‹ Le Nouveau Testament de N.S. Jésus-ChristChapitre 222 sur 364 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De sorle qu'il puitse être touché de compassion pour ceux qui sont dans l'ignorance et dant l'égarement. Mst/s* orra 621 v ixjvAjxsvoç, quipossil condolere. H est bien difEoiie d'exprimer dans la iangne latine, ou dans la nôtre toute l'énergie du moi fier piOTtaOsiv. li signifie proprement souffrir avec mesure, et garder comaie un juste milieu entre deux extrémités contraires : c est-à-dire ne pas s'emporter contre ceux qui pèchent , ne pas les traiter avec aigreur et dureté ; mais user envers eux de clémence , être facile à les recevoir, avoir pour eux de la condescandance et de la compassion, mais une condescendance et une compassion modérée, qui empêche les pécheurs de tomber dans le

il n'y en a point qui n'ait sa source dans l'iguorance et dans la séduction , suivant cet axiome, Omnismalas est ignorons,

3. Et proptereà débet, quemadmo- 3. Et c'est à cause de cela qu'afin d'eidùm pro populo » ita eliam et pro se- pier les péchés , il doit offrir des sacrifices mctipso offerre pro peccaiis. pour lui-raârae , comme il en offre pour

le peuple.

Et c'est d cau^e de cela. xkI iik ri-jxnv , et propter hant : ce qui se rapporte à àvBévsiav qui précède. C'est à cause de cette faiblesse dont le pontife est environné, et qui lui est commune avec tous les autres hommes, qu'il doit offrir des sacrifices pour ses propres péchés, comme il en offre pour expier ceux du peuple, suivant ce qui est prescrit au Lé%itique, 4, 2. 16, 6. 11 , 17. Grotius prétend ijue ces paroles étant dites de tous les prêtres, elles doivent aussi convenir à Jésus-Christ, Sequitur Christum quoque ohtulisse pro se : ei par xjnïp àpLXpri&Jf pro peccatis , il entend, pour être délivré des douleurs qui sont ordinairement la peine des péchés, et que Jésus-Christ souffrait à l'occasion des nôtres. Illuis c'est ou une vraie impiété d'attribuer ces paroles à Jésus-Christ , dans leur sens propre , ou une grande absurdité de détourner la signification du mot de péchés et de celui de sacrifice, dans un sens si étranger. Ce n'est point une convenance que l'apôtre veut ici établir entre Jésus-Christ et tes prêtres de l'ancienne alliance, mais au contraii'e une différence essentielle qui se trouve entre eux eilui, et qui consiste en ce que les prêtres descendants de Lévi étaient pécheurs eux-mêmes , et obligés d'offrir des sacrifices pour l'expiation de leurs propres péehés . dussi bien que de ceux du peuple : au lieu que Jésus-Christ pur et sans tache, n'a pas été obligé d'expier par son sacrifice ses propres péchés , mais seulement ceux de sou peuple, comme saint Paul le fera voir, chap. 7, versets 26 et 27.

4. Nec quisquam sumit sibi hono- 4. Or , personne n'a droit de prétendre rem , sed qui vocatur à Deo, tanquàm à un tel honneur, que celui qui est appelé Aaron (1). de Dieu , comme Aaron.

5. Sic et Chrislus non semetipsum 5. Aussi n'est-ce point Jésus-Christ clarifîcavit ut pontifex ficret ; sed qui qui s'est honoré lui-même, jusqu'à se locutus est ad eum : Filius meus es faire pontife; mais celui qui lui a dit : Je lu , ego bodié genui te (2} : vous ai engendré aujourd'hui :

Mats celui qui lui a dit : Je vous ai engendré aujourd'hui. L'apôtre ayant établi dans le verset précédent, que personne ne doit prétendre à l'honneur du sacerdoce, s'il n'y est appelé de Dieu , comme le fut Aaron , prouve maintenant que Jésus-Christ a suivi eette règle , ne s'étaot pas ingéré de lui-même dans le Sacerdoce , mais y ayant été appelé de Dieu même. Ce n'est pas sans raison que l'apôtre touche cet article. Car la loi ordonnait qu'on ne choisit les Préires que de la tribu de Lévi : et Jésus-Christ , étant selon la chair de la tribu de Juda , les Hébreux pouvaient penser qu'en se disant prêtre, il s'arrogeait une dignité qui ne lui convenait pas. Mais quel rapport le passage que cite ici saint Paul du psaume 2 peut-il avoir au sacerdoce de Jésus-Christ ? Il n'y a point là grand mystère : car ce n'est point pour prouver le sacerdoce de Jésus-Christ que saint Paul le cite , mais uniquement pour déclarer qui est celui qui a appelé Jésus-Christ au sacerdoce. C'est comme si l'apôtre disait : Jésus-Christ ne s'est pas ingéré dans la qualité de Pontife : il en a été revêtu dans le temps par son Père, qui l'avait engendré de toute éternité, selon ce qui est dit au psaume second : après quoi saint Paul prouve en citant le psaume 109, que celui qui avait engendré

(1) Exod. 28. 1. - 2. Poral. 26. 18. — (2) Ps 2. 7. TOMK II.

