CHAPITRE
Kancliûi's par l'usage des sacrpinenls . Pt par la pratique des bonnes oeuvres : mais nns bonnes œuvres tirent toute leur valeur de cet unique sacrifice, sans lequel elles ne seraient d'aucun prix devant Dieu ; et c'est de lé pareillennciit que les sacrements empruntent tonte leur vertu , étant comme des canaux par où le fruit de cette unique oblation nous est communiqué.
IS. Contestatur autem oos et Spi- 15. Et le Saint-Esprit même nous en ritus sanctus. Postquàm enim dlxit : assure. Car après avoir dit :
Et le Saint-Etpril même nout en atture par la bouche de Jérémie. Saint Paul a déjd cité ce passage au chapitre 8 , pour prouver que Dieu devait faire une nouvelle alliance avec son peuple, toute différente de la première. Il le répète ici malutenaut, pour prouver que la rémission des péchés est le fruit de cette nouvelle alliance , et que c'est par le sacrifice du nouveau Médiateur que nous pouvons l'obtenir.
10. Hoc autem testamentum , quod 16. L'alliance que je contracterai avec
testabor ad illos post dies illos , dicit eux après ce temps-là , dit le Seigneur ,
Dominus : Dando leges meas in cor- ce sera en faisant entrer mes lois dans
dibus eorum , et in mentibus eorum leur cœur , et je les écrirai dans leur
superscribam eas (1) ; esprit ;
17. Et peccatorum , et iniquîtatum 17. Et désormais je ne me souviendrai eorum jam non recordabor ampliùs. plus de leurs péchés, ni de leurs iniquités.
Et détormais je ne me souviendrai plus de leurs péchés, \vant ces paroles, il faut sous-enteodre quelque chose, comme, il ajoute ou, t^ dit encore. Car sans cela le discours demeurerait suspendu , n'y ayant rien qui répondit é ces puruîesdu verset 15. Car ayant dit. Bète a trouvé ce supplément dans un de ses manuscrits. Cependant il ne le juge pas nécessaire; parce qu'il est persuadé que ces paroles du verset t6 , dicit Dominus, sont de saint Paul , et non pas du prophète , et qu'on doit ainsi arranger cet endroit : Postquàm primo loco dixit : Hoc est fœdus, etc. tum posted subjicit Dominus : Indam leges ^ etc. Cela supposé, il ne faudrait point de supplément au verset 17. Mais ces mêmes paroles, dicit Dominus ^ se trouvant dans Jérémie, on ne peut guère douter que saint Paul ne les rapporte comme de ce prophète : et cela d'autant plus, qu'il veut ici fHÎre voir que c'est dans la nouvelle alliance que nous trouvons la rémission des péchés. Or cela est prouvé par ces dernières paroles , et désormais je ne me souviendrai plus de leurs péchés , et non pas par celles qui précèdent. C'est dans ces dernières paroles que consiste toute la force de sa preuve : c'était donc avant le verset 17, que saint Paul devait mettre ces paroles, dicit Dominus ^ si elles n'étaient pas du prophète, mais de lui.
18. Ubi autem horum remissio , 18. Or, dès que la rémission en est acjam non est oblatio pro peccato. cordée , il n'y a plus d'oblation à faire
pour le péché.
Or dès que la rémission est accordée , il n'y a plus d* oblation à faire pour le péché. Il ne s'agit pas ici de la rémission actuelle des péchés. Car il e&t bien certain que tous les péchés n'ont pa» été actuellement remis par la mort de Jésus-Christ sur la croix : autrement , il faudrait dire que les péchés auraient été remis avant que d'être commis. 1! n est donc ici question que du prix que Jésus-Christ a payé pour nos péchés , et pour nous en obtenir la rémission. Or le prix que Jésus-Chritit a payé pour nous en s'immola nt sur la croix , est plus que suffisant pour expier les péchés de tout le monde. Il ne faut donc plus attendre de nouvelle victime, qui satisfasse pour le péché : il n'est point nécessaire pour cela que Jésus-Christ meure une seconde fois. Ainsi quand nous offrons le sacrifice de la messe, on ne peut trop le répéter, nous n'immolons point une nouvelle victime, qui mérite de nouveau le pardon de nos péchés, nous ne le faisons point mourir une seconde fois; nous ne faisons, selon le commandement de Jésus- Christ lui-niénie , que perpétuer la mémoire du sacrifice sanglant qui a été offert une seule fuis sur la croix , et nous en appliquer le fruit ; et c'est dans ce seul sens que nous assurons que le sacrifice de la messe est expiatoire.
