CHAPITRE IL
Si l'iufracliou des préceptes donnés par les anges fut suivie d'nn jnste châtiment , on pQoin bien davaiilage ceux qui auront violé les préceptes de Jésus-Clirisl. il s'est abaissé audessous des anges , en prenant la nature humaine , et en sonffrant le supplice de la croix : et par là même il est devenu Fauteur du salut de ceux qui croient en lui.
1 . Propterea abundanliùs oportet 1. C'est pourquoi il faut avoir d'autant obsenare nos ea qu» audivimus, ne plus d'attention aux choses que nous avons forte perelïluamus. entendues, de peur que nous ne les laissions échapper.
C'est pourquoi il faut avoir d'autant plu» d'atlention aux choses que nous avons «iiendues. C'est comme si l'apôtre disait : Puisque Dieu ne s'est pas contenté de noui parler par le ministère des anges, ou de Moïse, comme il avait fait à nos pères, mais qu'il nous a envoyé pour cela son propre Fils , il est bien juste que nous ayoos d'autant plus d'attention aux choses que nous avons entendues, que celui quia daigné nous parier , est plus élevé en dignité. — De peur que nous ne les laissions échapper. /jLifntore r.apappuufisVf ne forte pereffluamus. C'est une métaphore prise d'un vase percé, qui laisse perdre ia liqueur qu'il renferme. Aux Proverbes, c. 3. v. 21, il y a dans les LXX xiiïfiyi napappvYiç : ce que l'interprète latin a traduit conformément à l'hébreu, fili mi, ne effluant kœe ah oculis luis. C'est dans ce même sens que Parmenon dit chex le poète comique : Plenus rimarum sum, hàe atque illàc perfluo. L'apôtre veut donc par là faire entendre aux Hébreux, que s'ils ne sont pas attentifs à retenir et à conserver la grâce de l'Evangile qui leur a été annoncé, ils sont en grand danger de la perdre, et de se perdre en la perdant.
2. Si enim qui per angelos diclus 2. Car si ce qui s'est publié par le miest sermo, faclus est firmus, et om- nistère des anges, a eu tant de force, cl nis prœvaricBlio et inobedientia acce- s'il n'y a point eu de transgression ni de pit justam mrrccdis retribulionem ; désobéissance qui n'ait reçu lechàtimeat
qu'elle méritait; Car si ce qui s'est puhlié par le ministère des anges, a eu tant de force. C'est-à-dinj si la loi de Mo'isc, qui a été publiée par le ministère des anges, Act. 7. 38 et 53. Deuler. 33. 2 , a reçu tant de force, et a été si autorisée par les prodiges qui se firent sur le mont Sinai ; si Dieu s'en est déclaré le vengeur, en punissant si sévèrement lei transgressions et la désobéissance de l'ancien peuple ; à qc^l supplice ne devons-nooi
pas nous attendre , si nous ne faisons aucun cas de la loi 6ï:^talre qui nous a donnée par son propre Fils ?
3. Quowiodô nos effugiemus , si 3. Comment l'éviterons^ïMlg. si nous
tantam neglexerimus salutem? qus négligeons une loi si salutairxi^&qu^'l^
cùm initium accepisset enarrari per ayant d'abord été enseignée paN^^^T
Bominum ab eis , qui audierunt , in gneur, nous a été couGrmée par ccc^'''
nos confirmata est ; l'ont entendue;
Laquelle ayant d'ahord été enseignée par le Seigneur , nom a été confirmée par ce» qui Vont entendu. C'est principalement sur ce passage que se fondent Cajetan et le centuriateurs de Magdebourg , pour rejeter cette épitre du nombre des livres caao-|^ niques, aussi bien que Calvin et Bèze, qui. sans toucher à son authenticité, ne^ veulent pas reconnaître que saint Paul en soit l'auteur. Car , disent-ils, l'auteur de ^ cette épUre se met au nombre de ceux qui ont appris des apôtres la doctrine de l'Evangile. Or saint Paul en écrivant aux Gaiates , dit en ternies précis que ce n'est pas par les hommes , mais par Jésus-Christ lui-même qu'il a été instruit. Il n'est donc pas l'auteur de cette épitre. Ceux qui font cette objection , et la plupart de ceux qui ont tâché d'y répondre y semblent n'avoir pas assez pris garde aux paroles de l'apôtre. Car
ÊtfAlPltltE II. S69
il ne dit pas que ce soit des apôtres qu'il a appris la durtrine évangélique , ou même que ce soient eux qui l'ont coniîrniée dans cette doctrine : ce qu'il aurait pu cependant avouer Sans contredire ce qu'il avait écrit aux Gulates. Il dit seulement que la loi salutaire de r£vangile a été d'abord annoncée par Jésus-Christ ; qu'elle a été ensuite prêchée parles apôtres qui l'avaient entendu, et confirmée par un nombre surprenant de miracles et de prodiges opérés jusqu'à son temps , pour en attester la vérité. C'est là ce que signifie |«s Tn/tâ§ » in nos ; c'est-à-dire, usffue ad no» , jusqu'ici , jusqu'au tempi où nooti vivons. Or ii n'y a rien là que l'apôtre n'ait pu dire de lui-même.
