CHAPITRE Ht. S
Vett pourquoi f comme dit le Saint-Esprit , $i vous entendez aujourd'hui tatoix. Pour donner plus d« clarté é cet endroit de suint Paul, ces paroles, c'eit pourquoi ^ doivent être rapportées au verset l2; et tout le passage que cite l'apôtre, doit être renfermé dans une parenthèse, comme s'il disait : C'est pourquoi prenez garde , mes frères, d'abandonner le Uieu vivant, de peur de vous attirer le châtiment que vos pères ont souffert pour une pareille infidélité , comme dit le Saint-Esprit. Saint Paul contiruie d exhorter les Hébreux à demeurer fermes dans la foi , et il se sert pour cela avantageusement du psaume 94, qui ne contient autre chose qu'une exhortation colennelle que fait le prophète aux Israélites, pour les inviter à recevoir le Messie lorsqu'il viendra : exhortation accompagnée de menaces contre les incrédules qui refuseront de le reconnaître et de lui obéir. C'est ce qui parait dès ces premières paroles du psaume , Venite ^ exultemuê Domino ^ jubilemue Deo salutarinottro. Car l'Ecriture a coutume de désigner le Messie sous ce nom, salutare, Gen, 49* 18. Sal}Uaretuum expectabo. lia. 52, 10. Videbunt omnes finetlerrœ salutare Deinostri : paroles que l'Ëvangéliste applique é Jésus-Christ, Lue. 3. 6. et2, 30. Quia vider unt oeuîi mei salutare tuum : videhil omnis earo salutare Dei. Ces autres paroles, populus ejus, etocespascuœ ejus, marquent encore le Messie, que les prophètes nous représentent sous la figure d^un pasteur. Isa, 40, 11. Ezech. 34 , 26. Et c'est cette qualité que Jésus-Christ prend lui-même, Joan. 10, 11. Ego sum pastor bonus. D'ailleurs, ces paroles, Ifodiè si vocem ejus audierilis, ne sont pas de David, mais de Dieu même, que le prophète fait parler, comme il paraît par ces autres qui suivent, ientaverunt me patres vestri. Ainsi , ejus ne se rapporte pas à Dieu , mais à Jésuspbrist, comme si Dieu disait : Si vous entendez aujourd'hui la voix de mon Fils , n'endurcissez pas vos cœurs.
8. Noiite obdurare corda vestra , 8. N'endurcissez pas vos cœurs, comme sicut in exacerbatione secundùm diem lorsqu'on provoqua ma colère au jour leutationis in deserlo , qu'on me tenta dans le désert ,
Comme lorsqu'on protoqua ma colère au jour qu'on me tenta dans le désert. Ceci a rapport à ce qui se passa au camp de Raphidira , Exod. 17 , 2 et seq. où le peuple se souleva contre Moïse en lui demandant de l'eau : ce qui obligea le saint législateur à Qommer ce lieu tentation; parce que le peuple avait teuté le Seigneur, eu doutaut de son pouvoir et de sa protection.
9. Ubi tentaverunt me patres ves- 9. Oh vos pères m'ont tenté , m'ont In, probaverunt, et viderunt opéra misa l'épreuve, et ont vu les merveilles ^^t que j'ai faites,
10. Quadraginta annis : Propter 10. Durant l'espace de quarante années, quod iofensus fui generationi huic. C'est pour cela que j'ai été irrité contre etdixi : semper errant corde. Ipsi au* cette nation, et que j'ai dit : Leur cœur lem non eognoverunt vias meas : est toujours dans l'égarement , et ils n'ont
point connu mes voies :
Durant l'espace de quarante années. On ne sait si ces paroles dans le texte hébreu du psanme 94 , doivent se rapporter à ce qui précède , ou à ce qui suit. Dans les versions grecque et latine, elles se rapportent à ce qui suit. Mais saint Paul parait les rapporter i ce qui précède , é cause de ces autres paroles , propter quod , qu il ajoute au tf xte , Blqui rendent la liaison avec ce qui suit bien difficile. Cependant dans le même chapitre, verset 16 , il les fait rapporter lui-même à ce qui suit, en disant , quibus autem ^r^fensus fuit quadrcufinta annis. Il faut donc reconnaître ici une transposition , ou dire que saint Paul veut faire rapporter ces paroles , et â ce qui précède , et à ce qui *uit tout A la fois ; parce qu'il est vrai que les Israélites offensèrent Dieu pendant I espace de quarante années , et que pendant quarante années , Dieu leur fit sentir |es effets de sa colère. — Leur eœur est toujours dans l'égarement. Il ne s'agit pas tant ICI d'une erreur de spéculation , que d'une erreur de pratique qui corrompt le coeur , ^t qui nous éloigne de l'obéissance qui est due à Dieu. C'est ce que le prophète explique davantage en ajoutant : Et ils n'ont point connu mes voies, c'est-â-dire ils n'ont point ▼oulu obéir A mes préceptes.
