CHAPITRE I
f|u'il rff(rardera Salomon comme son fils, et qu'il lui tiendra lieu de père; et en cela il était encore la figure de Jésus-Christ Fils de Dieu par nature, et engendré de sa propre substance. Ainsi ces paroles, qui sont dites de Salomon , contiennent encore à Jésus-Christ d'une manière plus noble et plus parfaite. Mais, dit Cajetan , si cela rst ainsi , ces paroles ne peuvent convenir à Jéstis-^Christ que dans le sens mystique; et le sens mystique ne prouve rien. Il est vrai que le sens mystique purement arbitraire ne prouve rien ; mais s^il est constant que le Saint-Esprit ait eu en vue ce sens mystique , il ne prouve pas moins que le sens littéral. Or pouvons-nous être mieux instruits de l'intention du Saint-Esprit, que par le témoignage de l'apôtre, qui étant inspiré lui-même, pouvait donner une interprétation authentique des Ecritures qu'il citait; surtout parlant é des gens convertis à la foi de Jésus-Christ, qui étaient témoins des miracles qu'il faisait pour autoriser ce ({u'il disait? Ajoutez à cela que les Juifs mêmes regardaient Salomon comme une figure du !t!e«sie, et le rabbin Isaac Benarama lui applique ces mêmes paroles que nous expliquons. Ë:ifin, il est étonnant qu'une si faible raison ait porté Cajetan à rejeter cette Epitre. Car en raisonnant de la même manière, il aurait dû reiclcr la première Epitre aux Corinthiens , où saint Paul, ch. 9. V. 9. prouve qu'on doit fournir aux prédicateurs leur subsistance, parce qu'il est écrit au Deutéronome, ch. 25. v. 4 : No-n alltgabis es bovi triluranti : ce qui s'entend à la lettre des bœufs qui foulent le blé dans Taire. Il aurait dû encore rejeter l'Evangile de saint Jean , parce qu'on y applique à Jésus-Christ, ch. 19, v. 36 , ces paroles de l'Exode, ch. 12 v. 4H : 0« non comminuetit ex eo, qui à la lettre s'entendent de l'Agneau pascal. Enfin , il aurait dû rejeter l'Evangile de saint Matthieu , parce qu'on y applique é Jésus-Christ ch. 2. v. 16. cas paroles d'Osée , ch. 11. v. 2 : Ex Egypto «ocmit Filium iraeum. qui à la lettre s'entendent du peuple d'Israël , qui est appelé l'ainé de Dieu , et qui était la figure de son Fils selon la nature. L*apôtre n'a donc rien fait dans cette Epitre, qu'il n'ait fait dans les autres qui ne lui sont pas contestées ; rien qai n'ait été pratiqué par les autres écrivains inspirés du nouveau Testament; rien par conséquent qu'il n'ait été en droit de faire.
6. Et cùin iterùm introducît primo- 6. Et lorsqu'une seconde fois il fait engenitum in orbem terrs . dicit : Et trer dans le monde son Fils premier-né , il adorent eum omnes angeli Dei (1). dit : que tous les anges de Dieu l'adorent.