19. Habentes itaque, fratres, fidu- 19. C'est pourquoi , mes frères, pouciam in iotroitu sanctorum in san- vaut entrer dans le sanctuaire avec assuguine Christi , rance par le sang de Jésus-Christ ,
il) Jerera. 31. 33. - Sup. 8. 8.
4S0 EPITnC DE s. PVIJL AUX HÉBRHVX.
C'est pourquoi, mes frèret ^ pouvani entrer dans, le sanctuaire avec assurance parle sang de Jésus-Christ. Voini proprement la &e(?on(ie partie de cette épitre anx Bébreiix. Jusqu'ici snint Puni s'est appliqué à leur donner une haute idée de Jésus-Chmt, à leur expliquer l'excellence de son sacerdoce, l'abrogation de l'ancienne loi, et de tous ses sacrifices : il va maintenant leur donner detî avis salutaires, et propres à soutenir leur constiince dans la foi de Jcsus-Clirist, au milieu des persécutions qu'ils ont à souffrir. C'est pourquoi, dit-il, c'est-é-dire puisque nous avons un pontife tel que je vous l'ai roprésenlé, qui a expié nos péchés, qui est entré dans le ciel où il nous appelle , et qui par l'effusion de son sang nous a mis en état de pouvoir y entrer btcc assurance , etc.
20. Quam initiavit nobis viam no- 20. Par la voie nouvelle qui mène à la vain, et viventem per velamcn, id vie, et qu'il a ou verte au travers du voile, est , carnem suani : qui est sa chair :
Par la rote nouvelle qui mène à la vie , et qu'il a ouverte au travers du voile qui est sa chair, ^v tve/atvtasv -^;u7v ô^àv , quam initiavit nohis viam, c'est-à-dire, eàvii, quam initiavit nobis. lyxatv^Çstv se dit proprement de celui qui se sert le premier d'une chose qui est achevée et parfaite. Saint Paul veut donc dire par Id , que Jéâus-Cbrist s'est ouvert le chemin du ciel, qu'il y est entré le premier, afin de nous y introduire après lui. Saint Paul appelle ce chemin nouveau , npàetfccrov , recentem ; parce que Jésus-Christ est le premier qui se le soit ouvert, et qu'avant lui ni Moïse, ni Abraham, ni aucun des autres patriarches n'y étaient entrés, il l'appelle encore un chemin vivant, Çâffav , viventem; parce que ce chemin conduit à la vie éternelle. Mais cecheiuiii. Jésus-Christ se Test ouvert au travers du voile , qui est sa chair , c'esM-dire par l'oblation sanglante qu'il a faite de son corps sur la croix. Saint Paulvfait allusion au sanctuaire de Moïse, où le pontife devait entrer par le voile qui le séparait de la pre» miëre partie du tabernacle ; et il compare la chair de Jésus-Christ à ce voile, parce que, comme le voile cachait le sanctuaire et l'arche où la Majesté de Dieu résidait, et que ce n'était que par le voile qu'on pouvait entrer dans le sanctuaire : de même la chair de Jésus-Christ nous cachait sa divinité , et ce n'est que par cette méroe chair immolée sur la croix , que nous avons eu entrée dans le véritable sanctuaire , qui est le ciel. C'est pour signitier cela, qu'à la mort de Jésus-Christ, le voile du temple se rompit de haut en bas. Malt, 27, 51, pour nous marquer que par la mort deTiioniDie* Dieu , le ciel fut ouvert, et que nous eûmes la liberté d'y pouvoir entrer.
