‹ Le Nouveau Testament dans l'Église ChrétienneChapitre 75 sur 156 · Uist. ceci. II · texte numérisé non relu

Uist. ceci. II

2. Pour les textes, consulter Th.i.kmont, Mémoires pour servir à C toire ecclésiastique des six premiers siècles, p. M et ss., Paris, 1701

Nous n'en conclurons pas cependant que le Nouveau Testament a été traduit en copte dès le milieu du Ier siècle. A l'origine, l'église chrétienne d'Egypte était toute grecque ; la plupart des fidèles comprenaient le grec et s'il en était dans le bas peuple qui ignoraientcettelangue, laquelle paraît pourtant répandue même dans les basses classes, ainsi que le prouvent les ostraka grecs, trouvés en Egypte, il est très probable que le prédicateur chrétien traduisait oralement en copte les saintes Ecritures.

11 ne semble pas d'ailleurs que, de si bonne heure, on ait eu la possibilité d'écrire ces traductions coptes, puisque l'alphabet copte n'existait pas à cette époque. 11 est difficile de croire que les missionnaires chrétiens aient pu écrire ces traductions en caractères démotiques, en usage chez les scribes de ce temps et, en fait, il ne nous est resté aucun fragment biblique écrit dans ces caractères.

Dans le courant du ne siècle, naquit une nouvelle écriture qui fut un compromis entre la grecque et le démotique. A l'alphabet grec on ajouta six caractères empruntés au démotique, pour représenter les sons particuliers à la langue égyptienne. Les versions coptes ont été transcrites dans cette nouvelle écriture dont le premier document connu est un horoscope sur papyrus, dont la date peut être fixée vers 95-155. Cette écriture était donc en usage tout au moins vers la lin du n° siècle et c'est à cette époque qu'on peut Eure remonter la naissance des versions coptes.

Le premier indice historique que nous en ayons M trouve dans la vie de saint Antoine écrite par saint Atlianasr. Etant Agé de vingt ans environ, par conléqnent vers 270, Antoine fut très ému par une lec- Iiiit des évangiles qu'il entendit à l'église. Or, il a dû entendre un texte copte, car il ignorait le grec.

D'autres témoignages encore établissent que le Nouveau Testament était lu et étudié vers cette époque ou un peu plus tard dans les monastères égyptiens, dont les moines, égyptiens du peuple, ne connaissaient que le copte.

On est donc en droit de supposer que la version copte était en usage dans les communautés chrétiennes dans le courant du me siècle, et on en peut conclure qu'elle a dû naître vers le commencement de ce siècle, ou vers la fin du 11e. On a remarqué d'ailleurs que la version copte sahidique contenait de nombreuses leçons occidentales, lesquelles étaient courantes au ne siècle et n'auraient pu être introduites dans le texte après le milieu du m" siècle, date à laquelle le texte neutre dominait exclusivement en Egypte. De plus, il a été prouvé que la version sahidique de l'Ancien Testament a été faite avant les Hexaples dOrigène, donc avant le milieu du m" siècle. Toutes les données concordent à reporter à la fin du 11e siècle la date de naissance des versions coptes.

Tous les spécialistes ne s'accordent pas sur cette date d'origine des versions coptes. Horner pense que la version sahidique a été faite au plus tard au temps de Démctrius, patriarche d'Alexandrie, 188 après J.-C. Mais si la religion chrétienne s'est répandue dans la Haute-Egypte au temps où elle a été prêchée à Alexandrie, la traduction a été faite beaucoup plus tôt. Forbes Robinson fait remarquer que la nécessité d'une traduction copte se fit sentir surtout dans l'Egypte centrale et méridionale, où les convertis ne connaissaient que le copte. Or, on n'a pas trace d'une évangélisation du pays avant la fin du me siècle; ce serait donc à cette époque et en dialecte moyen égyptien et sahidique qu auraient été faites les premières traductions coptes. D autres seraient disposés à reculer encore cette date.

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D'après Hyvernat, on pourrait tirer une objection très sérieuse de certains fragments, gréco-coptes, bibliques et liturgiques, qui ne sont pas antérieurs au vie ou vue siècle. Il semble qu'on devrait en conclure qu'à cette époque le grec était encore la langue officielle de l'Eglise et qu'on ne pourrait, par conséquent, faire remonter au n° ou me siècle l'existence des versions coptes. Mais pourquoi, dit-il, n'aurait-il pas existé une version copte, pour l'usage des fidèles, à côté de la version grecque, qui aurait été seule pendant plusieurs siècles la version canonique ment reçue? Ne serait-ce pas la meilleure manière d'expliquer la coexistence de plusieurs versions en dialectes si semblables que ceux du Fayoum et de la Moyenne- Egypte? Ces versions n'auraient été que des traductions à l'usage du vulgaire, indépendantes de la version canonique, mais fort anciennes néanmoins et non moins intéressantes que la version grecque ••

Etudions maintenant chacune des versions en particulier.

g 3. — Version sahidique.

Bien que la version sahidique du Nouveau Testament que nous possédons, soit moins complète que la Bohaïrique2, nous commençons par elle notre étude sur les versions égyptiennes, parce que nous la con- Bidérons comme plus ancienne que la Bohaïrique. Nous avons déjà, dit que probablement la version akhmîmiennc, paraissait être la première en date ; nous ne l'éludions cependant pas tout d'abord parce que les

i. RftNM bibUqut, Etude sur les versions copies de la Bible, IBR, p. en.

ipérer qne, grâce aux travaux 'i<' Borner, noua po rons bientôt le texte complet du Nouveau Testament eu sahidique.

fragments que nous en avons sont trop peu nombreux et surtout parce que l'étude qui en a été faite n'est encore qu'à ses débuts.

