CHAPITRE y. 2S
Ou de ce qui va à des discours bouffons. Il y a dans le f^rec iMrpcnztXlot y qui se prend asses souvent en bonne f»art , et sait Thomas en fait une vertu. Mais ce que saint Paul ajoute, quœ ad rem non pertinef, fait assez voir que c'est ici un vice , que notre inter- ]irètea eu raison d'exprimer ytar s currilitas. Car c'est bouffonnerie que de faire le piaisaiit et l'agréable hors de propos.
D. Hoc enini scitt)te intelligentes , tf. Car soyez bien persuadés que tout
quôdomnisfornicator,autimmuiidus, fornicateur , tout impudique, et tout
autavarus, quod est idolorum ser- avare, dont le vice est une idolâtrie , n'a
vitus, non habet hscreditatem in regno aucune part à l'héritage dans le royaume
Christ! et Dei. de Jésus-Christ et de Dieu.
6. Nemo vos seducat inanibus ver- 6. Que personne ne vous séduise par bis : propler hsc enim vcnil ira Dei des discours frivoles : car ce sont ces ifl Giios diffidentis (I). choses qui attirent la colère de Dieu sur
les personnes incrédules.
7. Nolite ergo riBci participes 7. N'ayez donc point de communication corura. avec eux.
8. Eratis enim aliquandô tenebrs; 8. Car autrefois vous étiez les ténèbres nunc autem lui in Domino. Ut Glii mômes; et vous ôles maintenant la lulucis ambulalc ; mière en Notre-Seigneur. Marchez comme
des enfants de lumière ;
Car autrefois dous étiez les lénèhres mêmes. C'est-à-dire autrefois vous étiez ensevelis dans les ténèbres de l'infidélité et de l'ignorance, ou vous vous abandonniez sans scrupule à toutes ces infamies, ntais maintenant vous avez été éclairés par la doctrine de Jéft-Christ, que je vous ai préchée.
9. Fractus enim lucis est in omni 9. Puisque le fruit de la lumière, c'est booitate , et justiliâ et veritate : toute sorte de bonté, de justice et de vérité :
Puisque le fruit de la lumière. On lit maintenant dans le grec, d yôcp nipnoi toù fiyêû/taTOg fHam fructus spirilûs. Mais le syriaque et presque tous les anciens interprètes autorisent la leçon de la Vulgate* Bèze avoue lui-même qu'il a trouvé dans deux anciens uiBQuscrits y.ipitoç rov fOiTÔç, C'est donc comme si Tapôti-e disait : On reconnaîtra que >ou6 êtes enfants de lumière, si toutes vos actions sont marquées du caractère de la bonté, de l'équité , de la vérité.
10. Probantes quid sit beneplaci- 10. Et appliquez- vous à connaître ce tum Dco. qu'il y a d'agréable à Dieu.
il. Et nolite communicare operi- 11. Gardez-vous aussi d'avoir part aux
bus infructuosis teuebrarum, magis œuvres de ténèbres, qui sont sans fruit,
autem redarguite. mais condamnez-les plutôt.
12. Qu» enim in occulto fîunt ab 12. Car il est même contre rhonnèteté
ipsis , turpe est et dicere. de dire ce que ces gens-là font eu cachette.
^ 13. OmDiaautera, qusarguuntur, 13. Or, tout ce qui est condamné, c'est
alumine manifestantur : omne enim, la lumière qui le met en évidence : parce
quDdmanifestatur, lumen est. que tout ce qu'on met en évidence, est
comme la lumière même.
Tout ce qu'on met en évidence , est comme la lumière même. Au lieu de omne quod ^nifestalurj la version syriaque et quelques interprètes modernes ont traduit, omne V'^i manifestât; parce que le mot grec favspov/uievw peut être également pris à l'actif et au passif. Mais il faut s'en tenir a la version delà Vulgate qui présente un beau sens. Tout ce qui est manifesté par la lumière, devient lumière; parce que la lumière de l'Evangile en nous faisant connaître nos péchés, nous les fait détester.
14. Proptcr quod dtcit : Surge qui 14. C'est pour cela qu'il est dit : Levezdormis, et exurge à mortuis, et illu- vous, vous qui dormez; sortez du tomminabit te Christus. beau , et Jésus-Christ vous éclairera.
Ccttpour cela qu'il est dit : Levez-vous^ vous qui donnez. Comme ces paroles que cite ici saint Paul, ne se trouvent pas dans l'Ëcriture, quelques-uns ont cru qu'il les A^ait tirées de quelque livre qui nous est iacuunu. Mais ou peut dire que c'est un avis
(1} Blatth. 24. 4. - Marc. 13. 5. - Luc. 21. 8. - 2. Thess. 2. 3.
