CHAPITRE IX
Il assure que la perte des Juifs qu'il ressent très-vifement , ne rendra pas inutiles les promesse^i que Dieu a faites aux Israélites , enfants d'Abraham : parce que les promesses ne regardent pas tons ceui qui sont enfants d'Abraham selon la chair , mais seulement ceux d'entre les Juifo et les gentils, qui par un choix gratuit de Dieu, sont faits enfants d'Abraham par la foi ; et que Dieu a pitié de qui il Teut, et qu'il endurcit qui il rent. Les Juifs qui cherchaient la justice, non par la foi de Jésus-Christ qu'ils avaient rejetée , mais par les œuvres de la loi , sont restés dans l'iniquité : au lieu que les gentils ont été justifiés par la foi.
i. Veritatbh dico in Christo, non 1. Jb dis la vérité devant J.-C, je ne mentior ; testimoniura mihi perhi- mens point ; et ma conscience me rend bcnte conscientiA mefl in Spiritu sancto. témoignage devant le Saint-Esprit.
Je dis la vérilé. Par ce témoignage d'affection et de tendresse que saint Paul donne aux Juifs, il les dispose à prendre en bonne part ce qu'il va leur dire dans les trois chapitres suivants, du grand mystère de la vocation des gentils et de leur substitution à la place des Juifs incrédules qui refusent de reconnaître le Messie et d*embras.$er l'Evangile. Il leur déclare donc d'abord que ce n'est ni la haine , ni la jalousie qui va le faire parler, mais uniquement la part qu'il prend à leur salut.
2. Quoniàm trîstitia mihi magna 2. Je sens une grande tristesse , et j'ai est , et continuus dolor cordi mec. dans le coeur une douleur continuelle*
Je sens une grande tristesse. Le sujet de cette grande tristesse , c'est que le peuple juif, ce peuple comblé de tant défaveur», ait par son infidélité obligé Dieu é le rejeter, et à s« faire un peuple nouveau. C'est ce que l'apôtre ne veut pas leur déclarer d'abord ouvertement, mais il commence é l'insinuer peu à peu au v. 6.
3. Optabam enim ego ipse ana- 3. Car je souhaitais d'être moi-même thema esse à Christo pro fratribus anathème a l'égard de Jésus^Chrisi pour
CRAPITRE IX.
meis , qui sunt cognati mei secundum mes frères, qui me sont unis selon la carceiii(l), chair;
Je iouhaiiait d'éire moi-même anathème à l'égard de JéiUt-'Chritl. Ce passage e«t expliqué fort différemment. Tolet après saint Anselme, prétend que saint Paul parle du temps qui précéda sa conversion. Vous ne pouvez pas, dit l'apôtre, douter de mon zèle pour ma nation; tous savez de quelle manière je persécutais les chrétiens, et que je ne souhaitais que d'être séparé et éloigné de Jésus-Christ et de sa religion. Presque tous les interprètes supposent que saint Paul parle par rapport au temps et aux dispo* sitionsoù il se trouvait actuellement , et ils veulent qu'on explique le mot, aptaham , comme s'il y avait, opto , ou optarem. Selon saint Cbrysostôme , dont plusieurs embrassent le sentiment, l'apôtre voudrait, si la chose était possible, étie séparé pour toujours de la présence de Jésus-Christ , et privé delà gloire éternelle (sans cependant perdre l'amour de Dieu) pourvu qu'il pût é ce prix procurer le salut de ses frères. Saint Chrysostôme emploie toute la force de son éloquence pour relever le prix d'un pareil souhait , et pour répondre aux difficultés qu'on pourrait opposer. L'explication fa plus simple et la plus naturelle est peut-être celle de saint Jérôme, Le mot, anathème, est souvent employé dans l'Ecriture pour signifier, être dévoué, être regardé comme une victime d'expiation , sur qui doivent tomber toutes sortes d'opprobres, être exterminé. Saint Paul veut donc dire qu'il a souvent souhaité , et qu'il'souhaite encore de se faire victime pour ses frères, de souffrir toute sorte de mauvais traitemeuts, la mort même, pour leur salut. Ainsi . anathema esse d Christo^ c'cîst la même chose, c[\xanalhemat%%ari à Christo, être destiné par Jésus-Christ à servir d'anathème et de victime pour les Juifs ; à être exterminé et mis à mort . si cela peut servir à leur conversion. C'est l'explication de Gagneius et de Mariana. D'autres veulent que à Christo se doit prendre pour propler Chrittum , à cause de Jésus-Christ.
