CHAPITRE III
Peut-^tre a-l-il été ajnnté dai» la Vulgate , pour exprimer toute la force du mot grec siifpovat qui i:e signifie pas moins tempérant et chaste que prudent. Aussi raint Ambroise , l» Offic. e. 50. lit pudicum , au Heu de prudentem. — Qui êoU propre à enseigner. C'est ainsi qu'il faut traduire le doclorem de la Vulgate, comme il paraît par le mot grec itSociirtttbv, qui signifie un homme, non-seulement savant, mais encore capable d'instruire les autres, Sedulius a lu docihilem; et c'est ainsi que l'auteur de la Vulgate lui-même a rendu Stâa/.riKbv y dans la deuxième épitre d Timothée, c. 2,24. Mais il est évident que l'apôtre parle ici de la science qui convient à un évéque , et da soin qu'il doit avoir de la ccmimuuiquer. C'est ainsi que tous les Pères l'ont entendu.
3. NoD vinolentuiD , non perçus- 3. Que ce ne soit point un homme sorem, sed modestum, non litigiosum, adonné au vin , ni d'humeur à frapper pernoD cupidura , sed sonne, mais qu'il soit modéré, qu'il ne
soit ni querelleur , ni intéressé ;
Que ce ne toit point un homme adonné au vin, ni d'humeur à frapper personne. Saint Chrysostôme et ses disciples entendent par percussorem un homme sujet aux emportements et aux violences, vice ordinaire de ceux qui sont adonnés au vin. Mai< reiplication qu'on a suivie dans la traduction est plus naturelle. A près perçu Morem , il y a dans le grec ordinaire, /a/} àtixpoxepO-^ , non iurpis lucri cupidum , ({ui ne se trouve, ni dans le latin , ni dans le syriaque. Les Pères grecs ne l'ont pas lu non plus; et il ne se trouve point dans les plus anciens manuscrits. On ne peut même lui donner ici place, sans faire tomber saint Paul dans une Tautologie. Car, à la fin de ce même verset, il veut que l'évêque soit àft^^xpyupov, qui bignifie la même cboi^e que /j.h à(ç7pox»p^r!. Ce dernier terme se trouve dans l'épître à Tite, c, 1. v. 7. d'où il est probable qu'on l'aura pris, pour le mettre ici à la marge, afin de faire sentir la convenance des deux épitres, et que de la marge il aura passé dans le texte.
4. Sus domui benè praepositum , 4. Mais qu'il gouverne bien sa famille , fîlios habentem subditos cum omni tenant ses enfants dans la soumission et castltate. dans une entière pureté de mœurs.
Tenant ses enfants dans la soumission. Cela se doit entendre, selon la remarque de saint Ambroise, des enfants qu'il a eus avant l'épîscopat : Ne quis ^ dit-il, filios in focerdotio creare apostolicâ invUetur auctori'ale ; hahentem dixil filios , non facienlem, Calvin est d'un sentiment bien contraire Car en expliquant ce passage , il n a point eu honte d'avancer que, quoique le célibat ait quelque chose de plus spécieux que l'état du marÎQge, cependant l'expérience a appris aux hommes sages qu'un homme marié, et en commerce avec sa femme, est beaucoup plus propre aux fonctions du saint ministère; et que , sans cela , nn homme est sauvage et peu propre à gouverner l'Eglise de Dieu. A ce compte-là, les Augustin, les Ambroise, les Chrysostôme, et les Âthanase n'auraient pas été de grands évéques. L'upôtre lui-même n'aura pas été éclairé des lumières de cette sagesse; lui, qui inconfestablement a toujours vécu dans le célibat, et qui souhaitait si fort que tous les ministres de Jésus-Christ lui ressemblassent. — Dans une entière pureté de mœurs. Dans le grec, fizTo: Tràçvjç azfivàrYixoi , que la version de Mons rend ainsi, dans toute sorte d'honnêteté, fjsjxvÔT-/iç , signifie honnêteté, gravité, tempérance, chasteté : mais il est certain que l'auteur de la Vulgate, en traduisant cum omni castitate , a pris le véritable sens de l'apotre. Car dans lépîire à Tite, r. 6, où il donne le même précepte, il dit, filios hahens fidèles ^ non in accusaiione luxuriœ, autnon suhdilos. C'a donc été sans aucune raison que le traducteur de Mons a ici abandonné la Vulgate.
5. Siquisautemdomuisuœprxesse 5. Que si quelqu'un ne sait pas gounescit, quomodô Ëcclesiae Dei diligen- verner sa famille , comment aura-t-il soin tiam habebit ? de l'Eglise de Dieu ?
6. Non neophytum; ne in super- 6. Que cène soit point un néophyte; biam elatus , in judicium incidat dia- de peur que venant à s'enfler d'orgueil , il boli. n'encoure la même peine que le démon.
