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CHAPITRE III

A i{QeIle8 Tertus Tite doit eihorler ses disciples, et de quels vices il doit les détourner. Que la seule bonté de Dieu nous a délivrés de nos péchés précédents par le baptême de la r^énératioB , et que doh< sommes en espérance héritiers de la vie éternelle. Paul Tavertit qu'en enseignant ces choses , il évite les questions inutiles , et le commerce des hérétiques.

i. Admonb IIIos prîncipibus et po- 1. Ayertissez-les d'être soumis aux

testatihus subditos esse» dicto ooe- princes et aux puissances, d'obéir à leurs

dire, ad orane opus bonuni paratos ordres , d'être prêts à faire tout ce qui est

esse ; louable;

Avertisêez-hs d'être tournis aux princes et aux puissances. ^\ui Paul ne recommande et oe veut qu'on recommando rien tant aux Bdèles , que la soumission et l'ubéissance aux souverains , et aux magistrats revêtus do leur autorité. Il était nécei»saire de bien inculquer cette maxime, surtout au commencement du christianisme , où toutes les puissances étant contraires à Jésus-Christ et à l'Evangite. les iidèies pouvaient aisément se persuader qu'ils étaient dispensés de leur obéir 11 était encore plus capital de la bien imprimer dans l'esprit des Cretois naturellement portés à la révolte , et parmi lesquels , comuie remarque saint Jérôme , il y avait beaucoup de disciples de Théodas et de Judas le Guliléen , qui enseignaient qu'on ne devait point reconnaître d'autre souverain que Dieu ; et que c'était se contredire en quelque sorte, que de porter les déciuies au temple , et au même temps de payer le tribut à César. -~ D'être prêts à faire tout ce qui est louable. L'apôtre met parla de justes bornes à l'obéissance qu'il vient de prescrire , en déclarant qu'elle doit s'étendre â tout ce qui -est louable et conforme aux règles de l'équité , et non pas aux choses i|ui peuvejit blesser lu conscience, et qui sont contraires a la loi de Dieu. Si honum est quod prce^ cipit Jmperalor et prœses, dit ici saint Jérôme , juhentis obsequere voluntati : sin verà mo/um et contra Deum sapit , responde et illud de Actibus apostolorum 5. 29 : Obedire oportet Deo magis qudm hominibus. Le même Père remarque encore que cela d(ùt pareillement s'entendre de l'obéissance que les serviteurs doivent d leurs maîtres , les femmes é leurs maris, et les enfants â leurs pères et mères.

2. Ncminem blasphemare , non litigiosos esse, sed modestos, omnem osiendentes mansuetudinem ad omncs homines.

3. Eramus enim aliquandô et nos insipientes , increduli, errantes , servientes desideriis et voluptatibus yariis, in malitià et invidiâ'agentes, odibiles, odientes invicem.

2. De ne parler mal de personne , de n'être point querelleurs , mais modérés ; donnant à tout le monde des marques d'une parfaite douceur.

3. Car nous étions aussi nous-mêmes autrefois dépourvus de sens , incrédules , égarés , esclaves de toutes sortes de passions et de plaisirs , occupés de crimes et de jalousies , dignes de haine , nous haïssant les uns les autres.

Car nou$ et ons aussi nous-mêmes autrefois dépourvus de sens , incrédules , etc. L'apôtre dans le verset précédent ordonoe à son disciple d'exhorter les fidèles à ne parler mai de personne , et à marquer de la modération et de la douceur é l'égard de tout te monde : ce qui doit surtout s'entendre des magistrats à qui ils étaient soumis, et des infidèles parmi lesquels ils étaient obligés de vivre. Maintenant pour les porter plus efficacement à remplir ces devoirs, il veut qu'on leur remette devant les yeux ce qu'ils avaient autrefois été, en leur disant : L'infidélité dans laquelle sont ensevelis les païens, les désordres dans lesquels ils croupissent, ne doivent pas vous empêcher de leur reudre les devoirs que je viens de vous prescrire. Car vous devez penser que vous avez été autrefois vous-mêmes dans tous ces dérèglements; que c'est par la pure miséricorde de Dieu que vous n'y êtes plus engagés, et par conséquent qu'il est dû à ceux qui n'ont point rrçu la même faveur, beaucoup plus de compassion et de ménagements, que de mépris et de reproches. Saint Jérôme demande comment Tapôtre a pu dire eo première personne, nous étions , lui qui avait appris aux pieds de Gamaliel la science des divines Ecritures, et qui avait vécu sans reproche dans la pratique de la loi : et il répond qu'avant Jésus-Christ, les Juifs possédaient la véritable religion ; mais que depuis qu'ils eurent attaché à la croix le Slessie, ils la perdirent; et que saint Paul ayant persécuté l'Ëglise comme les autres^ a pu se renfermer dans la classe des insensés et des incrédules.

