CHAPITRE IX
Par ce que )'on observait dans l'ancienne alliance , et par les viclimes imparfaites qne Ton t offrait, il montre la perfection de la nouvelle, o& Jésus-Christ, notre pontife, el qui s'est offert une fois en sacrifice pour nous , purifie nos âmes du péché. Il a é:é nécessaire qu'il mour&t , pour confirmer son alliance.
1. Habuit quidem et priùs , jiisti- 1. Il est vrai que la première a eu des ficationes culturx, et Sanclum sœcu- préceptes touchant le culte de Dieu , avec lare. un sanctuaire pour ce monde-ci.
H est vrai que la première a eu des préceptes touchant le culte de Dieu. Il y a dans le grec ordinaire. Eex^/^èv oZ'j xai -h irpûr-o cxîjv/j , hahuit quidem el priûs tabervacuhn > comme traduit Erasme. Mais c'est une faute si sensible, que Bèze lui-mêute a c^'^^ ax-nvh de son nouveau testament grec, et a traduit prius fœdus. En effet , saint Paul venait immédiatement de parler de l'ancienne alliance , et non pas du tabernacle. Aussi les meilleurs manuscrits « comme ceux d'Alexandrie , de Cleimont , d'Oiford, ceux de l'interprète syriaque, saint Chrysostôme, Photius ,OËcuroénius, Théophylact** sont conformes à la Vulgate. La première alliance a eu des préceptes touchant le culie de Dieu , Siït.at&p.at.'ccx. XaTpeCccç , jusli ficationes cuUûs , c'est-à-dire des préceptes el de» ordonnances concernant les cérémonies de la religion et le culte de Dieu. Car c'est dans ce sens qne justificationes au pluriel se prend dans l'Ecriture; le seul psaume 118^" fournit des exemples presque à chaque verset, — Avec un sanctuaire pour ce mondeci. Il parait naturel d'entendre par là le tabernacle tout entier, qui était composé de deux parties , dont l'apôtre va parler aux deux versets suivants. Ce sanctaaire ^^ appelé mundanum ou sœculare , c'est-à-dire terrestre, caduc, périssable» el ^^^*
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avons dit ci-dessus pourquoi. C*est dans ce même sens que saint Paul appelle ailleurs , tœcularia desideria , des désirs terrestres et mondains , qui ont pour objet les choses périssables de ce monde.
2. Tabernaculum enim factum est 2. Car on Bt un premier Tabernacle , où
primum , in quo erant tandelabra , et étalent les chandeliers , la table et les pains
mensa , et propositio panura , qu» de proposition , ce qui s'appelle le lieu
dicllurSancta (1). saint.
Car on fit un premier iahernacle. Ce n'est pas ici le lieu de faire la description du tabernacle si célèbre dans tontes les Ecritures de l'ancien testament. Il nous suffit ici de dire que le tabernacle de l'ancienne alliance était romme un temple portatif, qui servit aux Juifs de temple , pendant tout le temps qu'ils furent dans le désert, et même après qu'ils furent entiéts dans la (erre de Canaan , jusqu'au règne de Salomoo , qui fit
premier tabernacle, qui renfermait ce qi — Oé étaient le» chandeliers^ \u 25 chapitre de l'Ëiode, il est marqué qu'il n'y a voit dans cette première paitie du Tabernacle , qu'un chandelier. C'est ce qui a fait croire à quelques interprètes que saint Paul parlait ici du temple de Salomon , où il y en avait en effet plusieurs : mais certainement saint Paul ne parle ici que de ralliance qui fut faite au temps de Moîse. Il y a dans le grec Au^via au singulier, qui est le terme dont les LXX se sont servis pour exprimer le chandelier dont il est parlé au 25 chapitre de l'Exode, verset 31. Notre interprète a cependant traduit candelabra au pluriel 9 parce que ce chandelier avait sept iH'anches , qui pouvaient être regardées comme autant de chandeliers différents appuyés .sur la même base. C'est pour la même raisoD que Bèze , après Erasme , a traduit X\//yia par lucernœ, — La table et les pains de proposition. kxI h npode/atç r&v aprâv , el propositio panum, comme traduit Erasme avec Dotre