‹ Le Nouveau Testament dans l'Église ChrétienneChapitre 97 sur 156 · ÉTUDE DES VARIANTES PROVENANT DES COPISTES · texte numérisé non relu

ÉTUDE DES VARIANTES PROVENANT DES COPISTES

Il est possible que des variantes soient dues aux auteurs mêmes de l'écrit, si l'on admet que certains livres tels que les Actes des apôtres ont eu deux éditions, qu'aurait établies saint Luc. Il est possible aussi que des changements ou des corrections aient été introduits dans des manuscrits par des glossateurs, lesquels avaient placé leurs gloses à la marge du manuscrit; ces gloses passèrent ensuite dans le texte. Mais le plus grand nombre des variantes est dû aux copistes. On les a appelées souvent : variantes cléricales, parce qu'autrefois les copistes étaient des clercs. 11 faut donc voir tout d'abord comment les scribes ont pu altérer le texte; cette constatation permettra souvent de (lrsi^-ner la leçon qui doit être rejetée, parce qu'elle est le fait «lu copiste. Cette étude des variantes des manuscrits est aussi très importante, comme nous le Ferrons, pour déterminer la valeur d'un manuscrit eu particulier.

Il étail impossible qu'un texte copié aussi souvent

que l'a été celui du Nouveau Testament ne présentât pas un grand nombre de variations entre les copies, qui n'étaient pas toutes surveillées par l'autorité et qui en outre ont été faites à des époques diverses, en des lieux éloignés les uns des autres, et par des scribes différents. Quel que soit le soin que mettra le copiste à son travail, il laissera toujours s'introduire des fautes dans sa copie; c'est le résultat inévitable de l'infirmité humaine. Le travail présentait d'ailleurs assez sourent de sérieuses difficultés. Les manuscrits étaient quelquefois presque ou même tout à fait illisibles; de plus, dans les premiers siècles, le texte était continu les mots n'étaient pas séparés. Enfin, il y a eu des copistes peu soigneux ou inhabiles. Ainsi s'expliqumt naturellement la plupart des variantes que présentent les manuscrits. Ces variantes sont dues à des causes accidentelles; elles ne sont pas faites exprès; il en est d autres qui sont intentionnelles, que le copiste a introduites de propos délibéré.

§ 1. — Variantes accidentelles.

Ces variantes peuvent être le résultat dune erreur provenant de l'œil, de l'oreille ou de la mémoire

A. Variantes par erreur de l'œil. - a. L'omission de membres entiers de phrase peuvent tenir à ce fait que deux phrases sont terminées par la même finale ; 1 œil passe de la première à la seconde ligne et après avoir copie la première omet la deuxième ; ou bien omet la première en passant de suite à la deuxième ligne- il y a alors omission par homœoteleuton, ôfWW, finale semblable. Cette faute, qu'on trouve dans presque toutes les copies, est fréquente dans certains manuscrits. En voici des exemples : Dans I /*, II, 23,

IlSç ô àpvoûf/.evoç xov uîov ouSe tov 7caxÉpa ï'/si, ô 6[jloXoywv tov uïov x<x\ tov 7raxépa ey et.

Les deux phrases finissant de même, des copistes ont sauté la première ou la seconde phrase.

Dans Le, XVII, les versets 34, 35, 36 finissent tous les trois par àfpeôifaexat. Des copistes ont omis le f 36. Quelques copistes ont de même omis le f 39 de Le, XVIII, parce qu'il finissait comme le f 38. Il est possible que la suppression de xav lv xîj éxs'pa Sitoxioaiv u^a;, tpeuyete eîç t^v aXXr)v dans Mt, X, 23, soit due au fait que la phrase précédente finissait de même.

