CHAPITRE II. S
Considérez ce que je dû. L'apôtre s'était contenté de proposer les trois exemples dont nous venons de parler , sans en faire l'application. Il exhorte donc ici Timothée a y faire attention , et à se les appliquer à lui-même. Mais comme Timothée avait besoin du secours de la grâce, l'apôtre ajoute : car le Seigneur vous donnera de l'inlelîigenee pour tout ; comme s'il disait : En vous exhortant de réfléchir sur ce que je vous dis, je ne vous demande rien qui ne dépende de vous avec le secours de la grâce , qui ne vncs manquera pas : car je suis persuadé que Dieu tous l'accordera. Il y a dans le grec vulgaire ^càvi yxp vot , det enim tibi, au lieu de dt^t enim iibi^ comme il y a dans la Vulgate. Mais outre qu'on lit dans les plus anciens manuscrits, comme dans celui d'Aieiandrie , et celui deClermont, ^e&trsc, dahit, il est évident que l'expressicn du lexie, detf serait aussi embarrassée, que l'autre, dabil^ est naturelle. Aussi Bèze, qui vent toujours s'attacher au grec vulgaire, le suit cependant tellement ici, qu'il est obligé, pour éviter ce sens forcé, de le corrompre en traduisant , det igitur , au lieu de del enim : en quoi il a été plus hardi que Calvin son maître.
8. Memor esto Dominum Jesum 8. Souvenez - vous que Jésus- Christ Christum resurrexissc à mortuis ex Noire-Seigneur , qui est des descendants semine David» secundCim Evangelium de David , est ressuscité , conformément à ïneuna; l'Evangile que je prêche ;
Souvenez-vous que Jésus-Christ Noire-Seigneur , qui est des descendants de David, etl re$suscilé. Ceci tend â la même fin que les exemples précédents. L'apôtre veut exciter Timothée à tout souffrir pour la prédication de TEvangile, en lui proposant i exemple de Jésus-Christ, qui après avoir beaucoup souffert est ressuscité glorieux et triuraphant , et nous a en cela donné un gage certain de notre résurrection future. On peut dire encore avec saint Chrysostôrae et les autres Pères grecs, que l'apôtre avertit son disciple de se tenir en garde contre l'hérésie des simoniens, qui enseignaient que iésus'Christ ne s'était pas véritablement incarné, et que parconsé(|uent ses souffrances et sa résurrection avaient été aussi purement fantastiques. — Conformément à l'Evangile que je prêche, xank rb 'EuavyéAtôv /*ou, secundum Evangelium meum. Saint Jérômo dans son livre des écrivains ecclésiastiques sur saint Luc, croit que l'apôtre entend par làl'Ëvangile de saint Luc. Mais il est plus naturel de l'expliquer en général del'Ëvangiie de Jésus-Christ , que saint Paul annonçait. C'est ainsi qu'il s'explique lui-même. ^ai- 1. 11. Evangelium quod evangelizatum est à me. C'est pourquoi I. Thessal 1. 5. et 2. Thessal. 2. 14 , il l'appelle Evangelium nostrum ; parce que ces deux lettres sont écrites non-seulemnnt en son nom, mais encore au nom de Sîlvain et de Timothée, qu ils s'étaient associés au ministère de la prédication.
9. In quo laboro usque ad vincula , 9. Pour lequel je souffre jusqu'à être quasi malé operans : sed verbum Dei dans les fers comme un criminel : mais uon est alligatum. la parole de Dieu n'est point captive.
ia "parole de Dieu n'est point captive. Le cours de la parole de Dieu n'est point arrêté. Quoique je sois daus les fers^ cela ne m'empêche pas de prêcher librement la parole de Dieu.
10. Ideô omnia sustineo propter 10. Dans cette vue j'endure tout pour electos.ulet ipsi salutem consequen- les élus, afin qu'eux-mêmes ils oblien- ^<jr, quae est in Christo Jesu, cum nent aussi le salut qui est en Jésus-Christ gloriâ cœlesti. et la gloire céleste.
Dans cette vue , j'endure tout pour les élus, Nous avons déjà plusieurs fois remarqué que le mot d'élus se prend dans les Epîtres de saint Paul pour les chrétiens, pour les fldèles, qui sont destinés à jouir de la gloire céleste , non pas absolument , mais conditionnellenient , comme le marque l'apôtre dans les versets suivants, en disant que '> nouf «omfne« morts avec lui, nous vivrons aussi avec lui ; que si nous souffrons , ootti régnerons avec lui : mais que si nous le renonçons , il nous renoncera aussi.
11. Fidelis sermo : nam si commor- 11. C'est une chose indubitable : car si lui sumus y et convivemus ; nous sommes morts avec lui, nous vivrons
aussi avec lui ;
12. Si sustinebimus, et conregna- 12. Si nous souffrons, nous régnerons J|raus ; si negaverimus , et ille nega- avec lui; si nous le renonçons, il nous oit nos (1). renoncera aussi.
lJ)Matth. 10. 33. - Marc. 8. 38.