Et lortquune seconde fois il fait entrer dans le monde son Fils premier^né. Il y a daus le latin conformément au grec , El cûm iterûm introducît : ce qui exprime assez naturellement le sens qu'on a suivi dans la traduction. Mais Erasme et plu.sieurs nouveaux interprètes croient qu*il y a ici une transposition , et qu'il faudrait Vire rursûm , ou Uerûm autem cûm inducU, etc., en sorte que ilerdm ne se rapporte pas à introducit , mais marque seulement le nouveau passage que l'apôtre va citer, comme au verset précédent. Mais cette transposition parait trop forcée, et n'est nullement nécessaire. Dieu a donc fait paraître son Fils pour la première fois dans le monde , lorsqu'il s'cfct fait homme , et qu'il est né de la Vierge , et il le fera entrer une seconde fois dans le monde , lorsqu'il viendra juger les vivants et les morts, ile sera alors qu'il paraîtra à la face de toute la terre environné de tous ses anges , qui lui rendront leurs hommages comme à leur souverain. — // dit que tous les anges de Dieu V adorent. Presque tous les interprètes croient que ce passage est tiré du Psaume 96, où nous lisons conformément au grec des LXX : Adorate eum omnes angeli ejus. Si cela est , il faut dire que saint Paul n'a cité que le sens, et non pas les propres paroles ; ce qui est trèsordinaire aux écrivains sacrés du nouveau Testament, comme saint Jérôme le montre fort au long dans son livre , De optimo génère inierpretandi. Au lieu de ces paroles , angeli ejus , il y a seulement dans l'hébreu le mot Elohim , qui signifie Dieu , et qui ce prend aussi quelquefois pour les anges , comme nous le dirons sur le chapitre 2. Au reste, ce Psaume tout entier regarde le Messie , comme les Juifs eux-mêmes en conviennent ; et ainsi la preuve que Tapôtre en tire pour établir sa divinité est décisive. On peut dire encore avccSalmeron, que ces paroles que cite saint Paul, sont tirées du cantique de Moïse , Deut. 32 , 43, selon la version des LXX , où elles se trouvent de la même manière qu'elles sont rapportées dans l'Epître aux Hébreux, koù itpodXMVYjffirtaoav «VTw ravTfiç d'jyysXot 6eoO , et adorent eum omnes angeli Dei. Quoique ce verset ne se trouve plus dans l'hébreu , il n'est pas probable que les LXX l'aient ajouté
(l) Ps. 96. 7.
S64 EPITRE DE S. PAtL AUX HEBREtX.
d'eiix-roémes. D'ailleurs , il est cité par saint Justin contre le Juif Tryphon ; et Théodoret, Procope de Gbze , et Euthymius dans leurs commentaires sur le Deutéronoa»; , croient que cet endroit est celui qui est ici cité par saint Paul.
7. Et ad angelos quidem dicit : qui 7. Et pour ce qui est des anges, il dit : facit angelos suos spiritus, et miuîs- Celui qui des esprits en fait ses anges, et tros suos flammam ignis (1). des flammes ardenles en fait ses ministres.
Et pour ce qui est des anges , il dit, xccl irpéç fiht to&« kyyi\oyji }.éyei , et ad Angelos quidem dicit. Les propositions ad et izphç ne marquent pas que Dieu adresse la parole aux anges , en disant ce qui suit, ce qui serait faux ; mais elles se prennent pour TCipï de y comme on l'a exprimé dans la traduction : et c'est dans ce sens que les mêmes propofiitions se prennent £uc. 20, 19. rom 10, 21. Et dans les auteurs profanes , comme Platon et Aristote. •<— Celui qui des esprits en fait ses anges , et des flammes ardentes en fait ses ministres. Calvin, Bèze et quelques autres , j^^r les esprits en-' tendent les vents , et par les flammes ardentes les foudres et les éclairs * comme si Datid disail : Dieu se fait obéir par les vents , le tonnerre , la foudre et les éclairs; et il se sert de leur ministère pour avertir les hommes, ou les punit. Mais on ne peut expliquer les paroles de David dans ce sens , sans accuser Tapotre d^avoir cité mal à propos ce passage. Car il est évident qu'il compare ici Jésus-Christ avec les anges , et que tout son but est de l'élever au-dessus d'eux. L'autorité de Tapôtre nous oblige donc A l'entendre des anges ; et cela sans forcer le texte du prophète, qui après avoir dit dans le psaume 103 , que Dieu est placé sur les nuées comme sur un char , et qu'il marche sur les ailes des vents , ajoute incontinent après , qu'il a à son service des créatures bien sublimes encore , c'est-à-dire les anges, qui obéissent avec une promptitude infinie aux moindres signes de sa volonté. Mais en entendant ce passage des anges, on peut encore lui donner deux sens différents. \^ Dieu fait que les créatures spirituelles soient ses anges, c'est-à-dire ses messagers pour annoncer sa volonté aux hommes; et que ces mêmes créatures spirituelles , qui brûlent continuellement du feu de la plus ardente charité , soient ses ministres. C'est ainsi que cet endroit est expliqué par saint Augustin dans son commentaire sur ce psaume , et par saint Grégoire , hom. 34. sur l'Evangile. 2° Dieu fait ses anges des esprits , c'est-à-dire semblables aux vents par leur vitesse ; et il donne à ces mêmes anges , qui sont ses ministres , la force et l'activité du feu. C'est l'explication de Théodoiet , qui parait la plus naturelle. Car dans le grec l'article est appliqué aux anges et aux ministres : ce qui marque que ces deux mots sont le sujet , et non pas l'attribut. Saint Paul , en citant ce passage, qui explique la nature et les qualités des anges, prétend les rabaisser au-dessous de Jésus-Christ. Car, quelque excellents que soient ces esprits , ce sont des créatures qui ont été faites, facit ; ce sont les messagers de Dieu , et ses ministres, au lieu que Jésus-Christ est le créateur et le maître souverain de toutes choses , comme saint Paul va le dire dans la suite.
