CHAPITRE II. â
8. Uous enîm Deus , et unus me- tf. Car il y a un seul Dieu et un seul diator Dei et hominum homo Cbristus médiateur entre Dieu et les hommes , Jésus ; Jésus-Christ homme ;
Car Uy a un seul Dieu et un seul médiateur. Cette raison de l'apôtre est encore une nouvelle preuve que la volonté de Dieu pour le salut des hommes est générale. Car généralement tous les hommes sont à Dieu, qui en est le créateur. Il n'est pas seulement le Dieu de ceux qui se sauvent, ou de quelques-uns de tous les Ages, et de toutes les conditions, mais généialement de tous les hommes, sans en excepter un seul. Et c'est de là que l'apôtre conclut qu'il veut que tous se sauvent, et qu'il faut prier pour tous. Tout de même, Jésus-Christ n'est pas seulement le Médiateur des élus , mais de tous les hommes, comme nous le dirons tout à l'heure. Et c'est encore par lé que l'apôtre prouve que Dieu veut les sauver tous. — Un seul médiateur entre Dieu et les hommes. Il n'y a qu'un seul médiateur qui puisse par lui-même nous réconcilier avec Dieu y et nous obtenir par son propre mérite les grâces dont nous avons besoin. Ce qui n'empêche pas que les anges et les saints ne puissent être nos médiateurs auprès de Dieu ; mais des médiateurs subordonnés au premier, et qui ne demandent rien pour nous que par les mérites de Jésus-Christ. C'est donc en vain que Calvin se récrie ici contre le dogme de l'invocation des saints. Cet hérésiarque est forcé de reconnaître que l'apôtre , dans ce même chapitre , en obligeant les fidèles à prier pour tous les hommes , établit la médiation de Jésus-Christ au lieu de la détruire; parce que toutes leurs prières sont appuyées sur les mérites de Jésus-Christ. Or, c'est sur ce même principe que nous invoquons les saints, et qu'ils intercèdent pour nous. De quel front peut-il donc sur ce point décrier la créance catholique ? — Jétus-Chrisl homme. Jésus-Christ, pour être le médiateur entre Dieu et les hommes , a dû être lui-même Dieu et homme tout ensemble ; comme tous les Pères grecs et latins l'enseignent. Mais c'est seulement en tant qu'homme qu'il aeiercé la fonction de médiateur. Car le Verbe divin étant en tout égal à son Père, n'a pu par lui-même , ni prier, ni souffrir, ni mourir pour nous. C'est donc l'humanité sainte qui a , pour ainsi dire, fait tous les frais de notre rédemption ; l'humanité sainte, dis-je, non pas prise en elle-même , mais considérée en tant qu'elle est unie hypostatiquementau Verbe divin , lequel par cette union s'appropriant les actions de l'humanité, leur communique un mérite infini. Crellius et les autres sociniens prétendent donc en vain tirer d'ici une preuve contre la divinité de Jésus-Christ. Ce même passage réfute pleinement Calvin et les ministres de Zurich, qui dans leur lettre à leurs frères de Pologne , soutiennent que le verbe divin par lui-même , et avant son Incarnation , a fait la fonction de médiateur, ce qui fait revivre l'impiété des anciens Ariens.
6. Qui dédit redemptionem semé- 6. Qui s'est donné lui-même pour être tipsum pro omnibus , testimonium le prix du rachat de tous les hommes , temporibus suis : témoignage rendu dans le temps marque :
Qui t'«e«< donné lui-même pour être le prix du rachat de tous les hommes. Jésus- Christ , dit saint Thomas sur cet endroit , est le médiateur entre Dieu et les hommes , non pas seulement entre quelques-uns , mais entre Dieu et tous les hommes. Didt ergd ^fi^Ui ^ homo Christus Jésus est mediator Dei et hominum; non qu4)rumdam , sed ^r Deum et omnes homines. Mais, demande ici saint Chrysostôme, est-Kie qu'il est aussi mort pour les infidèles ? Oui , sans doute , répond-il. Comment donc n'ont-ils pas cru? C'est, continue le même saint docteur, parce qu'ils n'ont pas voulu: de son ^^t il a fait ce qui dépendait de lui. Car, comme il n'a trouvé personne, ajoute saint ^n , qui fût libre du péché, il est aussi venu pour les délivrer tous : Sieut enim ^^lUmà reatu liberum reperit , ita pro omnibus liberandis verni. Tout cela est coi* forme à la doctrine de saint Augustin, qui dit' en termes formels, que le céleste médecin , autant qu'il est en lui , est venu pour guérir tous les hommes ; et que celui qui ne guérit pas , se donne à lui-même le coup de la mort en rejetant la main charitable qui veut le guérir. La manière dont le même saint docteur prouve si souvent ooDtre Julien, que les petits enfants même ont le péché originel, a quelque chbse de plus singulier. Voici comme il raisonne. Jésus-Chist n'est mort que pour les pécheurs : car qui est-ce , dit saint Paul, qui s'avise de mourir pour un juste : projusto quis ^rilur ? Or Jésus-Christ est mort pour tous les hommes sans exception : donc tous les nommes sans exception sont pécheurs. Dites donc , ou que les enfants qui naissent ne '^nt point hommes , ou convenez qu'ils sont pécheurs. Sur quoi Ton a judicieusement '^'narqué que saint Augustin regardait la mort de Jésus-Christ pour tous , comme une mérité plus claire et plus connue que le péché originel même ; puisqu'il prouve l'un
par Taufre ^ et que dans lout bon raisonneoieiit , on ne prouve une T^ité moina clttire et moins connue, que par quelque autre qui le soit davantage. Enfin, selon saint Augustin encore , Jésus-Christ a droit déjuger tous les hommes , parce qu'il lésa tous rachetés. Ce ne saurait être qu'aux réprouvés qu'il fera ce sanglant reproche : Voyez les blessures que vous m'avez fuites, reconnaissez ce côté que vous avez percé : c'est par vous , et pour vous qu'il a été ouvert , et néanmoins vous n'y avez point voulu entrer : El per vot^ et propter vos apertum est ; nec tamen inlrare voluislis, Lib. 2. de symholo. c, 8. — Témoignage rendu dans le temps marqué. C'est on ae livranf à la mort pour le rachat de tous les hommes , que Jésus>Christ a rendu témoignage à la volonté de Dieu pour les f:auver. Cette divine volonté était clairement marquée dans plusieurs endroits des saintes Ecritures : mais Jésus-Christ» en mourant pour tous les hommes , l'a fait connaître d'une manière encore plus éclatante.
