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CHAPITRE IL

Paul a toQJours prêché avec liberté les vérités de TEvangile parmi les gentils avec Tapprobalion des apôtres ; lesquels u'oat rien ajouté à ce qu'il prêchait , mais ont fait société avec lui. Il a repris publiquement Céphas; et il montre que ce n'est point par les msm de la loi que Thomme est justiOé , mais que c'est par la foi en Jésus-Christ.

1. Deindv post annos quatuorde- 1. Quatorze ans après , je fis un serim,ilorùmascendi Jerosolymam cum cond voyage à Jérusalem avec Barnabe, Barnabà , assumpto et Tito (1). ayant pris aussi Tile avec moi.

Quatorze ans après. Saint JérÀme a pensé que ces quatorze ans devaient se compter depuis le premier voyage que Saint Paul fit a Jérusalem trois ans après sa conversion. Mais saint Thomas et la plupart des interprètes soutiennent a\ec plus de raison qu'un doit les compter depuis sa conversion même. Car en suivant le sentiment de saint Jérôme^ 4l faudrait placer ce voyage de saint Paul à la dixième année de l'empereur Claude, qui l'année précédente avait chassé tous les Juifs de l\ome. comme Joseph et Paul Orose le rapportent. Or cela ne s'accorde nullement avec la narration de saint Lac, qui après avoir rapporté ce voyage au 15« chapitre des Actes, comme nous le dirons bientôt , fait entreprendre à saint Paul beaucoup de longues courses , avant que de le conduire à Corinthe. où il trouva un Juif nommé Âquila, venu depuis peu de Tltalie avec Priscilla sa femme, parce que Claude avait ordonné a tous les Juifs de sortir do

il) \ct. 15. 1.2.

CHAPITRI II. 197

Borne (Act. 18. 2.}. Il faut donc que cet exil des Juifs , arrivé la neuTième année de Claude, soit de beaucoup postérieur au voyage dont nous parlons. On ne peut par oonséquent le placer à la dixième année de la conTcrsion de saint Paul. — Je fié un tecond toyeuje à Jérusalem. Saint Chrysostôme croit que le voyage dont parle ici saint Paul, est différent de celui qui est lapporté aux cliapitre 15 des Actes; parce que nint Luc dit que saint Paul fut député à Jérusalem par l'Eglise d*Antioche : au lieu que l'apôtre marque expressément qu'il entreprit celui dont il parle, sur une rêvé» lation, seeundûm refielationem. C'est ce qui nous a fait dire sur les Actes que ce sentiment de saint Chrysostôme ne manquait pas de probabilité. Mats après y avoir plus Diûrement pensé, il ne nous paraît pas qu'on doive distinguer ces deux voyages. Car m( dans les deux endroits la même cause, le même lieu, les mêmes personnes. D'ailleurs, saint Luc marque au 15** chapitre des Actes, que saint Paul et saint Barnabe étant revenus â Antiocbe, se séparèrent bientôt après; et il ne parait pas qu'ils se soient rejoints depuis. Enfin la raison de saint Chrysostôme n'est rien moins que convaincante. Car qu'csl-ce quiempêche de dire que saint Panl fut député par l'Eglise d'Antioche, et que Dieu lui révéla qu'il devait se charger de la députation?

2. Ascendi autem secundùm rêve- 2. Or , ce fut sur une révélation que je lalioDcm, et conluli cum illis Evan- fis ce voyage; et je conférai avec ceux du geIiam,quod prsdico in gentibus; lieu, de!^ l'Evangile que je prêche parmi seorsum autem lis qui videbanlur ali- les gentils ; mais en particulier avec ceux quid esse : ne forte in vacuum curre- qui paraissaient être quelque chose : de rem , aut cucurrissem. peur de courir , ou d'avoir couru en vain.