4. Qui suDt Israëlitœ , quorum 4. Qui sont Israélites , pour qui est adoptio est filiorum , et gloria , et tes- l'adoption des enfants, la gloire, l'alliance, tamentum , et legislatio , et obse- l'établissement de la loi , le culte et les quium , et promissa : promesses :
5. Quorum patres , et ex quibus est 5. Qui ont pour pères les patriarches, et Christus secundùm carnem , de qui Jésus-Christ descend selon la chair.
Qui est super omnia Deus benedic- Lui qui est Dieu par-dessus toutes tas in saecula. Amen. choses béni éternellement. Amen
4. 5. Qui sont Israéliies. Le nom d'Israël, que Dieu avait donné à Jacob devint aussi le Qom de toute la nation qui descendait de Jacob , et qui devait avoir part aux promesses faites à ce patriarche. Saint Paul fait dans ces deux versets l'énumération des prérogatives de la nation juive; Sur quoi il faut remarquer que ces prérogatives «'étaient que des figures et des gages d'autres prérogatives infiniment plus considérables , que la loi évangélique devait communiquer. — Pour qui est Vadoplion, Filius meus primgenilus Israël, Exod. 4. 2. Saint Paul ne parle que de l'adoption commune à toute la nation , fondée sur la protection particulière que Dieu donnait à ce peuple. L'adoption spéciale des justes sous la loi et avant la loi, était le fruit de la grâce qui leur était communiquée en vue des mérites de Jésus-Christ , et par là ils appartenaient en quelque façon à l'Evangile. La gloire, la distinction d'avoir été choisis seuls parmi tant de nations pour être le peuple chéri de Dieu. Le culte, les cérémonies que Dieu avait ordonaé qu'on gardât dans le culte qu'on lui rendait.
6. Non autem quôd exciderit \er- 6. Ce n'est pas au reste que ce que Dieu a bum Dei. Non euim omnes qui ex dit , n'ait point eu d'effet. Car les descen- Israël sunt , ii sunt Israëlitœ : dants d'Israël ne sont pas tous Israélites :
Ce n'est pas au reste, etc. Quoique le peuple juif ait rendu pour lui les promesses inutiles . elles ne demeureront pas pour cela sans effet. Pour entendre la suite du discottm de saint Paul, il faut remarquer que les promesses faites à Abraham et aux antres patriarches , par exemple , la délivrance de la captivité , la postérité nombreuse , >• poneision de la terre de Chanaan , tout cela pouvait se prendre dana un sens charnel et matériel fier rapport à la vie présente. Et dans ce sens , les Juifs avaient vu s'ac- Gomplif toutes ces promesses à leur égard , ils étaient tous descendants d'Israël , et tous
0) Acti %,%"! Cor. 15.9.
Israélites. Mais ces mêmes promesses prises dans un sens spirituel , et rapportées à la justification et au bonheur d'une autre vie, n'étaient pas attachées à un peuple particulier. Elles devaient s'accomplir dans la personne de tous les fidèles, qui à cet égard sont les seuls liraéliteg; c'est-à-dire les imitateurs de la foi des patriarches et leurs enfants selon l'esprit , quoiqu'ils ne soient pas tous du nombre de leurs descendants selon la chair. L'apôtre dans toute la suite ne parle des promesses que comme considérées dans le sens spirituel , lequel d'ailleurs était reconnu de tous les Juifs.
