CHAPITRE IV
Poisqne les Joifs, à cause de leur incrédalilé , ne sout point entrés dans le lieu du repos qai leur avait été promis, et qae c'est à d'antres à y entrer , il faut faire en sorte de n'en être pas exclus, mais d'y être admis par notre foi. Que la parole de Dieu est vive et efficace, et qu'elle pénèlre tout. De la faiblesse à laquelle Dieu a voulu s'assujettir pour compatir à nos faiblesses.
1. TiHEAMUS ergo ne forte relictà 1. Craignons donc que négligeant la ppUicitatione introeundi in requiem promesse qui nous a été faite, que nous ^JQs, existimetur atiquls ex vobis entrerions dans le lieu de repos qu'il a déesse. préparé» il ne se trouve quelqu'un parmi
vous qui n'y entre point.
380 EPITRE DE S. PAtL WX HÉBREVS.
Craignons donc que négligeant la promené. Ces paroles sont relatives â tout ce qhia été dit depuis le verset 7 du chapitre précédent, et surtout à ces dernières pantle^ qui le terminent , aussi voyons-nous qu'ils ne purent y entrer à cause de leur incrédulité. C'est comme si t'upôtre disait : Puisque nus pères se sont fermé par leur incrédulité l'entrée de la terre de Canaan que Dieu leur avait promise, nous devons craindre qu'il ne s'en trouve quelqu'un parmi nous, qui par son apostasie et son incrédulité, mérite d'être exclus du repos éternel , que Dieu nous a promis de nous faire goûter dans son royaume céleste, dont la terre promise n'était que la figure. Il y a dans le grec, it>xr,rti f exislimetur , ou videatur aliquis ; pour marquer que quelques mauvaises démarches que nous voyions faire é un homme , nous ne pouvons pas assurer qu'il sera réprouvé; parce que pendant qu'il est dans cette vie , il y a toujours lieu pour lui au retour et à la pénitence.
2. Elenim et nobis nunliatuin est , 2. Car od nous a annoncé la parole quemadmodùm et illis : sed non pro- comme à eux : mais ce qu'ils entendirent, fuit illis sermo auditus : non admislus leur fut inutile , n'étant point accompagné fidei ex iîs quse audierunt. de la foi , ensuite des choses qu'ils avaieut
entendues.
Car on nous a annoncé la parole comme à eux : mais , etc. Les Hébreux pouvaient ae persuader qu'ils ue couraient aucun risque, parce que l'Evangile leur avait été annoncé. Cela ne doit pas vous rassurer, dit l'apôtre. Car Dieu avait fait annoncera vos pères l'heureuse nouvelle , qu'ils étaient appelés à la terre promiKC , comme on TOUS a annoncé que Dieu nous appelle à son royaume céleste. Mais ces promesses oe leur apportèrent aucun avantage ; parce que ne les ayant pas écoutées avec foi , leur incrédulité les empêcha d'en profiter, ce qui ne manquerait pas de vous arriver, si TOUS imilies leur apostasie.
3. Ingrediemur enim in requiem , 3. Pour nous qui avons cru , nous eolrequi credidimus : quemadmodùm dixil : rons dans le lieu de repos. C'est en ce sens Sicut juravi in ira meà : Si inlroibunt qu'il a dit : Tel est le serment que j'ai fait in requiem meam : et quidcm operibus en ma colère : Ils n'entreront jamais dans ab iustilulione mundi perfeclis (1). le lieu de repos que j'ai préparé : il a dit
cela, quoique ses ouvrages eussent été achevés dès le commencement du monde.