Le scribe du codex Sinaiticus a fait deux omissions par homœoteleuton dans le ch. III, 20, 21, du IVe évangile. Le texte était le suivant: Ilaç^àp ô <paîiXa Trpâ<jffu>v [juast tô oôjg xcà oùx ep/etat icpbg to <pu>ç, tva ii.J\ IXe^Ô^ xà ïpya aùxou, 6 5è 7toiâ)v iX^Qaav I postai ftpbç xô cpflç '(va yavepcuOrj Ta

sp^a aùtoû ôxi Èv Bew iaxlv eîpY«<r(jiéva. Passant du premier xb çSç au second, il a sauté tout ce qui est entre les deux; il a de même omis les mots placés entre les deux xà EpY<x. Les passages omis sont soulignés. On trouve dans le codex Vaticanus, Jn, XVII, 15, une omission analogue.

Quelquefois l'omission se produit lorsque plusieurs membres de phrase commencent par les mêmes mots, comme dans Mt, XXII I, 13, 14, 15, 16 :0û«\ 6f&f». Plusieurs manuscrits, nBDLZ, 1 22 33, etc. ont omis le f 14.

b. Les copistes ont écrit quelquefois un mot pour un antre quand ces mots ont des lettres qui se ressemblent dans l'écriture majuscule. Ainsi : £ et C? 9 et O; A, A et A; N et H ; N et n. Voici des exemples : Me, V, 14, ANWTeiAÀN et ATTHITeiAAN; Me, XIV, 65, GAABON eteBAAON.

Atteints de diplographie, les copistes répètent des

syllabes : GKBAAAONTATAAAIMONIA au lieu de eKBAAAONTAAAIMONIA.

C'est ainsi qu'on peut expliquer la singulière variante de Mt, XXVII, 16, que l'on trouve dans quelques minuscules, Origènc, la syriaque Harkléenne : Ttva 9eXets àiro xwv 860 a7roÀuaoi 6u.tv ; 'fr^ouv Bxpaéïv y) 'lr\ooZv] Barabas se serait-il donc appelé Jésus? Nullement. L'appellation vient d'un copiste qui a dû par erreur diplographique écrire YMININ et un autre a lu : V(xtv l7]<rouv, |N étant l'abréviation de Ir^ouv.

Dans l'évangile de saint Jean, XIX, 29, il est dit que les soldats placèrent sur de l'hysope une éponge remplie de vinaigre et l'offrirent à Jésus. Il est difficile de comprendre qu'une branche d'hysope, plante herbacée, ait pu supporter une éponge imbibée de vinaigre. Field a supposé que le copiste a redoublé à tort les lettres — que nous soulignons — YCCnnnnCPlGeNTeC et que le vrai texte était : YCCnnePIOeNTGC, M qui donne un sens très plausible : Les soldats placèrent au bout d'un javelot, û<t<jô<;, l'éponge imbibée de vinaigre.

c L'écriture étant continue, les mots pouvaient être séparés de diverses manières. Ainsi, Mt, IX, 18, EICEAOHN peut être lu eïç ÈXôoiv ou e'tatXôwv; Me, X, 40, AAAOICHTOIMACTAI sera lu : d!XXoi; ou iXX' oTç. De même, Actes, XXIII, 11, on lira oStwç ISei ou outw « ôeï; Tite, II, 7, Ttepl Ttccvca aeautov OU irgpt TtavTaç éavrôv. Les mots étaient quelquefois mal séparés par les copistes; les uns même les séparaient d'une façon, les autres d'une autre et de plus interprétaient ce qu'ils ne comprenaient pas. Voici comment se présente le texte de Col. II, 18 : Saint Paul veut que personne ne prenne parti contre les Colossiens, â lopaxev s>6«Teuwv, faisant parade de ses visions, d'après les manuscrits nABD, 17 28 67 ou S (A^j lopaxev ijxêaTeûtov, s'égarant à vouloir

parler de ce qu'il n'a point vu, d'après les manuscrits n C Db K L P, quae non vidit ambulans, Vulgate. Taylor ' et Westcott-Hort 2 ont supposé que le texte manuscrit était : AePAKeNGMBATGYnN, marchant en l'air dans le vide. Le copiste a mal séparé les mots et a lu S tôpaxsv if/.êaTEUtov, au lieu de &ip<x XEVEuêaTEUwv. Un autre jugeant que l'on ne pouvait voir des anges a ajouté pït eta écrit : & n^ éopaxev. Lightfoot croit quil vaut mieux lire atcopay.Evefji6<xTEu<j>v, se balançant dans le vide dans un hamac.

