‹ Le Nouveau Testament de N.S. Jésus-ChristChapitre 18 sur 364 · CHAPITRE TIt. SS · texte numérisé non relu

CHAPITRE TIt. SS

21. Invenio igîtur legern » volenti 21. Je trouve dc:nc une loi, quand je mihi facere boDum , quoniàm mihi veux faire le bieo ; parce que le mal est en inalum adjacet. moi.

Je irowce dvnc une loi , etc. Comnie donc le mal est en moi, je trouve un obstacle et comme une loi qui s'oppose au bien que je voudrais faire. Ce mal et cette loi, c'est la cupidité; cette pente et cette inclination au mal , dont les pécheurs sont les esclaves. Elle se trouve aussi dans les justes; mais elle leur devient une occasion de niérile par la violence qu'ils se font pour y résister.

^. Condelector enim legi Dei se- 22. Car selon l'homme intérieur je

cundùm interiorem bominem : trouve du plaisir dans la loi de Dieu :

23. Video autem aliam legem in 23. Mais je vois une loi dans les membris meis , repugnantera legi membres démon corps, qui s'oppose à la mentis meae , et captivantem me in loi de mon esprit , et qui m'asservit h la lege peccati , quœ est in membris loi du péché, laquelle est dans les membres mets. de mon corps.

22. 23. Car telon l'homme intérieur, etc. En supposant que saint Paul parle de l'état de l'homme pécheur, et non encore régénéré par la grâce de Jésus-Christ , voici le sens de ces deux versets. Quoique le pécheur selon la partie supérieure de l'âme, soit obligé d'approuver la loi , et d'en reconnaître l'équité ; cependant les désirs de la chair qui s'élèveot dans la partie inférieure, s'opposent à ce que sa raison lui fait juger être le meilleur, et lui font commettre le péché dont il est déjà l'esclave. Dans ce sentiment , rhomtne intérieur n'est autre chose que la droite raison , que Dieu a donnée A tous les hommes; laquelle quoiqu'affaiblie par le péché, n'est pas cependant entièrement éteinte, même dans les plus grands pécheurs. Par le mot , condelector f il ne faut enteodre qu'un jugement d'approbation , ou tout au plus que quelques faibles désirs d'une volonté imparfaite. Ceux qui croient que l'apôtre parle ou de lui-même, ou d'un homme déjà sanctifié, entendent par l'homme intérieur , le juste même , dont l'âme remplie de la grâce demeure attachée à la loi de Dieu , et en fait ses plus chères délices. La loi qu'il sent dans ses membres, ce sont les mouvements involontaires de la cupidité qu'il a à combattre dans l'observation de la loi divine. Ces paroles , et capti' vantem me in lege peccati quœ est in m^mhrit mei», sont difficiles a expliquer dans ce sentiment. Si la loi du pé^hé, à laquelle le juste est asservi , n'est autre chose que la concupiscence; comme la loi que le juste sent dans ses membres et qui l'asservit à la loi du péché , n'est autre chose que la concupiscence , c'est donc la concupiscence qui asservit le juste à la concupiscence. Il est assez surprenant que le commun des interprètes ne craigne point d'attribuer ce raisonnement à saint Paul. Saint Augustin qui avait vu cette difficulté , explique le mot d'assujettir , captivantem , par celui d'exciter , commoventem. La loi que le juste sent dans ses membres l'excite au péché , en le portant à consentir aux mauvais désirs qu'elle inspire. Cette explication laisse encore quelque embarras.

24. Infelix ego bomo , quis me 24. Homme infortuné que je suis ! Qui liberabit de cor pore mortis hujus ? me délivrera de ce corps de mort ?

Qui me délivrera de ce corps de mort. De cet assujettissement au péché et aux convoitises de la chair. C'est ici une exclamation que l'apôtre met en la bouche du pécheur accablé sous le poids de son iniquité, et qui reconnaît que ni la loi naturelle , ni la voix de sa conscience , ni la loi écrite ne sont capables de l'en délivrer. Selon saint Augustin , l'apôtre soupire après la vie bienheureuse , où l'homme sera délivré des tentations et des autres misères attachées à notre nature mortelle.

25. Gratia Dei per Jesum Christum 25. C'est la grâce de Dieu par Jésus- Dominum nostrum. Igitur ego ipse Christ Notre-Seigneur. Ainsi donc moimente servio legi Dei , carne autem même j'obéis selon l'esprit à la loi de legi peccati. Dieu ; et selon la chair à la loi du péché.

