TOME II
explication. Car lapôtre ajoute v. 21. Si quelqu'un donc s'est purifié d cet égard, il sera un vase d'honneur. Saint Paul exhorte ici les pécheurs à se purifier de leurs crioies , afin de devenir des vases d'honneur : ce qui marque, dit Salméron, qu'ils ont la grâce, sans laquelle ils ne peuvent rien faire pour leur salut. Ce même endruitcondauine encore les prédestinatieus, qui enseignaient, comme Calvin l'a enseigné depuis, qu*il y avait des hommes destinés à périr, et qui ne pouvaient faire que le mal. C'est contre eux que le concile d'Arles, rapporté par Baronius, ad annum 490, n. 17, lança l'anathëme suivant : ^nathema illi qui dixerit , quàd vas eontumeliœ non pottii assurgere , ut sit vas in honorem. Ces paroles de l'apôtre ont rapport é ces autres de Jésus-Christ aux Juifs, Matt. 12. 33. J ut facile arborera bonam, et fructum ejut bonum; aut facile arborent malam , et fructum ejus rualum. Sur quoi saint Augustin fait la réflexion suivante, l. de Act. cum Felice manichaeo c. 4. Cùmdicit Dominus Judœis t aut facile hoc aut iliud, potesiatem tndical faciendi , non naturam, Nemo enim nisi Dominus arborera facere potest : sed habet unisquisquein %)o'untale «tid, aut eligere quœ bona sunt^ et esse arbor bona; aut quœ mala^ et esse arhor mala. Il dépend donc du choix de l'homme d'être un bon ou un mauvais arbre, un vase d'honneur ou un vase de confusion ; ce qui ne préjudicie en rien a la nécessité de lu grâce, comme l'a remarqué saint Augustin dans ses rétractations, 1. 1. c. 22. n. 4., puisque ce pouvoir qu'a l'homme de choisir le bien, vient de la grâce, et que sans elle ce pouvoir est absolument nul.
21. Siquis ergo emundaverit se ab 21. Quiconque donc se purifiera à ret istis , erit vas in honorem sanctifi- égard , il sera un vase d'honneur , sanccatum , et utile Domino ad omne opus tifié et propre à l'usage du Seigneur , prébonum paratum. paré pour toutes sortes de bons usages.
22. Juvenilia autem desideria fuge, 22. Pour ce qui est des inclinatious de sectare verô justitiam , fidem , spem, la jeunesse , fuyez-les , et portez-vous à ce charitatem, et pacem cum ils, qui in- qui est de la justice , de la foi , de la chavocant Dominum de corde puro. rite, et de la paix au regard de ceux qui
invoquent le Seigneur avec un cœur pur.
Pour ce qui est des inclinations de la jeunesse ^ fuyez-les. Sous ce nom d'inclinations et de passions de la jeunesse, l'apôtre exprime les vices qui sont les plus ordinaires à cet âge , comme la colère , la légèreté , la vaine gloire , et d'autres semblables , qu'il est beaucoup plus naturel d'entendre ici , que l'amour désordonné du plaisir, contre lequel il n'est pas croyable que l'apôtre ait jugé nécessaire de précautiouoer son disciple.
23. Stultas autem , et sine disci- 23. Mais évitez les questions où il n'y plinâ quœstiones devita : sciens quia a pas de sens , et qui ne servent de rien générant lites (1). pour l'instruction : puisque vous savez
qu'elles engendrent des querelles.
24. Servum autem Domini non 24. Or, un serviteur du Seigneur ne doit oportet litigare , sed mansuetum esse • point être querelleur , mais doux envers ad omnes , docibilem , patientem , tout le monde, propre à enseigner, patient ,
25. Cum modestie corripientem eos 25. Usant de modération lorsqu'il re-
3ui resistunt veritati ; uequandô Deus prend ceux qui résistent à la vérité; sBn et illis pœnitentiam ad cognoscen- de voir si peut-être Dieu ne leur fera point dam veritatem , la grâce ae se repentir pour couuattre la
vérité.
Ceux qui résistent d la vérité. Ce uiot , d la vérité , ne se lit point dans le grec ordinaire : mais les docteurs de Louvain, comme a remarqué le père Amelotte, l'ont trouvé dans dix anciens manuscrits, sans compter ceux du marquis de Velex. Il est certain que si on ne l'exprime pas, on doit le sous- entendre, puisque Tapôtre ajoute que Dieu fera peut-être à ceux dont il parle , la grâce de se repentir , pour connaître la vérité, c'est-â-dire pour l'aimer et la suivre, au lieu qu'ils la combattaient auparavant.
26. Et resipiscant à diaboli laqueis , 26. En sorte qu'ils se dégagent des à quo captivi tenentur ad ipsius vo- pièges du démon qui les tient captifs a luntatem. son gré.
(1)1. Tim. 1.4. 7. -Tit. 3. 9.
CRAPITRÏ III. 327
Qui les tierU cafiift à son gré. Les impies sont les esclaves du df^mon , par qui ils ont été vaincus ; et il les précipite , comme il lui plait, dans toutes sortes de crimes. Mais les liens dont il se sert pour les retenir dans cet esclavage, et les entraîner au mal, ne sont autres que leur mauvaise volonté , qui séduite par t>es artifices , commet librement \e crime ^ suivant cette sentence de Salomon , Prov. 5. 22. IniquUates tum capiunt impium, et funihus peccatorum tuorum eoMtringUur, D'où tient donc, dit saint Â.ugustin en parlafit à un pécheur, Homil. 12. ex 50, que voire cœur te penche tert le démon , bu lieu de s'élever vers IHeu ? Vous ne pouvez jxw dire que le démon fous fasse violence. Il n'emploie contre vous que les sollicitations; il ne vous arrache fias votre consentement, il vous le demande. N'aidons point ses efforts , et nous le surmonterons. Il nous invite au péché, il nous le conseille; mais avec le secours de Dieu, il est en notre pouvoir de choisir ou de rejeter ce qu'il nous suggère. Et ce secours de Dieu est si assuré, selon le même saint docteur, qu'il ne craint point de parler ainsi , in Psal. 91. n 3. Si Satanas loqueretur, et taceret Deus; hàberes undè te excusaret,.,... Non cessât Satanas suadere malum; sed nec Deus cessât admonere honum. Satanas autem non cogit invilum : in tué potestate est consentire , aul non consentirez II y a ici dans le grec , ét^taypYjfiivot vit* àurou itç rb IksIvov $iXr)jjL«, Ces deux relatifs àuroi) et (Xeîvou , qui se 6ui\eiit de si près, ont donné lieu à quelques interprètes de rapporter le premier au démon , et le second à Dieu : ce qui peut signiiier que les impies sont sous la captivité du démon, autant que Dieu veut bien permettre ; ou bien, que Dieu les excitera peut-être à faire pénitence, afin qu'étant dégagés des pièges du démon , ils se conforment en tout à la volonté de Dieu. C'est ce dernier sens que Justiniani a suivi dans sa paraphrase, où il dit: Et elapsi aliquaudd à diaboli laqueo resipiscant , seque ad Dei voluntatem omni ex parle componant» Parmi les pr(}~ testants, Bèse et Giotius ont suivi la même explication.