‹ Le Nouveau Testament dans l'Église ChrétienneChapitre 82 sur 156 · III · texte numérisé non relu

III

présente l'offrande pour les péchés, comme il est écrit dans la loi *.

Dans le plus ancien codex arménien connu, de l'an 887, et conservé à l'Institut Lazareffski, à Moscou, nous trouvons la leçon, Alt, II, 9 : L'étoile (qui précédait les mages) s'arrêta au-dessus de la caverne où était l'enfant, leçon que l'on trouve dans le Protévangil. Jacques et dans saint Justin.

La Bible arménienne a été imprimée pour la première fois, en 1666, à Amsterdam, mais d'après un seul manuscrit. L'édition faite en 1733 à Venise par Mekit.uen est, à peu de choses près, une reproduction. La première édition critique de la Bible arménienne a été imprimée à Venise, en 1805, par Zohrab qui utilisa vingt manuscrits pour l'établir ; les variantes de ces manuscrits sont relevées sous le texte, sans indication du manuscrit auquel elles sont empruntées. Le Nouveau Testament a paru en 1789. D'autres éditions ont été données à Moscou, à Constantinople et les meilleures à Venise 2. Bien qu'on l'ait soutenu, aucune leçon delà Vulgate n'a été introduite dans la Bible arménienne 3.

S 2. — Version géorgienne.

Les opinions des critiques sont assez différentes sur l'origine de la version géorgienne du Nouveau Testament. 11 y aurait à résoudre une première question : D'où vinrent les missionnaires qui évangélisèrent l'ancienne lbérie, la Géorgie actuelle ? D'après la tradition arménienne, le christianisme lui serait venu de l'Ar-

I. Ohiymurk, yfrmmùm Version of the NT, dans Hastkcs' Dictionary of the Bible, vol. I, p. i.,i.

■2. Cf. Gregory, op. cit. p. .>U8.

■i. Cf. Conyiikakk, art. cit. p. 1S4.

ménie, vers le commencement du ive siècle. De plus, saint Mesrob serait l'auteur de la version géorgienne, comme il l'a été de la version arménienne. Cette tradition paraît peu fondée ; Goussen * a même démontré qu'en plusieurs passages la version géorgienne offre des leçons plus anciennes que l'arménienne. Kluge2, il est vrai, a réfuté cette hypothèse.

Les Géorgiens soutiennent de leur côté que le christianisme leur est venu de Constantinople, avec laquelle ils avaient de plus fréquents rapports qu'avec l'Arménie. C'est vers le temps de Constantin et même probablement plus tôt que les Géorgiens furent convertis au christianisme. La traduction géorgienne du Nouveau Testament aurait donc été faite d'après un texte grec, vers le ve ou le vie siècle. Conybeare avait soutenu tout d'abord cette opinion, mais tout récemment il l'a modifiée à la suite de la collation qu'il a faite de quelques manuscrits des évangiles. Selon lui3, la traduction du Nouveau Testament en géorgien a été faite d'après un texte vieux syriaque presque identique à celui dont se sont servis les premiers traducteurs arméniens. Les deux versions ont été revisées dans la suite et corrigées à fond d'après les textes grecs, mais indépendamment l'une de l'autre, la version arménienne, probablement vers le vc siècle ; la géorgienne, au temps de saint Euthymius. Ici et là ces deux versions ont en commun des variantes remarquables. Déjà Kenyon ' avait fait observer que la version géorgienne des épîtres pauliniennes, de même que la version arménienne, paraissent avoir été faites d'après

i. Orient clirrlirii, IBM, p. 800-JM8, Paris.

berdtuAlter der georgitchen Uibtrtttzung dit N. T. daci la neutett. n iu., xi-r n., p. 161, Gleaeen, 19*0. .t. The Qtorgian Vtrtion »f t/tr n. T, dtna La Zêitêchrtfi fur dit

neutcHl. Wi.i.irnxc/nif't, M" II., p, 181, (iics/cii, l'.HO. .i. p. 180,

un texte syriaque du même type que celui dont se servait saint Ephrem.

D'après Tsagarelli, il y aurait uu Mont Sinaï un manuscrit géorgien des évangiles du ixe siècle; le plus ancien manuscrit daté des évangiles serait de l'an 936 ; celui des Actes, épîtres de saint Jacques et de saint Pierre serait de l'an 974. Au Mont Athos, serait un manuscrit en deux volumes contenant toute la Bible et daté de l'an 978.

