CHAPITRE VIII
26. Similiter aulem et spiritus ad- 26. Pareillement aussi l'esprit soutient • juvat inGrmitatera nostram : nam notre infirmité. Car nous ne savons rien
quid oremus , sicut oportet , nesci- demander dans la prière comme il faut : mus : sed ipse spiritus postulat pro mais l'esprit même demande pour nous nobis gemitibus inenarrabilibus. avec des gémissements qui ne se peuvent
exprimer.
Pareillement auiû l'etprit, Similiter et gpiriluM, C'est comme si I apôtre disait : mais ce qui doit encore nous soutenir dans les afflictions, c'est que , par la grâce que nous communique le Saint-Esprit, nous pouvons avoir recours à Dieu, et le prier comme il faut pour être exaucés. — Nout ne savont rien demander dans la prière, comme il faut. Cela peut s'entendre, et de ce qu'on demande, et de la manière dont on le demande. Si nous ne sommes conduits par l'esprit de Dieu , nous ne demandons pas le plus souvent ce qui nous convient. Ainsi le Sauveur disait au fils de Zébédée : Vous ne tavez ce que vaut demandez. Ou si nous le demandons, ce n'est pas dans les dispositions, ni avec les conditions requises. — L'esprit même demande pour nous. Saint Paul par une faconde parler fort usitée, attribue au Saint-Esprit même les gémissements qu'il nous fait pousser par sa grâce. Le même apôtre dit que ces gémissements ne se |>euvent exprimer : ce qui peut s'entendre, ou de la ferveur de la prière, ou des désirs intérieurs du cœur qui sont comme un langage muet connu de Dieu seul. Les paroles du verset suivant, ^ut autem scrutatur corda , etc., paraissent confirmer cette dernière explication.
27. Qui autem scrutatur corda , 27. Et celui qui sonde les cœurs» sait scit auid desideret spiritus : quia se- ce que désire l'esprit; parce qu'il demande cundùm Deum postulat pro sanctis. pour les saints ce qui est selon Dieu.
Celui qui sonde les cœurs , sait ce que le Saint-Esprit inspire aux saints de demander : il sait qu'il ne peut leur inspirer de rien demander , qui ne soit conforme à la volonté de Dieu , et qui ne doive leur être accordé.
28. Sciraus autem quoniam dili- 28. Nous savons au reste que toutes genlibus Deum omnia cooperantur in choses concourent à l'avantage de ceux bonam , iis , qui secundiim proposi- qui aiment Dieu ; de ceux qui selon le tum vocati sunt sancti« dessein qu'il a formé , sont appelés pour
être saints.
Nous savons que toutes choses concourent, Nous savons que quand Dieu permet que ceux qui l'aiment , soient dans l'affliction et l'adversité , il ue le permet que pour leur bien , et dans le dessein qu'ils tirent avantage de ces maux pas«agers.
29. Namquospraescivit, etprœdes- 29. Car ceux qu'il a vus par sa prestinavit conformes fîeri imaginis Filii cience, il les a aussi prédestinés pour * sui , ut sit ipse primogenitus in mul- être conformes à l'image de son Fils, afin tis fratribus. qu'il soit lui-même le premier né entre
plusieurs frères.
Ceux qu'il a fms par sa prescience , il les a aussi prédestinés. Plusieurs joignent ensemble ces deux mots , prœscivit et prœdeslinavit en cette manière : Ceux que Dieu a prévu qu'ils seront conformes d l'image de son Fils.., et qu'il a prédestinés pour cela , ceux , dis-je , qu'il a ainsi prévus et prédestinés , i7 les a appelés , et le reste du verset 30. C'est cette prescience de Dieu qui fait la certitude infaillible de l'événement en faveur des élus. Dieu ajoutant au secours intérieur de sa grâce , le secours extérieur de sa prescience et de sa pro\ idence , les choses ne peuvent manquer d'arriver selon qu'il les a arrangées. La prédestination même , selon saint Augustin , n'est autre chose que l'arrangement que Dieu fait de ses ouvrages par sa prescience : In sud quœ falli mutarique non potest prœsdentià , opéra sua futur a disponere , id omnind nec aliud quidquam est prœdestinare. Il faut pourtant remarquer que quelques-uns expliquent le mot prœscivit, comme s'il marquait un acte de la volonté : ceux que Dieu a approuvés , pour qui il a eu de la prédilection. — Pour être conformes à l'image de son Fils, Pour exprimer en eux-mêmes l'image de Jésus-Christ par leur patience dans leurs afflictions, et par la pratique des autres vertus , dont le Sauveur leur a donné le modèle ; afin que Jésus-Christ , qui est le fils unique par nature , ait plusieurs frères par adoption auxquels il communique le droit d'entrer dans l'héritage des enfants.
40 EPITBE DE S. PAVL kVX ViOliîXirS,
30. Quos autem prsdestinavit , hos 30. Or , ceui qu'il a prédestinés, il les
et vocavit : et quos vocavit, hos et a aussi appelés ; et ceux qu'il a appelés,
justificavit : quos autem justifica\it , il les a aussi justifiés : et ceux qu'il a jus-
illos et glorificavit. tifiés, il les a aussi glorifiés.