11. Sicut juravi in ira meà : si in- 11. Aussi ai-je fait serment dans ma IroibuDt in requiem meam. colère» qu'ils n'entreront jamais dans le
lieu de repos que j'ai préparé.
378 EPITRE l>£ S. PAVL AVX HEBREtX.
Ht n'entreranljamaiê dan* le lieu de repos que fat préparé. C'est ainsi qu'on a traduit ces paroles do texte, giiniroibunt in requiem mtam. Car dans le style de l'Ëcriture, qaand il s'agit de faire un serment, on d'ai^surer quelque chose, la particule #t se prend pour une négation. Pêal. 88, 36. Semeljuravi in sanclo meo , si David menliar, c'est-à-dire nonmentiar. Psal. 131, 2. 3. Sieutjuravit Domino..», si inlroieroin tabet' n<u:ulum. Grotius , après quelques autres interprèles , prétend que la particule «tretieut ici sa propre signification , et qu'on doit sous-enleiidre quelque cliuse, par eiemple, que je ne sois pas Dieu , ou que je sois menteur. Mais l'Ecriture fi'expli({ue elle-même. Car ce qu'elle exprime en uu endroit par si, elle l'eiplique dans un autre parnoi», coname Mare. 8. 12. Si dahilur generaiioni isU signum : ce qui est exprimé en ces termes, JUaU, 12, 39. 16. , 4. Luc. Il , 29. Et signum non dabitur et» Concluons donc que ces paroles, si introibunt^ doivent se rendre parcelles-ci, ils nenlreroni jamais. "— Le lieu de repos dont il s'agit ici , est la terre de Canaan , que Dieu avait préparée à soa peuple, qui devait s'y reposer après tant de fatigue» essuyées dans le désert.
12. Videte» fratres , ne forte sit in 12. Prenez garde, mes frères, qu'il ne nliquo vestrùm cor malum increduti- se trouve en quelqu'un de vous un coeur tatis, discedendi à Dec vivo : corrompu par l'iiiGdélilé, jusqu'à abandonner le Dieu vivant :
Prenez garde, mes frères, etc. Il faut rapprocher ceci des paroles du verset?. Cest pourquoi. Car l'apôtre fait maintenant l'application du passage qu'il vient de rapporter, comme s'il disait : Puisque vos pères ont été si sévèrement punis, pour s'être défiés des promesses de Dieu , et avoir voulu retourner en Egypte : prenez garde que les persécutions où vous vous êtes exposés, ne jettent une pareille défiance dans vos cœurs, et ne vous portent à retourner au judaïsme par une honteuse apostasie, en renonçant à Jésus -Christ , le Dieu vivant, dont tous avez embrassé la religion. Car si cela arrivait, vous n'auriez aucune part à l'héritage céleste, dont la terre promise, où vos pèrei incrédules n'entrèrent pas, n'était que la figure.
13. Sed exhorlamini vosmetipsos 13. Mais animez- vous vous -mômes per singulos dies , donec bodiè cogno- chaque jour , tant qu'il y a encore ce qui minatur; ut non obduretur quis ex s'appelle aujourd'hui; de peur que par la vobis fallaciâ peccali. séduction du péché , quelqu'un ne vienne
à s'endurcir.
Mais animez^vous vous-mêmes chaque jour tant qu'il y a encore ce qui s'appelle aujourd'hui. Etudiez-^vous à chercher des raisons pour vous confirmer de plus«n plus dans la foi, et pour vous animer à souffrir constamment toutes les aiBiotions dont Dieu vous éprouve. En un mot, animez» vous mutuellement à la persévérance, tantquilf a encore ce qu'on appelle aujourd'hui ; c'est-à-dire pendant que vous êtes encore sur la terre. Car le temps de la vie présente est le temps que Dieu vous donne pour faire péoitence. C'est le temps favorable; c'est ce jour de grâce et de salut, où Jésus-Christ nous tend la main , donec dies est , Joan, 9. 4. et qui sera suivi de cette nuit fatale, où personne ne peut travailler : Venil nox quandù nemo putesl operari.