!!â4 EPITRE DE S. PÂVL KVX EPRBSIFNS.
qae Papotre donne aux Ephpsiens do la port de Dieu. Propter qvod dieil , c'est pourquoi , Ûieu vous dit, etc. Ou , ce qui est plus vraîseinblable , saint Paul ue cite pas Ici propres paroles de l'Ecriture; mais il eu rapporte le sens, et paraphrase cet endroit d*l8..Ie, eh. 60. v. 1. SurgCy illuminare, Jerutalemy quiatenil lumen tuMm,
15. Videte itaque , fratres , quo- 15. Prenez donc garde , mes frères , à modo cautô ambuletis ; non quasi insi- marcher avec précaution : non comme des pientes (1) , gens sans raison ,
10. Sed ut sapientes , redi mentes 16. Mais comme des personnes raisontempus , quoniam dies mali sunt. nables ; rachetant le temps , parce que les
jours sont mauvais.
Rachetant le tempt^ parce que les jours tout mauvais. Plusieurs interprètes prctendeut que saint Paul exhorte ici les fidèles à faite pénitence pour leurs péchés passés. Mais suint Puul ne dirait pasqu'il faut racheter le temps, parce que les jouis sontuiauxais, quoniam dies mali sunt : il dirait, parce qu'ils l'ont été. Kuchetcr le temps, signifie donc ici chercher soigneusement Toccasion de faire de bonnes œu\res , et s'enrichir de mérites f comme les marchands sont attentifs à toutes les occasions d'augmenter leur fortune. Car c'est là ce que signifie le mot grec Hayo^aÇô^uevot. Parce que hs jours sont mauvais. C'est-à-dire parce que le temps de cette vie est sujet à bien des dan^eri et à bien des tentations, qui rendent la pratique de la vertu plus difficile. #
17. Proplereà nolite fieri impru- 17. C'est pourquoi n'agissez point imdentés, sed intelligentes quœ sit vo- prudemment, mais comprenez bien la luntas Dei (2). volonté de Di^u.
18. Et nolite inebriari yino in quo 18. Gardez-vous des excès du vin^^i est luxuria : sed implemini Spiriiu ménentàl'impudicîté: mais faites en sorte sancto : que vous soyez remplis du Saint-Esprit ,
10. Loquentesvobismetipsisinpsal- 19. Vous entretenant vous-mêmes de
mis, ethynmis, et canticis spiritua- psaumes, d'hymnes, et de cantiques spi-
libus ; rituels ;
Cantantes, et psallentes in cordibus Adressant ces cantiques et ces psaumes
\eslris Domino ; au Seigneur dans le fond de vos cœurs ;
20. Gratias agentes semper pro 20. Rendant sans cesse pour toutes omnibus, in Nomine Domini nostri choses des actions de grâces à Diea le Jesu Christi , Dco et Patri ; Père , au nom de Jésus-Christ Kolre-
Seigneur ;
21. Subjecti inviccm in timoré 21. Vous tenant dans une soumission Christi. mutuelle par la crainte de Jésus-Christ.
Vous tenant dans une soumission mutuelle. L'apôtre ne veut pas que chacun soit réciproquement soumis à un autre ; mais que chacun demeure dans une juste snbordinatiou A l'égard de ceux à'qui la Providcuce l'a soumis.
22. Mulieres viris suis subditœ sint 22. Que les femmes soient soumises à sicut Domino (3) : leurs maris comme au Seigneur :
23. Quoniam vir caput est mulie- 23. Parce que le mari est le chef delà ris, sicut Christus caput est Eccle- femme, comme Jésus-Christ est le chef sis. IpseSalvator corporis ejus. de l'Eglise. Aussi est-il le Sayveur de
son corps.
Aussi est-il le Sauveur de son corps. Le grec dit seulement , Sahator corporis : <*« que quelques interprètes grecs entendent du mari , qui doit prendre soin de sa femme laquelle est son corps. Hais le mot Sahator ne peut convenir qu'à Jésus-Christ, dont il est parlé immédiatement auparavant , et qui est véritablement le Sauveur de son corps , c'est-à-dire de l'Eglise.
24. Sed sicut Eccicsia subjecta est 2i. Or , comme l'Eglise est souraisç à Christo , ità et mulieres viris suis in Jésus-Christ, de même aussi les femmes omnibus. doivent l'être en toutes choses k hut^
ms^ris*
(1). Col. 4. 5. —(2) Rom. 12. 2. - Thess. 4. 13. - (8^ Gen. ». W. - Gol. ».;i«- l.Pet. 3. 1.- l.Cor. 11.3.
