CHAPITRE IV
sua desideria coacervabunt sibi ma- mais que piqués de curiosité, ils cherchegistros , prurienles auribus : ront maîtres sur maîtres au gré de leurs
désirs :
Jh chercheront maîtres sur maîtres au gré de leurs désirs. Ce sera eux-mêmes, qui piqués de l'esprit de nouveauté, se choisiront des maîtres, lesquels leur enseignrront une doctrine conforme à leurs désirs. Ils n'auront plus que du dégoût et de l'aversion pour les ministres canoniquement envoyés par les é\éques et les légitimes pasteurs; et ils s'en choisiront à leur gré, et les établiront de leur propre autorité. On peut remarquer ici une peinture bien naturelle des hérétiques du dernier siècle , auxquels on peut appliquer ce que Tertullien dirait de ceux de son temps , l. de Prœscrip, c. 41 . Ordinaliones eorum temerariœ , levés , inconstantes : nunc enim neophytos collacatit, nunc sœculo ohstriclos, nunc aposiatas nottros.
4. Et à veritate quidem auditum 4. Et détournant l'oreille pour ne pas avertent, ad fabulas autem conver- entendre la vérité, ils se tourneront du lentur. côté des fables.
5. Tu verô vigila, in omnibus la- 5. Pour vous, soyez vigilant» supporbora, opus fac Evangelists, ministe- tez toutes les peines qui vous arrivent, rium luura impie , sobrius esto. acquittez-vous des fonctions d'un prédicateur de l'Evangile , remplissez votre ministère, vivez sobrement.
Vivez sobrement. Cela ne se trouve point dans le grec, mais le marquis de Ve'ez l'a trouvé dans ses manuscrits. D'ailleurs, le mot v^^s , qui se lit au commencement de ce verset, et que notre interprète a rendu par vigila, soyez vigilant f sigfiifie aussi toyez sobre. On peut donc dire, sans recourir aux manuscrits d'Espagne, que Tinterpiète latin a mis vigila et sohrius esto^ pour rendre toute la force du mot grec vr^fe*
6. Ego enim jàm delibor, et tem- 6. Car pour mol je vais être immolé, et pus resolationis meœ instat. le temps de ma mort est tout proche.
Car pour moi Je vais être immolé. C'est comme si l'apôtre disait : Ce qui me porte 8 vous exhorter avec tant de force à vous bien acquitter de toutes les fonctions de votre ministère, c'est que j'approche de ma fin ; et que les violentes persécutions que j'endure, sont comme autant de préparatifs au martyre que je dois bientôt endurer. Ces paroles et les suivantes ont fait croire à beaucoup d'interprètes, comme nous l'avons remarqué dès le commencement de nos notes sur cette Epîfrc, que saint Paul a écrit cette lettre la dernière de toutes, et sur le point de souffrir le martyre : mais nous aurons dans la suite des preuves évidentes du contraire. Il faut donc dire que l'apôtre ne marque point ici qu'il eût révélation de sa mort prochaine ; mais qu'en parlant de ta sorte, il se regarde déjà comme un homme sur l'Age, et cassé de travaux, à qui par conséquent il ne restait pas beaucoup de temps à vivre. On peut dire encore avec quelques interprètes, que cette lettre n'a pas été écrite dans un seul jour; et qu'en écrivant ces paroles, il jugeait par sa situation présente et par la fureur de ses ennemis, qu il devait dans peu de jours consommer son sacrifice : mais qu'ayant eu dans la «uite des assurances du contraire, il ne jugea pas nécessaire pourtant d'effacer ce qu'il avait écrit, et ajouta ce qui suit depuis le verset 9.
"ï. Bonum cerlamen certavi, cur- 7. J'ai combattu vaillamment, j'ai sum consummavi, fidem servavi. achevé ma course, j'ai été fidèle jusqu'au
bout.
J'ai combattu vaillamment. Ce que l'apôtre venait de dire de sa mort prochaine, ne pouvait manquer de causer à son cher disciple la plus vive douleur. C'est donc , selon saint Chrysostôme , pour le consoler , qu'il lui fuit ici un détail de ses mérites , et de la récompense qu'il en attend. Saint Paul ne fonde point sa confiance sur ce que Dieu , en dissimulant ses péchés, lui imputera une justice étrangère, mais sur les œuvres de justice qu'il avait pratiquées lui-même avec le secours de la grâce, et dont la juste récompense ne pouvait lui manquer. Vérité si sensible , que Grotius , malgré les préjugés de la secte , n'a pu s'empêcher de s'écrier ici : Utinam mulli morte instante hoc de ie prœdicare verè postent, et non se vellent decipere per justitias imputalas! Ce qui marque corabien ce savant liomme était éloigné du dogme fondamental de la nouvelle réforme.
diliguntadventumejus. a ceux qui souhaitent son avènement.
Festina ad me venire citô. Faites diligence pour venir bientôt me
joindre.
