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CHAPITRE XII

Il parle des révélations qa'il a eues quatorze aus auparavant , et de Taiguillon de la chair dont il a été affligé. Il leur représente que c'est eux qui Pont obligé à se louer lui-même ; au lieu qu'ils auraient plutôt dû faire son éloge , ayant reçu de lui tant de services. Il est prêt encore à se sacrifier pour leur salut : Hais il appréhende que quand il les viendra voir, il n'en trouve quelques-uns divisés entre eux , et plongés dans d'antres vices.

1. Si gloriari oportet (non expedit 1. S'il est besoin de se glorîGer (ce qui quidein) veniam autem ad visiones et ne convient pas néanmoins) j'en Tiendrai revelationes Domini. aux visions et aux révélations du Seigneur.

Ce qui ne convient pas. Quoiqu^en général il ne convienne pas de se louer soi-niêine; cependant puisque vous me mettez dans la nécessité de le faire, j'en viendrai , etc.

2. Scio hominem in Christo anle 2. Je sais qu'un homme qui est à Jésosannos quatuordccim (sive in corpore Christ fut ravi il y a quatorze ans jusqu'au nescio, sive extra corpus nescio , Deus troisième ciel (si ce fut avec le corps , ou scit) raptum bujusmodi usque ad ter- sans le corps , c'est ce que je ne sais pas, tium ccelum (1). Dieu le sait.)

Il y a quatorze ans. Il est vraiseuiblable que ceci arriva vers le temps que saint Paul et saint Barnabe furent choisis pour prêcher l'Evangile aux nations Voyez la note sur le verset 17 du chap. 22 des Actes. Quant  la manière dont se fit ce ravissement, personne ne doit chercher à en savoir plus que l'apôtre n'en savait lui-même , et sa réserve à s'expliquer sur une faveur si extraordinaire , doit nous apprendre à mettre des bornes à notre curiosité. — Jusqu'au troisième Ciel. Les Juifs distinguaient trois différents cieux. Le troisième dont il s'agit dans ce verset, n'est autre que le séjour des bienheureux. C'est le même que saint Paul marque au verset 4, sous le nom de paradis : Car il n'y a aucune apparence que l'apôtre, ainsi que l'ont avancé quelques auteurs, ait voulu parler de deux ravissements, l'un au troisième ciel, l'autre au paradis.

3. Et scio ejusmodi hominem (sive 3. Je sais même que cet homrae-là (si incorpore, sive extra corpus; nescio, ce fut avec le corps, ou sans le corps, Deus scit.) c'est ce que je ne sais pas, Dieu le sait.)

4. Quoniàm raptus est in paradi- 4. A élé en paradis , et qu'il a entendu sum : Et audivit arcana verba , quœ des choses pleines de mystères , dont il non licet homini loqui. n'est pas permis à un homme de parler.

5. Pro bujusmodi gloriabor : Pro 5. Au sujet d'un homme tel que celuime autem nihil gloriabor nisi in in- là , je me glorifierai ; mais pour ce qui me firmitatibus meis. regarde , je ne me glorifierai que de mes

humiliations.

Au sujet d'un homme tel, ete. Saint Paul en paraissant ici distinguer en sa personne comme deux hommes difiéreuts, l'un recommandable par les faveurs divines les plus singulières, l'autre destiné seulement aux souffrances et aux humiliaiioni , veut faire comprendre deux choses aux Corinthiens : La première, qu'ils ne lui rendent pas assez de justice, en ne le regardant que du côté le moins favorable et le moins glorieux dans l'idée des hommes ; l'autre qu'en se tenant même A cet état d'humiliation et de souffrauce , ils ont tort de n'y pas trouver le sujet d'une gloire solide et véritable.

6. Nam , elsi voluero gloriari , non 6. Après tout , si je voulais me gloriero insipiens : Veritatem enim dicam. fier, ce ne serait pas une folie à moi : Car Parco autem , ne quis me existimet je dirai vrai. Mais je me garde bien de le supra idquodvidetinme,autaliquid faire, de peur que quelqu'un n'ait une audit ex me. idée de moi au*dessus de ce qu'il voit en

moi , ou de ce qu'il m'entend dire.

7. Et ne magnitudo revelationum 7. Or de peur que ces grandes révélaextollatme, datus est m ibi stimulus tions ne me donnent de hautes idées do

(1) Act. 9. 3.

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carnis mes angélus Sataoœ , qui me moi-même, raiguillon de ma chair m'a colaphiset. ' été donné comme un ange de Satan pour

me souffleter.