// lei a austi appeléM. Il les a appelés à la foi par la prédication de TETangile , et par des grâces intérieures telles qu'il a su être propres pour qu'ils ne résistassent point à leur vocation. Et ceux qu'il a ainsi appelés , il les a justifiés par l'infusion de la grâce sanctifiante , qu'ils ont reçue dans le baptême, et par la rémission de leurs péchés. Et ceux qu'il a justifiés , il les a glorifiés ; c'est-à-dire selon les Pères grecs , il les a distingués et rendus considérables par l'adoption divine et par les dons extraordinaires da Saint-Esprit , qui leur ont été communiqués , i$à^acs , magnificavit. Ceux qui ap~ pliquent les paroles de l'apôtre à la prédestination à la gloire , leur donnent ce sens : Les prédestinés après avoir été appelés et justifiés dans cette vie, seront glorifiés dans l'autre. Il let a glorifiée ^ c'est-à-dire il les glorifiera , et leur communiquera la gloire éternellff,
28. 29. 30. Ceux qui selon le dessein qu'il a formé. L'intelligence de ces versets, aussi bien que des chapitres suivants, est devenue très-difficile, à cause des explications différentes qu'en ont données les docteurs catholiques par rapport à leurs différents systèmes sur les matières de la grâce et de la prédestination. Ce n'est pas ici le lieu, et ce ne fut non plus jamais notre dessein, de prendre parti, ou de vouloir décider sur des questions aussi épineuses, et qui sont d'ailleurs si fort au-dessus de la portée du commun des fidèles. Cependant l'application qu'on a toujours faite du texte de l'apôtre à ces matières , nous oblige d'y entrer comme malgré nous. Maia nous u'y entrerons qu'avec toute la retenue et les ménagements possibles; et si nous paraissons quelquefois pencher plus d'un côté que d'un autre, ce sera sans préjudice d'aucun des sentiments que l'Eglise permet de soutenir. 1. Par ces paroles, secundûm propositum , presque tous les interprètes grecs entendent le propos ou la bonne volonté de l'homme, et non pas la volonté ou le dessein de Dieu. Selon eux, l'apôtre a voulu exprimer par là que tout ne doit pas être attribué à la vocation ; puisque tous ceux qui sont appelés, ne sont pas saints. Toutes choses contribuent d l'avantage , non de tous ceux qui sont appelés , mais de ceux qui par la coopération de leur volonté suivent la vocation de Dieu, Il ne faut pas croire que ces saints docteurs aient regardé la vo-» lonté de l'homme comme la cause de la grâce, ou qu'ils lui aient attribué le mérite de la vocation. Ce serait leur imputer une erreur pélagienne, dont saint Augustin luimême qui se sert de leur autorité, les a crus fort éloignés. Cependant quelque orthodoxe que puisse être cette explication , elle parait contraire au sens de l'apôtre. Les autres endroits où il joint le dessein et la volonté de Dieu à la vocation et à l'élection , ne permettent guère de douter qu'il n'ait voulu aussi en cet endroit parler du dessein de Dieu, et non de la volonté des hommes. 2. Les Pères grecs et plusieurs autres interprètes expliquent ces paroles , vocatis sanctis, appelés pour être saints , de la vocation a la grâce de la foi et de la sanctification , dont ils croient que saint Paul a voulu seulement parler dans cette épitre. Suivant ce sentiment, ces paroles, vocatis sanctis ^ ne sont que l'explication des précédentes, diligentibus Deum, c'est-à-dire à ceux que Dieu a appelés à la grâce de l'Evangile , à ceux qui aiment et qui servent Dieu dans la loi nouvelle. Les autres après saint Augustin expliquent ce texte de la prédestination éternelle, ou de la vocation efiicace à la gloire. Alors ces paroles, vocatis sanctis , restreignent et limitent celles-ci, diligentibus Deum. Toutes ohoses concourent a l'avantage de ceux qui aiment Dieu , de ceux , dis-je , qu'il a prédestinés et qu'il a appelés selon son propos; c'est-à-dire ainsi que l'explique saint Augustin, qu'il a appelés, en la manière qu'il sait être propre, afin que l'homme ne rejette point la vocation : Quos ita vocat, quomodo eis aptum est ut sequantur : sic eum vocal quomudo scit congruere , ut vocantem non spernat. Ces deux explications , soit par rapport à la vocation à la foi , soit par rapport à la vocation à la gloire , sont toutes deux catholiques , fondées sur l'autorité des interprètes anciens et modernes. Quoique la première nous ait paru plus conforme au texte de l'apôtre, qui est d'encourager les fidèles à la patience par la vue de leur vocation et des faveurs qu'ils ont reçues de Dieu , nous tâcherons cependant dans la suite de ne rien dire par où nous parai^^sions désapprouver ou condamner le sentiment opposé ; nous bornant uniquement à ce qui peut contribuer davantage à l'édification des fidèles, et nous souvenant de l'avertissement de saint Augustin , qu'il faut leur parler du mystère de la prédestination en telle manière, que chacun ait lieu d'espéirer qu'il sera du nombre des prédestinés, ot soit persuadé qu'il n'en sera exclu que par sa faute.