‹ Le Nouveau Testament de N.S. Jésus-ChristChapitre 17 sur 364 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Comme une femme doiK le mari est mort , est affranchie de la loi da mari : De même par JésDS-Ghrist nous sommes affranchis de la loi qni rendait pins violentes les inclinations qae nous avons an péché; afin que noas servions Jésas-Christ avec an nonvel esprit. Or à l'occasion de la loi qni juge , le péché s'est fait connaître et s'est accrn , qooiqne la loi fût sainte et spirilneile. Bien plus , la concnpiscence s'oppose encore aojoard'hui à Tespril ; et uons sollicite , quoique malgré nous , de faire des choses dont la raison a horreur , el qfti sont contraires à la loi.

1. An îgnoratis y fratres (scienti- 1. Ne savez-vous pas , mes frères , (car bus enim legem loquor) quia lex in je parle h des gens instruits dans la loi) homine dominatur , quanto tempore que l'homme est sous l'empire de la loi , vivit ? tant qu^elle est vivante ?

Ne savez-vous pat , mes frères, etc. Quelques interprètes expliquent ainsi ce verset. Ne savei-vous pas , mes frères , vous qui êtes instruits de la loi de Moïse, qu'un honirae pendant qu'il vit , demeure assujetti à la loi du mariage , à laquelle il s'est soumis. Dans oe sentiment , ces paroles lex in homine dominatur , s'entendent non de la loi en gëuëral , mais de la loi du mariage en particulier , lex matrimonii domintUur. Hais cette explication parait forcée, et rend peu juste la comparaison que fait ensuite l'apôtre , de la femme sous la puissance de son mari , avec le peuple juif sous l'empire de la loi. La même raison semble demander qu'on entende ces paroles , quanto tempore vivit , non de la vie de l'homme , ainsi que l'ont fait plusieurs savants interprètes , mais de la durée de la loi , et de la force qu'elle a d'obliger , tandis qu'elle est en vigueur.

2. Nam qu» sub viro est mulier , 2. Aussi la femme mariée a-t-elle une vivente viro, alligata est legi : Si au- loi qui la lie durant la vie de son mari : tem mortuus fuerit vir ejus, soluta Mais son mari étant mort, elle est affranest h le^ vhi (2). chie de la loi du mari.

3. Igitur vivente viro, vocabitur 3. Si donc durant la vie de son mari adultéra si fùerit cum alio viro: si elle épouse un autre homme, elle sera teautem raortuus fuerit vir ejus , libe- nue pour adultère : mais quand son mari jata est à lege viri : Ut non sit adul- est mort, elle est affranchie de la loi du tera» si fueriijjcum alio viro. mari : De sorte qu'elle n'est point adultère» si elle épouse un autre homme.

( 1) CH \V. TH. Ce chapitre contient l'explication et la preuve de ce qui avait été dit au chapitre précédent, verset 14 , que nous ne sommes plus sous la domination du péché , n'étant plus sous la loi , mais tous la gràre. L'apôtre fait voir combien la loi coMsiçlérée toute seule et indépendamment de la gr&œ , était impuissante pour arrêter le péché , et pour nous empêcher de suivre le peachaat que bous avons au mal. — (2) l. Cor. 7.39.

CHAPITRS TH. 29

4. Ilaque, fratres mei, et vos mor- 4. Ainsi, mes frères, vous êtes voustifîcati estîs legi per corpus Christi : mêmes morts à l'égard de )a loi par le Ut sitis aUerius qui ex mortuis resur- corps de Jésus-Christ pour être à un autre relit, ut fructificemus Deo. qui est ressuscité, afin que nous produi-

sions des fruits qui soient à Dieu.