Pour nous qui avons cru , nous entrerons dans le lieu de repos. Il y a dans le grec, itaepXàiJLiBoi. , nous entrons : mais le présent du verbe ïpyioiia.i , se prend souvent dam l'Rcriture pour le futur, Mait, 11,2, 4. Luc. 7, 19. Tu es quiventurus es. Joan. 6, 14. Quia hic est verè propketa qui venturus est in mundum. On tombe d'accord quedaui tous ces endroits , notre interprète a bien rendu le présent par le futur. 11 est donc certain qu'il a pu , et la liaison du texte fait voir qu'il a dû faire ici la même chose. Oci se rapporte an premier verset , où lapôtre a averti les Hébreux de craindre qu'il ne s'en trouve quelqu'un parmi eux qui soit exclus du repos promis. Car nous y entrerons certainement^ dit-il , nous autres qui avons cru : ce qui doit s'entendre d'une foi TÎve , agissante, et persévérante jusqu'à la fin. — Cest en ce sens qu'il a dit : Tel ett le serment que j'ai fait , etc. Comment ce serment que Dieu a fait , de ne^laisser jamais entrer les Israélites dans la terre promise , prouve*t-il que nous entrerons dans le repos éternel, dont elle était la figure ? C'est par la règle des contraires. Car voici le raisonnement de l'apôtre : Dieu n'a juré de fermer l'entrée de la terre promise, qu'à ceux des Israélites qui étaient incrédules. Donc si nous sommes fidèles, et que nous demeurions constamment attachés â Jésus-Christ, nous ne serons pas exclus du repos qu'il nous a promis, (^e raisonnement est concluant. Car toute menace renferme oonséquemment une promesse , comme ces paroles de Dieu au premier homme, Gen. 2, 17. Quocunque die comederis^ morte morieris , renferment la promesse de l'immortalité, supposé l'obéissance d'Adam. — U a dit celUf quoique ses ouvrages eussent été achevés dés le commencement du monde. Saint Paul veut montrer que dans les paroles du psaume 94 , qu'il a citées , il est fait mention du repos éternel qui nous est promis dans le séjour des bienheureux. Pour cela il parcourt différents repos , dont il est parlé dans l'Ecriture, lo 11 est parlé du repos que Dieu prit après l'ouvrage des six jours, et en mémoire duquel il établit le repos du septième pour tout le peuple. 2* L'Ecriture
CIUriTR£ XV.
fait mention du repos que Dieu avait promis à sou peuple dans la lerre de Ganaant L'apôtre fait voir qu'il ne s'agit dans le passage de David d'aucun de ces deux repos : d'où ilcoociura qu'il y est donc fait niccilion d'un troisième que nous attendons , et qu'il n'est autre que celui où nous sommes appelés dans le paradis. Il prouve maintenant que le repos dont parle David , n'est pas celui que Dieu prit après l'ouvrage des six jours, et en mémoire duquel il établit le repos du septième jour. Car ce repos commença dès le commencement du monde , après «jue l'ouvrage des six jours eut été achevé , et les hommes en'trèrent dès->lors dans ce repos , en célébrant le jour du sabbat. Or David parle d'un repos futur, et in iito runûm : Si inlroibunt in requiem meam , cerief 5. Le repos dont parle David, est donc tout différent de celui-là. lUbera et Justiniaui infèrent de cet endroit , que le peuple de Dieu a célébré le jour du sabbat dès les premiers temps, quoique Tostat, in cap, 23. Leviti. q. 3. croie que cette solennité n'a commencé qu'au temps de Moïse.
4. Diiit CDira in quodam loco de die 4. Car dans un endroit il est parlé de la sepiimâ sic : Et requievit Deus die sorte du septième jour : £t Dieu ayant mis septimâ ab omnibus oiieribus suis (tj. 6n à tous ses ouvrages , se reposa le septième jour.
5. Et in isto rursùm : Si inlroibunt 6. Il ne laisse pas de dire encore en in requiem mcam. celui-ci : Ils n'entreront jamais dans la
repos que j'ai préparé.