8. Ad Filium autem : thronus tuus, 8. Mais pour ce qui est de son Fils, il Deus, in ssculum ssculi :\irga aequi- lui dit : votre trône, ô Dieu, subsistera tatis, virga regni tui (2). dans les siècles des siècles : le sceptre de
votre régne est le sceptre de 1 équité.
Votre trône , ô Dieu , subsistera dans les siècles des siècles . Ces paroles sont tirées du psaume 44. verset 7. Le Dieu dont il est ici parlé , est Jésus-Christ lui-même. Car tout ce psaume regarde le Messie : comme tous les Pères l'enseignent , et comme les anciens Juifs en conviennent dans le Targum; et parmi les nouveaux, les rabbins David Kimhy, Abenesra , Salomon. Cependant quelques nouveaux rabbins s'élevant contre cette foule de témoins , ont prétendu que ce psaume ne contenait que l'épithalame des noces de Salomon avec la fille du roi d'Egypte. Mais il renferme des choses qui évidemment ne peuvent convenir à Salomon, et entr'autres les paroles que nous examinons ici, et qui marquent si clairement la divinité du Messie . et réternilé de son règne. D'ailleurs, comment le Saint-Esprit célébrerait-il un mariage qui fut peut-être le premier principe de tous les malheurs de Salomon, qui élait absoluiïfent contraire à la lui de Dieu, au sentiment de la plupart des interprètes, Exod. 34, 16. et qui paraît visiblement réprouvé par l'esprit de Dieu même? '6,Reg. II. l. et 2. On ne peut donc s'empêcher de reconnaître que David plein de l'esprit prophétique, parle ici
CHAPimB I. S6S
de)«niaDce »piriiaelle de Jésus-Christ avec l'Eglise, et qu'il célèbre les louanges de l'époux et de l'épouse par excellence. Erasme et Grotius, pour détruire la preuve qu'on (ire de cet endroit en faveur de la divinité de Jésus-Cbrist, soutiennent que Dieu est ici nominatif) et qu'on doit l'expliquer ainsi : Dieu est voire trône perpétuel. Mais si cela était, saint Paul ne dirait rien ici de Jésus-Christ, qui ne pût également convenir «ux anges. En second lieu , on dit bien que les anges ou les hommes justes sont le siège de la sagesse et de Dieu même : mais on ne trouvera nulle part dans l'Ecriture que Dieu soit le trône, ou des hommes, ou des anges. Enfin, cette explication est contraire a tous les anciens interprètes , et aux Juifs mêmes. Aquila , tout ennemi de Jésus-Christ qu'il était, a levé toute étjuivoque , eu traduisant 6si au vocatif, comme Eusèbe et saint Jérôme l'ont remarqué. Et il n'importe pas que dans le grec des LXX et dans oelui du nou\eau Testumeut, il y ait b 6eôs au nominatif. Car il y a cent exemples dans les psaumes . où le nominatif est pris pour le vocatif; parce que les Hébr«ux n'ayant pas de vocatif, se servent du nominatif pour l'exprimer : ce qui est aussi en usage cbex les Attiques. On ne peut donc douter que ce passage ne soit cité à propos par saint Paul , et qu'il ne prouve efficacement, et la divinité de Jésus-Christ , et la perpétuité de son fègiie. On dira peut-être que le mot ^^oAtm, qui est ici, se donne quelquefois aux Magistrats et aux juges : mais nous avons déjà remarqué que quand il est appliqué à une seule personne en particulier, et sans aucune addition, il signifie toujours le Dieu KUTeraio. Gen. 1,1. — Le sceptre de votre règne est le sceptre de l'équité. Le sceptre est la marque de la puissance royale, et ne peut convenir qu'au souverain. Le sceptre de l'équité signifie un gouvernement souverain et équitable. Le sens du texte est donc : Tous gouvernez avec autant d'équité que d'indépendance; et vous faites paraître cette équité de votre gouvernement, eu aimant la justice et récompensant la vertu, en baïssaot l'iniquité et punissant les coupables, comme l'apôtre l'explique au vei-set suivant.
