CHAPITRE II
D'avoir pour eux delà corn j laitance en toutes choses iv Trâcaev ixjapiçouç, in omnibus placentes. Saint Jérôme donne à ces paroles celte explication , ut complaceant sibi : c'est-à-dire que les serviteurs soient contents d'eux-mêmes^ qu'ils ne se plaignent pas de leur sort ; et que la condition où ils se trouvent ^ ne les porte pas é accuser d'injustice la conduite de la pro\ idence : Ne videlicel super condilione sud videatur eis Dei iniqua sententia, lAa'i» les Pères grecs, aussi bien que tout ce qui précède et ce qui suit, aatorisent l'interprétation qu'on a suivie dans la traduction. Au reste, quand saint Paul veut que les serviteurs soient soumis à leurs maîtres, et qu'ils aient de la complaisance pour eux en toutes choses ^ on doit l'entendre, en toutes choses conformes à ta loi de Dieu , ainsi que l'apôtre l'explique lui-même au chapitre suivant verset 1.
10. Non fraudantes, sed in omnibus 10 De ne leur faire point de tort , mais Odero bonam ostçndentes ; ut doctri- de donner en toute occasion des preu\cs nam Salvatoris nostrl Dei ornent in d'une fidélité parfaite; afin qu'en tout ils omnibus. fassent honneur à la doctrine de Dieu
notre Sauveur.
11. Apparuit enim gratia Dei Sal- 11. Car la grâce de Dieu notre Sauveur vatoris nostri, omnibus hominibus (1), s'est manifestée à tous les hommes,
Car la grâce de Dieu notre Sauteur s'est manifestée à tous les hommes. C'est comme si l'apôtre disait : En vous marquant en détail ceux que vous deviez instruire, je suis descendu jusqu'aux esclaves. Car la grâce de Dieu notre Sauveur s'est manifestée a tous les hommes. Jésus-Christ, qui est venu pour sauver tous les hommes, ne fait point de distinction entre l'homme libre et l'esclave. Il n'y en a aucun , de quelque condition qu'il puisse être, qui n'ait part au bienfait commun. Le salut ^ dit ici le Père Calmet, est pour Ions les hommes qui veulent ouvrir les yeux à la lurt.ière , et gui mutent étendre les mains pour recevoir les grâces qui leur sont offertes et préparées. Il y a dans le grec ordinaire, ^ X^P^i foïf Bsou -h auxThpioç » gratia Dei s ilutaris ^ ou salutifera. Mais le marquis de Vêlez a lu dans ses manuscrits, toû a<>irr,poi '^/^ûv, Salvatores nostri ,• ce qui s'accorde aussi avec le manuscrit de l'abbaye de Saint-Germain. Saint Jérôme, et dans sa traduction , et dans sou comraeittaire , est aussi conforme â notre Vulgate.
12. Erudiens nos ; ut abnegantes 12. Pour notre instruction ; afin que impietatem , et sœcutaria desideria ; renonçant à Timpiétè et aux convoitises du sobriè, et juste, et piè vivamus in siècle , nous \i\ions dans ce siècle selon hoc ssculo , les lois de la tempérance , de la justice et
de la piclé ,
13. Expectantes beatam spem , et 13. Attendant le bonheur qui est le but adventum gloriœ magni Dei , et Sal- de nos espérances , et le glorieux avènevatoris nostri Jesu Christi : ment de Jésus-Christ le grand Dieu et
notre Sauveur ;
^ Le glorieux avènement de Jésus- Christ , le grand Dieu et notre Sauteur. Il y a peu d'endroits dans l'Ecriture où la divinité de Jésus-Christ soit plus clairement établie Car Jésus-Christ y est appelé non-seulement Dieu, mais le grand Dieu , toD /iv/AXav &sov. Aussi tous les Pères grecs et latins triomphent ici des Ariens. Mais Erasme et Grotius "ont pas cru devoir les laisser tranquillement jouir de leur victoire, et n'ont rien épargné pour leur enlever un passage si décisif, en soutenant qu'il est ici question de deux personnes distinctes; et que ces paroles, magni Dei^ doivent s'entendre de Dieu le Père, et les suivantes de Jésus— Christ. Pour appuyer une interprétation si forcée, Erasme n'a recours qu'à l'obscurité du texte grec, dans laquelle même il juge que les Ariens doivent mieux trouver leur compte que les catholiques. Exultantes ^ dit-il impudemment en parlant des Pères grec» et latins , adversus Ârianos ceu victores , cum sermo plané sit anceps; imd magis facere pro illis videatur quàm pro nobis. Mais cette prétendue obscurité n'est que pour ceux qui veulent fermer les yeux à la lumière. Car 1° Dans toute l'Ecîriture il n'est jamais parlé de l'avènement de Dieu le Père, mais toujours de celui de Jèstis-Christ. Voyez lu seconde Epitre aux Thessaloniciens, l. v.8. la première é Timothée 6. 14. et la seconde 4. 1.8., etc. Erasme a bien senti cette difficulté; et c'est pour cela sans doute qu'il a corrompu le texte grec, en traduisant eTTi^âystocv par illustrationem. Et il ne sert de rien de répondre, comme il fait dans ses
(ï)I«fr. 3.4.
