CHAPITRE IT
cérémonies judaïques que l'apôtre condamne. Les plus anciens Pères parlent du jeûne des Quatre-Temps et du carême, coninne d'une pratique venue des apôtres. Peut-on mieux faire l'apologie de l'Eglise , qu'en l'accusant d'impiété pour des pratiques qui étaient en usaj^e dans les plus beaux jours de sa naissance, et dès l'origine du cbrifitianisme?
11. Timeo vos , ne forte sine causA 11. Je crains à votre sujet ; je crains que laboraverim in vobis. je n'aie peut-être travaillé inutilement
parmi vous.
12. Estote sicut ego, quia et ego 12. Soyez comme je suis, puisque je sicut vos. Fr«lres , obsecro vos. Nihil suis moi-même comme vous êtes. Je vous me Issisiis. en conjure , mes frères. Vous ne m'a\ez
blessé en rien.
Soyes comme je s»t9 , puisque je tuU moi-même comme voue étei. La plupart des interprètes grecs et latins expliquent ainsi les premières paroles de ce verset. Soyez comme je suit , c'est-à-dire rejetez é mon exemple les cérémonies légales. Cette explication peut convenir avec ce qui précède : mais il est difficile de l'accorder avec ce qui luit. Car si saint Paul en disant ettule sicut ego, veut exhorter les Galates à rejeter les cérémonies légales, comme il les rejette lui-même, comment peut-il leur apporter pour motif qu'il est lui-même comme eux , quia et ego sicut vos? Il est évident qu'à cet égard l'apôtre n'était pas dans la même disposition que les Galates. Ainsi , pour •uivre cette explication , il faudrait faire dire a saint Paul , non pas je suis, mais j^i été ce que vous êtes : comme s'il disait : j'ai été aussi zélé que vous pour les observances judaïques , que j'ai cependant été obligé d'abandonner. Mais ce serait changer le texte plutôt que de l'expliquer. Il paraît donc plus naturel de l'entendre ainsi que oous allons dire. Soyez comme je suis, etc. C'est-à-dire : soyec d'autres moi-même , comme je suis un autre vous-mêmes : rendez-moi l'amitié que vous aviez autrefois pour moi 9 parce que je n'ai rien perdu de celle que j'avais pour vous. Jusqu'ici l'apôtre avait repris les Galates avec une espèce de dureté : il veut maintenant gagner leurs cœurs, afin de convaincre plus aisément leurs esprits. Cette explication s'accorde parfaitement avec toute la suite : et d'ailleurs nous trouvons au 3. liv. des Rois , ch. 22. V. 5. une expression toute semblable, qui ne peut avoir un autre sens.
13. Scitls autem quia per inflrmi- 13. Vous sa\ez au reste qu'il y a long- Utem camis eTangelizavi vobis jam- temps que je vous ai annoncé l'Evangile pridem : et tentationem vestram in dans l'humiliation de la chair: et qu'en cet came meâ , état , qui vous était un sujet de tentation ,
Je vous tUanuoncé l'Evangile dans l'humiliation de la chair. Saint Jérôme croit que laint Paul fut atteint d'une maladie chez les Galates , et que c'est ce qu'il appelle t«/îrmitatem camis. Hais il parait plus naturel d'entendre par là les persécutions , la pauvreté, les dangers , et les opprobres qui sont inséparables de l'apostolat, et qui pouvaient rendre l'apôtre méprisable aux Galates encore idolâtres.
14. Non sprevistis, neque res- 14. Vous ne m'avez ni méprisé, ni rcpuistis : sed sicut Angelum Dei exce- buté ; mais que vous m'avez reçu comme un pistis me , sicut Christum Jesum. ange de Dieu, comme Jésus-Christ même.
15. Ubi est ergo beatitudo vestra 7 15. Où est donc le bonheur que vous Testimonium eniro perhibéo vobis, possédiez? Car je vous rends ce témoignage quia si fieri posset, oculos vestros que, si cela se pouvait, vous auriez areruissetis , et oedissetls mibi. raché vos yeui , et que vous me les auriez
donnés.
Où est donc le bonheur que vous possédiez ? Où est le temps que vous vous estimiez sîbeureux de me posséder : et d'entendre de ma bouche la prédication de l'Evangile?
16. Ergo iniroicus vobis factussum, 16. Suis-je donc devenu votre ennemi, Ycrtim dicens vobis 7 parce que je vous ai dit la vérité ?