4. Contestante Deo signis et por- 4. Dieu même appuyant leur témoiteotis, et variis virtutibus, et Spiri- gnagc par des choses extraordinaires et lûssancli distributionibus secundîim prodigieuses, par divers miracles, et par suam ifolunlatem (1). des dons du Saint-Esprit distribués selon
sa volonté»
Et par des dons du Saint'-Esprit distribués selon sa volonté. Par les dons du Saint- Esprit, il faut entendre le don des langues , celui de prophétie , celui de la guérison des malades , et les autres dont saint Paul fait lui-même le dénombrement ailleurs, I. Cor. 12. 4. et seq, et qui étaient si communs au commencement de la primitive Eglise. Dieu n'accordait pas tous ces dons à chacun des fidèles : mais il en distribuait à l'un plus, à l'autre moins , selon qu^il le jugeait à propos pour le bien de l'Eglise , et pour la propagation de la Foi. C'est ce que signifient ces paroles , xai irviv/xaroi àyUv [lîpivfioiç xKToc T^v àvTOu déXfifjtv ) et spiritûs sancli distributionibus secundûm suam tolmlalem.
5. Non enira angelis subjecit Deus 8. Car Dieu n'a point soumis aux ange» orbemlerraefuturura dequoloquimur. 1c monde à venir dont nous parlons*
Car Dieu n'a point soumis aux anges le monde d venir dont nous parlons. L'apôtre prouve ce qu'il venait de dire, que nous devons nous attacher à la loi salutaire de Jésus-Christ préférablement à la loi ancienne publiée par le ministère des anges ; et il le prouve, parce que ce n'est pas aux anges , mais à Jésus-Christ que Dieu a soumis le monde à venir. Mais que doit-on entendre par le monde à venir ? Plusieurs interprètes croient que cela doit .s'expliquer du règne dé Jésus-Christ après sa résurrection , ou après son second avènement : ce qui parait éloigné du sentiment de saint Paul. Car pour prouver que Dieu a soumis à Jésus-Christ le monde à venir , il cite ces paroles du psaume 8 , omnia subjecisti sub pedibus ejus , après lesquelles suivent immédiatement celles-ci , oves et boves universas , insuper etpecora campi. Or ces animaux ne se trouveront point dans le règne de Jésus-Christ après son second avènement. Il est donc plui naturel d'entendre l'Eglise chrétienne, qui est une espèce de monde nouveau, dans lequel Jésus-Christ a porté de nouvelles lois , établi de nouveaux sacrements , et fondé une nouvelle république. C'est là le monde dont le prophète Isaïe avait prédit que le Messie devait être le maître, et c'est pour cela qu'il le nomme le père du siècle à venir , pa(er futuri sœculi. c. 9. 6. 11 parait même évident que c'est là le sens unique du passage. Car le monde dont il est ici question , est celui dont saint Paul parlait actuellement , de quo loquimur. Or il venait immédiatement de parler de la loi de grâce établie par Jésus-Christ , préchée par les apôtres, et confirmée par une infinité de miracles. La loi évangélique est donc le monde futur dont il est ici uniquement question. Saint Paul l'appelle le monde avenir , par rapport à la synagogue qui avait précédé , comme il dit qu'Adam était la figure de celui qui devait venir , qui est forma fuluri, Rom. 5. 14, Quoique Jésus-Christ eût déjà paru depuis longtemps , lorsqu'il écrivait son épUre aux Romains. Mais il appelle Jésus-Christ l'Adam futur par rapport au premier homme; comme il nommait l'Eglise chrétienne îe mo»rfe à venir , par rapport à la synagogue qui avait précédé , et qui en avait été la figure.
