‹ Le Nouveau Testament dans l'Église ChrétienneChapitre 98 sur 156 · PRINCIPES DIRECTEURS DE CRITIQUE INTERXE · texte numérisé non relu

PRINCIPES DIRECTEURS DE CRITIQUE INTERXE

Les principes de critique interne sont fondés sur le bon sens et par conséquent sont applicables à toutes les œuvres littéraires. Voici les règles de critique interne, telles qu'elles doivent être comprises ou modifiées pour être applicables au texte du Nouveau Testament.

1° Proclivi Scriptioni praestat ardua : la leçon la plus difficile à comprendre doit être préférée à celle qui est plus facile. Cette règle, émise par Bengel, répond à celle-ci : Difficilior lectio potior, qui exprime la même idée. La tendance du copiste est plutôt de corriger ce qui lui paraît mauvais, et d'expliquer ce qui lui semble incompréhensible que d'obscurcir un passage qui serait clair ou d'introduire des fautes de grammaire. Cette règle vise surtout les corrections intentionnelles et parmi ces leçons difliciles qu'il faut préférer à la leçon facile, on doit ranger les solécismes, les barbarismes, les mots rares ou les constructions irrégulières, les hébraïsmes, les propositions qui ne se lient pas entre elles, etc. Ainsi, Mt, VI, 1, Stxaioauvr,v devra être préféré à i-X£r)ao<juvir)v ; Me, III, 29, ajxap- Ty,(xaTo; à xpfoetoç.

On devra être prudent dans l'emploi de cette règle, car le copiste peut avoir par inadvertance fait des fautes de grammaire, ou avoir obscurci un passage, auparavant fort clair. De plus, l'application de la règle doit être faite avec bon sens, car quelquefois le contexte s'oppose à l'admission de la leçon difficile. Exemple : .!//, XXI, 28-31, le Seigneur parle à ses disciples da deux fils que leur père envoie travailler à sa vigne, le premier refuse, puis ii oiieil ; le second accepte, mais il ne ira pas tnivaill'T. Le Seigneur demande quel estcclui

qui a obéi ; des manuscrits ont h Baxepoç ou ô Iff/a-ro;, d'autres, 6 7rpwxo<. Faut-il préférer cette dernière leçon, sous prétexte qu'elle est la plus difficile? Ce serait faire exprimer au texte une contre-vérité. D'autres copistes, ayant dans le texte qu'ils copiaient ô Etryatoç et voyant l'absurdité de la réponse, ont interverti l'ordre des réponses et c'est le deuxième qui a répondu oui et s'est rendu à la vigne.

2° Braevior lectio, nisi testium vetustorum et gravium auctoritate penitus destituatur, praeferenda est verbosiori ' : la leçon la plus courte, à moins qu'elle ne soit totalement dépourvue du témoignage des manuscrits anciens et de valeur, doit être préférée à la plus longue. C'est en effet, avons-nous déjà dit, U tendance des copistes d'amplifier le texte et de le compléter par des gloses, d'abord marginales, puis insérées dans le texte et d'expliquer un passage dillicile par les passages parallèles. La règle doit surtout être appliquée quand la leçon plus courte est obscure et elliptique; la leçon plus longue est due probablement à une altération, destinée à expliquer la difficulté. C'est aussi pour les citations de l'Ancien Testament que Ion devra tenir compte de cette règle. Ainsi. Mt, XV, 8, nous lisons dans les majuscules anciens : O X«o; oStoç ytikzai |ae xif/.S, tandis que les plus récents ont ainsi complété le texte d'Isaïe , XXIX, 13 : 'Eyy^i fxot 6 Xcto; outoç tm (T-roiiotTt œÙtwv xaù toïç yetXe<ji pt ttàX.

Cette règle toutefois n'est pas absolue; c'est en l'appliquant avec rigueur qu'on a établi un texte nouveau, basé sur le Vaticanus, où, relativement aux textes syriens, les omissions sont fréquentes. Nous admettons bien que ce texte est meilleur, mais cependant il a dû y avoir des cas où le copiste du Vati-

1. GtUBaBACH, Novi Testamenti Prolegomena, s. il. I. p. i .X:v.

Vnii

canus a omis par inadvertance quelques mots. Pour éviter une difficulté le copiste du Sinaiticus, Mt, XIII, 36, a omis uîoS Itapa/îou.

3° Il faut choisir la leçon qui paraît être l'origine des autres. Ce principe est évident et, comme l'a dit Tischendorf, omnium regularium principium, mais il est tellement difficile à appliquer qu'il est presque impraticable. Le jugement particulier joue un trop grand rôle dans ce cas-là. Prenons pour exemple la variante de I Tim. III, 16, dont nous avons déjà parlé :

0eè<; Icpavspwlh) iv dapxt.

*Oç IcpavepwÔT) ev astpxé.

