‹ Le Nouveau Testament dans l'Église ChrétienneChapitre 78 sur 156 · Op. cit. p · texte numérisé non relu

Op. cit. p

loguée dans les vocabulaires copto-arabes de la Bible. L'Apocalypse a donc dû être traduite en bohaïrique à un moment où cet écrit n'était pas regardé comme canonique en Egypte, probablement vers le milieu du ine siècle.

Reste à élucider une question qui divise les spécialistes : Quelle est la plus ancienne des deux versions coptes : la Sahidique ou la Bohaïrique? Pour les uns , c'est la Bohaïrique.

La Basse-Egypte ou Bohaïra a été évangélisée la première, et c'est là qu'a dû être traduite tout d'abord la Bible. De plus, les signes d'abréviation en usage dans les manuscrits dérivent du bohaïrique; les manuscrits sahidiques moins anciens que les bohaïriques les ont donc empruntés à ceux-ci. Enfin, la plus grande pureté du texte de la Bohaïrique est un signe d'antiquité. Ces arguments sont peu probants. A Alexandrie, où le christianisme fut prêché tout d'abord, l'église fut longtemps grecque et, par conséquent, une traduction copte écrite n'était pas nécessaire; il suffisait que, pour le bas peuple, on traduisît la Bible de vive voix dans les assemblées chrétiennes. Quant aux signes d'abréviation, on ne peut prouver qu'ils sont antérieurs aux manuscrits sahidiques, puisqu'on ne possède aucun manuscrit bohaïrique antérieur au sahidique. Enfin, la version bohaïrique s'accorde, il est vrai, avec le Vaticanus, plutôt qu'avec le texte occidental, comme la Sahidique, mais il faudrait prouver que ce dernier texte est moins ancien que celui dm Vaticanus.

Nous avons déjà dit, p. 253, que la version sahidique B dû être faite do Tan 188 à 250, ce qui établirait qu'elle est plus ancienne que la Bohaïrique. On a remarqué d'ailleurs que, pour l'Ancien Testament, la Sahidique a dû être faite avant les travaux d'Origène

sur les Septante, tandis que la version bohaïrique paraît représenter la recension hésychienne des Septante, qui a été produite vers le commencement du iv siècle.

Hoskier1 présente la question d'une tout autre façon. D'après lui, la version bohaïrique aurait été faite vers l'an 250 ou même 200 après J.-C, vers la même époque que la Sahidique. Le copiste du Sinaiticus aurait eu cette version entre les mains et y auraiteonformé quelquefois son texte.

La question de priorité entre ces deux versions pourrait être tranchée si l'on arrivait à préciser l'authenticité ou la date d'origine de ladoxologiedu Pater. Jusqu'à présent on l'avait tenue comme étant d'origine syrienne et de date tardive. Or, elle se trouve dans la Sahidique sous cette forme : Car est tienne la puissance et la domination pour toujours, Amen. La version en moyen égyptien l'a aussi : Car est tienne la puissance et la gloire pour toujours, Amen. Elle est dans la Didachè. Enfin, le manuscrit Freer, qu'on croit être du ive siècle, lapossède aussi. Il semblerait donc qu'elle est d'origine égyptienne et de date ancienne. Elle n'est pas dans la Bohaïrique, non plus que dans le Vaticanus, le codex de Bèze et les manuscrits de même type. La Vulgate ne la possède pas non plus.

On s'est demandé enfin s'il n'existait aucun rapport de dépendance entre ces deux versions. La Bohaïrique serait-elle une revision de la Sahidique y Cela paraît très improbable, à cause de la différence des deux dialectes, sahidique et bohaïrique et surtout parce que ces deux versions représentent chacune un texte grec de type différent. Pour un essai de solution de cette question, il faut faire entrer en ligne de compte la

■1. Concerning the date of the bohairic Version, London, 15M1.

version en moyen égyptien, dont nous allons parler. Après avoir examiné des passages pour lesquels nous avons les trois versions, Forbes Robinson4 conclut : « Le Nouveau Testament a été traduit d'abord en sahidique d'après un texte grec qui contenait de nombreuses leçons occidentales; la traduction était inexacte en quelques passages. La version en moyen égyptien, faite probablement peu après, fut fortement influencée par la Sahidique. La Bohaïrique, faite en dernier lieu, quoique ayant subi en divers passages l'influence des deux traductions précédentes, représente un effort pour traduire avec plus d'exactitude littérale ce qu'on regardait comme un meilleur texte grec. »

Les conclusions de J. David2 sont assez sensiblement différentes : « De ce qui précède il semble bien résulter3 que les trois versions coptes sont substantiellement indépendantes et relèvent chacune d'un original grec différent, sans préjudice des influences réciproques qui ont pu se produire par la suite. Du moins la version de la Haute-Egypte ne dépend à aucun degré de la version dite de la Moyenne-Egypte. Que si l'on peut relever des relations plus étroites entre la Fayoumique et la Bohaïrique, la première jouera le rôle d'original par rapport à la seconde. Le traducteur bohaïrique travaillait sans doute sur un texte grec hésychien; mais on peut croire qu'il avait sous les yeux d'anciennes versions d'un caractère plus populaire, dont il s'inspirait parfois pour la traduction là où la fidélité à son exte le lui permettait. On s'explique ainsi des roncontirs de détail assez fréquentes, à côté de divergences considérables, entre la Bohaïrique et la Fayoumique. Je

i. Art. cit. p. «»":i.

t. Fragment* de Pévangtle eeUm suint Matthieu <■» dialecte moyen égyptien, Revue biblique, M"* lérle, t. vu, i>. '.h, Paria, IWOi ii . srtaio d'aprèa Boaklar,

crois en effet que l'on a le droit de considérer cette dernière comme représentant mieux les versions coptes primitives qui n'étaient pas faites pour l'usage ecclésiastique officiel. La Sahidique et la Bohaïriquc, au contraire, ont eu successivement l'honneur d'être le texte officiel des centres d'influence de l'église monophysitc, dans les monastères d'Akhmîm d'abord, puis de Nitric après la conquête arabe. »

§ 5. — Versions en moyen-égyptien.

Pour éviter toule confusion, nous plaçons sous ce titre les versions de l'Egypte centrale, dont nous possédons d'assez nombreux fragments. On désigne d'ordinaire ces versions par le nom du lieu où on en a acheté des manuscrits, Memphis, le Fayoum, Akhmîm. De ce que les vendeurs de ces fragments habitaient une de ces localités, cela ne prouve pas que ces versions étaient anciennement en usage dans ce pays. Il y a de grandes différences entre le dialecte de cet fragments, ce qui permet de les classer comme des espèces différentes, mais les études de ces versions sont trop peu avancées pour qu'on puisse en extraire des conclusions importantes pour la critique du texte néotestamentaire.

Version fayoumique. — Cette version avait été appelée baschmourique par Zoega et Engelbreth, du nom du nome égyptien, Bashmour. On en possède, pour le Nouveau Testament, dix-sept fragments que l'on trouvera catalogués par J. David K dans la Revue biblique.

Version memphitique. — E. Crum et Kenyon2 ont publié un fragment bilingue du IVe évangile, III, 5-1 V,

Page 1