S24 II. EPlTnE DE S. PÀia â timothée.
13. Si non credimus , ille Gdelis 13. Que si nous manquons de foi , il permanet, negare seipsum non po- ne laisse pas d'être fidèle , il ne peut pas test (1). se renoncer lui-même.
// ne peut pas se renoncer lui-même. II ne peut pas se démentir , ni manquer d être fidèle à sa parole, comme il ne peut pas mentir ni pécher : ce qui ne marque pas de faiblesse en Dieu, mais le comble de la perfection.
14. HsG commone , testificans co* 14. Faites souvenir de ces choses, et ram Domino. Noii contendere verbis : prenez le Seigneur à témoin. Evitez les ad nihil enim utile est , nisi ad sub- disputes de paroles : car cela n'est bon Tersionem audientium. à rien, si ce n'est à renverser l'esprit de
ceux qui les entendent.
Et prenez le Seigneur à témoin. Avertissez-les de tout ce que je voua ai dit cidessus, en leur déclarant que tous le faites en présence du Seigneur, qui sera le témoin de votre fidélité à vous acquitter de votre ministère , et le vengeur do mépris qu'ils pourront faire de vos avertissements. Nous avons vu que Tapôtre suivait cfttc même méthode par rapport à Timothée. I . Timoth. cap. 5. vers. 21 . Le grec ordinaire joint ces paroles avec ce qui suit, de cette sorte, SiajjLotprxipôjjLevoç ivéinim roti wpiw fivi Xoyo/iaxeîv : ce qui signifie, les conjurant au nom du Seigneur d'éviter les disputes de paroles. Mais il y a dans le manuscrit d'Alexandrie, fih Xoyo/idtxstj noli terhis eontendere, comme a lu l'auteur de la Vulgate.
15. Sollicité cura teipsum proba- 15. Ayez grand soin de vous rendre bilem exhibera Deo , operarium incon- agréable aux yeux de Dieu ; d'être un ouf usibilero , recté tractanlem verbum vrier sans reproche , qui manie bien la veritatis. parole de la vérité.
Qui manie bien la parole de la vérité, OpBorofioûvra , reeté teeantem qui signi6e bien couper la parole de la vérité; qui propose une saine doctrine é ceux qu'il est char,'>;é d'instruire, et qui sache l'accommoder à la portée de ses auditeurs^ comme faisait l'apôtre lui-même, qui prêchait la sagesse parmi les parfaits^ 1 . Cor. 2. 6., et qui ne donnait que du lait à ceux qui n'étaient pas capables d'une nourriture plus solide. Heb. 5. 12.
16. Profana autem , et vaniloquia 16. Pour les discours profanes et fridevita : multùm enim proficiunt ad voles , gardez-vous-en : car Ils contriboeot impietatero : beaucoup à faire devenir impie :
17. Et sermo eorum ut cancer ser- 17. Et la parole de ces gens-là est pit : ex quibus est Hymenseus, et comme un cancer qui gagne peu à peu. Philetus , Hy menée et Philéte sont de ce nombre ,
Et laparole de ces gens-là. C'est-à-dire des hérétiques qui introduisent des nonveautps dans l'Eglise , et qui par leurs discours séduisants corrompent la foi des fidèles. L'apôtre ajoute qn*Hjfmenée et Phiîète sont de ce nombre. Il nous apprend par la que quand nous connaissons des novateurs qui ont perdu la foi , et qui tâchent de la faire perdre aux autres, nous pouvons, sans blesser la charité, les faire connaître pour ce qu'ils sont, afin d'arrêter la séduction. C'est ainsi que Jésus-Christ dans l'Evangile représentait si publiquement, et avec de si vives couleurs l'hypocrisie des pharisiens, et que dans tous les siècles les Pères de l'Eglise se sont appliqués à démasquer les hérétiques de leur temps. C'est ainsi encore que dans ces derniers tempti saint François Xavier exposait au grand jour la turpitude et les dérèglements des Brachmanes des Indes , et des fiomei du Japon.
18. Qui à verîtate exciderunt, di- 18. Eux qui se sont éloignés de la vécentes resurrectionem esse jam fac- rite, soutenant que la résurrection s'est tam , et subverterunt quorumdam déjà faite,, et qui ont ruiné la foi de fidem. quelques-uns.
Soutenant que la résurrection s'est déjà faite. Il n'est pas trop aisé de dire ce que pensaient précisément ces hérétiques sur la résurrection , ni comment ils pouvaient soutenir qu'elle s'était déjé faite. Théodorct et OEcnmenius croient qu'ib n'en recon-
(l) Rom. 3. 3.