L'aiguillon de ma chair un a été donné. Le sentiment le plus commun aujourd'hui , parmi les nouveaux interprètes, est que, par cette expression métaphorique, saint Paul a eu dessein de marquer les révoltes de la chair dont les plus gr<inds saints ne sont pas toujours exempts ^ et dont Dieu permet que le démon se serve pour les tenter et lessolHciter é l'impureté. Saint Chrysostôme , Théodoret, OEcumenius , Theophylacte et plusieurs autres ont cru que l'apôtre a voulu parler des persécutions, des afflictions et des travaux que le démon lui suscitait dans la prédication de l'Ëvangile : et quelques-uns trouvent dans cette dernière explication plus de bienséance, par rapport à ridée qu'on doit avoir de la pureté anp,élique du saint apôtre Ils y trouvent aussi plus de liaison avec ces paroles du verset 10. Propter quodplaceo mihi in infirmitaiihu» , m contumeliis , in fersecutionihus et anguslii* : Paroles qui sont la conclusion de ce qoi avait été dit dans les trois versets précédents. — Pour me souffleter. Saint Paul se sert ailleurs de la même métaphore en parlant de ses souffrances : Esurimus , sidmus , nwii sumu»^ colaphit ciBdimur,

8. Propter quod ter Dominuro ro- 8. C'est pourquoi j'ai prié trois fois le gavi ut discederet à me : Seigneur de l'éloigner de moi :

9. Et dixil mihi : Suffîeit libi gratia 9. Et il m'a dit : Ma grAce vous suffit ; mea : nam virtus in infirmitate per- car la forcera ugroente dans la faiblesse. flcilur.

Libenter igitur gloriabor in infir- Je me glorifierai donc volontiers de ma Riitatibus meis, ut inhabitet in me faiblesse, afin que la force de JésuspChrist Tirtus Christi. demeure en moi constamment.

La force augmente dam la faihletie. Virtus in infirmitate perficitur. On lit dans le teite grec , virtus mea , la force de ma grâce et de mon secours parait davantage dans votre faiblesse et dans votre affliction.

10. Propter quod placeo mihi in in- 10. Aussi je me plais dans ma faiblesse , firmitatibus meis , in contumetiis , in dans les opprobres , dans les misères , necessftatibus, in persecutionibus, in dans les persécutions, dans les déplaisirs angustiis pro Christo : cùm enim in- extrêmes que j'endure pour Jésus-Christ; firmor , tune potens sum. car c'est dans ma faiblesse que je suis fort.

11. Factus sum insipiens, vos me il. Je viens de parler en homme peu coegistis. Ego enim à vobis debui sage , vous m'y avez forcé : Car c est vous commeodari : Nihil enim minus fui qui deviez me faire valoir; puisque je n'ai Bb lis, qui sunt supra modum apos- été en nulle chose au dessous des plus toli : Tamctsi nihil sum : grands apôtres. Encore que je ne sois rien ,

Des plus grands apMres, Yoyex la note sur le verset 5. du chap. précédent.

12. Signa tamen apostolatûs mei 12. Cependant, je vous ai donné des fscta sDDt super vos, in omni patien- marques de mon apostolat, par une paliâ. insignis, et prodigiis, et virtu- tience à l'éjtreuve de tout, par des minibus, racles , des prodiges et des marques de la

puissance divine.

13. Quid est enim , quod minus 13. En effet, qu'avez-vous eu de moins baboistis pra; ceteris Ecclesiis; que les autres Eglises;

Nisi quod ego ipse non gravavivos? Si ce n'est que moi , je ne vous ai point I^nate mihi hanc injuriam. été à charge? Pardonnez-moi le tort que

je vous ai fait en cela.

Pordonnes^mti le tort^ etc. Cette excuse ironique renferme un reproche d'ingratitude bien capable de confondre les Coriathieus, et de leur faire sentir le tort qu'i's «Taieut eux-mêmes de lui préférer leurs faux docteurs.

14. Eoce , tertio hoc paratus sum 14. Me voici prêt pour la troisième fois Tcnire ad vos : Et non ero gravis vobis. à vous aller voir ; Et je ne vous serai point Non eaim qusro aus vestra sunt , sed à charge. Car ce n'est point vos biens , vos. Npc em'm debent filii parentibus c'est vous que je cherche. Aussi ne faut-il ibesaurizare» sed parentes filiis. pas que les enfants amassent pour les

pères., mais il faut que tes pères amassent pour les enfants.