d. Les chiffres étant, en grec, représentés par des lettres, ont causé quelques erreurs. Il est dit dans Me, XV, 25, que Jésus fut crucifié à la troisième heure; or, dans Jn, XIX, 14, Pilate montre Jésus aux Juifs vers la sixième heure. On a présenté plusieurs explications de cette divergence entre les récits évangéliques. La meilleure a été donnée, semble-t-il, par saint Jérôme 3 : Error scriptorum fuit : et in Marco hora sexta scriptum fuit, sed multi pro i-Jttera^w graeco putaverunt esse gamma. En effet Yènl<rr\u.ov ou digamma, F, signifie six, tandis que le r signifie trois. 11 est possible que la seconde barre du digamma. lettre originale, soit effacée ou presque effacée et le copiste a vu un r, c'est-à-dire trois.

e. Une abréviation était prise pour une autre. Ainsi KPfl peut être lu xaipûi ou xuptw. De là est venue la leçon, Rom. XII, 11 : Toi xaipôi SouXeuovteç , des manuscrits D*FG5df et celle des manuscrits n ABD BLP : xtf xopi'w SouXeôovteç, qui est la bonne. Saint Paul engage les Romains à servir le Seigneur. Cependant, la leçon : Servez le temps, n'est pas contraire à la phraséologie de sainl Paul qui, dans l'épître aux

trnalof Philologv, 1876, \xu, 180.

j. /'A. in original Qre$kt Cambridge* iltt|II| p. h".

8, Tract, m P$, lxxvii, I Antcdota Martdtc4anat III, l

Ephésiens, V, 1G, demande à ceux-ci de mettre à profit le temps, è$aYopaÇo'pievoi tÔv xatpov.

Le f 16 du ch. III de la Ire épître à Timothée se présente sous trois formes :

0eoç £epavgpw67] iv aapxi : N° O Dc K L P. àç IcpavepioOr) iv aapxi : N" A1 C" Fgr Ggr. B èipavgpuiOri Iv aapxi : D" d f q Vg.

Le premier mot s'écrit en abrégé OC ou OC ; lorsqu'il y avait la barre médiane on lisait 9e4« ; si elle avait disparu on lisait Oç. Un copiste, soucieux de correction grammaticale, a fait accorder ce mot avec f*u<mipiov, qui précède, et a écrit S. Les deux premières leçons sont plausibles; il reste aux exégètes à dire laquelle des deux répond le mieux au contexte.

f. Des mots ou quelquefois même des membres de phrases sont transposés : Le, VI, 1, on lit : 'EtiXXov ot fAaÔ7)Toù otÙTOU toÙç (niyyai xoc\ f^ôiov ; dans B C L H, on a : EftXXov oî (/.<x8r)Tat atù-coû xai rjaôiov roù; o-ra/uct;.

B. Variantes par erreur de l'ouïe. — Le texte des manuscrits était quelquefois dicté ; de cet usage naissaient des erreurs lorsque le copiste entendait ou comprenait mal.

a. Une des plus fréquentes était celle qui provenait de l'itacisme ou confusion de certaines voyelles ou diphtongues ayant presque le même son. Dans les plus anciens manuscrits il y a interversion entre i et et, ai et > et d'autres encore ; dans les plus récents entre tj, t ef si, r, oi et u, o et w, i et y). Ces itacismes sont très utiles pour déterminer l'âge d'un manuscrit et sa provenance. Ils altèrent quelquefois la forme grammaticale et même le sens de la phrase : on trouve, Me, III, 3, lyeipe et lyetpai ; Mt, XV, 5, où ^ ti^cït) et où A Ti|4mj Mt, XI, 16, iTecîpoïc et Sts>iç; I Pr, II, 3, fa XPlfftiç 6 Kùpioç et fci XpiffTo; 6 Kùpioç. Le sens de la

phrase est ici complètement différent suivant la variante que Ton adopte.