De peur de courir ou d'avoir couru en vain. Ce n'est pas que l'apôtre doutât de la vérité delà doctrine qu'il avait annoncée. Mais les partisans des cérémonies légales l'ayant accusé d'enseigner une doctrine nouvelle, et contraire à celle des autres apôtres, il était nécessaire pour la propagation de la foi de lever ce préjugé en faisant counaître qu'il était parfaitement d'accord avec eux.

3. Sed neque Titus qui mecumerat, 3. Cependant Tite qui était avec moi , ciim esset gentilis , compulsus est ne fut point forcé à se faire circoncire , lui circumcidi : qui était gentil :

Cependant Tite, etc. C'est comme si l'apôtre disait : Quoique j'eusse mené Tite avec moi; cependant les apôtres ne l'obligèrent point de se foire circoncire, tout gentil qu'il était. Preuve incontestable qu'ils ne croyaient pas que la circoncision fût nécessaire au salut. Les faux frères qui s'étaient glissés parmi nous , l'auraient bien souhaité ; mais je ne leur cédai pas un seul moment.

4. Sed propter subintroductos falsos 4. Et cela à cause des faux frères , qui fratres , qui subintroierunt eiplorare s'étant introduits secrètement à dessein libertatem nostram , quam habemus de nous réduire en servitude , se mêlèrent in Christo Jesu , ut nos in servitutem parmi nous , pour observer la liberté dont rédigèrent. nous usons en Jésus'Christ.

5. Quibus neque ad horam cessimus 5. Mais nous ne leur cédâmes pas même subjectione ; ut veritas Evangelii per- pour un peu de temps , en nous soumetmaneat apud vos. tant à eux ; afin que la mérité de l'Evangile

fût toujours la même parmi vous.

Nous ne leur cédâmes pas même pour un peu de temps. On lisait autrefois dans ki verBion latine sans négation , quibus ad horam cessimus : et les Pères latins plus anciens que saint Jérôme , suivent communément cette leçon. Mais le texte grec et la version syriaque ont la négation , et le sens semble l'exiger.

6. Àb lis autem qui videbantur esse 6. Au reste, ceux qui paraissaient être aliquid, (quales aliquandô- fuerint , quelque chose, (il ne m'importe nuUenihil meâ interest : Deus personam ment quels ils aient été autrefois : Dieu hominis non accipit) mihi enim qui ne fait point acception des personnes) oui , videbantur esse afiquid , nihil conlu- ceux qui paraissaient être quelque chose , lerunt (1). ne m'ont rien donné du leur :

(l) Deut. 10. 17. - Job. 34. 19. - Sap. 6. 8. - £ccU. 35. 15. - Act. 10. 34. - Rom. 2.11. -Eph. 6.9.

103 EPITRB DB S. Pini AUX G.iL\TC8.

Au reste , ceux qui paraittaient être quelque cko*e, etc. Et dans le grrc , et dar.« te lutin y pour rendre ie sens coni;>iet, il faut nécessaire me ut soiis-eii tendre quelqurt mots, comme nihil aeeepi, otSiv napiXafiàv je n'ai rien reçu , rien prit d'eux : et cW à quoi saint Paul supplée à la fin du verset, mais en changeant la constructiou par où le verset commence. — // ne m'importe nullement quel» ils aient été aulrefoii. Quelques-uns croient que saint Paul parle de la sorte , pour faire entendre que les apôtres dont il s'agit, étaient des hommes grossiers et de la lie du peuple. Mais cette interprétation n'est pas asses conforme a la modestie et au des>ein de l'apôtre. Il veut seulement dire qu'il lui importe peu que ceui donti. parle, aient été élevés dans l'école de Jésus-Christ, puisqu'il a aussi reçu do Jésus-Christ sou Evangile.