7. In quo posilus sum ego prae- 7. Et c*est pour ce sujet qae j'ai été étadicator et apostolus ( veritatcni dico , bli moi-même (je dis vrai, et je M ments non mcntior) doctor gentium in fide point) prédicateur et apôtre, le docteur des et veritate. gentils en ce qui est de la foi et de la vérité.
En ce qui est de la foi et de la vérité. C'est-à-dire j'ai été établi l'apôtre et le docteur des gentils, pour les instruire dans la foi, et leur faire connaître la vérité.
8. Volo ergo viros orarc in omnl 8. Ce que je veux donc , c'est que les loco , levantes puras manus sine ira hommes prient en tout lieu , leTant des et disceptatione. mains qui soient pures , évitant toute colère et toute dissension.
Ce que je veux donc, c'est que les hommes prient en tout lieu. Il s'agit ici de la prière publique. Les Juifs ne la pouvaient faire que dans le Temple où elle était ordinairement accompagnée de sacrifices. Mais l'apôtre veut que les chrétiens fassent leur prière partout où ils peuvent tenir leur synaxe. Dans les premiers siècles de l'Eglise, 1p.<s fidèles n'avaient point d'autres lieux pour .s'assembler, que des maisons particulièies, où ils célébraient les divins mystères : et c'est pour cela qu'Arnobe et Slinutias- Félix disent que les chrétiens n'ont pnitit de Temple. Mais la persécution ayant cessé, ils élevèrent bientôt de tous côtés des Eglises , et les consacrèrent soleonellemeot.
9. Similiter et mulieres In habitu 9. Pareillement, que les femmeSi lorsornato , cum verecundiâ et sobrietate qu'elles se parent , le fassent avec bonnconiantes se , et non in tortis crinibus, tcté et modestie •, sans frisure , sans or , aut auro, aut margaritis, vel veste sans perles, et sans étoffe de prix : pretiosa (1) :
10. Sed quod decet mulieres , pro- 10. Selon qu'il convient à des femmes mittentes pietatcm per opéra bona. qui veulent donner des marques de piclé
par de bonnes œuvres.
11. Mulier in silentio discat cum 11. Que la femme écoute l'instruction omni subjectione. en silence , avec toute sorte de docilité.
12. Docere autem mulieri non per- 12. Pour ce qui est de faire des instrucmitto , neque dominari in virum ; sed tions , je ne le permets point à la femme, esse in silentio (2). non plus que d'eiercer aucun empire sur
son mari ; mais qu'elle se tienne dans le silence.
Pour ce qui est de faire des instructions, je ne le permets point à la femme. Ce n'est que l'instruction publique , que saint Paul défend aux femmes. Et c'est aussi, comme le remarque Tcrtullien, ce qui a été constamment interdit dans l'Eglise catholique , où les femmes ont toujours été exclues , et de la prédication , et de toutes les fonctioiti (lu saint ministère. J'ai dit , dans l'Eglise catholique : car l'hérésie se trouvant bien de flatter la vanité des femmes , souvent elle les a déchargées du précepte de l'apôtre; et hans remonter à des temps plus reculés , on a vu dans la nouvelle réfonne, une femme prendre le titre de souveraine gouvernante de l'Eglise, et régler en cette qualité par dos ordonnances publiques la créance des peuples et des évêques. Pour ce qui est de l'instruction particulière, non-seulement elle n'est pas interdite aux femmes , mais encore elle leur est souvent commandée ; comme quand elles n'ont d'autre moyeu de
(I) l. Pet 3 3. — (2) 1. Cor. 14. 34.