CHAPITRE T
de saint Paul. L'épreuve où Dieu met les fidèles par les afflictions , Icar donne occasion de pratiquer la patience , prohatio fidei patientiam operalur : c'est ce que dit raitit Jacques* et ce qui est également vrai.
5. Spes autem non confundit : quia 5. Or, l'espérance ne confond point : cbaritas Dei diffusa est in cordibus parce que l'amour de Dieu a été répandu nostris per Spiritum sanctum , qui dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui daius est nobis (1). nous a été donne.
L'espérance ne confond point. L'espérance ne se trouvera point vaine. L'amour que Bieu noua a fait paraître en nous sanctifiant , nous est un gage de sa fidélité à accomplir ses promesses. Le concile de Trente s'est servi des paroles de ce verset, pour montrer que la justification se fait par l'infusion et Vinhésion de la charité répandue dans nos cœurs par lo Saint-Esprit. Sest, 6. c. 7.
6. Ut fniià enim Gbristus, ci!im 6. En effet, pourquoi Jésus-Christ, lorsadhuc innrmi essemus , secundùm que nous étions encore languissants, est-il tempas pro impiis mortuus est (2)? mort pour des impies au temps prescrit?
Pourquoi Jésut-Chriêt lorsque nous étions encore languissants ^ ete. Sous la tyrannie du péché. Ce verset se lit dans le texte grec sans interrogation en cette manière : Christus entm, cûm adhuc essemus infirmi, pro impiis mortuus est. Il est vraisemblable qu'au lieu de ces paroles , irt yètp Xptçbç âvr^jv rijJiâiv ocadev&v t etc. l'auteur de la Yulgate a lu, eiç ri ykp Xpiçoç , etc.
7. Yixenim projustoquismoritur: 7. Puisqu'à peine personne meurt-il nam pro bono forsitan quis audeat pour un homme de bien : car quelqu'un mori. peut-être aurait-il le courage de mourir
pour un homme de bien.
Puisqu*à peine personne , etc. Dans ces paroles de la Yulgate qui sont assez obscures, Vix enim projusto quis moritur^ nam pro hono forsitan quis audeat mori, on peut supposer que les moisjusto et hono signifient la même chose, ainsi qu'on Ta supposé dans la version française : et le sens est, que Jésus-Christ a fait voir l'excès de son amour eu mourant pour des impies. Car quoiqu'absolument il se puisse peut-être trouver quelqu'un qui ait assez de générosité pour sauver la vie à un homme de bien aui dépens de la sienne, cela cependant n'arrive presque jamais. D'autres distinguent ici Yhomme ^usle pro justo , de celui à qui l'apôtre donne la qualité de bon pro hono. Ils croient que honus , àyxdbç , marque un homme bienfaisant , à qui on a obligation , dont les grandes qualités rendent la vie précieuse. A peine , dit l'apôtre , veut-on donner sa vie pour un homme juste , à moins que peut-être quelque considération de reconnaissance ou d'intérêt public ne nous engage a sa conservation. C'est ainsi qu'un ancien disait : Suecurram perituro , sed ui ipse non peream; nisi sifutums ero magni hominis aui magnœ rei merces. D'autres croient que le mot hono est au neutre, et l'expliquent ainsi, pro magna aliquo hono et utilitate forte quis moriatur. Mais ce sentiment est le moins suivi.
8. Commendat autem charîtatem 8. Mais Dieu fait éclater son amour à suam Deus in nobis : quoniàm cùm notre égard , en ce (|ue quand nous étions adhuc peccatores essemus , secundùm encore dans le pèche ,
tempus ,
9. Christus pro nobis mortuus est : 9. Jésus-Christ est mort pour nous au multô igitur magis nunc justificati in temps prescrit. A plus forte raison donc sanguine ipsius , salvi erimus ah ira maintenant que nous sommes justifiés par per ipsum. son sang , nous sauvera-t-il de la colère.
JVous sauvera de la colère. De la vengeance que Dieu doit exercer contre les pécheurs.
10. Si enim cùm inimici essemus, iO. Car si lorsque nous étions ennemis reconciliati sumus Deo per mortem de Dieu , nous avons été réconciliés avec Filli ejus : multô magis reconciliati, lui par la mort de son Fils, à plus forte saWi erimus in vilA ipsius. raison , étant réconciliés, serons-nous sauvés par la vie de ce même Fils.
(1) Psal. 22. 6. — (2) Heb. 9. 14.-1. Pet. 3. 18.
A plut forte raison , etc, Pi-ësenteineiit que Jésus-Christ est ressuscité, et qu'il vit dans la gloire, sera-t-il ntoins puissant pour nous faire obtenir la vie éternelle, qu'il nous a méritée par sa mort? 11 était plus difficile de justifier des pécheurs, qu'il ne l'est de sauver des justes.