190 II. EPITRE DE S. PIVL AVI CORinTHlEHS.

Jîe voici prêt pour la troigiême foi» d tous aller voir. On ne sait certainement que deuY voya;;es de saint Paul à Corinthe : L*un , lorsqu'il leur alla prêcher l'Ëvangile pour la première fois ; l'autre, a%ant que d'aller à Jérusalem porter les aumônes des fidèles de r Ichaïe et de la Macédoine : Et il ne fit ce dernier voyage que quelques mois après a?oir écrit cette épUre £n quel sens peut-il donc dire ici aux Corinthiens qu'il est prêt de les aller voir pour la troisième fois? Quelques-uns supposent un voyoge entre le premier et celui qui suivit cette lettre. Mais sans recourir à cette supposition qui parait fort incertaine , on peut dire avec plus de vraisemblance que ces paioles , me voiei prél pour la troisième fois à vous aller voir , se doivent entendre par rapport au dessein que saint Paul au sortir d'Epbèse avait d'abord formé d'aller à Corinthe , avant que de se rendre en Macédoine. Ce dessein à la vérité ne fut point exécuté ; mais cela n'empêche pas que l'apôtre n'ait pu écrire aux Corinthiens, qu'il était prêt, c'est-à-dire qu'il prenait pour la troisième fois la résolution de les aller voir. On trouvera ainsi trois voyages, deux qui furent exécutés, l'un avant, l'autre après cette épitre, et un tniisièuie qui ne fut que projeté.

15. Ego autem libenllssimè impen- 15. Pour moi je sacrifierai tout trèsdam , et superimpendar ipse pro ani- volontiers ; et par^lessus cela je roesacrimabus \cstris : Licét pms vos dili- fierai moi-même pour vos âmes ; quoique gcQS, minus diligar. vous m'aimiez beaucoup rooius que je ne

vous aime.

16. Sed esto : ego vos non gravavi : 16. Eh bien , que cela soit : Je ne vous Sedcùmessemastutus,do]o voscepi. ai point été à charge ; mais étant fin je

vous ai surpris par adresse.

Êh bien que cela soit. C'est une objection que Tupôtre se fait faire. Quelqu'un dira peut-être que, ne prenant rien par moi-même, j'ai eu l'adresse de mettre sous main des gens en œuvre , qui ont pris soin de ménager mes intérêts, sans que je parusse m'en mêler.

17. Numquid per aliquem eorum , 17. Vous ai-je surpris par quelqu'un de quos misi ad vos , circumveni vos? ceux que je vous ai envoyés?

IS. Rogavi Titum , et misi cum illo 18. J'ai prié Tite de vous visiter , et j'ai

fratrem. Numquid Titus vos circum- envoyé avec lui un de nos frères. Tite vous

venit ? nonne eodem spiritu ambula- a-t-il surpris? n'avons-nous pas marché

vimus? nonne iisdem vestigiis? dans le môme esprit, et sur les mêmes

traces ?

19. Olim putatis quôd excusemus i9. Ne pensez-vous point depuis longnos apud vos? Coram Deo in Christo temps que nous faisons notre apologie? loquimur : Omnia autem , charissimi. Nous vous parlons devant Dieu en Jésusproptersdificationem vestram. Christ; et tout cela, mes biens-aimés,

pour votre édification.

N^e pensez-vous point depuis longtemps, etc. On lit dans le texte grec, ne pensez-vous point encore ? L'auteur de la Vulgate semble avoir lu niAut , olim au lieu de tzxX» « rursùs. L'apôtre veut mar(|uer aux Corinthiens que ce n'est pas tant le soin de sa réputation propre qui l'a engagé à leur parler de la sorte, que l'intérêt qu'il prend à leur salut.

20. Timco enim , ne forte cùm ve- 20. Car je crains qu'à mon arrivée je ne nero , non quales volo , in\eniam vos : vous trouve pas tels que je vous souhaite, Et ego inveniar à vobis. qualem non et que vous, vous ne me trouviez autre vullls : Ne forte contentiones , œmula- que vous ne me souhaitez : Qu'il n'y ait tiones, animositates, dissensiones , parmi vous des contestations , des jaloudelractiones , susurrationcs , infla- sies, des animosités, des divisions, des tiones , seditiones sint inter vos : médisances , des murmures, de l'orgueil»

des troubles:

21. Ne iterùm cùm venero, humi- 21. Que quand je retournerai , Dieu ne liet me Deus apud vos, et lugcam m'humilie chez vous, et que je n'aie à multos ex.iis qui antè peccaverunt, pleurer au sujet de plusieurs qui n'eut et non egerunt pœnitentiam super point fait pénitence des saletés , des forniimmundilià,etfornicatione, et impu- cations, et des impudicités qu'ils ont dicitiâ , quam gesserunt. commises.

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