USAGE DES VERSIONS POUR LA CRITIQUE. 2«JI
lire les manuscrits, qu'il ne s'est pas trompé en lisant le texte grec, qu'il n'a pas pris un mot pour un autre, ou qu'il n'a pas mal séparé les mots de son texte continu, qu'il a bien compris les abréviations de son texte. 2" Un des points les plus importants pour la critique d'une version est de lixer les caractéristique! de la traduction. Certaines versions sont très littérales, et d'autres reproduisent seulement le sens ou môme sont quelquefois paraphrastiques. La syriaque harkléenne et la version égyptienne bohaïrique sont très littérales et reproduisent le mot à mot de l'original aux dépens même du sens et des constructions grammaticales. Les épîtres pauliniennes, telles que nous les avons dans la Vulgate, sont traduites d'une façon tellement servilequ'ellesensontinintelligibles;ilen résulte m," in<quelquefois des contre-sens. On ne peut s'empêcher de conclure que saint Jérôme n'a pas dû réviser dans le détail la vieille version latine de ces épîtres, non plus d'ailleurs que celle des autres épîtres et de l'Apocalypse. Il est nécessaire surtout d'être très au courant des idiotismes de la langue d'une version, ou même du sens des mots d'une langue, si l'on veut comprendre à fond cette version. Le lecteur s'étonne quelquefois de ne pas comprendre le latin de la Bible, en particulier par exemple des psaumes et des épîtres de saint Paul, et il oublie que le latin de ces écrits est celui de la langue populaire, assez différente du latin classique, soit pour le sens des mots, soit pour la construction des phrases. De là, outre l'inintelligence du texte, dis contre-sens assez bizarres. Ainsi, Phil. 111, 20. nous lisons dans le texte latin : nostra autem conversatio in caelis est, que certains traduisent : mais notre conversation est dans le ciel, oubliant que conversatio signifie demeure, séjour, intimité. Le mut d'ailleurs ne traduit qu'imparfaitement le terme grec, xAfeups,
qu'emploie saint Paul, lequel veut ici affirmer que nous sommes les citoyens du ciel : notre citoyenneté — si l'on peut fabriquer ce mot — est dans le ciel.
Nous citerons cet autre exemple encore plus extraordinaire; dans 7>ïe, 111,4, nous lisons : cumautem... humanitas apparuit Salvatoris nostriDei. On a tiré de ce texte une preuve de l'Incarnation du Verbe, quand il fallait y voir tout simplement une affirmation de l'amour de notre Sauveur pour les hommes. Si l'on s'était reporté au mot grec cptXavôpwTri'a on ne se serait pas trompé sur le sens du terme humanitas.
3° Les manuscrits eux-mêmes devront être étudiés avec critique, car on y relève diverses erreurs intentionnelles ou non. Il faudra appliquer aux manuscrits d'une version toutes les règles de critique que nous établirons pour l'usage des manuscrits grecs.
Kn voici encore quelques-unes applicables aux manuscrits des versions . Le scribe ignorant la langue de la version, telle qu'elle était au temps où fut faite cette| version, a pu y introduire les mots de son époque, sous prétexte de corriger des fautes de grammaire : solécismes, barbarismes, ou de donner une construction de phrase ou une traduction plus exacte. Les manuscrits delà vieille version latine diffèrent souvent entre eux à ce point de vue. Onachangémagnalia en magna, frameaengladius, etc. Le copiste a pu aussi, de propos délibéré ou non, introduire dans sa copie les variantes du texte qui lui était le plus familier, ou même quelquefois corriger une version par une autre similaire. C'est ainsi que la Vulgate dans les premiers temps qui ont suivi son apparition, a été souvent interpolée, ainsi que nous ['avons déjà dit, par l'introduction de variantes des vieilles versions latines. Le scribe a pu prendre un mol pour mi autre : do là les variantes iunct;i »t vincta; eorreptio et eorrectio; misteriorum pour mi-