C'est la grâce de Dieu par Jésus-Christ. On lit dans le grec ordinaire , je rends grâces à Dieu par Jésus-Christ, s^%0Lpiç& rû dc<û. Cela ne fait point un sens différent ; et d'ailleurs , d'anciens manuscrits grecs confirment la leçon de la Vulgate. — Ainsi donc moi-même f obéis selon l'esprit , etc. Saint Augustin explique ce verset comme les précédents , du combat de l'esprit et de la grâce contre les mouvements de la cupidité . Selon l'esprit , dit ce Père , j'obéis à la loi de Dieu , en ue consentant pus à la loi du

3'f ËP1TRE DE S. PAUL AUX ROMAIiMS.

pé(îh<^ , et selon la clinir , j'obéis A la loi du péché . à cause des mauvais désirs dont je ne suis pas encore entièremefit exempt , quoique je n'y consente point. Thénpbylacfe , OEcumenius et les antres rej^ardent ce \erset comme la conclusion de tout le chapitre , et lui donnent le même sens qu'au verset 22, Condeîector enim legi secundûm hominem interiorem , etc. Ainsi donc , conclut saint Paul , quoique Thonime pécheur approuve la loi ot qu'il ait même quelque désir d'y obéir selon la partie raisonnable ; cependant le poids de la chair qui l'entraîne , le fait obéir au péché : il n'y a donc que la grâce de Jésus-Christ qui puisse le retirer de cet état.

CBAPITRE VIII.

Il cooclol qu'il n'y a point de condamnation pour ceni qui sont entés en Jésus-Christ par le baptême , qui suivent non la chair , mais Tesprit qu'ils ont reçu , Pesprit , dis-je , d'adoption qui nous fait enfants de Dieu et cohéritiers avec Jésus-Christ de la gloire future : après laquelle non-seulement toutes les créatures soupirent , quoiqu'elles soient assujetties à la vanité , mais ccui-là même qui , ayant reçu les prémices de l'esprit , attendent cette gloire avec nue espérance certaine ; l'esprit les fortifiant , et leur apprenant comment il faut prier. Il fait voir aussi la charité incomparable que Dieu témoigne aux siens en leur donnant Jésus-Christ , et proteste que rien ne peut les séparer de l'amour qu'ils ont pour Dieu en Jésus-Christ.

i. NiHiL ergo nunc damnationîs 1. Il n'y a donc point maintenant de est iis, qui sunt in Christo Jesu, qui condamnation pour ceux qui vivent en non secundùm carnem ambulant. Jésus-Christ et qui ne marchent pas selon

la chair :

Il n'y a donc point , etc. Dans ceux qui sont régénérés en Jésus-Christ par le baptême, il ne se trouve plus rien qui mérite la damnation : les désirs et les mouvements que la cupidité excite encore en eux . ne leur sont point imputés à péché , pourvu qu'ils n'y consentent plus. Conc. de Trente , Sess, 5. ch, 5.

2. Lei enim spiritûs vit» in Christo 2. Parce que la loi de l'esprit de vie Jesu liberavit me à lege peccati et qui est en Jésus-Christ m'a affranchi de mortis. la lui du péché et de la mort.

La loi de l'etprit de vie. Par la loi de l'esprit les uns entendent la loi de l'Evangile , les autres , la grâce donnée par Jésus-Christ , d'autres, le Saint-Esprit même. Ces explications ne diffèrent guère que par la manière de représenter la même chose sous différents rapports. Par la foi en Jésus-Christ l'homme reçoit la grâce du Saint-Esprit , il commence à vivre d'une vie spirituelle , il est affranchi de la loi du péché et de la mort; c'est-à-dire il n'est plus captivé sous le joug de la concupiscence qui le tyrannisait , et qui , lui faisant commettre le péché , lui donnait la mort.

3. Nam quod impossibile erat legi , 3. Car au lieu que cela était impossible in quo infirmabatur per carnem : Deus à la loi , parce qu'elle était affaiblie par la Filium suum mittens in similitudi- chair : Dieu envoyant son Fils dans une nemcarnis peccati, et de peccatodam- chair qui avait l'apparence du péché , par navit peccatura in carne (1) , le péché môme il a condamne le péché

dans la chair ;

Cela était impostibîe à la loi, Â la loi de IHoîse , considérée toute seule sans la grâce. — Par le péché il a condamné le péché dam la chair. De peccato damnavit peccatum in eame. D'un nombre presque infini d'explications que les interprètes donnent d ces

(1) Vct. 15. 10. -Heb. 9. 13.