ClIiPITRBT. 288
%, Viri . diligite uxores veslras , 25. Maris, aimez vos femmes, comme sicut et Ciirislus dikxit Ecclesiam , Jésus-Christ a aimé l'Eglise jusqu'à s« elscipsura tradidit pro eâ (1); livrer lui-môme pour elle;
26. Ut illam sanctificaret , mun- 26. Afin de la rendre sainte, en la netdans lavacro aquae in verbo vits; toyant et la lavant avec l'eau par la parole de vie;
La lavant avec l'eau par laparole de vie. C'esl-à-dire par le baptême, dont l'eau est la matière, et dont la parole de vie est la forme. Calvin, Bcze, etc., piélendeiit que la parole dont il est ici question , n'est autre cbose que la prédicution de I'Evan[i;ile , où est contenue la promesse de la justification gratuite . que ceux qui sont baptisés doivent 8 approprier par la foi. Mais si cela était, il ne faudrait pas baptiser Its enfants ; ou bien il faudrait pousser l'extravagance jusqu'à dire avec quelques luthériens, que les enfants comprennent la prédication du ministre, et forment un acte de foi par lequel ils sont justifiés.
27. Ut exhiberet ipse sibi glorio- 27. Afin de se donner h lui-même une sam Ecclesiam, non babentcm macu- Eglise toute glorieuse, qui n'eût ni tache, lam, aut rugam , aut aliquid hujus- ni ride, ni rien de celle nature, mais qui modi, sed ut sit sancta et immaculata. fût saiule et sans tache.
Qèi fût sainte et sans tache. Saint Augustin et quelques autres Pères ont cru en répondant aux Pélagiens , que ces paroles ne convenaient qu'à l'Bgiise triomphante dans le ciel. Mais on peut dire sans inconvénient que TE^jlise militante est sainte et MHS tache ; parce que ses priiicipaux membres qui sont les Justrs , sont en effet san« une de ces taches grossies, de ces péchés gviefs qui les rendraient odieux à Dieu.
{. Ita et viri debcnt dilip^ere uxo- 28. C'est de la sorte que les maris doires suas ut corpora sua. Qui suam vent aimer leurs femmes , comme si elles uxorera diligit, seipsum diligit. étaient leur propre corps. Celui qui aime
sa femme, s aime soi-même.
29. Nemo enim unquam carnem 29. Aussi , jamais personne n'a haï sa suam odio habuit; sed nutrit , et fovet propre chair ; mais il la nourrit et il en a Mm , sicut et Christus Ecclesiam : soin , comme Jésus-Christ le fait à l'égard
de l'Eglise :
30. Quia membra sumus corporis 30. Parce que nous sromracsles membres cjas , de carne ejus et de ossibus ejus. de son corps , tirés de sa chair et de ses os.
Tirés de sa chair et de ses os. Comme Eve a été forjuée de la chair et des os d'Adam , hc nune os ex ossibus meis ^ et caro de carne meâ; ainsi l'Eiilise. l'Epouse de Jésust^hrist, a été formée de la chair et des os du Sauveur immolé sur la croix ; parce que c'est parles mérites de sa passion qu'il s'est acquis et qu'il a sanclifié l'Ej-lise.
31. Propter hoc relinquel homo pa- 31. C'est pour cela que l'homme quit- ^rem, et roatrem suam, et adhxrebit tcra son père et sa mère , et s'attachera à uiori suie; et erunt duo in carne sa femme; et tous les deux ne seront unâ (2). qu'une seule chair.
32. àacramentum hoc magnum est: 32. C'est là un grand sacrement : je dis <!go autem dico in Christo et in Ec- par rapport à Jésus-Chrisl et à l'Eglise, clesiâ.
Cesi là un grand Sacrement ; je dit par rapport à Jésus-Christ et à l'Eglise. Le« Kctaires , et même quelques interprètes catholiques prétendent que ce grand Sacreoient , dont parie saint Paul , est l'alliance de Jésus-iihriiit avec l'Ëglise. Mais le piunoiu Aoe désigne sans doute ce qui précède immédiatement, c'est-à-dire l'union de l'homme Avec la femiDe : àdhœrébit v>xori suœ , et erunt duo in earnc unâ. Ainsi c'est le mariage que saint Paul dit être un gra< d Sacrement. £t !a raison qu'il en apporte , c'est ({ue le mariage signifie l'alliance de Jésus-Christ avec l'Ëg'ise son Epouse , in Christo «J in Ecclesiâ.
33. Yeriimtamen et vos singuli , 33. Mais enfin que chacun de vous aime uuusqaisque uxorem sùam sicut seip- aussi sa femme ; et que la femme révèia suffl diligat; uior autem timeat vi- son mari.
rumsuum.
Il) Col. 3. 10. — i2}Gen. 2. 24.-Matth. 19. 5. -Maru. 10. 7. - I. Cor. 6. 16.
236 EPITRE DE S. PAVL AUX EPHESIEIIS.