Nous ne possédons aucun manuscrit contenant un livre entier du Nouveau Testament sahidique ; cependant, sept manuscrits nous donnent des livres presque complets; en outre, nous avons de très nombreux fragments. Gregory a catalogué 103 manuscrits ou parties de manuscrits. 11 énumère tout ce que nous possédons de cette version : Matthieu et Luc, presque en entier; Jean complet, sauf la péricope de la femme adultère; des Actes il ne manque que 15 versets, de 1 Pierre, 12 versets; II Pierre, I, II, III Jean, complètes. Des épîtres pauliniennes, nous avons les éptti aux Galates, auxÉphésiens, aux Philippiens, I"' à Timothée; des autres on a des fragments nombreux et considérables. Les manuscrits de la Sahidique sont plus anciens que ceux de la Bohaïrique, parce que les manuscrits étant mis de côté ou détruits, quand ils m servaient plus, la version bohaïrique ayant été encore en usage à une époque plus récente que la Sahidique, ce sont ces manuscrits tardifs qui nous sont parvenus. On peut aussi observer que le sol sec de la Haute- Egypte, où l'on a trouvé les manuscrits en sahidique, était plus favorable à la conservation des manuscrits que celui de la Basse-Egypte, plus humide. 11 est impossible de fixer exactement la date de ceux qui nous sont restés ; la paléographie copte en est encore à ses débuts. Ni les manuscrits bilingues grécocoptes, ni les papyrus coptes ne peuvent fournir des indications sur la forme de l'écriture copte ancienne. D'après Kenyon, on peut cependant estimer que les fragments sahidiques que nous possédons ont dû être cents entre l'an 400-800 après Jésus-Christ. Cependant, le codex bilingue grec-sahidique, catalogué T,

029, ?5, serait, d'après Giorgi, du ive. Gregory le date du ve siècle.

On a publié à différentes reprises les manuscrits de la version sahidique. On trouvera un catalogue de toutes ces publications dressé par Ilyvernat, dans la Reçue biblique, 1897, p. 55. Parmi les publications importantes citons celles de Mûnter, Woïde-Ford, Maspero, Amélineau, Goussen, celle de Balestri; Sacrorum Bibliorum Fragmenta copto-sahidica Musei Boi*giani, vo\. III, Novum Testamentum, Rome, 1904. L'éditeur a reproduit exactement la teneur des manuscrits de la collection Borgia, même avec leurs fautes, qu'il s'est abstenu de corriger. Horner a commencé en 1911 la publication d'une édition critique de la version sahidique du Nouveau Testament, en utilisant tous les manuscrits que nous en possédons. Trois volumes contenant les évangiles ont paru : The coptic Version ofthe New Testament in the Southern dialect, otherwise called Sahidic and Thebaic, with critical apparatus and literal English translation, register of fragments, London.

Cette version sahidique présente des caractères très importants au point de vue de la critique textuelle du Nouveau Testament. Dans les évangiles, la Sahidique s'accorde quelquefois avec le codex de Bèze et les autres codex qui représentent le texte occidental. Parmi les leçons occidentales qu'on y relève signalons : Le, XXIII, 53, ainsi que le codex de Bèze, la Sahidique affirme que la pierre placée devant le sépulcre du Seigneur était telle que vingt hommes pouvaient à peine la déplacer; Le, XXIV, 33, que les disciples, après la disparition de Jésus à Emmaus, se at tout tristes pour aller à Jérusalem. Cependant, comme le Vaticanus et la Bohalrique elle omet les y 63, 14, Le, XXII, sur la sueur de sang au jardin des

Oliviers. Les rencontres de la Sahidique, éditée par Balestri, avec Clément d'Alexandrie, ne sont pas rares. Dans Mt, XVIII, 3, ils ont la même leçon t« TtaiSta Taû-ra, contre tous les autres témoins. Dans Ml X, 26, au lieu de la leçon généralement adoptée : Rien de caché qui ne sera connu, la version sahidique avec Clément d'Alexandrie' ont en commun la variante : qui ne sera manifesté 2. Avec le codex Sinaiticus, la Sahidique a, Jn, VIII, 57, la leçon : Tu n'as pas encore cinquante ans et Abraham t'a vu, au lieu de : et tu as vu Abraham. Il y a aussi de nombreux points de contact entre la Sahidique et le codex Vaticanus.

Dans les Actes des apôtres, la Sahidique a aussi dei leçons occidentales : I, 5, après ces paroles de Jésus à ses disciples : vous serez baptisés dans l'Espiït- Saint non après de nombreux jours, elle ajoute : mais jusqu'à la Pentecôte : variante qui se trouve dans le codex de Bèze, ainsi que celle do Actes, XVI, 10, donnée aussi par la Sahidique. On trouvera d'autres leçons occidentales dans les Actes : I, 2; II, 33; III, 22; V 35; VI, 8; VIII, 1 ; IX, 40; XII, 7; XIV, 10; XV, 1, 23, 34; XVIII, 12, 19; XIX, 0, 25; XX, 24; XXI, 1. Miinter reconnaît l'infiltration de leçons occidentales dans les évangiles sahidiques ; il signale en outre des leçons particulières à cette version, ce qui prouverait qu'elle a été faite ou revisée d'après des manuscrits grecs d'une recension aujourd'hui perdue. Mais il observe que la version sahidique des épîtres pauliniennes se rapproche dans l'ensemble des manuscrits de la recension alexandrine, codex Alexandrinus, Ephraemi, rescriptus, 17 32 46 47. Elle s'accorde aussi fréquemment avec les versions bohaïrique, arménienne,

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