9. Dllcxisii justitiam , et odisli îni- 9. Vous avez aimé la justice , et haï l'iniqnitatem : proptereà ur.xil te Deus, quiié. C'est pour cela, 6 Dieu, c^ue votre I)cusluus, oleo exullalionis prœ par- Bieu vousa aonné l'onction de la joie, prélicipibus tuis. férablement h ceux qui y ont part avec vous»
Cest pour cela , é Dieu , que votre Dieu tous a donné fonction de la joie, préférable^ "Mft< d ceux qui y ont part avec vous, iià toî/to t proptereà^ peut signifier l'effet de cette *orte : Parce que vous avec aimé la justice et haï l'iniquité; Dieu pour vous récompenser, vous a donné l'onction de la joie : ce qui se doit entendre de la gloire dont l'humanité de Jésus-Christ a été revêtue après sa Résurrection , gloire qui surpasse infiniment celle des anges et des hommes. Mais proplered peut aussi signifier la cause, et former ce sens : tous avez aimé la justice, parce que Dieu vousa donné l'onction de la joie : et alors l'onctiou de la joie doit se prendre pour l'union hypostatique , en vertu de laquelle il a reçu la grâce sans mesure ; au lieu que la portion que nous en recevons oe nous vient que de sa plénitude. Joan, 3. 34. Saint Augustin a suivi cette dernière explication; et il remarque que ces mots, Deus Deus iuus , doivent ainsi s'entendre : *^,Deus, unxil te Deus tuus; et que cela est tout évident dans le texte grec, sic in S^^'ico eyideniissimum est. Apparemment qu'il y avait dans les exemplaires de saint Augustin â 8sà$ , o Bib^, Saint Chrysostôme l'explique de la même manière, et dit : °^int Paul en citant ce passage , confond les Juifs en leur faisant voir deux pertionnes uistiiictes, celle de Dieu le Père, et celle de l'Homme-Dieu. C'est la le sens de ces paroles, ouo itpévfana igtxwi axI Ssbv , xaJ âLvBpotnov : au lieu que dans la traduction iran- Çaise des homélies de ce Père, qui n'a pas manqué d'être censurée, on lui faitdii*e que •aint Paul confond les Juifs , en leur faisant voir deux personnes en Jésus^Christ ^ Dieu ^*homtne. C'est une hérésie formelle, qui n'a ici aucun fondement, et que ce même P^e combat dans une infinité d'autres endroits, que le traducteur a eu la malice et la JéiQérité de supprimer, comme on l'a fait voir dans le neslorianitme renaissant dès »aii 1693.
10. Et : tu ÎD principio , Domine , 10. De plus: c'est vous , Seigneur , qui , terrain fundàsti ; et opéra manuum au commencement du monde, avez affermi ^^tum sunt cœli (1). la terre sur ses fondements ; et les cieux
sont l'ouvrage de vos mains.
(M Ps. 101.26.
S66 EPITRE DE S. VXVL AUX HEBREtX.