7. Sed ecnntrà cixm vidissent quôd 7. Mais, au contraire, ayant vu que creditum est mihi EvaDgelium prs- l'Evangile m'avait été confié pour les putii , sicut et Petro circumcisio- incirconcis, comme il l'avait été à Pierre lus (ij ; pour les circoncis ;

Mais au contraire ayant vu que l'Evangile m'avait été confié pour les ineireoncis, comme, etc, C'oiit-à-dire , ayant vu que j'avais été choisi pour prêcher l'Evangile aux gentils , cuiniiie Piterre l'avait été pour le prêcher aui Juifs». Calvin conclut de lé que fiainl Pieire n'était pas chef detoule l'Eglise; et par conséquent que si les Papes prétendent avoir la primauté de juridiction, parce qu'ils sont successeurs de saint Pierie, ils doivent l'exercer sur les Juifs. Mais il faut que cet hérésiarque ait été étrangemciit aveuglé par sa haine contre le vicaire de Jésus-Christ, ponr ne pas voir que ce partage regarde le travail et non pas la puissance du ministère. Dans ce partage, saint Pierre était principalement destiné à prêcher l'Evangile aux Juifs, et saint Paul aux gentils. Mais cela n empêchait pas que saint Pierre ne pût annoncer l'Evangile aux gentils, comme fsaint Paul le faisait si souvent aux Juifs 11 est même remarquable que c'est à saint Pierre que Dieu révéla la vocation des gentils é la foi dans cette célèbre vision qui est rapportée au dixième chapitre des Actes. Et c'est ce que saint Pierre témoigna lui-même en termes si préois dans le concile de Jérusalem, où il parle de la sorte : JUtS frères , vous savez que dès les premiers temps Dieu m'a choisi pormt vous , pour que les gentils entendissent de ma bouche la parole de V Evangile ^ et qu'ils crussent. Act, 15 II ne se trouva point alors de Calvin, qui prétendît que l'apôtre s'attribuât un droit qu'il n'avait pas.

8. (Qui enim operatus est Petro in 8. (Car celui qui par son opération a fait apostolatum circumcisionis,operatus Pierre l'apôtre des circoncis, m'a fait est et mihi inler génies.) aussi Tapôtre des gentils.)

9. Et cùm cognovissent gratiam , 9. Eux donc, savoir Jacques, Céphas que data est mihi , Jacobus, et Ce- et Jean , qui étaient comme les colonnes, phas, et Joannes, qui videbanttir ayant reconnu la grâce qui m'a été comeolumn» esse, dextras dederuut mihi muniquée, nous associèrent Barnabe et et Barnaba» societatis ; ut nos in moi en nous donnant la main ; afin que gentes , ipsi autem "^in circumcisio- nous fussions pour les gentils , et eux nem : pour les circoncis :

10. Tantbm ut pauperum memores 10. A la charge seulement que nous essemus : quod etiam soUicitus fui nous souviendrions des pauvres : à quoi hoc ipsum facere. aussi je me suis appliqué avec soin.

11. Cùm autem venisset Cepbas 11. Oi Céphas ciant \enuà Auliocbc, Antiochiam, infaciem ei restiti,quia je lui résistai en face, parce qu'il éUii reprehcusibilis erat. réprébensible.

Or Céphas étant venu d Anlioche, etc. Quelques habiles Théologiens croient avoir montré invinciblement, que le Céphas, dont il est ici parié , ne sunruit avoir été l'apôlrR saint Pierre. On leur a lépondu assez vivement. Ils ont répliqué; et au jugement de i^eaucoup de savu;its , tor.t bien balancé, leurseittimciit n'en a paru que mieux établi. Voici quelqries-unes de leurs pieuves les plus sensibles. 1" Au siècle second, Clément d'Alexandrie, cilé par Eusèbe. dit que le Céphas d'ici n'était qu'un des soixante cl douze disciples; mais appelé Céphas, du même nom que saint Pierre. Au quatrièiiie sièrie, Torothée de Tyr, faisant î'énumération des soixante rt doute disciples, noniin« (!ephas le troisième, celui, ajoutr-t-il, que saiirt Paul répr manda a Antioehe. Saint

(MColoss. 3 25. -l.Pet. I. 17.