L'itacisme peut même produire des contre-sens : Saint Paul écrivant aux Corinthiens, II Cor. XII, 1, a-t-il dit : xau^SaÔai S^ où 0-uu.cpÉpei aoi, il ne me convient pas certes de me vanter; ou xau^SaOai Ssî oô aujxslpov (/.év , il faut se glorifier; cependant cela ne convient pas, et d'après la Vulgate : Si gloriari oportet. non expedit quidem. La première leçon o>i, qui paraît mieux répondre au contexte, est bien moins appuyée que la leçon oeî, soutenue par le Vaticanus et les anciens manuscrits.

b. Un des changements les plus fréquents est celui de u en y) et inversement, qui produit l'emploi l'un pour l'autre des pronoms ôuiï; et fyj.sï; dans tous leurs cas. Actes, XVII, 28, dans le discours de saint Paul à l'Aréopage, au lieu de àç xotî -cive; tâiv xaô' 6}*aç TroirjTwv, on trouve dans le Vaticanus xa6' V5ç, ce <Iui es*< absurde. Dans la première épître de saint Pierre on peut en relever plusieurs du même genre : I, 3, 12 ; U, 21; III, 18, 21; V, 10.

c. On peut aussi à l'audition confondre certaines consonnes de son très rapproché : S et 6, d'où avSpwTco;, «OtXçôç, au lieu de dÉvOpumo; et àSsXtpôç ; v et tt. d'où Xuveïtou pour XuïtitTat ; Ttpévet pour opérai ; xo'voç pour xotco; ; Toùitavrfov pour Tojvavrfov. L'oreille confond encore, surtout quand elles sont mal prononcées, les lettres t et 6, l et Ç, f* et v, S et X, ir et 6, u et 6, x et ^, v^ et f/*

(1. Variantes par erreur de la mémoire. — a. Les citations de l'Ancien Testament ont été complétées, par exemple dans Mt, XV, 8; Le, IV, 18 ; Actes, \ Il 37; Rom. XIII, 9; llèb. XII, 20 etc. Dans Actes, XIII , 33, 1<- codex de Bèze ajoute Ps. II, 8.

b. Il y a eu, surtout dans les évangiles synoptiques, t* imilation des passages parallèles. 11 étail Inévitable

que le scribe, qui savait souvent par cœur les évangiles, introduisit dans le texte d'un évangile celui dun autre évangile, lorsque les deux textes étaient très rapprochés de sens ou même d'expression. De plus, la tendance à harmoniser les textes, provoquée probablement par le Diatessaron de Tatien et peut-êt r< 1 d autres harmonies évangéliques, a aussi exercé son influence sur les copistes. 11 est possible qu'on ait tout d'abord ajouté à la marge le texte d'unévangile, comme par exemple * (uxrfvowv de Le, V, 32, placé à la ma; de Me, II, 17, qui passa ensuite dans le texte Jl en a été de même pour Mt, XXVII, 35 : fa vlr^ et tire de Jn, XIX, 24; pour Jfr, XIII, 14, tô ^/provenant de Mt, XXIV, 15, etc.

c Outre ces additions, il y a eu des omissions, accidentelles ou non. Elles sont quelquefois considérables; témoin celles de la péricope de la femme adultère, de la finale de saint Marc, de la sueur de sang. Souv.nl eiles sont d'un mot ou deux. Ainsi, comparé à d'autres manuscrits, le Sinaiticus a 3455 omissions dans

oe^fTglleS; le Vaticanus> 2«77 et le oodex de Bèze, 3704. La question est de savoir si ce sont des omissions, et si ce n'est pas les autres manuscrits qui ont admis des additions. Un exemple fera ressortir la position de ce problème.

Le texte de Le, II, 14, se pose sous deux formes :

So'Ça lv ô^i'ffTOt; ©Eto Xfti sttI y^Ç etpyjvï] lv àvôpunrotç EÙSoxt'a.

Cette leçon : h <2vôpoà7coi<; eôSoxt'a, bienveillance (de Dieu) envers les hommes, qui complète le parallélisme à trois membres de cette strophe, est soutenue par les manuscrits L PTAAS, etc., la Peschitto et

l'Harkléenne, la Bohaïrique, par Irénée grec, Origène grec et les autres Pères grecs. Les manuscrits n B ont eùSoxta à la marge.