t'' 6. Testât us est autem in quodam 6. Or, quelqu'un a dit en quelque en-
jiii^Joco quis, dicens : Quid est homo droit : Qu'est-ce que l'homme , que yous
.Efifluôd memor es ejus, aut fil i us ho- vous souvenez de lui? ou qu'est-ce que le
•jii Iminis quoniàm visitas eum (2) ? filsde l'homme, que vous daignez le visiter?
! fl' m
' I Or quelqu'un a dit en quelque endroit. Saint Paul ne nomme point l'auteur des J, j textes qu'il va rapporter, ni l'endroit d'où ils sont tirés; parce qu'il parlait aux
(i)Marc. 16. 20. — (2) Ps. 8. 5.
S^O EPITRE DE S. PAIL AIX HîBBËtX.
Hébreux , qui po.cséduient parraitemeiit rErritnre , et surtout Ifs psannies — Quett-i^ que l'homme , que vous vous souvenez de lui , etc. Ces paroles et le«! suivantes sont tirées du psaume liuîtième. Quelques interprèles croient qu'elles doivent s'ctilendre de l'hnmme datis l'état d'innocence. Mais i<* quoiqu'Vdam fût homme, il n'était pas cependant fils de riiomme , fiîius hominis ^ ayant été forme immédiatement par les mains de Dieu. 2<> Il y a ici des choses qui ne peuvent convenir à Adam. Car le prophète cité par saint Paul , v. 8 , dit que Dieu lui a tout mis sous ses pieds : ce qui doit se prendre généralement , et sans aucune exception , comme saint Paul le déclare «u même endroit , et encore plus clairement, l. Cor 15. 27, où de tout ce qui lui est soumis, il n'excepte que Dieu même qui lui a tout assujetti : Cum autemdical: Omnia sabjecla sunt ei ; sine dubiv prœter eum qui suhjecit et omnia. Or ce domaine i:niversel et absolu sur tout ce qui n'est pas Dieu , n'a jamais convenu au premier homme dans l'étut d'innocence, rt beaucotip moins à sa malheureuse postérité. 3" Ces paroles du mémo psaume, v. 3 : Ex ore infanlium et lactenlium perfecisti hudem propier initnicos tuas , ut destruas inimicum et uUorem , ne peuvent pas non pins convenir à l'état d'innocence. Il faut donc dire que tout ce psaume rcj^arde directement et littéralement Jésus-Christ, que le prophète envisage des yeux de la foi. et dnnlil décrit la grandeur et le triomphe. C'est le sentiment de saint Jérôme, de saint \ugustin, et des Pères grecs, confirmé par Jésus-Christ même, Matth. 21. 16. «ù il s'applique les dernières paroles que nous venons de rapporter. Il faut donc dire que David s'adresse ici au Père éternel, dont il célèbre les luuacges , pour la gloire à laquelle il u élevé la nature humaine dans la personne de son Fils. L'homme el le Fils de Vhomme ne se prennent donc point ici pour Jésus-Christ déjà Dieu et homme, mais pour l'homme en général, considéré avant son union avec le Verbe. C'est comme si le prophète disait : Qu'est-ce que l'houime si faible, si fragile, si corrompu, s\nVt é tant de misères, que vous vous souvenez de lui^ et que vous daignez !e visUer ? C'est-à-dire que vous avez la bonté non-seulement de le relever de sa chute, mais encore de l'élever au plus haut point de gloire , en l'unissant hypostatiquement à votre Fils unique dans Jésus-Christ. C'est ainsi que Texpliquent saint Jérôme , saint Chrysosfôuie , saint Augustin et Théodoret.
7. Minuisti eum paulô minus ab 7. Vous l'avez rabaissé en quelque chose angelis , gloriâ el honore coronâsti au-dessous des anges, vous l'avez codeum , et constituîsti eum super opéra ronné de gloire et d'honneur , vous l'avez manuum tuarum. établi sur tous les ouvrages de vos mains.