Du reife, la enuronne de juiiiee te garde pour moi. Il n*y a presque aucune parole dans tout ce verset qui ne détruise 1» justice imputative der protestants, et qui n'établisse le mérite des bonnes œuvres par rapport à la y\n éternelle. Car I" cette couronne immortelle , qui doit être la récompense des bonnes œuvres , est appelée couronne de justice, c'est-â-dirn qu'elle est due é juste titre. 2" Il est dit que Dieu la rendra, Y:y ànt^éivet , quam reddet. Or ce terme étant appliqué aux bonnes ou aux mauvaises actions, signifie toujours dans TEcriture la juste rétribution qu'elles méritent. Gen. 50. 15. Ne forte reddat nobit omne maîum quod feeimus, Deuter. 5. 9. Reddens iniquilatem patrum. Ibid. 4. 32. 41. Judic. 20. 10. 3. Reg. 2. 32. et 44. Eslher. 16. 18. Deo reddente quod meruit. Psal. 61. 13. Mait. 16. 27. Ei lune reddet unieuique teeundili,m opéra ejut. Ibid. 20. 8. Voca operarioi , et redde illis mereedetn. Il avait dit auparavant, v. 4., Quod juslum fuerit , dabo^ vohit. Et sans aller si loin , dans le chapitre que nous expliquons , v. 14 , l'apôtre dit , reddet illi Deut tecundûm opéra ejut : ce qui de l'aveu même de tous les protestants, signifie le juste châtiment qu .41exandre devait recevoir pour ses infidélités. Pourquoi donc ne signifiera-t'il pas aussi la jnste récompense que méritent les bonnes œuvres ? 3*^ Dieu la rendra , cette couronne, non pas seulement en qualité de père des miséricordes, maison qualité de juste jnge, justui judex. N'est-ce point après cela se jouer de la parole de Dieu , que de soutenir que Dieu nous justifie gratuitement , en nous imputant une justice que nous n'avons pas, et quHI donne à ses élus par pure miséricorde la vie éternelle pour récompense dps œuvres, qui quoique faites avec le secours de la grâce, ne sont en elles-mêmes que de véritables péchés , et ne méritent que Tenfer? Voilà a quoi Calvin devait répondre, au lieu de reprocher impudemment aux catholiques qu'ils tâchent d'établir le mérite des œuvres au préjudice de la grâce : ce qui est si visiblement faux, qu'il n'y a pas un théologien de la communion romaine , qui n'enseigne que la gréoeest le fondement de nos mérites , et que sans elle nous ne pouvons en aucune façon mériter. Mais cette grâce qui nous fait faire de bonnes œuvres, et qui les élève é un état surnaturel , D'em|jéche pas pour cela qu'elles ne soient méritoires; parce que, comme dit saint Augustin /. deSfïiriU et Litt. e. 33.n.60, c'est à la vérité la grâce de Dieu qui nous prévient ea tout , et qui nous est donnée par pure miséricorde; mais il est au pouvoir de la volonté de lui donner y ou de lui refuser son consentement. In omnibut miterieordia ejut prmvenit not : eontetUire autem vocationi Dei , vel ab eà ditsentire tieut dixi , propriœ valunlatit ett. Voila la grâce qui , selon saint Augustin , est le principe de nos mérites, et que l'hérésiarque prétendu Augustinien n'a jamais voulu reconnaître.
9. Demas enim me reliquit , dili- 9. Car Démas m'a quitté par attachegens hoc sxculum , et abiit Tessalo- ment au siècle , et s'en est allé à Tessaiiicam ; Ionique ;
Démat m'a quitté par attachement au tiède. C'cst>â-dire , selon saint Chrysostôme, aimant le repos , les commodités de la vie , et sa propre sûreté. Il y a d'anciens auteurs qui disent que ce Démas apostasie , et qu'il devint prêtre des idoles é Thessalonique. Mais cette opinion n'a aucun fondement. Il parait même que Démas ne fut pas longtemps sans se repentir de sa faute, et rejoignit l'apôtre. Car dansl'Epître à Philémon, écrite aussi au nom de Timothée, et par conséquent postérieure à celle-ci, saint Paul met Démas au nombre des compagnons de ses travaux.
10. Crescens in Galatiam , Titus in 10. De même que Crescent en Galatie, Dalmatiam. et Tite en Dalmatie.
De même que Cretcent en Galatie. Il y a cependant cette différence entre le départ de Démas, et celui de Crescent et de Tite, que celui-là se retira de lui-même^ pour fuir la persécution où il était exposé auprès de l'apôtre; au lieu que ceux-ci s'en allèrent par son ordre pour l'avantage de l'Evangile. Saint Epiphane, llœr. 1., veut qu'on lise GaWam au lieu de Gallatiam : mais il est le seul de son sentiment. Théodorrt en lisant Galatiam, veut qu'où entende par là lu Gaule, et il ajoute qu'on l'appelait