Ao'ija iv &<|«'<jroi;©eû)

xal èiz\ yriç etp^vyi iv dcv9pu>7roiç euSoxiaç.

Le parallélisme est à deux membres, mais il est moins juste. La leçon : iv àvtipwTroiç eùSoxtaç, paix aux hommes (objet) de la bienveillance (de Dieu), est donnée par les manuscrits a A B D, les vieilles latines, la Vulgate, Irénée latin, Origène latin et d'autres Pères latins.

Quelle leçon faut-il adopter, sùSoxia ou eOSoxiaç ? Au point de vue des témoignages eùSoxiaç est mieux appuyée; au point de vue de la critique interne eùSoxia est plus plausible ; un copiste ignorant aura ajouté un ç à eùâoxia ; il en est de même grammaticalement parlant.

Enfin, il y a des erreurs de copie dont on ne peut rendre compte, dont on ne voit pas la raison d'être. Le scribe a été distrait et a écrit un mot pour un autre suivant la pensée qui, à ce moment, occupait son esprit. Comme ces changements n'ont aucun rapport avec le texte copié, on ne peut s'en servir pour retrouver le texte original.

g 2. — Variantes intentionnelles.

L'intention de ceux qui ont altéré le texte a pu ôtre coupable ou non.

1° Variantes intentionnellement coupables. — Les Pères de l'Eglise, saint Denys de Corinthe, saint lu n> « Clément d Alexandrie, Tertullien ont souvent accusé les hérétiques du n" siècle d'avoir altéré les s.iintrs Écritures, de les avoir falsifiées pour les adap-

1er à leurs doctrines particulières. Nous aurons l'occasion de revenir plus loin sur cette question.

Nous n'avons pas à nous occuper des altérations que les hérétiques ont fait subir au texte du Nouveau Testament, puisque l'Église les a toujours rejetées et qu'on a pu dire1 qu'il n'y a pas de raison de croire qu'il existe des altérations dogmatiques dans le te actuel du Nouveau Testament.

2° Variantes insérées sans intention coupable.—

Le copiste a fait quelquefois office de correcteur.

a. Il a omis les mots qu'il ne comprenait pas. Ainsi dans Le, VI, 1, SeuTepoTcptôto) est supprimé dans le Sinaiticus, te Vaticanus, L et quelques minuscules. Dans Mt, XXIII, 35, certains manuscrits omettent uîoS papaX(ou; Mt, XXVII, 9, T.pe^ou.

*. Le copiste a introduit des changements explicatifs. Ex : év «ivôptoTtot; eCSoxta étant devenu incompréhensible après la suppression de iv, uncopiste a peut-ètiv ajouté un « à eùooxi'a. Un autre, lisant, I Tint. III, lt;: (xuemiptov Sç êcpaveptiôy), a supprimé le < de Sç, pensant observer ainsi les règles de la grammaire.

c Les copistes ont corrigé aussi les fautes d'orthographe, omis ou ajouté des pronoms, au™, «ùtw, ai™,, aÙToîç ; des particules, oSv, 8é, te; interchangé oàé et oùté, xa( et oé, au commencement d'une sentence Ils ont substitué des mots usuels ou connus à ceux qui étaient rares ou vieillis; les formes dialectales de leur temps aux formes anciennes, Kaçapvaouj. pour K*™vaoufx, ^Xeajxev, yev^evoç, au lieu de fteo|m, yevcÉuevoç- ils ont employé un mot synonyme, qui quelquefois modinait un peu le sens, ou même l'altérait complètement corrigé ce qui leur paraissait des fautes de grain-

1. Hammond, Oullines of textual Criticism, applied to the New 7Vv tament, Oxford, 1890, p. 17. w»m»u io me New j.j-

maire. On expliquait des constructions irrégulières ou incomplètes par des mots qui figuraient d'abord à la marge puis passaient dans le texte. Ainsi s'expliquent, Me, VII, 2, ifxéfj^aTO ; II Cor. VIII, 4, SéljaoôatVaç 5 Actes, VIII, 7 : lloXXot y»? ~(~JV £X0'vT0)V TCveufjLaxa àxâôapTa (iowvTa ■j>wv7j utyok-ri i^p^ovTo; le texte, rigoureusement traduit, exprimant un fait impossible, a été modifié ainsi :

IloXXtoV Y«p TWV E^o'vTCOV 7TV£U(i.aTa...