4. CCim autem benignitas et huma- 4. Mais lorsqu'à paru la bonté de Dieu nitasapparuitSalvatorisnostriDei(]), notre Sauveur, et son amour pour les

hommes ,

Mais lorsqu'à paru la bonté de Dieu notre Sauveur , et son amour pour Us hommes» 11 y a dans le latin de la Vulgate, ciim au:em benignitas et humanitas apparuit: ce qui a donné lieu é quelques interprètes d'entendre ceci de l'Incarnation, par laquelle le ^erbe divin s'est fait homme , et a paru revêtu de notre humanité. Mais il y a dans le grec fiy^avOpvnia , qui signifie l'amour qu'on porte aux hommes et non pas àv9pu7cÔTi7$, qui signifie la nature humaine. D'ailleurs, il parait évident que la qualité de Dieu Sauveur dont il est ici parlé, ne peut se rapporter qu'à Dieu le Père , puisque l'apôtre ajoute dans les deux versets suivants , qu'ils nous a sauvés en nous régénérant par le bçptême, et en répandant sur nous son Saint-Esprit. Ce quia fait dire à saint Jérôme, que les trois personnes de la sainte Trinité sont ici clairement distinguées. C'est donc la bonté de Dieu xpnçÔTij^ , et son amour infini pour les hommes, ^i^avdpwnla , qui ont été la première cause de notre délivrance , et qui l'ont l>orté A nous donner son Fils pour nous délivrer, et c'est pour cela qu'il est appelé Dteu notre Sauveur.

5. Non ex operibus justiti» , qus 5. II nous a sauvés , non en considérafecimus nos. sed secundùm suam mi- tion des œuvres de justice que nous ayons sericordiam salvos nos fecit, per lava- faites , mais en vertu de sa miséricorde, crum regenerationis , et renovationis par le baptême delà régénération et du Spiritûs sancti (2) y renouvellement de l'Esprit saint,

Il nous a sauvés. Il ne s'agit pas ici du salut complet que nous espérons dans la gloire, mais du salut commencé par le baptême, c'est-à-dire de la j ustification par laquelle nous devenons seulement en espérance hériliers de la vie étemelle, v. 7. Dieu nous a donc sauvés de la sorte , c'est-à-dire qu'il nous a justifiés ; non en eontidéreiiw des œuvres de la justice que nous eussions faites , mats en vertu de sa miséricorde. Psr

(l)Sup. 2. 11. — (2)2.Tim. 1.9.

