‹ Le Nouveau Testament de N.S. Jésus-ChristChapitre 24 sur 364 · CHAPITRE IX. 4t · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. 4t

11. dm enim nondum iiati fuis- 11. Car avant qu'ils fussent nés, ou sent, aut aliquid boni egissent, aut qu'ils eussent rien fait de bien ou de mal ; roaii , (ut secundùm electionem pro- aGn que le dessein que Dieu avait formé positum Dei maneret) par son choix fût immuable , •

12. Non ex operibus, sed ex vo- 12. Il lui fut dit, non à cause des cante dictum est ei : oeuvres , mais en vue de celui qui est auteur de la vocation :

13. Quia major serviet minori , si- 13. L'atné sera sous la domination du eut scriptum est : Jacob dilexi, Esati cadet, selon qu'il est écrit : J'ai aimé autem odio habui (1). Jacob , et j'ai haï Esati.

11. 12. 13. Car avant qu'ils fustent net. Pour entrer dans le sens figuré et allégorique des passages que cite l'apôtre au sujet de Jaoob et d'Ësoû , il faut examiner auparavant le sens littéral qu'ils ont dans les endroits d'où ils sont tirés. Dieu a^ait résolu par un décret de sa pure velouté de ne communiquer les bénédictions promises a \braham, qu'aux descendants de ce patriarche par Isaac et par Jacob, et d'eu exclure tous les autres. Et afiu que ce dessein de Dieu , de n'appeler point à la succession et à l'héritage les descendants d'Abraham en considération de leurs œuvres, demeurât ferme selon Télection que Dieu avait faite lui-même des uns préféra blement aux autres; il fut dit à Kebecca , que des deux enfants qu'elle devait avoir, Esaû quoique l'aÎDé serait assujetti à son frère Jacob. Cette prédiction qui fut faite avant leur naissance, et par conséquent avant qu'ils eussent pu mériter d'être exclus ou rejetés l'un plutôt que l'autre , est une preuve évidente que Dieu ne consulta que sa volonté dans la préférence qu'il donna à Jacob sur son frère. L'événement vérifia la prophétie : en sorte que du temps du prophète Malachie , plusieurs siècles après la première prédiction, ces paroles du Seigneur se vérifiaient encore : J'ai aimé Jacob, et fat haï EiaU, Sur quoi il faut observer, I<* Que dans le sens littéral, cette prédiction, major serviet minori, ne s'est pas tant accomplie dans la personne de Jacob et d'Esaû, que dans celles de leurs descendants, c'est-à-dire des deux nations qui en sont sorties. 2" Dans le sens littéral , cette prophétie regardait les biens temporels de celte vie , la grandeur des Israélites et leurs victoires sur les Iduméens descendants d'Esaû, qu'ils devaient réduire sous leur domination : ce qui fut exécuté surtout por David, par Josaphat, par Àmasias. 3** Ces paroles, Jacob dilexi, EiaU odio hahui, se doivent expliquer dans le sens littéral , comme ces autres, major serviet minori , par rapport aux avantages temporels dont Dieu combla la postérité de Jacob préférableinenl a celle d'Esaû. La mérité de ces trois observations se prend des endroits même d'où sont tirés les passages cités par saint Paul. Voici l'endroit de la Genèse, lequel n'a pas besoin de commentaire. Dua gentes swnt in utero tuo, et duo populi ex ventre tuo dividentur, populusque populum iuperabit^ et inajor serviet minori. Gen.25, 23. Les paroles du prophète Halachie ne sont pas moins décisives. Dilexi Jacob ^ EsaU autem odio habui, etposui montes ejus m solitudinem et hœreditatem ejus in dracones deserli, Quod si dixerit Idumœa : Desiructi sumus, etc. Malach, 1.3. 4. Considérons maintenant ces passages selon le sens figuré et allégorique , que saint Paul avait certainement en vue en les citant. Les bénédictions temporelles promises à la postérité d'Abraham , et accordées en effet à ceux de ses descendants que Dieu s'était choisis, marquent les bénédictions spirituelles promises à tous les fidèles , et attachées à la foi en Jésus-Christ. Les Juifs prétendaient que toute leur nation, et leur nation seule qui avait été jusque-là le peuple choisi , devait avoir part à ces bénédictions spirituelles, de même qu'elle avait été la seule qui eût eu part aux premières bénédictions. C'est sur quoi l'apôtre entreprend de les détromper. Après avoir montré que les premières promesses n avaient pas été attachées préciséiyent à la qualité d'enfants d'Abraham selon la chair; qu'elles n'avaient été communiquées qu'à ceux que Dieu avait choisis pour son peuple par un pur effet de sa volonté, sans aucun mérite de leur part; il fait voir que Dieu, par un décret semblable de sa volonté, a voulu que les bénédictions spirituelles , c'est-à-dire l'adoption divine et la sanctification, ne fussent accordées que par la foi en Jésus- Christ, et par la profession du Christianisme; et qu'elles fussent accordées à tous les fidèles, soit Juifs, soit gentils, qui par la foi devenaient tous les imitateurs et les enfants spirituels d'.ibraham. Si les Juifs demandent pourquoi Dieu n'a pas attaché les bénédictions spirituelles à la seule postérité d'Abraham ; pourquoi il y a appelé les

U)Gen. 25. 23. -Malach. 1.2.