On changeait le texte quand on ne le comprenait pas. Au ch. XV, 51, de la première épître aux Corinthiens, saint Paul annonce qu'il va proclamer un mystère : 'I3oÙ [/.UffTïiptOV UfJLÏV X^yW 7tâvT6Ç OÙ XOl(JLÏ)9Y)(TOèULe0a7

TTocvreç Se àXXaYr,(id{xe6«. Cette leçon est soutenue par les meilleures autorités, BDbEKLP, Jérôme, versions syriaques, bohaïrique, éthiopienne, Origène 1/3, Chrysostome, et répond parfaitement à la pensée exprimée par l'Apôtre dans son argumentation. Les copistes n'ayant pas compris ont modifié le texte. Les uns ont écrit : IlavTE; ixsv xoitX7)(rôue6a, où iravTEç Se àXXayriiTo'aEOa, xCFG, 17, Origène 2/3, des manuscrits connus à saint Jérôme, version arménienne ; les autres : toxvte; uèv àva<mri<jd[AEÔat, où irotvTEç 8« àXXaf»lffôjAeOa, DpMl1, dôf, Vulgate, citations de codex latins chez Jérôme, Augustin, Pelage, Hilaire 2/3. Ces deux dernières leçons sont contraires au contexte dans lequel saint Paul, f 52, affirme : o\ vixpol èyipH^^at açOapxoi, xai ^(jleïç ciXXaYT]-

Les hébraïsmes ont été corrigés : au lieu de IXOôvti «ÙTÔi quelques manuscrits ont eXOo'vtoç aù-coû. Dans l'Apocalypse on trouve de nombreuses corrections gramin.iLu .il. >. Ainsi. II, 20, à t>)v yuvaïxa 'IsÇaê^X ^j Xt'youffa on a substitué tV X^youffav..

il. Les corrections sont quelquefois la suite de préoccupations <lc convenance ou de doctrine. De là proviennent les leçons suivantes: Ml, XIX, 17 : T(

p« ÀEyetc; àyaOov; oùhU àyaQÔ; l? ^ BïÇj 6 Beoç et TYjM ÈpouSç Trepl tou àyaôoC; eTç éVxtv 6 àyaGoç. Ou, /n, I, 18 : '0 fAOVOyey^ç ulo'î OU txovoyEvrjÇ Seoç, ou ylctes, XX, 28 : t^v lxxXy)<n'av tou 0eoù ou t^v èxxXyjat'av xoîï Kupfou.

e. Enfin, de même que des copistes avaient inconsciemment assimilé les passages parallèles des synoptiques, d'autres ont de propos délibéré assimilé passages ou bien complété un passage d'un évan liste par celui d'un autre pour le rendre plus clair, pour expliquer un texte diificile. De même aussi, ils ont complété les textes de l'Ancien Testament ou les ont corrigés pour les rendre plus conformes au U de l'Ancien Testament.

En résumé, que ces variantes du texte soient intentionnelles ou non, elles se rangent sous trois chel il y a eu, ainsi que l'a établi Tregellcs, substitution, addition ou omission.

Ces diverses observations rendront de grands services parce que, 1° elles indiquent l'origine de la plupart des variantes et permettent de les corriger et 2° parce qu'elles aident à estimer la valeur des manuscrits et à les classer en familles. Un manuscrit sera plus ou moins bon suivant qu'il contiendra plus ou moins de ces fautes de copie, et, de plus, on classera les manuscrits en familles d'après leurs variantes, qui, se répétant, indiqueront qu'elles proviennent d'un manuscrit type.

Maintenant que nous avons relevé les fautes que peuvent commettre les copistes, il faut indiquer les principes d'après lesquels nous pourrons nous prononcer entre les diverses variantes et établir la vraie leçon.

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