Vous l'avez rabaissé en quelque chose au-dessous des anges. Ceci et ce qui va suivre «e rapportent maintenant à l'homme uni au Verbe dans Jésus-Christ. Vous Tavei rabaissé, en ce que vous lui avez donné un corps passible et mortel. Car du re&te, quant à l'âme, il a été égal, et même supérieur aux anges, puisqu'il a vu intuitivement Dieu d'une manière bien plus parfaite dès le premier instant de sa conceptioa. Il y a dans le grec ^p^-x^ri , qui outre la signification qu'on lui a donnée dans la traduction . peut encore se prendre pour paulisper, pendant un peu de temps ; comme si le prophète disait : il est vrai que vous l'avez rabaissé au-dessous des anges; mais ce n*a été que pour un peu de temps, durant le cours de .sa vie mortelle , et surtout pendant sa passion , où il a eu besoin d'être soutenu par le ministère d'un ange Ces faiblesses étaient nécessaires pour consommer l'affaire de notre salut : mais vous l'enaves bientôt dépouillé, en le couronnant de gloire et d'honneur. Au lieu de minuistiewn paulà minus ab angelis on peut traduire selon l'hébreu, minuisti eum paulù minus à Deo; parce que le mot Eldim se prend tantôt pour Dieu , et tantôt pour les anges, et même pour ceux qui sont constitués en dignité, (^'est ainsi qu'a traduit saint Jerôuie, et avant lui Théodotion et la cinquième édition. Ilibera soutient qu'on peut donner un bon sens à cette traduction , et le Fèvres d'Etaples fait un crime à Erasme de ne l'avoir pas suivie. Mais il n'a pas vu qu'en faisant le procès à ce critique, il le faisait aux LXX , à l'apôtre lui-même, et a toute l'antiquité.
8. Omnia subjecisli sub pedibus S. Vous lui avez tout mis sous les pieds, ejus. In eo enim quùd omnia ei sub- Et dès là qu'il lui a assujetti tout , il ne jecil , nihil dimisit non subjectum ei. reste rien qui ne lui soit assujetti. Kéan- Nunc autem necdum videmus cmnia moins, nous ne voyons pas maintenant que subjecla ei (J) : tout lui soit encore assujetti :
(l)aiatt. 28, 18. -l. Cor. 15.26
CnVPiTRE H. S71
Vous lui avez tout mit sotn les pieds. Qui dit tout, n'excepte rien : ii Tant donc dire qu't/ ne reste rien qui ne lui soit assujetti. C'est le raisonnement que fait saint Paul, pour éclaircir le passage du prophète. Ces paroles marquent donc le souverain domaine que Jésii(!-Christ a sur toutes les créatures, et par conséquent sur les anges mêmes : ce qui ne peut venir que de ce qu'il est Dieu. — Néanmoins nous ne voyons pas maintenant que tout lui soit encore assujetti. S'il est vrai de dire que Dieu le Père ait tout mis sous les pieds de son Fils, comment l'upôtre peut-il ajuuter que nous ne voyons pas maintenant que tout lui soit encore assujetti ? Ces deux choses peuvent aisément se concilier. Car le Père a mis tout sous les pieds de son Fils , par le pouvoir qu'il lui a donné sur toutes choses, comme Jésns-Christ le témoigne lui-même, Matt, H. 27. 28. 18. Joan. 13. 3. Mais tout ne lui est pas encore soumis quant à l'exercice de ce pouvoir, qu'il suspend quelque temps à l'égard des impies, et qu'il n'exerceia pleinement qu'à soii second avènement.
9. Eum autem , qui modicô quàtn 9. Mais nous voyons que ce Jésus , qui angcli mlDoratus est, videraus Jesum, a été rabaissé en quelque chose au-dessous propter passîonem raortis . gloriâ et des anges, est couronné de î^'loirc et d'honhoLore coronatum : ui gratia Dei, pro neur , pour avoir souffert la mort , Dieu omnibus gustarct mortcm (1). par sa bonté ayant voulu qu'il mourût
pour tous les hommes.