Ainsi vous êtes vous-mêmes morts à l'égard de la loi. Il semble d'abord que la comparaison eût été plus juste, si l'apôtre avait dit : La loi est morte pour vous, au lieu de dire , vous êtes morts d l'égard de la loi. Mais outre que ces expressions sont réciproques , et ont un rapport mutuel l'une é l'autre, il faut remarquer que ce n'est pas proprement au mari que saint Paul compare la loi ancienne, mais à la loi du mari, c'est-à-dire à la loi qu'impose le lien du mariage. Ainsi ces pan)les, mortifleaii estis legi, répondent à celles-ci, liberata est à legeviri. Comme la femme est alors dégagée de la loi du mari , de même vous êtes présentement délivrés de l'empire de la loi. Le mot morlificati signifie précisément la même chose que celui de soluti dont l'apôtre se sert plus bas verset 6, soluti sumus à lege. La plupart des commentateurs pour avoir trop raffiné sur ce mot , et avoir voulu trop presser la comparaison que fait l'apôtre , en ont embrouillé et obscurci le sens, qui d'ailleurs se fait assez entendre Au reste, par la loi saint Paul n'entend pas ici précisément la loi de Moïse , en tant qu'elle prescrit certaines obligations et certaines cérémonies, il entend Tétat où l'homme se trouvait sous la loi, en faisant abstraction de la grâce de Jésus-Christ. Cet état ne pouvait être qu'un état de mort et de péché; parce que la loi par elle-même ne délivrait ni de la mort, ni du péché. Celte délivrance était l'effet de la seule grâce, dont l'apôtre veut ici protiver la nécessité. — Par le corps de Jésus-Christ. Par la mort que Jésus-Christ a soufferte dans son humanité. Par cette mort l'empire de la mort et du péché a été détruit , nous en avons été délivrés, et nous avons été donnés à Jésus-Christ ressuscité , comme au nouvel époux de nos âmes, pour lui être unit et produire des œuvres saintes qui soient les fruits de cette nouvelle alliance.

K. Cùm eoim essemus in carne, 5. Car lorsque nous vivions selon la passiones peccatorum , quœ per legem chair, les inclinations au péché, qui veerant, operabantur in membris nos- naient à l'occasion de la loi, agissaient tris, ut fruclificarent morti. dans les membres de notre corps, pour

produire des fruits de mort.

A Voccasion de la loi. A cause du grand nombre de commandements qu'imposuit la loi. Ces oommaudenients étant contraires aux passions, elles s'aigrissaient et se révoitaient contre la volonté du législateur.

6. Nune autem soluti sumus à lege 6. Mais maintenant nous sommes délimorti&, in quâ detinebamur : Iià ut vrés de la loi de mort , qui nous tenait serviamusin novitate spiritûs, et non captifs : de sorte que nous serrons dans in vetustate litters. un nouvel esprit , et non seloo^la lettre

qui a vieilli.

Ffous sommes délivrés de la loi de mort. De la loi à l'occasion de laquelle nos passioits nous faisaient produire des fruits de mort, c'est-à-dire des actions qui nous rendaient coupables de la damnation éternelle. Au lieu de ces paroles de la Vulgate, nunc autem soluti sumus d lege mortis, on lit aujourd'hui dans le grec ordiifaire, soluti sttmus d lege moriui , àTcodavàineç, ou àitodavôvroi : Ce qui signifierait que nous sommes délivrés de la loi , étant morts spirituellement en Jésus-Christ ; ou bien , la loi étant morte à notre égard. Ces deux sens ne sont point contraires aux discours de saint Paul. — • Et non selon la lettre qui a vieilli. Mot a mot , et non dans l'ancienneté de la lettre : C'està-dire, et non de la manière dont nous le servions autrefois, lorsque nous étions sous la loi , et que nous suivions le dérèglement de nos passions. Selon les commentateurs grecs , ces paroles , et non in vetustate litterœ, marquent la cessation de la circoncision et des cérémonies légales auxquelles a succédé la loi évangélique. -

7. Quid ergo dicemus ? Lei pecca- 7. Que dirons-nous donc? Est-ce que la tum est? Absit. Sed peccatum non loi est péché? Rien moins : Mais je n'ai cognovi , nisi per legem : Nam conçu- connu le péché que par la loi. Car je piscentiam nesciebam , nisi lex dice- n'eusse point su ce que c'est que convoiret : Non concupisces (1). tise , si la loi ne disait : Vous ne convoiterez poitit. *

(l) £xod. 20. 17. " Deut. 5. 21.