De plut : C*est vous. Seigneur , qui, au commencement du monde, avez affermi la terre tur set fondements, et les deux sont l'ouvrage de vos mains. Saint Paul, dit ici Crrotius, applique au Messie ce qui avait été dit de Dieu; parce qu'il était constant parmi les Uébreux , que le monde avait été fait pour le Messie. C'est ainsi que ce critique élude tous les passages précédents. Mais quoi quMl en soit de cette opinion des Juifs, elle n'a pas pu autoriser l'afiôtre â appliquer é Jésus-Christ un passade qui ne lui convient pas. L'£criture dit dans plusieurs endroits , que le Fils de Dieu s'est incarné à cause de nous, comme l'Eglise le professe dans le Symbole: serait-il pour cela permis de dire que l'Incarnation est l'ouvrage de nos mains? C'est cependant là l'unique raison qui porte le critique à croire que quand saint Paul dit ici de Jésus- Christ, que la terre et les cieux sont l'ouvrage de ses mains, cela signifie seulemeiit que c'est à cause de lui que tout cela s'est fait. Undê, |0e/ii£/te<)<ra$ , fundâstif reciè inlelligi putem : causa fuisti cur fundarelur. et, opus manuum tuarum, id est, propier te faclum. Il suffit de proposer de pareilles explications pour les réfuter. Sans nous mettre donc en peine de les détruire davantage, disons que ce psaume 101 regarde littéralement Jésus-Christ. L'autorité seule de l'apôtre suffirait pour le prouver. Car il est évident que c'est à Jésus-Christ que saint Paul applique ce passage , aussi bien que les précédents, et qu'il ne prouverait rien , s'il devait s'entendre de tout autre que de Jésus-Christ même. D'ailleurs, il ne faut que jeter les yeux sur tout le psaume pour s'en convaincre. Dans les douze premiers versets , le prophète décrit la misère de I homme pécheur; et dans tout le reste , il lui fait envisager celui qui le doit délivrer de sa captivité : ce qui ne peut s'entendre de la captivité de Babylone, et du rétablissement des Juifs dans Jérusalem. Car il y est parlé de la fondation de l'Eglise, et de la vocation des gentils, verset 10, el timehunt gentes nomen tuum. Domine, et omnes reges terrœ gloriam tuam. Il y est parlé d'une autre génération , et de la création d'un nouveau peuple, verset l9 : scribantur hœc in générations altéra, et populus qui créahiiur , laudahit Dominum. Or tout cela ne peut s'entendre que de l'état de l'Eglise sous le Messie, comme les Juifs eux-mêmes en conviennent. C'est donc le Messie, que le prophète fait ici envisager aux hommes comme leur libérateur, et afin de leur en donner une plus haute idée, il leur apprend que c'est lui qui a créé le ciel et la terre, et par conséquent que c'est le Dieu souverain dont il est parlé au commencement de la Genèse : In principio Deus creavit cœlum et terram,
11. Ipsi peribunt , tu autem pertna- 11. Ils périront; mais vous , tous subnebis ; et omnes ut vestimentum vête- sisterez ; et ils vieilliront tous comme uu rascent. vêtement.
Ils périront, mais vou9 , vous subsisterez. Plusieurs Pères et plusieurs théologiens ont cru qu'au jour du jugement la terre et les cieux seraient entièrement anéantis : mais le sentiment opposé est plus probable, et plus généralement suivi. Les cieux donc périront , non pas quant à leur essence, en sorte qu'ils soient anéantis ; mais ils péri> ront quant à leur forme accidentelle, par l'altération qu'ils recevront : après quoi ils recevront une nouvelle forme , et seront renouvelés d'une manière plus parfaite. C'est de ces cieux nouveaux dont parle saint Pierre au chap. 2 de sa seconde épitre. An reste, saint Paul, en opposant Jésus-Christ aux cieux qui ont eu commencement, et qui auront leur fin, prouve son éternité, comme il démontre son immutabilité dan le verset suivant.
12. Et velutamictum mutabis eos, 12. Vous les changerez comme un baet mutabuntur : tu autem idem ipse bit se change , et ils changeront : pour es , et anni tui non déficient. vous , vous êtes toujours le même, et vos
années n'auront point de fin.
Vous les changerez, comme un habit se change, et ils changeront. 11 y a dans le grec d'aujourd'hui kli^ei^ , convohes , complicabis. Vous les plierez comme un habit dont on ne veut plus se servir , et qu'on quitte pour en prendre un nouveau. Hais il y a bien de l'apparence que le grec est ici corrompu , et qu'au Heu d's).i^s<$ « il faut lire àXXA^eiç , mutabis, conformément à l'hébreu et à la paraphrase caldalque, aux manuscrits de Clermont, de saint Germain, et du Marquis de Vêlez. C'est ainsi qu'a lu l'auteur de la Vulgate ; et le mot suivant fait voir que c'est ainsi qu'on doit lire, àXXâ^etç àuTCÙo- xal àXyayvitjovrcct , mutabis eos , et mutabuntur : au lieu qu'en lisant iXi^ei^ xa2 àXXoyTfiaovrat , le sens devient embarrassé , et le discours perd toute sa grâce. Toutes les créatures donc sont sujettes au changement , et seroot eo effet chao-
cnAPiTbfe I. tel
gées : mais le Ftls de Dieu demeure toujours le même , ce qui prouve son immutabilitc ; et ges années n'auront point de fin , ce qui montre sout éternité.