14. Participes enim Christi effecti 14. Car nous sommes devenus particisumus : si tamen initium subsiantiae pants des bieus de Jésus-Christ, à condiejus usque ad finem fîrmum retinea- tion toutefois que nous conservions san:» mus^ altération jusqu'à la fin le principe de
rétrc que nous tenons de lui ,
Car nous sommes devenus participants des biens de Jésus-Christ, ^oui somnii'i devenus membres de Jésus-Christ par le baptême : nous lui avons été incorporés; ete.i cette qualité, nous avons part à sa grâce, et un droit incontestable é la gloire dont il est déjà revêtu. Mais cela ne nous est assuré qu'autant que nous lui demeureroni constamment attachés, comme l'apôtre va le déclarer. — A condition toute fois que non» conservions sans altération jusqu'à la fin le principe de l'être que nous tenons de lui ^ Il 'est pas de l'être naturel que parle ici saint Paul , mais de l'être surnaturel , de l'eus nouveau , par lequel nous sommes une nouvelle créature en Jésus-Christ. Or le princips de cet être nouveau, c'est la foi et la grftce «anctifiante par laquelle nous somniei justifiés, et nous devenons enfants adoptifs de Dieu. C'est donc comme si l'apôtre disait: Vous êtes devenus participants de Jésus-Christ par la foi et la grâce sanctifiante quo vous avez reçue dans le baptême : mais cela ne vous servira de rien , si vous ne persévérez jusqu'à la fin dans cette foi , et si vous ne conservée cette grâce, qui est le princi{M de la nouvelle vie que Dieu vous a donnée.
c»ApiTB£ ir. 879
15. Dum dicitur : Flodiè si vocem 15. Pendant qu'on nous dit encore : Si cjus audieriiis, noiite obdurare corda \ous entendez aujourd'hui sa voix , n'envestra, quemadmodum in illâ exacer- durcissez pas vos cœurs, comme lorsqu'on batione. provoqua ainsi sa colère.
Pendant qu'on nous dit encore : Si voui entendez aujourd'hui sa voix. Ceci se doit joindre aveu ce qui précède. C'est-à-dire pendant que nous summes encore dans cetts ▼le, et que Dieu nous fait encore entendre la voix de sa miséricorde. Saint Paul a voulu de plus nous fuire entendre que c'est aux chrétiens aussi bien qu'aux anciens Israélites, que ces paroles s'adressent; et il répète le verset tout entier, afin d'avoir uccasion défaire dessus les réflexions qu'il ajoute dans les quatre versets suivants. Il y a dans le grec &v tu Xéysçoct , à la lettre*tn dici^ ou in eo quod dicitur^ comme traduit Erasme. Saint Chrysustônie , Théophylacte, et les autres grecs l'ont entendu de même. Hais comuie cela ne peut s'accorder avec ce qui précède , ils sont obliges de le faire rapporter avec le coaimencemenl du chapitre quatrième , et de renfermer les quatre vei-sets suivants dans une parenthèse. Notre interprète a beaucoup mieux rencontré, en traduisant (/litn dictlur. Car in avec l'inlinitif, signifie la même chose que (/tlm. L'£criture est pleine de ces exemples, surtout dans les Psaumes , comme dans le 125 verset 1. In convertendo Dominus captivitalem Sion, c'est-à-dire dum convertit. Voyei Ribera , Estius, Justiuiani.
16. Quidam enim audientes exacer- 16. Car quelques-uns de ceux qui l'enbaverunt ; sed non univers! qui pro- tendirent , provoquèrent sa colère ; non fectt sunc ex i£gypto per Moysen. pas cependant tous ceux qui sortirent de
r Egypte sous Moïse.
Cffr quelques-uns de ceux qui l'entendirent^ provoquèrent sa colère; non pas cependant tous ceux y etc. Tous les Israélites ne provoquèrent pas la colère du Seigneur. Car Josué, Caleb, les enfants au-dessous de vin(;t ans, les femmes, les lévites n'eureiit point de part à cette révolte du peuple, et ne furent pas non plus enfermés dans te châtiment, qui ne tomba que sur les incrédules, comme saint Paul ajoute dans les versets suivants. Il veut par là faire entendre aux Ilébreux, que quoique plusieurs d« leurs compatriotes n'aient pas voulu recevoir la fui de Jésus-Christ, ou l'aient abandonné par la crainte de la persécution ; eux, s'ils sont constants dans la foi, n^auro'.it aucune part au châtiment de ceux qui n'auront pas persévéré.
17. Quibus autem infensus est qua- 17. Or, contre qui est-ce qu'il fut irrité draginta annis ? Nonne illis , qui pec- durant l'espace de quarante années? N'estcaverunt , quorum cadavera prostrata ce pas contre ceux qui péchèrent, dont ie« sunt in deserto? cadavres demeurèrent sur la place dans lit
désert ?
18. Quibus aulcm juravit non in- 18. Et à qui est-ce qu'il jura qu'il» troire in requiem ipsius, nisi illis» n'entreraient point dans le lieu de repos qui increduli fuerunt? qu'il a\ait préparé, sinon à ceux qui furent incrédules? •
19. Et videmus quia non potuerunt 19. Aussi voyons-nous qu'ils ne purent introire propter incredulilatem. y entrer à cause de leur incrédulité.