Que cp. ne soit point un Néophyte. Le mot grec signifie nouvellement planté» C'est ainsi qu'on appelait ceux qui avaient depuis peu reçti le baptême. Saint Paul ne veut pas qu'on les élève à l'épisropat, de peur qu'en se voyant sitôt élevés , ils ne viennent « concevoir trop bonne opinion d'eux-mêmes ; et que l'orgueil qui a fait tomber le démon, ne soit la cause de leur chute. Nonobstant cela, saint Ambroise et plusieurs Bulres, ont été élus évoques , n'étant encore que néophytes , sans que l'Eglise ait jamais
29 B 1. EPITRE CE S. PÀtL A TIMOTHÉC.
i m prouvé leur ordination. Ce qui marque que les règles que prescrit ici Tapolre ne renffrnnetit pas le droit divin, auquel nulle autorité humaine ne peut déroger ; mais ne sont que des constitutions apostoliques, dont l'Ëglise, pour le bien de rfiglise même, peut dans de certains cas dispenser.
7. Oportet autem illum et testimo- 7. Il faut aussi que ceux du dehors rennlum habere bonum ab iis qui foris dent de lui un bon témoignage; de peur sunt ; ut non in opprobrium incldat , qu'il ne tombe dans l'opprobre et dans les et in laqueum diaboli. pièges du démon.
Il faut aussi que ceux du dehors. C'est-à-dire que les infidèles lui rendent un 6on témoignage ; qu'il se soit comporté de telle sorte ^ que les infidèles mêmes ne puissent rien lui reprocher : de peur que se voyant déshonoré par ces reproches, il ne se décourage, ne devienne inutile au salut des autres, et ne se perde lui-même; ou que les infidèles ne s'aliènent eux-mêmes de TEglise, en voyant un tel pasteur, un homme qu'ils ont connu par de mauvais endroits.
8. Diaconos similiter pudicos non 8. Pareillement , que les diacres soient bilingues, non multo yino deditos, des personnes chastes; qu'ils ne soient non turpc lucrum sectantes ; point gens à deux paroles , ni adonnés aux
excès de vin, ni attachés à un gain sordide;
Pareillement, que les diacres. Saint Paul passe des évéques aux diacres, sans faire aucune mention des prêtres. Saint Chrysostôme croit que c'est parce que les fonctions des prêtres ^ à l'ordination près, sont presque les mêmes que celles des évéques et demandent par conséquent les mêmes \ertus. Selon saint Èpiphane, c'est qu'au commencement du christianisme, on se contentait de donner à chaque église un évêque, et des diacres ; parce qu'il était alors difficile de trouver un plus grand nombre de ministres , et que le petit nombre de fidèles n'en demandait pas davantage. Les presbytériens concluent de cet endroit , la parfaite égalité entre les évéques et les prêtres. Ils ne font en cela que suivre Aerius, qui pour le même sentiment, a été mis au nombre des hérétiques par suint Epiphane et par saint .\ugustin.
9. Habentes mysterium fidei in 9. Qu'ils joignent au mystère de la foi eonscientiâ purâ. la pureté de la conscience.
Qu'ils joignent au mystère de la foi, la pureté de la conscience. Qu'ils soient instruits des mystères de la religion, et qu'ils joignent à cette science une grande pureté de mœurs, qui est le moyen le plus assuré de conserver la fui. Par le mystère delà foi , plusieurs interprètes entendent l'eucharistie, que les diacres étaient alors chargés d'administrer. Voyez Salméron, sur cet endroit.
10. Ethiautemprobenturprimùm; 10. Qu'on les éprouve même auparaet sic minislrent, nuUum crimen ha- vaut; et qu'ainsi ils exercent leur rainisbentes. tére , sans qu'on ait rien h leur reprocher.
11. Mulieres similiter pudicas non 11. Pareillement, que les femmes soient detrahenteSy sobrias, fidèles in om- chastes, qu'elles ne soient point roédinibus. santés , qu'elles soient sobres et fidèles en
toutes choses.
Pareillement que les femmes soient chastes. Les interprètes grecs entendent ceci des diaconesses. Car sans cela, dit Théuphylacte, qu'était-il nécessaire en parlant des diacres, de faire mention des femmes? Cependant le commentaire attribué à saint Ambroise l'explique de toutes les femmes en général. On peut encore l'expliquer des femmes que les diacres avaient épousées avant leur ordination, hèxe reprend l'interprète latin d'avoir traduit mulieres ^ au lieu à^uûsores^ qui signifie une femme mariée. Mais le mot grec ^ui^alxoç est aussi général que mulieres : et notre interprète, plue religieux que son censeur, n'a pas cru qu'il lui fût permis de restreindre la signification des termes qu'il trouvait dans son original.
12. Diacôni sint unius uxoris \iri ; 12. Que les diacres n'aient eu qu^one qui filiis suis bené prœsint, et suis femme; qu'ils sachent bien gouverner domibus. leurs enfants et leur famille.
13. Qui enim benè ministraverint, 13. Car ceux qui auront bien exercé leur gradum bonum sibi acquirent, et mul- ministère, parviendront à un rang bonoinm fiduciam in fide, qua) est in rable, et à avoir beaucoup de liberté dans Chnsto Jcsu. ce qui regarde la foi en Jésus-Christ.