13. Ad quem autem angelorum di- 13. Mais à qui des anges a-t>i] jamais lit aliquandô : sede à dextris meis, dit: asseyez-vous à ma droite , jusqu'à quoadusque ponam inimicos tuos sca> ce que de vos ennemis je vous fasse un belium pedum tuorum (J } ? marchepied ?
Mais à qui des anges a~t-il jamais dit : Jsseyez-^ous à ma droite ? Ces paroles sont tirées du psaume 109. Les Juifs d'aujourd'hui nient qu'elles se doivent entendre du Messie : mais en cela ils moutrent qu'ils sont encore plus mauvais que leurs pères ^ qvii furent forces d'en convenir, lorsque Jésus-Christ leur cita ce passage, Matt. 22, 44. En effet , il faut être au comble de l'aveuglement , pour entendre de David , ou de quelqu'autre simplement homme , ces paroles , verset 1. Sede à dexlris meis. De niéme verset 4 , ew utero anie luciferum genui te. Et verset 5 ^ tu es sacerdos in œternum seeundûm ordinem Melchisedech. — asseyez-vous à ma droite. David envisage ici Jésus* Christ montant au Ciel après sa résurrection. Ce fut alors que Dieu le Pèie lui dit de s'asseoir à sa droite : ce qui marque son empire et sa souveraineté sur toutes les créa-' tures, et la stabilité de son règne, comme déjà nous l'avons dit. — Jusqu'à ce que de tas ennemis f je vous fasse un marchepied. C'était la coutume des rois d'Orient de fouler aux pieds ceux qu'ils avaient vaincus. C'est donc Dieu le Père qui mettra tous les ennemis de son Fils à ses pieds ; parce que cette victoire est ici regardée comme la récompense de son obéissance et de ses travaux. Car du reste, tout ce que fait le Père, le Fils le fait pareillement ^ et Jésus-Christ est représenté comme combattant lui-même •es propres ennemis, apoc. \9, 1 1. et remportant sur eux une victoire complète, Jsa. , 63, 2. Jusqu'à ce que ne marque pas que le règne de Jésus-Christ doive cesser, lorsque ses ennemis seront sous ses pieds ; mais qu'il demeurera fermement assis sur son trône , malgré les efforts de ses ennemis , jusqu'au jour du jugement dernier, que toutes les créatures lui seront pleinement soumises.
14. Nonne omnes sunt adminis- 14. Ne sont-ils pas tous des esprits faits tratorii spiritus, in ministerium misî pour servir, envoyés comme ministres en propter eos qui bsreditatem capient faveur de ceux qui doivent posséder l'hésalutis ? ritage du salut ?
Ne sont4l8 pas tous des esprits faits pour servir. Cet endroit prouve invinciblement que tous les anges, sans exception, sont envoyés auprès des hommes pour procurer leur salut. Cependant saint Thomas fondé sur Tautorité de saint Denis et de saint Gri>goire, soutient que les quatre ordres supérieurs des anges ne sont jamais envoyés, et que ce ministère ne convient qu'aux ordres inférieurs. Mais \° saint Denis et saitit Grégoire ne parlent pas affirmativement, et ne proposent leur sentiment tout au plus que comme probable. 2" Les raisons dont ils l'appuient, ne sont rien moins que convaincantes. 3" 11 est manifeste que saint Paul, dans tout ce chapitre, veut élever Jésus-Christ au-dessus de tous les anges, et qu'il ne se borne pas à prouver qu'il est au-dessus des ordres inférieurs. 4" Il est certain par d'autres endroits de l'Ëcriture , que les chérubins et les séraphins sont députés comme les autres , Gen» 3 , 24. Jsa» 6. 6. Tob, 12, 15. Luc. 1, 19. Voyez Te n a et Ribcra sur cet endroit. — En faveur de ceux qui doivent posséder l'héritage du salut. Et qui le posséderont en effet, s'ils n'y mettent point obstacle. Il ne s'ensuit donc pas de là que les prédestinés soient les seuls à qui Dieu donne des anges gardiens, comme ils ne sont pas les seuls que Dieu veuille wu^er.
(l)Ps. 109, l.-l.Cnr. 1Ô.25.
368 CPITRE DE S. PAUL KBX HEBREtX.