CVAPITAB tl. 190

.ffrômr et sruA Gr^7];oire Ptipo , quoique du sentiment opposé , conviennent que de leur temps plusieurs distin{>,uaieiit Céphas d'avec saint Pierie. Daus les siècles suivants, au 8eptièi!;e, l'auteuV de Id chronique d'Alexandrie fait encore la liste des soiiaute et douze disciples, et nomme le cinquaiite^unième Céphas, qui eut dispute, dit-il, avec Paul, s Antiochej OËcunienius, au dixième et oniième siècles , dit que l'opinion qui distingue Céphas de saint Pierre . est véritablement probable. Un autre auteur, dont 1rs ouvrages snnt parmi ceux de saint Anselme, assure que de son temps plusieurs euoore les distinguaient. Enfin un savant béiiédictin , dans kes nouveaux commentaires sur l'Ecriture , avoue que cette opinion , toute contraire qu'elle est à la sienne , avait partagé les anciens dans les premiers siècles , et qu'on cite pour ruiBrmalive, et pour la né{>;iitive . deséciivains de réputation et de la plus haute antiquité. 2" Si saint Pinire et Léphas étaient le inéine homme, il n'est pas croyable que, dans iamêmeépitre, saint Paul en dix lignes l'eût appelé tantôt Pierre, tantôt Céphas j et non pas toujours Céphas , ou toujours Pierre. Ést-ii probable, si Céphas eût été saint Pierre, que saint Paul ne l'eût pas Booimé le premier, comme font toujours les évangélistes ; et qu'il l'eût placé entre Jacques et Jean ? Jtuobtu, Céphai, et Joannet. Le respect que tous les fidèles, sans en eicepter les apôties , devaient avoir pour saint Pierre, était si connu des païens même, que le philosophe Porphire, cet implacable ennemi du nom chrétien , confondant le Céphas d'ici avec saint Pierre , prit occasion de ce démêlé, d'uccuser saint Paul d'une arrogance extiéuiC , d avoir osé ainsi résister en face à son supérieur. Enfin , il estmoins probable encore , qu'en parla.it de Maint Pierie , saint Paul l'eût enfermé sous ces expressions, qui semblent avoir je ne sais quoi d'âpre et de uiéprisant : Ceux qui paraisuient être quelque chise, ceux qu'on regardait comme les colonnes , qui videbantur t$K aliquid, qui videbaniur columnœ. Saint Pierre était réellement et de fait ce qu'il paraissait être , il était ce qu'il y avait de plus grand dans l'Eglise ; il en était non-seulement une colonne, mais la première pierre fondamentale, posée par Jésus-Christ. C'e&t Céphas le disciple , qui pouvait passer à Jérusalem pour être quelque chose, pour être colonne , comme aupara\ant à Corinthe , où les fidèles , dans un esprit de schisme, disaient : Je suis a Céphus, ntoi ; et moi, à Apollo, et moi , à Paul. 3" Saint Paul parait évidemment lui-mêmedistinguer Céphas de saint Pierre. Jacques, dit-il, Céphas etJean, firent tous trois comme société de principes, de doctrine et de conduite avec moi ; après qu'ils eurent connu que Dieu m'avait donné , moi Paul, pour apôtre aux gentils, comme /'terre aux Juifs. Voilà cinq personnes bien marquées et bien distinguées, Jacques , Céphas, Jean, Paul et Pierre. Saint Paul a-t-il pu penser qu'on dût jamais Ips confondre? Si sous les cinq noms il n'avait voulu indiquer que quatre personnes, il aurait dû s'exprinier dNiiie autre manière, et sans doute il l'aurait fait. 4° Pour que saint Pierre et saint Paul se fussent trouvés à Antioche ensemble Tannée du concile de Jérusalem sur les observances légales, il faudrait que c'eût été devant, nu après le concile. Devant, on ne le saurait dire; puisque ce fut le différend même entre Paul et Céphas le prétendu Pierre, qui obligea d'aller à Jérusalem , où était alors le vrai saint Pierre, demander sa décision , celle des apôtres et des anciens. Après le concile, on ne peut pas le dire davantage ; parce que saint Paul depuis qu'on eut apporté la décision du concile de Jérusalem à Antioche, n'y demeura que peu do jours, pendant lesquels il eût été impossible a saint Pierre d'en faire seulement le voyage, qui était de cent ^vingt-cinq de nos lieues, selon le cal<:ul même du bénédictin déjà cité. 3« A ceux qui objectent que dans le texte grec, on lit partout aujourd'hui Uirpci et jamais K«j^0c$, toujours Pierre et jamais Céphas, qu'ainsi toute équivoque est ôtée, on répond , l" Qu'on doit corriger, lorsqu'il y a de la différence, non pas la Vul^ate rar le grec, mais le grec sur la Vulgate, laquelle est la seule version authentiquement "^çue par l'Eglise. 2" Qu'eu temps de Clément d'Ale\andrie, de Dorothée et de saint Jérôme, on lisait Kvj^âç , et non pBsllirpCi , aussi bien dans le texte grec que dans notre Vulj^ate: Et il fallait bien, ajoutent-ils. que cela fût ainsi. Car , si les textes grecs les plus anciens avaient mis toujours IIfT/>G$ , jamais, au moins entre les Grecs, il ii y aurait eu de dispute; tout le monde serait convenu que, n'y ayant pas deux Pierres , comme il y avait deux Céphas , c'était le vrai saint Pierie qui était venu à Antioche, et que sa^ Paul y avait repris. La di5pute n'est venue , que de ce que saint Paul ayant écrit tantôt Pierre, tantôt Céphas, il y avait lieu de douter, s'il parlait de deux homntes, ou du même homme , sous deux différents noms. Ajoutez à cela que , dans les plus anciens manuscrits grecs, on lit encore aujourd'hui Kvi^â^, et non Uirpcç, E'ifiu le docte bénédictin , déjà deux fuis cité , avoue que darjs les premiers exemplaires giecs, et dans le texte origiiial de saint Paul, il y avait Céphas étant venu à Antioche, «l non pas Pierre étant tenu. Qui aurait fait d'abord ce changement ? Quelques hérè*