interprète. C'est une énallage , comme a remarqué saint Thomas , pour dire panes propositionis , ou panes in mensd propositi, La table dont il est ici parié ^ était faite de bois de Setim , et revêtue de plaques d'or. Les prêtres mettaient toutes les semaines douze pains tout chauds sur cette table , c*est-à-dire autant qu'il y avait de tribiis dans le peuple de Dieu. Les Juifs marquaient en cela à Dieu que c'était de lui qu'ils tenaient leur nourriture. Après que ces pains avaient été exposés toute la semaine en présence du Seigneur , les prêtres les emportaient en y en mettant de nouveaux , et il n'était permis qu'à eux seuls d'en manger : Malt. 12, 4. — Ce qui s'appelle le lieu saint, "nrii Xéyercci ayia, Théodoret remarque avec raison, qu'où doit ici lire ayiK avec un acoent aigu sur l'antépénultième , et non pas àyia avec l'accent sur la pénultième. Car le pronom relatif ^nr^S ne se rapporte pas à itpodeaiç > qui précède immédiatement, mais à vx-av^ , tabernaculumt qui est plus éloigné. En effet, c'est cette partie du tabernacle qui est appelée oiyia , sancla , au pluriel , et quelquefois ôéycov , sanclum , c'està-dire le lieu saint. Cela paraît évidemment par le verset suivant , où l'autre partie du tabernacle est appelée &yt« àytuv , sancta sanctorum. Cependant notre interprète a traduit quœ dicitur sancta , suivant le grec , où le relatif est féminin , parce qu'il se rapporte à oxijW} , qui est de même genre : à moins qu'on ne dise qu'il a mis quœ pour quœres , ou quœ pars,
3. Post Telamentum auteni secun- 3. Et après le second voile , il y avait le dum 7 Tabernaculum , quod dicitur Tabernacle , qui s'appelle le saint des Sancta Sanctorum ; saints ;
Et après le second wnle. Ce second voile est celui qui séparait le premier tabernacle, ou plutôt la première partie du tabernacle, appelée sancta ^ ou le lieu saint, de l'autre qui était appelée le saint des saints. Car il y avait un premier voile, qui séparait l'entrée du tabernacle même d'avec le parvis découvert où était l'autel des holocaustes : Exod, 26 , 36. Il s'ensuit de là que Bèze a très-mal traduit mediwm telùm, an lieu de telum secundum. La raison qu'il en rapporte dans sa note, est aussi mauvaise que sa traduction. Car il suppose qu'il n'y avait qu'un seul yoile, et Moïse en marque expressément deux au chapitre que nous avons cité. ~— Il y avait le tabernacle , qui s'appelle le saint des saints. Ce second tabernacle ou plutôt cette seconde partie du tabernacle, s'appelait le saint des saints, c'est-à-dire le lieu très- Ci) Exod. 26, l. et 36, 8.
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saint, ou le lieu saint par eirellence. Il y a dans le teste hébreu taiMtitanancii' fatum , qui revient au même. Car les Hébreux ont coutume d'exprimer le superlatif, en répétant le génitif pluriel du substantif, comme canlicum canticorum pour can' Heum prœstanlitsimum , vanitas vanilatum, pour vanitas maxima,
4. Aureum habens tburibulum , et 4. Dans lequel étaient le brasier d'or
arcam teslamenti circumtectara ei pour les parfums , et l'arche du testament
omni parte auro (1) > couverte d'or de tous côtés ,
In quâ urna aurea habens manna. Où était et l'urne d'or qui contenait la
et \irga Aaron , qus frondaerat , et manne, et la verge d'Aaron qui avait fleuri,
tabule testament! (2) ; et les tables de l'alliance ;