30 FPITRE DE S. VkVL AUX ROMAINS.

Que dironS'-iiOUê donc. De ce que nous venons de dire que nos passions se sont réveillées à l'occasion de la lot , doit*K)n conclure que la loi soit elle-même un péché ? — Je n'ai connu le péché que par la loi. L'apôtre parle ici et dans toute la suite de ce chapitre, du moins jusqu'au verset 14, comme en sa propre personne nu nom dea Juifs qui avaient vécu sous la loi naturelle, avant que d'être sous la loi de Moise. La loi écrite commença à défendre et à ordonner plusieurs choses qu'on ne se faisait aucun scrupule aupara>ant de faire ou d'omettre; soit que ces choses fussent en effet indifférentes par elles-mêmes avant le précepte, soit qu'elles passassent pour telles, faute de lumière et d'attention sur ce qui est bien ou mal en soi. C'est donc par rapport à la connaissance que donne la loi des péchés qui se commettent en la violant , que l'apôtre dit : Je n'ai connu le péché que par la loi. Ce qui ne signifie pas qu'avant la loi écrite les hommes n'aient eu connaissance du péché; mais seulement que la loi leur en donna une plus distincte , et qu'ils commencèrent à reconnaître du péché en plusieurs choses, où ils n'en mettaient pas auparavant, et où même il n'y en aurait peut-être point eu , s'il n'y avait point eu de précepte positif. — Vous ne convoiteres jioint. Quelques-uns bornent ici la convoitise au désir du bien d'autrui, é cause des paroles de la loi . dont saint Paul ne cite que le commencement , et dont il faut suppléer le reste. Non concupiscee domum proximi lui.,, Nec omnia quœ illius sunt, Mais peut-être vaut-il mieux entendre ces paroles , non concupisces-, de tout désir libre et avoué d'une chose illicite , quelle qu'elle soit, défendue par la loi : £t c'est peut-être aussi pour cela que l'apôtre n'a pas voulu citer le passage tout entier. Au reste , il faut bien se garder de croire que la concupiscence et le mauvais désir que les homme» sentent malgré eux , soient défendus par le précepte . non coneupiscee; en sorte que l'homme qui n'y consent pas, transgresse ce précepte : l'Ëglise a condamné cette doctrine.

8. Occasione autem accepta, pecca- 8. Mais à l'occasion du précepte , le tum par mandatum operatum est in péché a fait naître en moi toute sorte de nie omnem concupisceutiam. Sine convoitise. Car sans la loi le péché était lege eoim peccatum mortuum erat. mort.

f.d péché a fait naître en mot, etc. Plusieurs entendent par le mot de péché, cette source et ce principe de mauvais désirs que nous portons dans le fonds de notre nature corrompue , et que les théologiens apellent fomet peccaii. Mais rien n'empêche de prendre lemei remai

dans l'état de péché, n'avait pas trouvé dans la loi toute seule des moyens suffisants pour sortir de cet état : Que la loi au contraire lui avait été une occasion d'accumuler de nouveaux péchés , en excitant en lui ces mauvais désirs , qui nous portent é vouloir ce qui nous est défendu. — Sant la loi le péché était mort. Le péché était comme assoupi ; soit parce qu'il acquit de nouvelles forces par la transgression des préceptes de la loi positive, soit parce qu'avant la loi l'homme ne connaissait pas assez l'état malheureux où il était.

9. Ego autem vivebam sine lege 9. En effet , je vivais autrefois, n'ayant aliquandô. Sed cùm vcnisset manda- point la loi : Mais le précepte survenant, tum , peccatum revixit, le péché est venu à revivre,

10. Ego autem roortuus sum : et 10. Et moi je suis mort. Ainsi le préinventum est mibi mandatum, quod cepte qui devait être un principe de vie, erat ad vitam , hoc esse ad mortem. s'est trouvé pour moi un principe de mort.

9. 10. Saint Paul continue é représenter comme en sa propre personne l'état da l'homme avant la loi et sous la loi. Avant la loi écrite , l'homme n'était assujetti à aucun précepte positif : mais le commandement étant venu, les passions ont comnieocé é se révolter; le péché a pris de nouvelles forces, et s'est multiplié par la déso^ béifisanco. Par*là l'homme s'est trouvé mort, c'est-à-dire, a été obligé de se l'cconnaitre coupable de plusieurs transgressions qui méritaient la mort. Quelques-uns croient que ïa^àtw parle ici de lui-même, et qu'il compare l'état où il était avant l'usage de rui^oé » et avant que d'éue obligé à garder la loi, avec l'état où il s'est trouvé ensuite.

11. ffam peccatum occasione ac- 11. Car à l'occasion du précepte , le pé> copia peV mandatum , seduxit me , et ché m'a séduit , et par le précepte même , l>er tHud occidil. m'a donné la mort.

CHiPITABTIL SI

12. Iiaque lex quidem saocta, et 12. Tellement que la loi est sainte» le mandatum sanctum , et jusium , et précepte aussi est saint, juste et boo. bonum (1).