200 BPITRE DE S. PAUL AUX CALATES.

tiques , on quelques scbismatiqncs peut-être, qui embrassent toujours avec a-vidîté les occasions d'insulter au chef de l'Ë^liRe. Des catholiques ensuite, qui auront trouvé ces exemplaires corrompus, s'y seront laissé innocemment surpendre. Mais peut-on oroire sans témérité , que tant de Pères de l'Eglise, et tant de doctes interprètes depuis, se soient trompés , en confondant Céphas avec saint Pierre ? Croire qu'ils se soient oa trompés , ou laissé tromper dans un point de fait , et tout de pure critique , est-ce un aussi grand mal , que de croire et de vouloir persuader que saint Pierre soit tombé dans une dissimulation scandaleuse, et qui pouvait causer bien du mal à l'Eglise? Saint Pierre , surtout après la descente du Saint-Esprit ; saint Pierre, pour la foi de qui Jésus- Christ avait prié ; saint Pierre , qui était chargé de confirmer ses frères ; saint Pierre, qui tant de fuis s'était déclaré pour la liberté des gentils venant à la foi ; saint Pierre, immédiatement avant, ou après le concile de Jérusalem , où il s explique si hautement. Une pareille conduite u'ôterait-elie pas même quelque sorte d'autorité à ses écrits canoniques ? Il s'est trompé ou il a usé de dissimulation dans un point : Qui nous rassurerait dans tout le reste ? Cesi tout ce que l'on peut mettre ici des réflexions qui ont été faites sur ce sujet. Chacun jugera , après les avoir pesées, s'il n'est pas au moins assez douteux que le Céphas repris par saint Paul ait été l'Apôtre saint Pierre : Et 6i l'opinion contraire est aussi certaine, que beaucoup de gens veulent le supposer aujourd'hui. — Jelui résistai en /ace. Supposant que Céphas fût saint Pierre, saint Jérôme et la plupart des Grecs ont pensé que cette dispute entre saint Paul et Céphas était concertée. Mais le sentiment contraire de saint .\ugustin et des autres Pères est préférable , comme plus conforme au texte de saint Paul. Car si ce n'était là qu'une feinte dont ils fussent convenus ensemble, comment l'apôtre pourrait-il dire de Céphas, quMl était répréhensible ?