Mais tunts voyons que ce Jésus , qui a été rabaissé en quelque chose au-dessous det anges, est couronné de gloire et d'honneur. C'est comme si l'apôtre disait : Il est vrai qne nous ne voyons pas que tout lui soit encore assujetti : et ainsi vous ne devez pas être surpris que les ennemis de son nom s'élèvent contre vous, et vous persécutent. Mais ce qui doit vous soutenir et vous consoler, c'est que nous voyons que ce Jésus , qui & éprou\é leur fureur comme vous, jusqu'à être rabaissé en quelque chose au-dessous des anges, par la mort ignominieuse qu'ils lui ont fait souffrir; ce Jésus, dis-je, est couronné de gloire et d'honneur, et couronnera lui-même votre patience, en tirant de vos persécuteurs la vengeance qu'ils méritent. Nous voyons , c'est-à-dire nous sawnt certainement, par les prodiges qu'il a faits même depuis sa mort, et par le pouvoir qu'il communique à ses apôlres, et aux autres fidèles d'en opérer encore de plus grands. — Dieu par sa bonté ayant voulu qu'il mourût pour tous les hommes. C'a été im effet de la bonté de Dieu et de son amour purement gratuit pour nous., que son Fils soit mort pour tous les hommes : non pas seulement pour les fidèles, dit ici saint (ihrysostôme, mais pour le monde tout entier. Car, quant à lui , il est mort pour tous les hommes; et si tous n'ont pas cru en lui , il a toujours fait ce qui dépendait de lui pour les sauver : non pro fidelihus solûm , sed pro universo orbe terrœ. Nam ipse quidem mortuus est pro omnibus, Quid tum autem si omnes non crediderunt ? Ipse quod suum erat implevit. Le ntéme Père remarque que l'apôtre n'a pas dit anodivip , moreretur , mais yixioripxi. ^«virou, mortem gustaret, pour marquer qu'il ne fait que goûter la mort, s'étant presque aussitôt ressuscité. C'est dans ce même sens que le terme de goûter .«e prend , H'-b. 6. 4. On peut dire encore que saint Paul s'est servi de ce terme , pour signifier que Jésus-Christ a tellement éprouvé la mort, qu'il en a goûté toute ramertume. Mais sans recourir à toutes ces explications, goûter la mort, ou voir la mort , dans le style des U(>breux , signifie simplement mourir, Matt. 16. 28. Marc. 8 39. Luc, 9. 27. Joan 8. 51. Au lieu de x^/^<Te 6soD, grâtia Uei, on lisait autrefois dans quelques exemplaires, X'^^p'^i Qsov, sine Deo ou excepta Deo, OEcuménius accuse les nestoriens d'avoir corrompu cet endroit pour favoriser leur erreur : maison trouve cette niêuie leçon dans pinsieurs Pères, ou qui ont précédé le nestorianisme , ou qui ont été fort élttignés de le favoriser. Les Pères qui ont suivi cette leçon, ont seulement prétendu, ou que le Fils de Dieu était mort, sans que sa divinité en eût reçu aucune atteinte; ou qu'il était mort pour tous à l'exception de Dieu, prétendant que Jesus-(^hrlst, en accoptant la mort, avait en vue le renouvellement de toutes les créatures qui avaient tservi au pMié, Rom, 8. 19 et 20. Quoi qu'il en soit, la leçon que nous avons suivie est trop autorisée , pour qu'il soit permis de l'abandonner.
10. Decebat enim eum, propter 10. Aussi éiait-il convenable à celui (luetn omnia , et per quem omnia , qui pour lequel et par lequel sont toutes niultos filios io gloriam ad duierat, choses, qui avait dessein de conduire à
(l,Phil. 2. 8.
S72 EPITRE DE S. PAUL A.iX HEBREUX.
auctorem salàtis eorum per passio- la 'gloire ses enfants en si grand nombre, nem consumraare. d'élever l'auleur de leur salut au comble
de l'honneur par les souffrances.