Dan» lequel étaieni le brasier d'or pour le* parfums. QufJLtariipiQv^ thurtbulum. 11 est difficile de définir ce que saint Paul entend ici pur cet encensoir. L'opinion la plus probable est qu'il parle de l'autel des parfums. Car l<> cet autel n'était , é proprement parler, qu'un grand encensoir, et ne ser\ait à d'autres usages qu'à brûler des parfums. 2° C'est ainsi que Josèphe l'appelle, l. 6. de Belle , c. 6. et l. 3. Aniiq. e, 7. 3" Sans ^la , il faudrait dire que saint Paul n'aurait point parlé de l'autel des parfums, qui était cependant une des choses les plus précieuses qui fût dans le temple. Car on ne voit pas où le nouvel interprète français a pris qu't7 en a été parlé au verset précédent $ous le nom d'autel d'or. Il est vrai qu'au dernier chapitre de l'Exode, il est marqué que l'autel des parfums était hors du voile, et dans le premierTaberoacle. Aussi ni le texte grec , ni le latin ne disent point que cet encensoir fût dans le saint dea saints, mais que le saint des saints avait cet encensoir, habens Ihuribulum aureum, EXouaa. Or ) le mot avoir s'entend en différentes manières. On dit, par exemple qu'uoe ville a de magnifiques palais, et a des fortifications régulières : ce qui ne signifie pas que les fortifications soient dans la ville, aussi bien que les palais. Tout de même. le saint des saints avait l'autel des parfums, et l'arche d'alliance, mais en différente? manières. 11 avait l'arche, parce qu'il la renfermait dans son enceinte, et il avait l'autel des parfums, parce qiie cet autel était tout proche, et destiné à son service. Comme il n'y avait que le grand prêtre qui entrât dans le saint des saints , et cela une seule fois l'an ; pour que le lieu le plus auguste ne fût pas prisé de l'honneur de l'eiicegs, on a^ait placé l'autel des parfums vis-à-vis, et tout proche le saint des saints: de sorte que les prêtres venant brûler dessus chaque jour de l'encens, la fumée se communiquait dans le {iaint des saints, par une ouverture qu'on laissait en haut tout exprès. C'est encore pour cela que cet autel des parfums est appelé l'autel de l'OrBcle, Altare Oraculi, 3. Reg. 6, 22, c'est-à-dire du saint des saints, où Dieu rendait srs Oracles. Voyet Ribera, l. 2. de templo^ e, 8. — El l'arche du testament couverte d'or de tous côtés. L'arche était un coffic fait de bois de Setim, et tout revêtu de plaques d'or. Dieu en trace le dessin à MoLse au 25 chapitre de l'Exode, qu'on peut consulter. Elle est appelée l'arche du tei»tament, parce qu'elle renfermait les tables de la lui, où Dieu marquait ses vulontésaux Juifs, et ses promesses en faisant alliance a\eceus. C'est pour la même raison qu'elle est encore appelée l'arche du témoignage, et l'arche d'alliance. — Où étatt et Vurne d'or qui contenait la manne , et la verge d'Aaron yai avait fleuri, et les tablés de l'alliance. Ce que dit ici saint Paul ue parait pas s'accorder avec quelques autres endroits de l'ËtTiture. qui marquent fort précisément qu'il n'r avait dans l'arche que les tables de la loi, que Moïse y avait mises, quand le Seigneur fit son alliance avec les enfants d'Isiaêl sur le mont Oreh. 3. Reg. 8 , 9. /n àrcd autcsn non erat aliud^ nisi duœ Tahulœ lapideœ^ quas posuertU in eâ Moyses^ quandà pepi^ii Dominus fœdus cum filiis Israèi. La même cbo.se est rapportée prtsque en menus tenues, 2. Parai. 5, lO. Gomment donc saint Paul dit-il ici que l'urne d'or quirsnfermait la manne, et la verge d'Aarou étaient dans l'arche, aussi bien que les tables de la loi? Il faut dire avec Ribera , que oea mots, in qud , ivv^ ne se rapportent pas i Tarche qui précède, mais au tabernacle, qui est plus éloigné. Il y a une infinité d'endroits dans l'Elcriture , qui marquent que le relatif se rappoite souvent au nom le plui éloigné; et d'ailleurs, nous avons déjà fait voir que l'auteur de la Vuigate prend souvent le genre qu'il trouve dans le grec, sans se mettre eu peine s'il convient au aum latin. Il a donc pu dire ici tout de même in quà, pour in quo; parce qu'il a trouvé dans le grec iv^ft , au féminin, qui se rapporte à vxyjv)} de même genre. De cette sorte, il n'y a plut de difficulté. Car il est certain que tout ce que l'apôtre immnie ici, éloil
(1) Levit. 16. - ?fum. 16. — i2; 3. Reg. 8. 9. - 2 Par. 5. iO.