12. Priùs enim quàm venirent qui- 12. Car avant que quelques gens envoyés dam à Jacobo , cum gentibus edebat : par Jacques fussent venus, il mangeait cùm aulem venissent, subtrahebat et avec les gentils : mais depuis qu'ils furent segregabat se , timens eos qui ex cir- arrivés, il se retirait et se séparait d'avec cumcisione erant. les gentils, par la crainte qu'il avait de

ceux qui étaient du nombre des circoncis:

13. Et simulationi ejus consense- 13. Et le reste des Juifs vint àdissirunt c£leri Judsi ; ilà ut et Barnabas rouler aussi bien que lui ; de sorte qu'ils ducerelur ab éis in. îUam simula- engagèrent Barnabe même à dissimuler tionem. comme eux.

14. Sed cùm vidissem quèd non 14. Mais voyant qu'ils ne marchaient pas reete ambularent ad veritatem Evan- droitement selon la vérité de l'Evangile , geiii , dixi Cephae coram omnibus : Si je dis à Céphas devant tout le monde : Si tu , cùm Judœus sis, gentiliter vivis , vous , étant Juif , vous vivez à la manière et non Judaïcè ; quomodô gentes cogis des gentils, et non pas des Juifs ; comment judaïzare ? obligez-vous les gentils de judaïser?

Mais voyant qu'ils ne marchaient pas droitement , etc. Céphas et ceux qui Viniitarent en s'abstenant de manger avec les gentils convertis, ne péchèrent pas contre la foi , et ne tombèrent dans aucune erreur, cnmnte Théodore de Beze lui-même en convient. Il y eut seulement trop de condescendance et d'inconstance dans leur conduite, laquelle pouvait donner lieu de croire que l'observation de la loi de Moïse était encore nécessaire au salut. — Si vous, étant Juifs , vous vivez à la manière des gentils. C'est-àdire si vous ne gardez plus la loi de Moïse, si vous n'observez plus la différence des viandes, pourquoi en refusant de manger avec les gentils en présence des Juifs, lei portez-vous d croire qu'il faut encore observer la loi ?

15. Nos naturâ Judaei , et non ex 15. Nous sommes Juifs de naissance gentibus peccatores. nous autres , et non des pécheurs nés

parmi les gentils.

Nous sommes Juifs de naissance, etc. Ces paroles sont encore du discours que saint Paul fit à Céphas : mais on ne peut bien déterminer a quel verset il finit. Oa peut l'étendre sans inconvénient jusqu'au chapitre suivant.

16. Scientes autem quôd non justi- 16. Néanmoins , sachant que ce n'est ficatur homo ex operibus legis , nisi point par les oeuvres de la loi que rharome per fidem Jesu Chrlsti : et nos in est justifié , mais que c'est par la foi en Cbristo Jesu credimus , ut justifi- Jésus-Cbrist , nous croyons aussi nous-

CHAPtrRS II. 201

fpmur ex fide Christi. et n' n ex ope- mêmes en Jésus-Christ , a6n d'être justiribus legis ; propter quod ex operious fiés par la foi en Jésus-Christ et non par legis non iustificabitur omuis caro (1). les œuvres de la loi ; pane que nulle personne ne sera justifiée par les œuvres de la loi.