6. Quoniàm ergo superest introire 0. Comme donc il yen a encore quelqoosdam in illam , et il, quibus prio- ques-uns de reste pour entrer dans te reribus anountiatum est, non introie- pos , et que les premiers à qui cela a été ruut propier incredulilalem ; annoncé, n'y sont point entrés à cause d«
leur incrédulité;
Comme donc il y en a encore qudques-uns de resie pour entrer dans ce repos. En ce verset et au suivant, saint Paul prouve que le repos dans lequel Dieu, par la bouche del)a\id, nous exhorte d'entrer, n'est pas celui qu'il avait promis à son peuple dans k terre de Canaan. Voici son raisonnement : 11 s'ensuit des paroles de David citées au verset précédent, que que!ques-unsdoiventeocoreentrer dans le repos dont il parle; puisqail exhorte les hommes de fion temps à n'y mettre pas d'obstacle par leur incrédulité. C est pour cela que Dieu , si longtemps après l'entrée des Israélites dans la terre promise , marque tout de nouveau un certain jour qui est cet aujourd'hui , c'est-à-dire le temps de la vie présente , dans lequel si nous n'endurcissons pas nos cœurs , et si nous sommes fidèles à le grâce, nous pourrons mériter l'entrée au repos que Dieu nous fait espérer par la bouche de David , fort différent de celui de la terre promise, de laquelle les Israélites étaient depuis si longtemps en possession.
7. Iterùm terminal diem quemdam, 7. Il marque tout de nouveau un certain Wodié, in David dicendo, posl tanlum jour , qui est cet aujourd'hui ; disant par Jemporis, sicut supra dictum est : la bouche de David , si longtemps après, Hodièsi vocem ejus audieritis , nolile comme il a été dit ci-dessus : Si vouseuobdurare corda vestra (2). tendez aujourd'hui sa voix , n'endurcissez
pas vos cœurs.
. p. Nam si eis Jésus requiem prœs- 8. Car si Josué les eût fait jouir de ce tilissct , uumquam de aliA loqueretur, repos , il ne parlerait plus jamais dans la poslhac , die. suite d'un autre jour.
Car si Josué les eût fait jouir de ce repos , Une parlerait plus jamais dans la suite ^^naulrejour. On pouvait dire à saint Paul : Il est vrai que David parle d'un repos <lunt les incrédules furent exclus, et dans lequel d'autres plus fidèles de> aient entrer : maisci'la s'accomplit, lorsque Josué et Caleb entrèrent dans la terre promise avec tous les Israélites, qui au sortir de l'Egypte n'avaient pas atteint l'âge de vingt ans. Ainsi il »e parait pas que David parle d'un autre repos, que de celui que devaient goûter tes Israélites dans la terre de Canaan. L'apôtre répond à cette objection, en disant que David, sons ce repos terrestre de la terre de Canaan , a entendu un autre repos bien plus digue de nos vœux , et dont Josué n'avait pas mis en possession les Israélites. Car tt Josué les eût fait jouir de ce repos , Dieu , par la bouche de David , ne parlerait plus jomatf dans la suite d'un autre jour propre à se disposer à entrer dans ce repos. Il
ll)Gen.2.2. — (2iSup. 3. 7.
i8^ EPITRE DE S. PAUL AUX HEBREUX.
aurait été inutile d'exhorter les Israélites de son lemps à se disposer par leur fidêltlë é entrer dans un repos, dont ils étaient en possession depuis plusieurs siècles.
9. Itaque relinquitur sabbatismus 9. Ainsi il reste encore un repos au populo Dei. peuple de Dieu.
Ainti il reste encore un repos au peuple de Dieu. C'est là la conclusion de tout le raisonnement de l^apôtre. Puisque David fait mention d'un repos qui ne peut être ni celui que Dieu prit après l'ouvrage des six jours, ni celui qu'il institua en mémoire de celui-lA , ni celui de la terre de Canaan ; il faut qu'il y en ait un autre destiné au peuple de Dieu, c'est-à-dire aux fidèles , un autre dont tous ceux-là ne fussent que des figures, et dans lequel non pas Josué, mais le Fils de Dieu pût nous introduire. Au reste, on ne peut douter que le repos dont parle ici saint Paul, ne soit le repo» éternel dont nous devons jouir dans l'autre vie.