13. Quod ergo bonum est, mihi 13. Quoi donc! ce qui est bon, est-il factum est mors? Absit. Sed pecca- devenu mortel pour moi? Rien moins. tum, ut appareat peccatum, per bo- Mais c'est que le pécbé, pour paraître ce num operatum est mihi mortem : Ut qu'il est, m'a donné la mort par une fiat supra modum peccans peccatum chose bonne d'elle-même : En sorte que per mandatum. par le précepte le péché s'augmente Jusqu'à l'excès.

Jtfidû c'est que le pécM, eic. Hais toute la force et la malignité du péché a paru en ce qu'il nous a donné la mort par une chose bonne d'elle-même. La particule mI dani ce verset n'est point causale : elle marque seulement ce qui est arri\é par la malice de l'homme, contre le dessein que Dieu s'était proposé en donnant la loi.

14. Scimus enim quia lex spiritua- 14. Car nous savons que la loi est spilis est: ego autem carnalis sum, ve- rituelle : Mais moi je suis charnel, ayant nundatus sub peccato. été vendu au péché.

Les interprètes sont fort partagés sur le sens de ce verset et des suivants jusqu'à la fin du chapitre. Les uns croient que saint Paul continue toujours à parler comme eu sa personne de l'homme vivant sous la loi ou avant la loi, et non encore régénéré. C'est Teiplication des Pères grecs , d'Origène , de saint (;hry80stôme , de saint Basile, de Théodoret, de saint Jean Damascène, de Théopfaylacte , d'OEcumenius , auxquels ou peut joindre saint Âmbroise , et saint Augustin lui-même dans ses premiers ouvrages. Les autres prétendent que l'apôtre parle , ou de lui-même, ou au moius en général d'un homme déjà régénéré , et qu'il a voulu représenter ici les révoltes de la chair et les désirs involontaires auxquels sont sujettes dans cette vie les personnes les plus satntea. C'est le sentiment que saint Augustin crut devoir embrasser depuis ses dis* putes contre les Péiagiens , et auquel se sont ensuite attachés un grand nombre de commentateurs. Nous rapporterons ce qui se dit dans l'un et l'autre de ces sentiments, laissant au lecteur à juger lequel des deux doit paraître plus conforme é la suite du discours et au dessein de l'apôtie dans toute cette épitre. — La loi e$t spirituelle, mais moi je suis charnel , etc. La loi ne commande rien que d'honnête et de conforme 4 un homme spirituel : mais l'homme étant devenu charnel par le péché dont il s'est rendu l'esclave, ne trouve pas dans la loi toute seule assez de force et de secours pour résister à ta violence des passions qui l'entraînent. Dans le sentiment de saint Augustin , par ces parolea , venundatus suh peccato , il faut entendre cet état d'assujettissement à la cupidité et aux mauvais désirs involontaires, qui est une suite du péché originel, et dont les justes même ne sont jamais entièrement délivrés en cette vie.

15. Quod enimoperor, non inlel- 15. Aussi ne comprends-je pas ce que ligo : Non enim quod volo bonum , je fais : Yu que je ne fais pas le bien que hoc ago : Sed quod odi malum , illud je veux ; et qu'au contraire je fais le mal facio. que je ne veux pas.

Aussi ne comprends-je pas ce que je fais. C'est-à-dire , suivant VexpHcatlon de saint Augustin , la cupidité excite en moi des mouyements , et me porte é faire des choses que je désapprouve , et auxquelles je ne consens pas. Ou bien , dans Vautre sentiment, l'homme qui s*est fait l'esclave du péché, commet le péché que sa raison lui fait désapprouver. 11 voit le bien , il le connaît; et cependant il se laisse entraîner au mal : Video meliora proboque , détériora sequor, — Je fais le mal que je ne veux pas. Saint Augustin entend par le m<U que l'homme fait malgré lui, la révolte de la cupidité , et les mauvais désirs involontaires ; et par le hien quMl voudrait faire et qu'il ne fait pas , cette promptitude et cette perfection dans l'acconi plissement de la loi de Dieu , à laquelle s'oppose le trouble des passions. Saint Chrysostôme et ceux qui l'ont suivi , expliquent ainsi cet endroit : l'homme sous la tyrannie du péché omet le bien que sa raison et sa conscience ne lui permettent pas d'ignorer, qu'il approuve, et pour lequel il a même quelques désirs imparfaits , mais insuffisants. Il commet le mal qu'il voudrait ne pas commettre, et qu'il ne commettrait peut-être pas , si le désir de contenter ses passions ne l'entraînait. L'apôtre au reste ne prétend pas que l'homme, même sous

(1) I. Tira. 1.8.

la loi f ait jamais été dans l'impuissanoe de faire 1« bien , ou d'éviter le mal. Il pouvait l'un et l'autre par la grâce; mais celte grâce n'était pas l'eifet de la loi, elle n'était accordée qu'en vue des mérites de Jésus-Christ; et c'est uniquement ce que l'apôtre prétend établir ici.