D'après Conybeare aussi, il y aurait au Mont Athos un manuscrit géorgien de la Bible, que l'on croit .' du x8 siècle ; il y en aurait d'autres au Mont Sinaï et, d'après Scholz, quatre cents au couvent de la Saint- Croix, à Jérusalem; Malan en mentionne à Etsrhmiadzin. Scrivener a collationné à Tiflis trois manuscrits géorgiens des évangiles, très anciens d'après lui et écrits en lettres majuscules, sur parchemin. Gregory catalogue 17 manuscrits géorgiens : 3 à Rome, 14 a Jérusalem; les trois premiers sont de date inconnue — un est qualifié d'ancien — les autres s'échelonnent du xie au xvie siècle. Il en est même un, écrit en 1755. La version géorgienne de la Bible a été imprimée pour la première fois à Moscou en 1723, en lettres de l'alphabet presbytéral, lequel est différent de l'alphabet civil. Une autre édition fut donnée, en 1743, à Svenzga, dans la banlieue de Moscou ; elle aurait été interpolée d'après les versions arménienne et slave. Gregory mentionne aussi une édition publiée à Saint-Pétersbourg en caractères presbytéraux et une autre en 1818 avec le même texte, mais en caractères civils.

Comme caractères distinctifs de la version géorgienne, Conybeare signale les suivants : les manuscrits de Tiflis contiennent la finale de saint Marc, XVI, 9-20; dans le manuscrit du Vatican, la péricope de la femme adultère est placée après le j 44 du ch. VII de

saint Jean et non après le y 52 ; on la retrouve à cette même place, mais grattée, dans le codex vieux latin b ; dans les éditions imprimées, elle est placée après ce verset. lie verset des Trois Témoins, I Jn, V, 7, 8, est inséré dans le texte imprimé, mais d'une façon abrupte, ce qui peut faire conclure à une interpolation. Conybeare ne sait pas s'il se trouve dans les manuscrits. Il fait d'ailleurs remarquer qu'il y a lieu de collationner les anciens manuscrits afin de donner une édition critique du Nouveau Testament géorgien. Il paraît avoir commencé cette collation. En 1910, W. Benesevic a commencé la publication d'une édition géorgienne des évangiles : Quattuor Evangeliorum Versio georgiana vêtus e duobits codicibus an. p. Christ. 913 et 995, I, Evang. sec. Matthaeum, Saint-Pétersbourg.

§ 3. — Version perse.

Le christianisme a été prêché de bonne heure en Perse et il n'est pas à croire que les chrétiens persans se soient servis pendant longtemps, comme on le dit, de la version syriaque. Il a dû y avoir une vieille version persane, que nous n'avons plus. D'après Assemani, il existe deux ou trois traductions persanes des évangiles : la première aurait été faite d'après le texte grec par un auteur inconnu, vers le xivc siècle; la seconde, d'après le syriaque, en 1341, par Simon, iils de Joseph Altabrizi; la troisième, d'après le latin, en 1-1740, par ordre du Schah Nadir.

La première traduction a été éditée par Abraham W lnloc, en 1652, et continuée après sa mort par Pierson, en 1057, d'après trois manuscrits persans. La seconde a été inaérée par Waltoa, dans sa Polyglotte,

«1 après un seul maiiuseril. [La luanusenl persan, dont

il se servait, donnait une traduction très antérieure à l'an 1300. Hoskier.] En 1750-1751, Bode a donné une édition persane des quatre évangiles, avec une traduction latine.

Gregory^ a catalogué 28 manuscrits de la version persane : 8 sont en Angleterre, 5 à Vienne, 3 à Leyde. 3 à Paris, 1 à Munich, 0 en Italie, 1 à Saint-Pétersbourg, 1 à Constantinople. Plusieurs sont de date inconnue; le plus ancien est du xiu,: siècle.

§4. — Version éthiopienne.