^6 EPITRE DE S. PAUL AUX ROMAI?îS.

gentils, qui avaient été exclus des premières; pourquoi ceui de leur nation qui n'entreront point dans cette nouvelle alliance, seroitt rejetés et cesseront d'être te peuple de Dieu ; l'apôtre leur répond que Dieu est le maître de ses volontés, qu'il n'en faut point chercher la cause dans le mérite ou le démérite des hommes. Ainsi tout le raisonnement de saint Paul aboutit à prouver que la postérité d'Abraham à qui la promesse des bénédictions et du salut en Jésufs-Christ a été faite, n'est point la postéiité selon la chair , mais la postérité selon l'esprit; que dans cette postérité sont compris tous les fidèles Juifs et gentils ; et que tous les infidèles, même ceux qui sont sortis d'Abraham , en seront exclus : et cela parce que tel a été le bon plaisir et la volonté de Dieu. Suivant cette explication , on voit que le dessein de l'apôtre n'est pas proprement de parler de la prédestination particulière à la gloire ni de la réprobation, ni même des grâces actuelles avec lesquelles un homme consent ou ne consent pas à sa vocation. Voyez Tolet, à Lapide, le père Bernardin dePequigni.il faut pourtant convenir qu'un grand nombre d'interprètes anciens et nouveaux ont entendu ce texte par rapport à la prédestination et à la réprobation éternelle ; et qu'ils ont prétendu que l'apôtre avait voulu donner dans la personne de Jacob et d'Esaû deux types ou deux figures des prédestinés et des réprouvés. Mais s'ils sont d'accord sur le fond de l'explication , ils sont si partagés sur la manière d'exposer leurs différents systèmes , et de les accommoder aux paroles et au dessein de saint Paul, qu'il ne nous est pas possible d'entrer là-dessus dans un plus grand détail. D'ailleurs, si le commentaire que nous venofis de donner, représente te sens véritable et littéral de l'apôtre, nous croyons devoir laisser aux théologiens et aux controversistes le jugement des autres applications qu'on peut faire du texte sacré.

14. Quid ergodicemus? Numquid 14. Que dirons-nous donc? Y a-t-il de iniquilas apud Deum? Absit. l'injustice en Dieu? Rien moins.

Que dirons-noui donc? Dirons-nous qu'il y a de l'injustice dans la préférence que Dieu a donnée à Jacob sur £saû? Nous n'avons garde de le penser. Pourquoi donc voudriez-vous qu'il y eût de l'injustice dans l'exclusion qu'il donne pour être de son peuple, à la postérité charnelle d'Abraham, c'est-à-dire aux Juifs incrédules, et dans le choix qu'il fait de la postérité spirituelle d'Abraham ; c'est-à-dire de tous les fidèles soit Juifs, soit gentils ?

15. Moysi enlm dicit : Miserebor 15. Car il a dit à Moïse : J'aurai pitié cujus misereor : et niisericordiam de qui j'aurai pitié, et je ferai miséricorde praestabo cujus miserebor (1). à qui je ferai miséricorde.

J'aurai pitié de qui j'aurai pitié. Dieu n'est-il pas le maître, ainsi qu'il le déclare, d'accorder ses bienfaits et de faire sentir les effets de sa miséricorde à qui il lui plait? Il a donc. pu appeler à la bénédiction du salut et de la justification, non par les droits du san^ , mais par la foi, et n'y admettre que les fidèles de quelque nation qu'ils soient. En un mot il a pu rejeter la loi de Moïse , qui n^était que pour les Juifs , et y substituer la loi évangélique pour tous les hommes.

16. Igitur non \olentis neque cur- 16. Ce n'est donc point l'ouvrage de rentis , sed miserentis est Dei. celui qui veut , ni de celui qui court, mais

de Dieu qui fait miséricorde.

Ce n'est donc point Vowora^e de celui qui veut. Ces paroles ont rapport à ce que firent Jacob etEsaû pour obtenir la bénédiction d'Isaac. (2e ne furent ni leurs désirs, ni leurs courses qui la firent accorder à l'un, et refuser à l'autre. Elle fut accordée à Jacob , parce que Dieu l'avait ainsi réglé , et qu'il voulut user de miséricorde envers lui. Ainsi , de ce que Dieu veut aujourd'hui se faire un nouveau peuple de Fidèles, de ce qu'il y admet les gentils, de ce qu'il ne veut plus reconnaître pour son peuple les Juifs incrédules, qui n'entrent point dans cette nouvelle alliance; il n'en faut pas chercher la cause dans les mérites ni les démérites des uns ou des autres, mais dans Dieu même qui a voulu que les choses fussent ainsi. Plusieurs de ceux qui appliquent ces paroles à la réprobation et à la prédestination particulière à la gloire, se croient obliges d'y mettre des restrictions et des modifications auxquelles nous ne sommes point contraints de recourir. En effet , ils doivent reconnaître dans leurs sentiments, que l'homme

(l)Exod, 33. 19.

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