Peschitto, presque purs de variantes ; s'il y en a, c'est dans les manuscrits les plus récents. De plus, et ceci est capital, d'après lui, contre la priorité de la Curetonienne, il a montré que dans onze passages, où il a comparé entre eux un manuscrit ancien de la Peschitto, l'édition de la Peschitto de Widmanstadt, basée'sur des manuscrits récents, et la Curetonienne, celle-ci, au lieu de s'accorder avec le manuscrit ancien de la Peschitto, comme cela aurait dû être si elle est au moins de la môme époque que ce manuscrit, se rapproche, au contraire, jusqu'à se confondre avec le texte récent de Widmanstadt. 11 en conclut que la Curetonienne et la Peschitto dérivent toutes les deux d'une source commune, d'une version plus ancienne; ces deux revisions d'un original commun auraient été faites indépendamment l'une de l'autre à des époques et en des lieux différents et surtout sous «1rs influences divergentes. A notre avis, il est plus simple de supposer, étant donné tout à la fois les nombreuses différences et les quelques ressemblances qui existent entre les vieilles syriaques et la Peschitio. qu'elles sont des versions originales, que la seconde
est moins ancienne que les premières, car son traducteur a dû connaître celles-ci, à moins de supposer qu< toutes les deux ont subi dans ces passages, où elles sont en accord, l'influence du Diatessaron, ce qui n'est pas impossible.
En résumé, la Peschitto daterait du commencement du ve siècle, d'après Burkitt; cette hypothèse, qui a été assez bien accueillie, n'est pas cependant acceptée par tous. On y a opposé diverses objections. On ne s'explique pas l'absence des épîtres catholiques contestées ou la présence des autres si la Peschitto date du ve siècle. Burkitt répond que le canon de la Peschitto est à moitié chemin du canon complet du Nouveau Testament et représente la coutume du ve siècle à Antioche, soit par ce qu'il contient, soit par ce qui lui manque.
On fait observer en outre que si la Peschitto était l'œuvre ou la revision de Rabbula, évêque orthodoxe d'Edesse, les Nestoriens hérétiques et ses adversaires ne l'auraient pas acceptée. Burkitt répond qu'au temps de Rabbula les Nestoriens n'existaient pas encore comme secte hérétique ; c'est en 449 seulement, c'està-dire quinze ans après la mort de Rabbula, que les doctrines nestoriennes furent formellement condamnées.
Faisons observer que tout ce qui vient d'être relevé dans les vieilles versions syriaques et la Peschitto, s'applique seulement aux évangiles, puisque nous ne possédons que ceux-ci et rien des autres écrits du Nouveau Testament dans les vieilles versions syriaques. Pour les Actes des apôtres et les épîtres de saint Paul, nous ne les possédons que dans la Peschitto et les versions subséquentes. On a cependant quelques indications d'une version syriaque de ces livres, antérieure à celle-ci. On découvre, surtout dans Aphraates, des traces de l'existence d'une vieille version syriaque
des Actes et des épîtres pauliniennes. Pour Ephrem, elles sont moins nombreuses, car il semble prouvé que ses citations néotestamentaires ont été conformées au texte de la Peschitto.
Quant aux épîtres catholiques et à l'Apocalypse, elles n'étaient pas dans le Nouveau Testament primitif de l'église syrienne, si nous nous en tenons au témoignage de la Doctrine d'Addaï. Le voici tel qu'il a été mis dans la bouche d'Addaï mourant : « La Loi, les Prophètes et l'Evangile, dans lesquels vous faites chaque jour des lectures au peuple, et les épîtres de Paul que Simon Pierre nous a envoyées de la ville de Rome, et les Actes des apôtres que Jean, fils de Zébédée, nous a envoyés d'Ephèse, tels sont les écrits que vous devez lire dans les églises du Christ et vous ne devez pas lire autre chose'.» Nous ne trouvons d'ailleurs aucune mention ou citation des épîtres catholiques et de l'Apocalypse dans les écrits d'Aphraates, 337-345. Ces livres ne sont pas placés dans le catalogue syriaque d'écrits canoniques qu'a trouvé Mrs Smith Lewis dans un manuscrit du couvent de Sainte-Catherine au Mont Sinaï, et qu'elle a publié en 1894 2.
; 4. — Troisième groupe des versions syriaques.
Les Versions philoxénienne et harklèenne. Les syriacisants n'ont pas encore pu distinguer exactement ce qu'ont été ces deux versions, l'une par rapport ù l'autre, ni même distinguer dans les manuscrits ce qui appartient à l'une et ce qui appartient à