Les uns disent que oC> écrit en majuscules, a pu être pris pour l'abréviation de 0eôç ; d'autres croient, au contraire, que 0eo'ç, abrégé en 0C, la barre médiane du 0 ayant disparu, a pu être lu OC-

4° De même nature et aussi difficile à appliquer est le corollaire de cette règle : La variante qui paraît être une correction intentionnelle doit être rejetée. C'est évident, mais la correction paraîtra intentionnelle ou non, suivant le critique qui l'examinera. De là découle cette règle paradoxale, émise par Griesbach* : Jnter plures unius loci lectiones eu pro .suspecta mérite habetur, quae orlhodoxorum dogmatibus manifeste prae céleris favet, et cette autre : Lectio prae uliis sensum pietati, praesertim monasticae, alendae aptuni fundciis, suspecta est. Et l'on cite comme exemple le texte suivant, Rom. XIV, 17 : Où y«p èaxiv ^ JïocffiXeîa xou 0eoù ppôidiç xoù 7rô<u<;, àXkk Sixotioauvv) xal àarx7]<Jiç xa! slp^vr, . Mais ce terme dfaxï)ort< ne se trouve que dans un manuscrit minuscule ; il n'y aurait donc pas lieu de l'adopter, second exemple cilé <sl plus plausible : Me, IX, 2Î' : ToOto tè yï'voç év oôSevi SûvctTcti éÇeXQeîv tl \i)\ e"v Trpoaeuyîj.

N. T. Proleg. p. i.m, vol. i.

Les manuscrits majuscules xcb A C D LN X, etc., les vieilles latines, sauf k, la Vulgate, les syriaques Peschitto et Harkléenne, etc. ajoutent x<x!vr,GTe(a. Fautil attribuer cette addition à des copistes ayant des préoccupations ascétiques 1 A peu près les mêmes manuscrits ont dans Mt, XVII, 21 :ToÛTOôÈTOYévo;oùx£X7ropEÛ8Tai t\ [Ar, ev wpoaeu^Y) xal vr^TEt'a, passage parallèle à celui de Marc, cité plus haut. Ce passage de Matthieu est omis par n* B 33 e ffJ, les syriaques Curetonienne et Sin.utique, Bohaïrique, etc.

Un dernier exemple montrera combien est hasardeuse l'application de cette règle : Ait, V, 22, les manuscrits K B 48 198 583 587,Origène, Justin, Irénée latin, la Vulgate omettent eîxîj après ttS; 6 àpYiÇôf*»vo; tÇ» àSeXcptp aÙTou. Saint Jérôme affirme que l'expression Mf « in quibusdam codicibus » mais non « in veris >• .t H la rejette. Elle est au contraire insérée par les manuscrits D E K L M SU, etc., vieilles latines, a bcdt. toutes les versions syriaques, le Diatessaron, la Bohaïrique, Eusèbe, Chrysostome, Irénée latin, Cy| Les autorités étant d'égale valeur, c'est à la critique interne à prononcer; mais son jugement peut être double. On dira qu'on a supprimé sixri, sans cause, pour des motifs de rigorisme, ou bien on jugera qu'on l'a ajouté pour adoucir la rigueur du précepte.

5° Dans les passages parallèles, que ce soit des citations de l'Ancien Testament ou des récits répétés ailleurs, il faut préférer la leçon qui offre des différences verbales entre les passages parallèles, plutôt que celle qui donne des phrases concordantes. C'est, il est vrai, une tendance des copistes de rapprocher les passages parallèles, de les assimiler même, mais, d'autre part, la divergence ne peut-elle pas provenir de l'inattention du scribe ?

6° Il faut préférer la leçon qui est le plus en rapport

avec la langue du Nouveau Testament, avec le caractère, la manière de penser, le style et la langue de l'auteur du livre et du temps où l'ouvrage a été écrit. Les copistes ont, en effet, une tendance à corriger les fautes de grammaire, les tournures ou les constructions rudes. C'est ainsi que quelques-uns ont ajouté des particules dans certains passages de l'épître de saint Jacques, II, 4, 13 ; III, 17 ; IV, 2; V, 6, pour corriger les asyndeton, lesquels sont un des caractères les plus marqués de cet écrit.

Il est évident que, d'une manière générale, un auteur a dû écrire toute son œuvre dans sa langue propre, qu'il a dû s'exprimer suivant sa manière ordinaire de penser, mais c'est encore là un principe qui laisse trop de prise au jugement de chacun. Il faut prendre garde de ne pas se former une idée préjudicielle de la manière de penser ou du style de tel ou tel auteur. Nous possédons un trop petit nombre d'écrits de chacun d'eux pour que nous puissions porter un jugement définitif sur l'ensemble de ses caractéristiques.

7° Il faut tenir compte aussi des caractéristiques spéciales du manuscrit qui fournit la variante. Les uns ont une tendance à omettre des passages, des mots ; les autres à en ajouter, à paraphraser. D'autres sont chargés d'itacismes ou d'autres fautes qui trahissent un copiste ignorant ou négligent, ou de leçons qui sont le fait d'un copiste qui a des propensions à corriger son texte.

Toutes ces règles de critique interne n'ont, on le voit, rien d'absolu et elles doivent être corrigées l'une par l'autre ; elles ne peuvent, en outre, être appliquées avec sûreté que lorsqu'elles sont appuyées sur le témoignage des documents. Mais le nombre des documents esl considérable et leur témoignage est très divergent. Il faut donc poser les règles de critique qui a'appliqueronl aux documenta.

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