notes, qu'il n*y a pas adventum magni Dei^ nmîs CKÎventum gîoritB magni Det. Car, comme l'a très-bien remarqué Grotius, adventut gloriœ est un hébraïsme qui signifie la même chose quWvenfUf gloriosus ou illuttris. C'est donc le grand Dieu lui-même qui doit arriver, et c'est ce qu*on ne peut entendre de Dieu le Père. 2» Il y a Aam le telle grec tov fxvfàXoM Osou xac o-utkjooç ift/AÂ>& Iv]<ro& 'S.ptçoû , et non pas xaJ roû eruryi/9o$ avec un article. Or, selon le génie de la langue grecque, s'il s'agissait ici de deux personnes , l'article xou devrait être répété, et puisqu'il ne l'est pas, c'est une preuve évidente que les deux attributs , grand Dieu et SauveuVy conviennent au même sujet, c'esl-à-dire à Jésus-Christ. Erasme avoue que l'omission de l'article fait quelque chose pour le sentiment catholique; et que l'apôtre, s'il l'avait mis, aurait plus évidemment distingué ces personnes : sidixitset . xaè roO aurr/sog. Il devait dire au contraire qu'il était é\ ident que l'upôtre ne les distinguait pas , puisqu'il omettait cet article qui serait si nécessaire, selon Erasme même, pour les pouvoir bien dÎRtinguef. Grotius coupe ce nœud gordien , en disant que dans les livres saints, les articles se trouvent souvent, où ils ne devraient pas être; et qu'ils sont pareillement omis en d'autres endroits, où l'usage demanderait qu'on les plaçât. Mais cependant c'est une règle que Grotius luimême suit partout ailleurs, et qu'il n'abandonne ici, que parce qu'elle ne s'accommode pas avec ses préjugés. Enfin , tous les Pères grecs ft latins , tous les interprètes, tant anciens que modernes, tant catholiques que protestants, expliquent ce texte de la même manière que nous avons fait. Erasme en convient ; et à cette nuée de témoins, il ne peut opposer que le commentaire faussement attribué à saint Ambroiso. Il est vrai qu'il le qualifie de théologien du piemier ordre, et d'évéque d'une catholicité reconnue : vir summus et episcopus orlhodoxus. Mais cet éloge pompeux n'empêche pas Erasme lui-même de mépriser partout ailleurs cet auteur inconnu, et de se plaindre que ses commentaires sont remplis de bévues et d'erreurs.
14. Qui dédit semetipsum pro no- 14. Qui s'est livré lui-même pour nous,
bis , ui nos redimeret ab oinni iniqui- afin de nous affranchir de toute iniquilé,
late, et mundaret sibi populum et de se faire un peuple pur, agréable et
accepta bilem , sectatorem nonorum adonné aui bonnes oeuvres, operum.
Qui s* est livré lui-même pour nous. Qui s'est livré lui-même à la mort pour noas , et cela afin de nous affranchir de toute iniquité ; non pas par la prédication de l'Evangile , comme le dit ici Grotius , favorisant encore en cela les sociniens , mais par sa mort et par l'effiision de son sang , qui a été le prix de notre rédemption , et qu'il a versé afiq de satisfaire pour nous à la justice de son Père. Car c'est là proprement ce que signifie le mot grec iuTpe&ffvjrai. Voyez la première Epitre de saint Pierre, l. 18. — Etdeu faire un peuple pur, agréable , elc, x-at KxBapitrp iaurâ Aaàv nsptoùatov , et mundaret sihi populum acceptabilem. Saint Jérôme dit que quelque recherche qu'il ait pu faire, il n'a jamais pu trouver le terme itepioùatw dans les auteurs profanes ; et que l'apôtre l'avait pris de l'ancien Testament , où il se trouve Deut. 7. 6. Te elegit DominutDeut tuus , ut sis et populus pecuUaris , Aaàg neptovatoi. Le même terme se trouve encore traduit de la même manière, Deut. 14, 2. 26, 18. et dans l'Exode c. 19. 5. Eritit mihi in peculium de cunctis populis ; et dans le Psaume 134. 4 où nous lisons selon la Yulgate, Quonidm Jacob elegit sibi Dominus, Israël in possessionem sibi. Au lieu de possessionem , il y a dans le grec des LXX. 8<$ neptouvixGjJiov : ce qu'Aquila et Théodotion , au rapport de saint Jérôme , ont rendu par se$ neptoùatov , et Symniaque par i^xiperoVf egregium , prœcipuum , prœstantem. Il a donc été libie à Bèie de traduire ici populum peculiarem , comme a fait l'auteur de la Yulgate dans tous les endroits que nous venons de marquer. Mais il n'a pas eu droit pour cela de taxer le mêuie auteur, comme ayant ici très-mal traduit populum acceptabilem. Car toutes ces différentes expressions reviennent au même, et signifient que Jésus-Christ en rachetant le monde, a voulu se former de tous les chrétiens un peuple qui lui fût particulièrement dévoué, et qui lui fût cher comme un bien propre qu'il s'était acquis , et qu'il regardait coimae son propre héritage. — Et adonné aux bonnes œuvres. Ç>îAwt^ç xa>ô5v ipyav , seclor lorem , ou zclalorem bonorum operum. C'est-à-dire un peuple d'hommes fidèles, qui se portent avec ferveur à la pratique des bonnes œuvres , et qui tâchent par une sainte émulation de se surpasser les uns les autres dans l'exercice de toutes les vertus. €ar c'est lé proprement la signification du terme Çv]>(>jr^$ , qu'on trouve encore, Act.2li 2i». 22 , 3 I . Cor. 14. 12. Telle a été l'idée de Jésus-Christ en établissant son Eglise : mais il semble qu'où ait pris le coutre-pied dans la nouvelle réforme , où l'on a tant