CB^ITRE VIII. 315

paroles, en voici deux ou trois qui ont puru les plus vraiseniblubles. 1. Dieu a condamné et effacé le péché par le péché , c'est-à-dire par cette chair qui avait la ressemblance du péché ; et à qui l'apôtre donne à cause de cela le nom de péché. Quoique Jésus-Chrifrt ne dût point être sujet à ce qui est en nous une suite et un effet du péché ; cependant Dieu a voulu qu'il prit une chair passible et mortelle comme la nôtre; afin que par cette chair même toute passible et mortelle qu'elle était, il condamnât le péché et détruisit l'empire qu'il exerçait sur nous par la faiblesse de notre chair. 2. Dieu a condamné le péché par Jésus^Christ qui s'est fait victime pour nous. Il n'est pas eitraordinaire de trouver dans l'Ëcriture le nom de péché donné à la victime offerte en expiation pour le péché , et saint Paul n'a pas fait difficulté de le donner ailleurs à Jésus-Christ. Eum qui non naveral pecceUum, prç nobif peceatum fecil. 2. Cor 5. '2. '6. Selon les interprètes grecs, Dieu a condamné le péché même de péché , ii l'a convaincu de crime et d'iniquité pour avoir attenté à la vie du Fils de Dieu. Le péché est ici représenté comme un tyran abusant de son pouvoir : l'ubus qu'il en a fait en faisant mourir Jésus-Christ , lui a fait perdre le pouvoir qu'il était en possession d'exercer sur nous,

4. Ut justiGcatio legis impleretur 4. AGn que la justice de la loi eût son in uobis , qui non secundùm carnem accomplissement en nous , qui marchons ambalamus, sed secundùm spiritum. non selon la chair , mais selon l'esprit.

Afin que la justice de la loi eût son accomplissement. \fin que la loi fût accomplie dans toute sou étendue et sa perfection. D'autres entendent par la justice de la loi , la justification nnéme et la rémission des péchés, qui était le but et la fin de la loi; mais qui ne pouvait être produite par la loi seule , sans la grâce de Jésus-Christ.

5. Qui enim secundùm carnem 5. Car ceux qui vivent selon la chair , sunt , quae carnis sunt sapiunt : qui ont du goût pour les choses de la chair : et verô secundùm spiritum sunt , quae ceux qui vivent selon l'esprit , sont sensuut spirilùs , sentiunt, sibles aux choses de l'esprit.

6. Nam prudentia carnis, mors 6. En effet la prudence de la chair donne est : prudentia autem spiritûs , vita la mort ; mais la prudence de l'esprit et pax : donne la vin et la paix :

La prudence de la chair. C'est-à-dire le goût et l'affection pour les choses charnelles. Le mot de prudence dans ce verset et celui de sagesse au verset 7, répondent au verbe sapere du v. 5., ainsi qu'il parait par le texte grec, qui se sert du mol fpàvYiy.ay v, (i. et 7. et de celui de fpovsîv v. 5.

7. Quoniàm sapientia carnis ini- 7. Parce que la sagesse de la chair est mica est Deo : Legi enim Dei non est ennemie de Dieu , n'étant point soumise à subjecta : nec enim potest. la loi de Dieu : aussi ne le peut-elle être.

Aussi ne le peut-elle être. L'affection pour les choses charnelles ne peut être d'accord avec la loi de Dieu ; parce qu'elle nous porte à aimer et à vouloir ce que la loi de Dieu nous défend d'aimer et de vouloir.

8. Qui autem in carne sunt , Deo 8. Ceux donc qui marchent selon la placere non possunt. chair , ne peuvent plaire à D^u.

9. Vos autem in carne non estis sed 9. Pour vous , vous ne vivez point selon in spiritu : si tamen Spiritûs Dei ha- la chair, mais selon l'esprit ; si cependant bitat in vobis. l'esprit de Dieu habite en vous.

Si quis autem Spiritum Christi non Car si quelqu'un n'a point l'esprit d« habet , hic non est ejus, Jésus-Christ, il n'est point à lui.

il n'est point à lui. Il ne lui est point uni comme membre vivant.

10. Si autem Christus in vobis est : 10. Au reste, si Jésus-Christ est en vous, corpus quidera mortuum est propter à la vérité le corps est mort à cause du peceatum , spiritûs verô vivil propter péché ; mais l'esprit est vivant à cause de jasiifîcationem« la justice.

Le corps est mort à cause du péché Le corps est sujet à la mort et aux autres infirmités de cette vie, qui sont dcti suites du péché : mais l'esprit \it de la vie spirituelle de la grâce.