7. Neque qui semeD suDt Âbrahs , 7. Ni ceux de la race d'Abraham ne sont oranes filii : sed in Isaac vocabitur pas tous ses enfants : mais, c'est la race tibi semen (1) : d'Isaac, qui sera censée la vôtre;
C'est la race d'Isaac f qui sera censée la vôtre. Saint Paul compare les Juifs et les gentils à Ismaël et à Isaac, tous deux fils d'Abraham, l'un né selon l'ordre de la nature , l'autre conçu miraculeusement d'un père déjà caduc et d'une mère stérile. Or de même qu'il n'y eut qu'lsaac et ses descendants, qui furent censés composer la postérité d'Abraham ; qu'Ismaêl et les Ismaélites ne furent regardés que comme des étrangers : ainsi, conclut l'apôtre v. 8., tous ceux qui descendent d'Abraham selon la chair comme Israaêl , ne sont pas pour cela enfants de Dieu ; mais ceux qui comme Isaac sont enfants de la promesse, c'est-à-dire ceux que Dieu a promis de reconnaître et d'adopter pour ses enfants par la foi en Jésus-Christ et par l'accomplissement de la loi. Il parait par ce raisonnement de saint Paul , que tous les Juifs ne sont pas exclus des promesses faites à Abraham, mais seulement les Juifs incrédules à l'Evangile. Son desseia est de leur faire voir que leur infidélité n'empêchera pas la promesse divine d'avoir son effet; puisque la promesse regarde tous les enfants spirituels d'Abraham, c'est-à-dire tous les fidèles soit Juifs, soit gentils : qu'ils ne doivent pas être surpris que l'effet de ces promesses ne soit pas borné aux seuls enfants d'Abraham selon la chair : que la qualité d'enfants adoptifs de Dieu n'est pas plus attachée à la postérité charnelle d'Abraham , que ne l'était autrefois la qualité d'enfants d'Abraham et de peuple de Dieu, dont cependant Ismaël et ses descendants avaient été exclus, n'ayant eu aucune part à la possession de ta Terre promise, ni aux prérogatives du peuple choisi.
8. Idest, non qui filii carnis, hi 8. C'est-à-dire, ce ne sont pas les enfants filii Dei : sed qui filii sunt promissio- de la chair qui sont enfants de Dieu : mais nis , aestimantur in semine (2). ce sont les enfants de la promesse qui sont
censés de la race d'Abraham.
9. Promissionis enim verbum hoc 9. Car voici ce que dit la promesse : Je est : Secundùm hoc tempus veniam ; viendrai dans ce même temps , et il sera et erit Sarae filius (3). né un fils à Sara.
10. Non solùm autem illa : sed et 10. Ce qui ne la regarde pas seulement, Rebecca ex uno concubitu habens , mais aussi Rebecca qui eut ses deux en- Isaac patris notri (4). fants tout à la foi d'Isaac notre père.
9r 10. Car voici ce que dit la promesse. Pour prouver que la qualité d'eufants d'Abraham et le droit à l'héritage ne sont pas fondés sur le sang , mais sur la promesse, saint Paul emploie l'exemple d'Ismaêl et d'Isaac, dont on a déjà parlé. Mais parce que les Juifs auraient pu répondre qu'il n'est pas surprenant qu'Ismaêl né d'une mère esclave ait été exclu de l'héritage, qui n'était dû qu'à ceux qui comme Isaac étaieut sortis d'une mère libre; Vapôtre leur remet devant les yeux l'exemple d'Esaû , qui quoique né de la même mère que Jacob , n'eut cependant aucune part à l'héritage ni à la possession de la terre promise. Ces deux exemples montrent, premièrement, que Dieu ne prétendait pas comprendre dans la postérité d'Abraham, qu'il promettait de bénir, généralement tous ceux qui sortiraient de lui, mais seulement Isaac : en second lieu , qu'il ne prétendait pas même que toute la postérité d'Isaac sans exception dût avoir part à cette promesse ; puisqu'il avait prédit que les Iduméens en seraient exclus. D'où il faut conclure que Dieu s'est réservé le droit d'admettre au nombre des enfants d'Abraham ceux qu'il jugera à propos : et qu'ainsi la vocation des gentils et la rejection , si l'on ose s'exprimer ainsi , des Juifs incrédules ne doit pas passer pour une chose injuste ou impossible.
. ft
(i) Gen. 21. 12. — (2) Gai. 4. 28. — (3) Gen. 18. 10. — (4) Gen. 25. 24.