Quia et ipsa creatura liberabi
19.20.21.22. Le plus grand nombre des interprètes anciens et modernes, entendent ici par les créatures tout ce qui est compris dans l'univers, et en particulier les choses inanimées sujettes pur leur état naturel à la corruption et au cliangement. Selon ces auteurs, l'apôtre par une figure qu'on nomme prosopopée, donne des désirs et une volonté aux créatures même insensibles, pour leur faire souhaiter le renouvellement entier de toutes choses , et l'heureux moment où elles participeront en quelque sorte et à leur manière a l'état glorieux d'immortalité des enfants de Dieu. Il faut avouer que dans ce sentiment, la figure est poussée aussi loin qu'elle le puisse être : il y a même lieu de douter que sans faire violence au texte sacré , on puisse donner un sens naturel à ces paroles du t. 21 : Crealura liberabitur d Mervilute corruplionii in lihertcUetn gloriœ filiorum Dei, Il parait donc plus convenable d'entendre ici par les créatures les hommes même qui soupirent après la fin des misères de cette vie mortelle, dont ils ne peuvent être pleinement délivrés que dans le ciel. flUais il y a encore lâ-dessus variété d'opinions. Les uns prétendent que saint Paul ne veut parler que des fidèles qui, quoique régénérés, trouvent encore en eux-mêmes bien de la faiblesse, et sont obligés de s'occuper d'une infinité de choses vaines et frivoles. Comme il ne leur est pas libre de sortir de cet état d'assujettissement, ils le supportent avec résignation dans l'espérance d'en être bientôt délivrés. Selon d'autres, les créatures sont tous les hommes, et en particulier les gentils, dont l'apôtre commence à annoncer la vocation à la foi, qui doit être le commencement de leur délivrance. Les gentils sont souvent appelés dans l'Ecriture crealura ^ xriati : il y est dit aussi que le Messie doit être Vallente et le détiré det nations. Il y avait longtemps que les gentils sentaient tout le poids de leurs misères: ils en gémissaient; et ils en étaient d'autant plus accablés, qu'ils avaient pour en sortir moins de secours que les Juifs. Dieu Pavait ainsi permis pour manifester en son temps les trésors de sa miséricorde sur eux. L'heureux moment était enfin venu où ils devaient être réconciliés à leur Dieu. Les grâces qui leur étaient communiquées, leur rendaient leurs misères plus sensibles , et leur faisaient pousser comme les cris de leur enfantement spirituel à l'Evangile.
23. NoD solùm auieni illa , sed et 23. Et Don-seulement elles^ mais aussi nos ipsi priniitias spiritûs habeDtes ; Dous-méroes qui avons les prémices de et ipsi intra nos gemimus, adoptio- l'esprit : oui, nous-mêmes, nous gémisnem filiorum Dei expectantes , re- sons au-dedans de nous , dans l'attente de demptiooem corporis nostri. l'adoption des enfants de Dieu , et de la
délivrance de notre corps.
Et non-seulement elles. Ce ne sont pas seulement les gentils qui soupirent après leur délivrance; nous-mêmes qui avons reçu les prémices de l'Evangile, qui avons été sanctifiés par le Saint-Esprit, nous attendons encore l'entier accomplissement de notre adoption, c'est-à-dire la gloire de nos corps. Saint Paul et les fidèles à qui il écrit, avaient déjà l'adoption divine qui est inséparable de la grâce sanctifiante : ce qu'il dit qu'ils attendent encore l'adoption , se doit entendre de la perfection et des effets de l'adoption. Quelques-uns croient que ces paroles, nos ipsipiimilias spiritûs habentes , désignent spécialement les apôtres et les disciples qui avaient reçu les prémices du Saint- £n)rit, c'est-à-dire des dons spirituels et des grâces extraordinaires pour prêcher l'Evangile.
24. Spe enim salvf facti sumus. 24. Car nous sommes sauvés par l'es- Spes autem qu«B videlur , non est pérance. Or , dés qu'on voit ce qu'on esspes : nam quod videt quis, quid père , ce n'est point espérance En effet ce sperat 7 qu'on voit , comment T espérer ?
I^ouf sommes sauvés p(fr V espérance. Nous ne possédons le bonheur qu'en espérance ; nous ne sommes pas encore sauvés, nous espérons seulement de l'être. Dès là qu'on espère une chose, on ne la possède pas encore.
25. Si autem quod non videmus 25. Mais si nous espérons ce que nous speramus, per patientiam eipecla'- ne voyons point, nous l'attendons avec mus. patience.
JUais si nous espérons. Si donc nous ne sommes pas encore en possession de la gloire , et st nous ne faisons que l'espérer, nous devons l'attendre en patience; c'est-à-dire nous devons souffrir patiemment les afflictions inséparables de notre condition présente, en vue de cette gloire qui peut seule les faire finir, et qui doit être la récompense de notre résignation.