10. Qui enim ingressus est in re- 10. Car celui qui est entré dans le repos quiem ejus , etiam ipse requievit ab que Dieu a préparé , se repose lui-même operibus suis > sicut à suis Deus. après avoir mis fin à ses ouvrages , comme
Dieu après avoir mis fia aux siens.
Car celui qui est entré dans le repos que Dieu a préparé, se repose lui-^méme , après avoir mis fin à ses ouvrages , etc. Saint Paul développe ici davantage ce que c'est que ce repos qui nous est promis , en déclarant que nous y trouverons la fin , aussi bien que l« récompense de tous nos travaux, de toutes nos peines , de toutes nos souffrances , suivant ces paroles , Apoe. 14. 13. Amodd jatn dinit Spirilus , ut requiescanl éiaboribus suis. C'est comme si l'apôtre disait aux Hébreux : Ne perdez pas courage, et ne vous laissez pas abattre aux persécutions qu'on vous suscite : car toutes vos peines seront suivies d'un repos éternel , où vous n'aurez plus rien à souffrir. Vous vousieposerez alors après toutes vos épreuves , comme Dieu s'est reposé après avoir travaillé pendant six jours.
11. Festinemus ergo ingredi in illam 11. Marchons donc avec diligence pour requiem : ut ne in idipsum quis in- entrer dans ce repos : de manière que percidat incredulitatis exemplum. sonne ne se laisse aller à un tel eiemple
d'incrédulité.
Marchons donc avec diligence , pour entrer dans ce repos vnov^xdfa/i.ev , studcamut. C'est encore ici me conclusion que l'apôtre tire de tout ce qu'il vient dédire. Puisque vous êtes appelés à un repos qui ne doit jamais finir, faites tous vos efforts pour arriver vers cet heureux terme; et qtie nulle épreuve, nulle tentation ne soit capable d'arrêter votre course , et de vous jeter dans une innrédijlité et une désobéissance pareille à celle dont vos pères donneront l'exemple. Exod, 14. Saint Chrysostôme remarque que l'apôtre veut par là nous faire entendre , que pour entrer dans ce repos, la foi seule ne suffit pas ; mais qu'il faut de pins de bonnes œuvres , et beaucoup de soin : Utpotè quôd fides non sufficiat , sed etiam deheal viia adjici , et magnum adhiberi êludium.
12. Vivus est enira sermo Dei , et 12. Car la parole de Dieu est pleine de efiicax , et penetrabilior omni gladio vie et d'efficace : elle pénètre plus avant ancipiti : ac pertingens usque ad di- qu'aucun glaive à deux tranchants : elle visionem animœ et spiritûs, compa- va jusqu'à faire la dissection de l'àmeet gum quoque ac medullarum, et dis- de l'esprit, des jointures et des moelles; cretor cogitationum et inteutionum elle détnéle les pensées et les intentioui cordis : du caur :
Car la parole de Dieu est pleine de vie et d'e^race. Les interprètes ne conviennent pas de ce qu'on doit ici entendre par la parole de Dieu. Ribera, suivi par un grand nombre d'autres, croit que c'est le Fils de Dieu qui est appelé ici y^ôyoç , Verbutnt comme ailleurs, Joan. I , l , 2. I. Joan, 5, 7. Apoc. 19, 13. l»Tout le monde avoue que c'est du Fils de Dieu dont il est parlé au veVset suivant, qui a une liaisoo nécessaire avec celui-ci. 2** Il n'est pas moins évident que tout ce qui est dit ici , convient parfaitement au Fils de Dieu , et ne peut convenir que très-difficilement, et d'une manière impropre à sa doctrine. Ce sont les raisons de Ribera. Les autres au contraire veulent qu'il soit ici question de la parole de Dieu écrite ou préchée, et surtout de l'fivangile. l** Parce que c'est dans ce môiue sens que saint Paul prend la parole dani