11. Non soliim autem : sed et glo- 11. NoD-seulement cela : mais aussinous riaraur in Deo per Dominuin nostrum nous glorifions en Dieu par Jésus-Christ Jesum Christum , per quem nunc re- Notre-Seigneur, par lequel nous avons été couciliationem accepimus. réconciliés.
Non^seulement oela , ete» Mais outre ces avantages , le plus grand sujet de nous glorifier, c'«st d'avoir été réconciliés par Jésus-Christ, d'avoir présentement Dieu pour père, etd'étra devenus ses eufauts adeptifs.
12. Proptereà sicut per unum ho- 12. Ainsi donc c'est de la môme sorte minem peccatnm in hune mundum que par un seul homme le péché est entré iiilravit , et per peccatum mors , et ita dans le monde , et par le péché la mort , in omnes homiuesmors pertransiit, qui a passé ensuite à tous les hommes, in quo omnes peccaverunl, tous ayant péché en lui.
Ainsi donc c'est de la même sorte. Saint Paul venait de parler de notre réconciliation par Jésus-Christ : il prend de lé occasion de faire voir les avantages de ce biv^nfait , en le comparant avec les suites funestes qu^avait eues pour nous le péché de notre premier père , et en montrant que la grandeur et l'efficacité du remède ont de beaucoup surpassé la grandeur du mal. Le style concis de Tapôfre et les fréquentes parenthèses qu'il emploie, font qu'on aperçoit difficilement la liaison du discours. Il n'est pas facile, par exemple, de déterminer à quoi se rapporte le mot proptereà de la Vulgate. Plusieurs croient qu'il faut suppléer quelque chose pour rendre le sens complet. Ke mieux, c'est d'expliquer ce mot comme s'il y avait proptereà quùd . à quoi répond la traduction , ainsi donc ; ou bien comme s'il y avait nam, nar c'est de la même sorte, etc — Le péché est entré dans le monde. Ces paroles se doivent entendre du péché originel , que qous contractons comme enfants d'Adam , et que nous apportons en naissait; qui nous rend enfants de colère, souillés de la tache du péché, et sujets aux mêmes peines dont Dieu avait menacé notre premier père. — Pc»' le péché la mort» Adam avait été créé pour vivre immortel lui et sa postérité. La perte de ce privilège fut la peine de sa désobéissance; et comme son péché a été aussi celui de tous ses descendants, ils se sont tous trouvés enveloppés dans la même sentence de mort. •— Tous ayant péché en lui. En Adam. C'est ainsi que les Pères grecs et latins ont communément entendu ces paroles du texte sacré , m quo omnes peceaverunt. if* ^ izàinsç -njtietprov» £t c'est aussi le sens que demande la comparaison que fait ici l'apôtre entre Adam et Jésus-Christ : Sieut per unius delielum in omnes homines in c<mdemnalionem , sic et per uniui justiliam in omnes homines injustificsUionemvitœ. v. 18. Comme ce n'est point par imitation , ou par une imputation extérieure que nous sommes vivifiés et régénérés en Jésus-Christ ; ce n'est point non plus par imitation seulement, ou par une imputation extérieure que nous sommes morts, et que nous avons péché en Adam. Au reste , il ne faut pas oublier ici la déclaration du saint concile de Trente : Que dans ce 9»' «7 définit touchant le péché originel, il ne prétend nullement y comprendre la bienheureuse et immaculée Vierge Marie,
13. Car jusqu'à la loi le péché était dans le monde : mais la loi n'étant point encore, le péché n'était point imputé.
14. Cependant, depuis Adam jusqu'à Moïse , la mort a régné sur ceux même dont le péché n'a pas été une transgression semblable à celle d'Adam ,
Lequel est la Ggure de celui qui devait venir.
13. Usque ad legem enim peccatum erat in mundo : peccatum autem non imptitabatur , cùm lei non esset.
14. Sed régna vit mors ab Adam usque ad Moysen etiam ineos, qui non peccaverunt m similitudinem prsvaricationis Adœ ,
Qui est forma futur! .
13. 14. La loi n'étant point, le péché n était point imputé. Quelques-uns expliquent ainsi ces paroles : Avant que la loi eût fait connaître ce que c'est que le péché , on ne se l'imputait pas comme un si grand mal , on n'en connaissait pas toute la grièveté. Le sens que nous donnons dans la note 13. 14. parait plus naturel. — Ceux même dont le péché n'a pas été une transgression , etc, C'est-é-dire , selon la plupart des interprètes.