•on Fils de <oute éternité, l'honora du sacerdoce après qu'il fut devenu homme. Saint Paul parla relève infiniment le sacerdoce de Jésus-Christ, montrant cpie le uiême qui a été fait prêtre , fut toujours néanmoins le Fils éternel et consuhstantiel de Dieu. IJ montre encore qu'rl n'est pas surprenant que Jésus-Christ ait été fait prêtre quoiqu'il ne fût pas de la tribu de Lévi , puisqu'il possédait une qualité bien plus éminente, et qui entraînait après elle toute sorte de prérogatives.

6. Quemadmodùm et in alio loco 6. Comme il dit encore dans un autre dicit : Tu es sacerdos in aternum se- endroit : Vous êtes prêtre pour toute lécundùra ordinem Melehisedech (1). ternité selon l'ordre de Melchisédech.

Vous êtes prêtre pour l'élemilé selon l'ordre de Melchisédech. Ces paroles sont tirée» du psaume 109, verset 5. Or tout ce psaume convient manifestement au Messie, comme les Juifs eux-mêmes furent obligés d'en convenir, lorsque Jésns-Cbrtst le leur cita, Mail. 22, 44. Saint Paul ne pouvait prouver plus efficacement le sacerdoce de Jésus-Christ que par ces paroles, où Dieu le Père lui dit quW est prêtre pour VélernUé selon l'ordre de Melchisédech. C'est-à-dire selon le rit de Melchisédech, qui réunissait dans sa personne la royauté et le sacerdoce, et qui était prêtre indifféremment de toutes les nations, et non pas d'une seule comme Aaron. Jésus-Christ est piètre pour leternité; non pas que dès l'éternité il ait reçu cette dignité dans sa génération éternelle , mais parce que son sacerdoce ne doit jamais finir. L'apôtre ex|diquera ceci plu» au long dans la suite, et n(ms donnera occasion d'y ajouter de nouvelles réflexions.

7. Qui in diebus carnis suœ , preces 7. Dans le temps qu'il vivait en sa chair supplicationesque ad eum qui possit mortelle, il fut exaucé pour sa soumission illum salvum facere a morte, cum respectueuse; ayant offert à celui qui pouclamore valido et lacrymis offerens, vail le sauver de la mort, ses prières et eiauditus est pro suâ reverenliâ. ses supplications accompagnées de grands

cris et de larmes.

// fat exaucé à cause de sa soumission respectueuse. A cause de .rhumble respect qu'il portait à son Père, ànb ttïjs i\jXoc^éiaç , pro sud reverentid. Le nouvel interprète que nous avons déjà cité, remarque que l'auteur de la Vulgate a ajouté suâ au texte original , ayant cru apparemment que saint Paul voulait dire que le Fils avait été exaucé à cause du respect que le Père lui portait. Il est vrai que saint Chrysostôme, Théophylacte et Otlcumenius entendent par là le respect que Jésus-Christ portait à son Père , et celui que son Père lui portait réciproquement : mais loin que l'auteur de la Vulgate , en ajoutant sud , ait voulu déterminer le texte à ce dernier sens , c'est précif>ément le contraire , cofn me Estius, Kibera, Justiniani et plusieurs autres l'ont remarqué. En effet, ces paroles latiites , pro sud reverentid exauditus esta Pâtre ^ signifient tout naturellement qu'il a été exaucé à cause de l'humble respect qu'il portait a son Père ^ et non pas à cause de l'humble respect que son Père lui portait. Bèze traduit exauditut ex metu ^ c'est-à-dire selon la paraphrase de Grotius , exauditis precibus liberatus ax melu : et par la crainte dont Jésus-Christ fut délivré, le paraphraste entend ce sentiment de frayeur et de désespoir dont il prétend que Jésus-Christ fut saisi au moment de sa passion , où envisageant Dieu irrité contre lui , il se crut perdu pour jamais , et succomba sous le poids de sa colère. C'est donc là cette crainte dont Bèze et Calvin prétendent que Jésus-Christ fut frappé et délivré. Bèze avoue que Calvin est le premier qui ait donné celte explication. Il n'en faudrait déjà pas davantage pour la rendre bien suspecte. Mais d'ailleurs cette crainte désespérante ne convient qu'aux damnés, et ne peut sans blasphème être attribuée à Jésus-Christ. De plus , hXi^^îisx. signifie quelquefois une crainte respectueuse, mais jamais un,e crainte semblable à celle dont sont saisis les damnés. — ^yanl offert à celui qui le pouvait sauver de la mort ^ set prières et ses supplications accompagnées de grands cris et de larmes. Plusieurs interprète» entendent ceci de la prière que Jésus-Christ fit à son Père dans le jardin des Olives, pour ne pas boire le calice de sa passion. Mais il ne fit cette prière que sous condition , pt il ne fut pas exaucé : cependa-it saint Pan! parle de prières qui furent efficaces, et dans lesquelles il fut exaucé. Il est donc plus naturel d'entendre ceci des prières qu'il fit sur la croix, soit en demandant grâce pour ses ennemis , soit en recommandant son âme à son Père, et le suppliant de ne le pas abandonner. Car par là, selon les interprètes, il demandait sa résurrection, qu'il obtint; et les Evangélistes marquent qu'en

(l)Ps.l09 4.

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