16. Si autern quod doIo , illud 16. Que si je fais ce que je ne veux pas» facio , Gonsentlo legi , quoniàm bona je convieDS que la loi est bonne.

est.

Que si je fais ce que je ne veux pas, etc. Le désaveu que ma raison et ma conscience me font faire de ce que je commets, ou de ce que je suis tenté de commettre contre la loi , e&t une preuve que la loi est bonne, et qu'elle ne commande rien que de conforme à la raison.

17. Nunc autem jam non ego ope- 17. Et maintenant ce n'est plus moi qui ror illud , sed quod habitat in me fais cela , mais le péché qui habite dans peccalum. moi.

Et maintenant ce n'est plus mot, etc. C'est-à-dire» selon l'explication des pères grecs, cette sorte de répugnance que le pécheur a de commettre ainsi le mal contre les lumières de sa raison et de sa conscience , fait voir que ce mal n'a pas son principe dans la nature même de l'homme, mais dans le péché qui a altéré et corrompu un fonds qui était bon de lui-même. Le péché s'est tellement assujéti la chair et tes sens, que si la grâce de Jésus-Christ ne vient au secours, la partie supérieure ne saurait effectuer les faibles désirs qu'elle a de faire le bien.

1S. Scie enim quia non habitat in 18. Carje sais que le bien n'habite point me , hoc est in carne meà, bonum. dans moi , c'est-à-dire dans ma chair. En Nam \elle , adjacet mihi : perficere effet , pour ce qui est de le vouloir , cela autem bonum , non invenio. est en moi : Mais pour faire le bien en-

tièrement , c'est ce que je n'y trouve pas.

Sn effet, pour ce qui est de le vauloir, cela est en moi. C'est surtout cet endroit qui a fait quitter à saint Augustin son premier sentiment. L'abus que les pélagicns et les denii-pélagiens faisaient de ces paroles, velle adjacet mihi, pour établir leur hérésie , que la grâce n'est point nécessaire pour le commencement de l'action et pour le vou^ loir . obligea le saint docteur à soutenir que l'apôtre parlait d'un homme régénéré et justifié; lequel , quoiqu'il ait la grâce pour vouloir le bien et pour le faire , ne laisse pas de trouver de grandes difficultés pour l'exécution dans la révolte de la cupidité. Il est vrai que l'objection s'évanouit dans ce sentiment. Hais d'un autre côté, tant de grands hommes qui ont suivi l'autre explication^ ont-ils cru fournir des armes aux ennemis de la grâce de Jésus-Christ, ou leur en ont-ils fourni sans y penser? Non, sans doute. Ils ont été persuadés, ainsi que le remarque Tolet, que saint Paul ne parlait pas d'une volonté complète et absolue, mais d'un désir imparfait, insuffisant et inefficace, d'une simple velléité, que les seules lumières d'une raison qui n'est pas entièrement obscurcie, peuvent faire naître aux plus grands pécheurs. Ils peuvent même ces pécheurs sans la grâce de Jésus-Christ garder quelque partie de la loi naturelle, et faire quelques bonnes actions morales. Mais la grâce de Jésus-Christ est absolument nécessaire , non-seulement pour sortir de l'état du péché , et pour pratiquer la vraie justice, mais encore pour former un vrai désir de conversion et de quelque bonne œuvre dans l'ordre surnaturel. £t l'on a déjà remarqué que c'est là uniquement ce que l'apôtre prétend établir ici, en montrant que ni la loi naturelle, ni la loi écrite ne sont pas suffisantes pour cela.

19. Non enim quod volo bonum , 10. Aussi ne fais-je pas le bien que je hoc facio : Sed quod nolo malum , hoc veux , et au contraire je fais le mal que ]• ago. ne veux pas.

20. Si autem quod nolo, illud facio, 20. Que si je fais ce que je ne veux pas , jam non ego operor illud , sed quod ce n'est plus moi qui le fais , mais 1« habitat in me peccatum , péché qui habile en moi.

19. 20. Ces deux versets ne sont qu'une répétition des versets 15 et 17. Ces paroles , le bien que je veux, le mal que je ne veux pas, peuvent s'expliquer comme au verset 15, le bien que j'approuve, le mal que je désapprouve intérieurement.

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