CH.vpiTRE m. 849

où Tapôlre exclut de la justification , non-seulement les œuvres de la loi de Moïse , mais toutes les œuvres morales qui précèdent la justification même , et qui ne peuvent jamais la mériter. C'est sur ce fondement que le concile de Trente , Sess. 6. c. 7. décide que nos péchés nous sont remis gratuitement par la miséricorde divine à cause de Jésus-Christ; et c. 8. que nous sommes dits justifiés gratuitement, parce qu'aucune des choses qui précèdent la justification soit la foi , soit les œuvres, quelles qu'elle* soient, ne peut mériter cette grâce. 11 ne s'ensuit pourtant pas de lé, qu'avant la justification il ne puisse y avoir <le bonnes œuvres , qui faites avec le secours de ia grâce de Jésus-Christ, non-seulement ne sont pas des péchés, mais encore nous disposent à la justification, sans toutefois la mériter. Il s'ensuit encore beaucoup moins qu'après que nous sommes justifiés, nous ne puissions pas faire des œuvres méritoires, et que la vie éternelle nous soit donnée alors gratuitement, et sans que nous puissions la mériter, comme Dèze le prétend. Estius conclut delà que Dieu nous prédestine à la gloire, sans avoir aucun égard à nos bonnes œuvres. C'est inférer d'un point de foi avoué de tout le monde, une chose contestée parmi les catholiques, et dont il n'est certainement pas ici question. Assez de gens donnent ainsi pour des dogmes de religion ce qui n'est que leur opinion propre : cela n'est pas de bonne foi. — Par le baptême de la régénération et du renouvellement de l'Esprit saint. Puisque Dieu nous sauve par le baptême , il s'ensuit de là que ce sacrement n'est pas seulement un symbole extérieur, et un témoignage de la grâce, comme les prétendus réformés le soutiennent^ mais la cause véritable de notre justification. Il s'ensuit encore contre les mêmes hérétiques, que notre justification ne consiste pas dans la seule rémission , ou non imputation des péchés , mais encore dans les dons que le Saint—Esprit répand en nos âmes. Et parce que ces dons du Saint-Esprit nous régénèrent et nous renouvellent intérieurement; c'est-à-dire nous donnent une nouvelle naissance, nous changent et nous font devenir une nouvelle créature ; il est plus clair que le jour que la justice de Jésus-Christ nous est non-seulement imputée, mais actuellement communiquée par l'opération du Saint-Esprit : en sorte que non-seulement nous sommes réputés, mais encore faits justes par la grâce.

6. Quera effudit in nos abundè , per 6. Qu'il a répandu sur nous avec abon- Jesum Christum Sal valorem nostrum; dance , par Jésus-Christ notre Sauveur;

Par Jésus-Christ notre Sauveur. Les sacrements sont la cause instrumentale de notre justification . mais Jésus-Christ en est la cause méritoire; parce que c'est lui qui en mourant pour nous , nous a mérité les grâces et les dons du Saint-Esprit , qui ea sont la cause formelle.

7. Ut justificati graiià ipsius, hse- 7. Afin qu'étant justifiés par sa grâce, redes simus secundùnn spem vits nous soyons en espérance héritiers de la aiiernœ. vie éternelle.

Afin quêtant justifiés par sa grâce, nous soyons en espérance héritiers de la vie éternelle. Puisque tous les fidèles qui sont justifiés , deviennent par là même héritiers présomptifs de la vie éternelle , ou ne peut pas douter que Dieu qui les justifie par su gïâce , n'ait une volonté sincère de leur donner ce céleste héritage , et ne leur fournisse en même temps tous les secours nécessaires pour pouvoir y arriver. C'est pour cela que le saint concile de Trente, Sess. 6. 33. enseigne que tous ceux qui sont justifiés, doivent avoir une très-ferme confiance au secours de Dieu. Car Dieu , dit le Concile , achèvera la bonne œuvre qu'il a commencée dans eux , eu opérant le vouloir ^l le faire , s'ils ne manquent pas eux-mêmes de correspondre à la grâce. Tametti in l^eo auxilio firmissimam spem collocare et reponere omnes dehent, Deus enim nisi ipsi illius gralÛB defuerint , sicut cœpit opus honum , ita perficiet , operans velle et perfieere. C est-à-dire qu'étant une fois justifiés, nous pouvons pleinement nous assurer de notre salut du côté de Dieu ; mais que Dieu n'ayant pas résolu de nous sauver sans notre coopération a sa grâce, nous avons tout à craindre de nous-mêmes. Les prétendus réformés M^i ne s'accommodent point de cesgrâues que Dieu présente aux hommes justifiés pour persévérer dans la justice, et qui deviennent si souvent inutiles par le défaut de leur coopération, sont obligés de soutenir qu'aucun réprouvé n'est jamais justifié devant Dieu, et que ce bienfait ne regarde que les seuls élus. C'est tomber d'un abime dans un autre. Mais ils errent au moins plus conséquemmeut que ceux qui reconnaissent qu'il y a des réprouvés justifiés par la grâce de Dieu , et par là même constitués Ixiiit.eis de la vie éternelle ; et qui soutieunent avec cela que Dieu de lui-même les

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