Mais que c'est par la foi en Jéius-Chrùt, La particule nisi du texte latin y a la même force que sed. Saint Paul n'exclut donc ici que les œu\re8 de la loi de Muîse, etouilement les œuvres de la fui, comme il paraît assez par le but qu'il se propose.

17. Quoi si quxrentes justificari in 17. Que si cherchant à être justiGés en Christo, inventi sumus et ipsi pecca* Jésus-Christ , il se trouve que nous develorcs; nuniquid Christus peccati mi- nions nous-mêmes pécheurs; faut-il dire iiisler est ? Âbsit. que Jésus-Christ est ministre du péché ?

A Dieu ne plaise.

Que si cherchant à é're justifiés t etc, t/est-à-dire, si parce que nous cherchons notre justification en Jésus-Christ, et non diins !a loi , on trouve que nous péchons en cela, nesenauivrait-il pas que Jésus^Christ est ministre du péché, lui quia aboli la loi, laquelle serait toujours nécessaire pour l'effacer?

18. Si enim quae destruxi, iterùm 18. Car si ce que j'ai ruiné, je le rebccsdiGco; prxvaricatorem mecons- bâtis, je me rends moi-même prévarililuo. cateur.

Car si ce que fai ruiné, je le rebâtis. C'est-à-dire si je veux rétablir l'autorité et la nécpuité de la loi, après avoir déclaré qu'elle est abolie, je trahis la cause que je semble vouloir défendre : c'est être prévaricateur.

19. Ego enim per legem , legi mor- 19. Aussi par la loi suis-je mort à la luQs sum » ut Deo vivam ; Christo loi , pour vivre à Dieu : je suis attaché à coDfixus sum cruci. la croix avec Jésus-Christ.

Aussi par la loi, suis-jemort à la loi. C'est-à-dire, c'est par la loi que j'ai cessé d'être asMijHti à la loi; parce que la loi m'a appris qu'elle devait mourir avec Jésus-Christ, If^uel elle m'a fait connoître comme l'auteur d'une loi nouvelle, et comme la lumière qui devait dissiper les ombres de la loi ancienne

20. Vivo autem,jam non ego: vi- 20. Je vis cependant, non plus moivil verô in me Christus. Quôd autem même : mais Jésus-Christ vit en moi. Or Dunc >i\o in carne, in fide vivo filii de ce que je vis ainsi maintenant dans la Dei, qui dilexit me, et tradidit se- chair, c'est que je vis par la foi du fils melipsum pro me. de Dieu qui m'a aimé, et qui s'est livré

lui-même pour moi.

Or de ce que je vis ainsi maintenant dans la chair. Vivre dans la chair &e prend quelqucfois dans l'Écriture en mauvaise part pour mener une vie charnelle, comme dans i'Epide aux Romains, cb. 8. Qui in carne sunt, Deo placere non possuni. Mais cette expression se prend ici en bonne part , pour signifier la demeure de i'àme dans le corps, tant que dure cette vie mortelle. C'est comme si l'apôtre disait : Si dans cette vallée do inisèrpg, je mène une vie juste et innocente, ce n'est point à la loi que j'en suis redevable, mais à la foi de Jésus Christ, lequel vit en moi , et me meut de son esprit.

21. Non abjicio gratiam Dei. Si 21. Je ne rejette point le bienfait de enim per legem justiiia, ergo gratis Dieu. Car si la justice vient de la loi , c'est Christus mortuus est. donc pour rien que Jésus-Christ est mort.

Je ne rejette point le bienfait de Dieu. Je reconnais tout le prix de cette grâce , en rernnnaissant que ce n'est point à la loi , mais n Jésus-t^hrist qui est mort pour moi , que j'en suis redevable. Car si je croyais tenir ma justice de la loi , je devrais conclure que c'est inutilement que Jésus-Christ a souffert la mort pour me rendre juste.

0) Uom. 3 20.

202 EPITRE DE S. PAtt \rX GALITES.

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