Aussi était-il convenable â cduipour lequel et par lequel sont toutes choses. G'est-é-dtre é Dieu le Père, qui est la fin de toutes choses, comme il en est ie Créateur; parce que dans tout, il lie peut agir que pour lui-même, et pour sa propre gloire. Saint Chrysustôme remarque que il ou , per quetn , est appliqué au Père ; et qu'ainsi les Ariens avaient tort de se prévaloir de cette expression contre la divinité du Fils. Saint Paul ayant ditaa verset précédent, que Jésus-Christ était mort pour le salut de tous les hommes, il fait iroir maintenant que rien n'était plus convenable é Injustice, à la miséricorde et à la sagesse de Dieu le Père , dans le dessein qu'il avait de sauver les hommes par les souffrances , que d'élever par la même voie sou Fils, l'auteur de leur salut , au plus haut comble de l'honneur et de la gloire. Car c'est là le sens du verbe rsAseâaae, consummare, ou perfectum facere , comme traduit Erasme ; et c'est dans ce même sens que ce mot se prend , Heb. 5 , 9 , 7, 28 , 10 , 1 . 1 1 , 40. 12 , 23. — Qui avait dessein de conduire à k gloire ses enfants en si grand nombre. Il y a dans le grec tzoIXoxjç utcùa'eta Sô^di ayx'/ôvTo: , qui multos filios ad gloriam adduœerat : ce qu'Estius entend de ta gloire duiit Dieu avait comblé les anciens patriarches sur la terre. Mais toute la suite du discoure de l'apôtre fait voir qu'il s'agit de la gloire dont Jésus-Christ a été revêtu lui-même. Il est vrai que personne n'avait reçu cette gloire avant Jésus-Christ. Ainsi adduœerat lignifie que Dieu les y avait conduits dans ses desseins éternels, ou qu'il avait formé le dessein de les y conduire, comme on l'a exprimé dans la traduction.
11. Qui enim sauctificat , et qui 11. Car celui qui sanctifie et ceux qui sanctificantur, ex une omnes. Propier sont sanctifiés , ont tous un même pnuquand causam non confunditur fratres cipe. C'est pour cette raison qu'il n'a point eos vocare, dicens : honte de leur donner ie nom de frères,
lorsqu'il dit :
Car celui qui sanctifie, et ceux qui sont sanctifiés. C'est Jésus-Christ qui sanctifie, ce sont les hommes qui sont sanctifiés. C'est Jésus-Christ qui nous sanctifie; doo pas par sa doctrine et par son exemple , comme le dit ici Grotius : car de cette manière» Aloïse et les prophètes auraient aussi sanctifié les hommes ; et les socinieus reconnaîtraient sans peine que Jésus-Christ est notre sanctificateur â ce prix. Mais il dous sanctifie par le mérite de son sacrifice , par le sang qu'il a répandu pour satisfaire â la justice de son Père , et qui eu effet nous a réconciliés avec lui. Il nous sanctifie encore par l'efficace de son esprit et de sa grâce qui nous est communiquée par le canal des sacrements , et qui nous est méritée par l'effusion de ce même sang. — Ont tous un même principe i^ évbç nxvnç, ex uno omnes. Saint Chrysostôme croit qu'il faut ici sous-entendre Dieu , et que cela signifie, que Jésus-Christ qui sanctifie, aussi bien que les hommes qui sont sanctifiés, ont Dieu pour commun principe, illais l'apôtre uo diraitrien de particulier, ou à Jésus-Christ, ou aux hommes; puisqu'il aurait pu dire ia même chose des anges. D'ailleurs, il est évident par toute la suite que saint Paul prétend prouver que Jésus-Christ a la même nature que nous. 11 veut donc dire ici que Jésus-Christ qui sanctifie, et les hommes qui sont sanctifiés, ont la même nature humaine, viennent du même idam , quoique d'une manière bien différente : et c'est peut-être pour montrer la même chose, que saint Luc a poussé la généalogie de Jésus-Christ jusqu'à Adam. Ainsi saint Paul prend ici 'l| évog, ex uno, dans le même senK qu'il l'avait pris. Act. 17. 26. fecilque ex uno, l|'<yô$, omne, genus hominum. El parce que Jésus-Christ a la même nature que les hommes qu'il sanctifie, et qu'il tire son origine temporelle du même Adam , il n'a point honte de les appeler ses frères, coiume ajoute saint Paul.
12. Nuntiabo nomen tuum fratribus 12. Je ferai connaître votre nom à mes meis : in medio Eccleslae laudabo te (1). frères : je publierai vos louanges au milieu de l'Eglise.
Je ferai connaître voire nom à mes frères. Ces paroles sont tirées du psaume 21. ▼• 23. qu'on prendrait plutôt pour une histoire, que pour une prophétie de toute la passion de Jésus-Christ. Ainsi on ne peut pas douter que ce psaume ne lui convienne, et qu'il ne soit par conséquent cité fort à propos par saint Paul.