11. Quèd si spiritus ejas , qui sus- 11. Que si l'esprit de celai qui a ressuscita vit Jesum à mortuis, habitat in cité Jésus, habite en \ous, celui qui 9 vobis : qui suscita\it Jesum Christum ressuscité Jésus-Christ rendra aassi la h mortuis , yivificabit et mortalia cor- jie à vus corps mortels , à cause de son pora vestra, propter inhabitanlem spi- esprit qui habite en vous.

ritum ejus in vobis (1).

Rendra auai la vie d voi corpt mortelt. Leur donnera une vie glorieuse , immortelle , impassible.

12. Ergo, fratres, debitores sumus 12. Ainsi , mes frères , ce n'est point à non carni , ut secundùm carnem vi- la chair que nous sommes redevables, vamus. pour que nous vivions selon la chair.

13. Si enim secundùm cariiem 13. Car si vous vivez selon la chair, vous vixeritis, moriemini : si autem spiritu mourrez : mais si vous morti6ez par l'esfacta carnis mortifîcaveritis , vive- prit les œuvres de la chair, vous vivrez ; Us (2).

Voui mourres. D'une mort spirituelle dès cette vie , qui sera suivie dans l'autre de la damnation éternelle. Si vous mortifiez les œuvres de la chair : c'est-à-dire st vous faites mourir en vous et ne commettez point le péché, auquel la concupiscence vous sollicite.

14. Quicumque enim spiritu Dei 14. Puisque tous ceux que l'esprit de Bguntur, ii suut filii Dei. Dieu fait agir , sont enfants de Dieu.

Ceux que l'esprii de Dieu faÂi agir. Ceux qui se laissent conduire par l'esprit de Dieu. Le commentaire de saint Augustin sur cet endroit prévient l'abus que les hérétiques de ces derniers temps ont fait de ce passage , pour donner atteinte à notre liberté. Dieei mihi aliquiSf ergo agimur, non agimus ? Âespondeo : Imd agis et agerit,,, Spiritus enim Dei qui te agit , agentihus adjutor est : ipsum nomen adjutoris prœseribil (ibi quia et tu ipse aliquid agis. Nemo adjuvatur, si ah illo nihil agtUur.., Spiritu Dei aguntur , sed Spiritu exhortante , illuminante, adjuvante, Scimus , inquid apostolas , quia diligentibus Deum omnia cooperantur in bonum. Si non esses operator, non esset cooperalor, serm, \'6 , de verbis apostoli.

15. Non enim accepistis spiritum 15. Aussi n'avez-vous point reçu l'esservitutis iterùm in timoré : sed acce- prit de servitude pour être tout de noupistis spiritum adoptionis fîllorum , veau dans la crainte : mais vous avez reçu in quo damamus : Abba (Pater) (3). l'esprit d'adoption des enfants de Dieu ,

par lequel nous crions : Père , Père.

Pour être tout de nouvectu dans la crainte. Pour être dans la crainte, comme vos pères l'ont été. La loi de Moïse ne donnant pas par elle-même la grâce pour faire ce qu'elle commandait, ne pouvait se faire observer que par la crainte des cbâtimeatset de la mort. Aussi chaque article de la loi imposait-il une peine particulière d ceux qui y contreviendraient. L'esprit propre de la lui de SLoïse était donc un esprit de crainte servile, un esprit de terreur et de menace; et c'est sous cette idée que l'apôtre la représente. La loi nouvelle au contraire étant une loi de grâce, qui nous communique par elle-même le Saint-Esprit ^ et nous éiève a la dignité d'enfants de Dieu, elle nous fait trouver dans la charité un motif d'obéissance plus efficace et plus relevé Aussi u'a>t-elle point attaché A chaque précepte la menace d'un châtiment particulier, l'esprit propre de r£vangile étant un esprit d'amour et de charité. Sur quoi il faut prendre garde de tomber dans quelques erreurs des hérétiques et des novateurs de ces derniers temps. La première erreur serait de regarder comme mauvaise toute crainte servile , qui fait éviter le mal et' pratiquer le bien par l'appréhension du châtiment dont Dieu punit le péché. Il y en a une qui est bonne, et que Dieu commando. Il est de même détini que dans la loi nouvelle, qui est une loi d'amour, la crainte des peines et de la justice divine n'en doit pas être exclue , pourvu qu'elle renferme les dispositions marquées par le saint concile de Trente : 11 est défini que cette crainte est un mouvement du Saint-Ësprit, qui excite l'âme, et par leffuel le pécheur pénitent s'ouvre le chemin à la justice. 11

(!) Ut. 3. 15.-Sup. 4.24.-Gor.6. 14 s^a/i6t. — (2) I.The8s.5. 19. — (3}2.Tim.

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