17. iEraulantur vos non benè : sed 17. Ils vous aiment jusqu'à la jalousie , euladere vos volunt , ut illos smu- non pas comme il faut : mais ils veulent lemini. vous détacher , a6n que vous vous attachiez k eux avec ardeur.
Ils tous aiment jusqu'à la jalousie. Ce sont les faux docteurs qui portaient les
SIO
EPITRE PE S. FAtît kVX «AL4TES.
Galates é judaTser, et qui voulaient les détacher de saint Paul, et de Jésus-Ctirlct même. C'est ce que Tapôtre entend par ces paroles du même verset, t^ veulent vaut exclure.
18. Bonum autena smulamini in bono semper , et non tantùm cùm prsesens sum apud vos.
19. Filioli mei , quos iterùm parturio , donec forraetur Christus iu vobis.
20. Vellem autem esse apud vos modo, cl mutare vocem meam : quoniàra confundor in vobis.
1S« Mais vous, ayez de l'ardeur pour ce qui est bon , dans la vue de faire toujours le bien» et que ce ne soit pas seulement tandis que je suis parmi vous.
19. Mes chers enfants, que j'enfante avec douleur une seconde fois , jusqu'à ce que Jésus-Chrisl soit formé eu vous.
20. Je voudrais bien au reste être chez vous maintenant, et changer de langage : car voire conduite me fait honte.
Votre conduite me fait honte. En grec àTztpoïf/jion. Votre conduite me jette dans le doute et la perplexité, ne sachant pas trop comment je dois vous parler , pour vou« toucher et vous faire rentrer dans votre devoir.
21. Dicite mihi qui sub Icge vultis 21. Dites-moi, vous qui voulez être esse, legem non legistis? sous la loi , n'avez-vous point lu la loi?
22. Scriptum est enim : Quoniàm 22. Car il est écrit qu'Abraham eut Abraham duos filios habuit; unum deux fils; l'un de l'esclave, l'autre de de ancillâ , et unum de libéra (1). celle qui était libre.
23. Sed qui de ancillâ , secundùm 23. Mais celui qui vint de l'esclave, carneni natus est; qui autem de libéra naquit selon la chair ; et celui qui naquit per repromissionem : de celle qui était libre» naquit en vertu
de la promesse :
Naquit selon la chair. C'est-à-dire sans miracle et dans un âge où \braham pouvait encore avoir des enfants : au lieu qu'Isaac naquit par miracle , et en vertu de la promesse divine.
24. Qus sunt per allegoriam dicta : 24. Et cela est dit allégoriquement : Hsc enim sunt duo Testamenta : Parce que ce sont là les deux Testaments, unumquidem in monte Si na , in ser- dont l'un est du mont Sina, faisant des vitutem generans : qus est Agar. esclaves; et c'est Agar.
Et cela est dit allégoriquement. Agar qui engendra des esclaves, est la figure de r Ancien Testament ; et Sara qui engendra des enfants libres et des héritiers est la figure du Nouveau Testament. Il ne faut pas conclure de celte allégorie, qu'il n'y eut pas de vrais enfanta de Dieu sous l'ancienite lui. Il y en avait, nous i'avous déjà dit : mais ils étaient esclaves en ce qu'ils étaient soumis au Joug pesant de la loi et de toutes les observances légales ; et que ce n'était point par la vertu de la loi, qu'ils recevaient la grâce qui les rendait enfants de Dieu.
28. Sina enim monsestin Arabiâ, 25. En effet, Sina est une montagne qui conjunctus est eî qux nunc est dans l'Arabie, qui a de Taffînilé avecla Jérusalem , et servit cum filiis suis : Jéfusalem d'à présent , laquelle est esclave a>ec ses enfauts ;
Qui a de l'affinité avec la Jérusalem d'à présent. Ce n'est pas la proximité des lieni qui forme cette affinité et cette union entre le mont Sina et Jérusalem : un grand éloignement les sépare. Cette affinité consiste en ce que la Jérusalem trrrestre est esclave avec ses enfauts, c'est-à-dire soumise à la loi , qui fut portée sur le mont Sina.
26. nia autem, quœ sursùm est Je- 26. Mais pour la Jérusalem d'cn-haut , rusalem , libéra est; qu» est mater elle est libre ; et c'est notre mère, nostra.
JUais pour la Jérusalem d'en-haut. C'est l'Eglise du TVouveau Testament, qui est libra et est figurée par Sara. Après avoir paru stérile, comme l'avait été Sara, telle devint infiniment plus fécoiîde que la synagogue : et c'est ce qu'avait prédit Isaïc que l'apôlrt cite au verset suivant.
(l/Gen 10. 15. et 21 2.