Les critiques ne s'accordent pas sur la date d'origine de la traduction éthiopienne (langue ghe'ez) du Nouveau Testament. Un vétéran des études éthiopiennes, Dillmann, croit qu'elle a été faite d'après le grec, entre le ive et le vie siècle, par plusieurs traducteurs, mais non par l'apôtre de l'Abyssinie, Frumentius, comme le prétend la tradition abyssine, l'n éthiopien, Abba Georges, auteur du « Livre du mystère », nous la transmet : « Pour le Nouveau Testament que nous avons en Ethiopie, il a été traduit tout entier du grec en ghe 'ez avant que la doctrine de Nestorius eût apparu, avant que la confession de Léon fût formée, avant qu'on eût réuni le concile des chiens, à savoir des évêques de Chalcédoine2. » D'après Dillmann. la traduction éthiopienne suivait de très près le texte grec, môme jusque dans l'ordre des mots. Mais on voit fréquemment que le traducteur ne connaissait pas bien le grec, et qu'il a laissé s'introduire de nombreuses fautes dans le texte. Plus tard, et plus d'une fois, la

t . Op. cit. p. 577.

I. Cf. Mkciiimai, Version éthiopienne de la Bible, dans le Dictionnaire de la Bible de Vigouhoi x, t, II, col. mm, fari:-.

traduction a été corrigée pour la conformer davantage au génie de la langue éthiopienne ou pour la rendre plus claire. Dillmann pense que ce travail de correction a été fait au xive siècle et que le reviseur s'est servi pour l'exécuter des versions coptes et arabes.

D'après Guidi, la traduction éthiopienne aurait été faite à la fin du ve siècle ou au commencement du vie. Méchineau la fait remonter au milieu du iv° siècle, parce que la traduction des principaux passages des Ecritures et notamment des évangiles s'impose dans la fondation d'une nouvelle église ' . Cayet et Walton soutiennent que la traduction arménienne a été faite aux temps apostoliques. Etant donnés les nombreux mélanges de textes de cette version, Hoskier croit qu'il a existé une version éthiopienne plus ancienne que celle que nous possédons2.

Par contre, Gilmeister 3 pense que la version éthiopienne serait due à des Syriens monophysites, au vie-vnc siècle. Il appuie son hypothèse sur cette observation qu'un bon nombre de mots, désignant les pensées chrétiennes principales, se retrouvent dans cette traduction non sous leur forme éthiopienne, mais sous leur forme syriaque. En fait ces expressions sont plutôt judéo-araméennes et doivent provenir des Juifs très nombreux en Abyssinie à cettte époque et, de nos jours encore, sous le nom de Falachas.

De Lagarde va plus loin encore; selon lui, la traduction éthiopienne aurait été faite d'après l'arabe ou le copte, après le xive siècle. 11 y eut, en effet, à cette époque, une revision de la version éthiopienne, mais non une première traduction. Il serait incompréhen-

i. DM. '!•■ ta Bibk, art. cité, col. smwi.

i. 1..1 preuve de cette proposition se trouverait damCopito Biblical edited bj Bi doi . i>. lxxjcii \. Loadon, IWL

sible qu'une église chrétienne fût restée pendant près de dix siècles sans posséder en sa langue une traduction de la Bible.

Goussen, adhérant au jugement d'Evodius Assemani, croit que la traduction éthiopienne a été faite d'après la Bible copte. Hoskier déclare que cette hypothèse est inadmissible, car dans le même verset la version éthiopienne s'accorde tantôt avec le copte, tantôt avec le syriaque contre le copte. Goussen soutient en outre que la traduction de l'Apocalypse a pour fondement la version Sahidique et qu'elle a été 1 ■< d'après la Bohaïrique.

Outre les recensions de la traduction éthiopienne que nous avons signalées, Méchineau ' parle dune autre qui aurait eu lieu au xvne siècle. Des missionnaires portugais ont, non seulement traduit un certain nombre de nos Livres saints en amharique — la langue qui, en Abyssinie, a remplacé le ghe'ez — ou corrigé le texte amharique antérieur de ces livres, mais encore ils ont revu les évangiles ghe 'ez et les ont conformés à notre Vulgate.

11 ressort de ces diverses hypothèses que, d'après l'avis de presque tous les éthiopisants, cette traduction a été faite d'après le grec. Il faudrait maintenant établir quels sont les textes grecs qui en sont la base. [Cette version éthiopienne contient plus que tout autre document de nombreuses leçons agglomérées. Hoskier.] Il semble donc que ce sont des textes grecs anciens, mais la question n'a pas été suffisamment étudiée pour qu'on puisse être affirmatif sur ce sujet. Le plus ancien manuscrit de la version éthiopienne serait à la Bibliothèque nationale, fond éthiopien, n° 22; son texte serait ancien et, d'après Guidi et Zo-

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