21. Et sacerdolem magnum super 21. Ayant aussi un grand-prêtre, qui domum Dei ; gouverne la maison de Dieu ;
Ayant aussi un grand prêtre , qui gouverne la maison de Dieu. Ce grand-prêtre, c'est Jésus-Christ lui-même qui est le pontife de la nouvelle alliance, et qui gouverne la maison de Dieu; c'est-à-dire l'Eglise , comme il paraît par le chapitre 3. v. 6, de cette épitre. Théophylacte croit que par là on doit entendre le ciel. 11 est probable qu'on doit entendre l'un et l'autre , et l'Eglise militante qui est sur la terre , et la triomphante qui est dans le ciel. Car l'une et l'autre est la maison de Dieu ; et Jésus-Christ a reçu de son Père tout pouvoir dans le ciel et sur la terre.
22. Aceedamus cum vero corde in 22« Approchons-nous avec un eœur plenitudine fidei , aspersi corda à sincère et une foi parfaite, après que nos conscientià maiâ , et abluti corpus cœurs ont été nettoyés de ce qui rend la aquà mundà. conscience mauvaise, et que notre corps
a été lavé d'une eau pore.
Approchons-nous avec un cœur sincère^ etc. C'est ici la conclusion de ce qui a été dit aux trois versets précédents. Puisque nous avons dans le ciel un pontife, qui, par l'effusion de son sang, nous a ouvert l'entrée du ciel ; approchons-nous de cet heureux terme, et entrons dans le chemin que Jésus-Christ nous a frayé, et qui doit noiu y conduire : mais approchons-nous-en avec un cœur droit et sincère , et avec une foipar» faite , iv nXvpofoplK Tciçeuç , in plenitudine fidei : c'est-à-dire avec une fui pleine, qui ne nous laisse aucun doute sur la vérité des divines promesses. Voy et ce que nous avons dit ci-dessus, c. 6. v. 11 , sur la signification du mot nXnpofopia, Au reste, cette pleine assurance est bien différente de la certitude du salut, que les préteodui réformés veulent établir. Car nous devons être pleinement assurés que Dieu ne ooui manquera point, et de ce côté-là nous n'avons rien à craindre, D|ais couime les pr«>-
CITÂFITRE X. 431
mpssrsde Dieu louchant le talut sont conditioiinelles, et que les conditions dépenden de nous avec le secours de sa grâce . nous avons toujours lieu de nous défier de nousmêmes : et c'est pour cela que le même apôtre nous avertît alieurs de fuire notre salut toujours avec crainte et tremblement : Phil. 2. 12. — Aprèt que not cœurt ont été nettoyé* de ce qui rend la conscience mautaise , et que notre corpt a été lavé d'une eau jjure. Apres avoir été purifiés de nos péchés , qui rendent la conscience mauvaise , et après avoir été lavés dans le sacrement de baptême , où l'eau qui purifie le corps est le symbole de la pureté qui est communiquée à 1 ame. C'est là l'explication de saint Chrysostôme et des autres Pères grecs. Comme l'apôtre écrit à des chrétiens baptisés, il ne les exhorte pas ici à s'approcher du ciel en se faisant baptiser, mais à niarcber a\ec la pureté qu'ils avaient reçue dans le baptêuie , et qu'ils s'étaient engagés de con8er>er. Au reste, saint Paul fait ici allusion aux aspersions légales , et aux différentes ablutions dont il a ci-devant parlé , et qui étaient des espèces de baptêmes.
23. Teneamus spei nostrsp confes- 23. Maintenons-nous dons la profession siooem indeclinabilein , (fidclis enim que nous avons faite d'es|)érer, sans nous est qui repronaisit ;) en écarter jamais : car celui qui a fait les
promesses est fidèle ;
3fa4nienonS'-nout dans la profession que nous avons faite d'esiiérer, sans nous écarter jamais. Dans le symbole de la foi , nous faisons profession de croire la rémission des péchés, la résurrection des morts, et la vie éternelle; et nous sommes en même temps obligés d'attendre tout cela de la bonté de Dieu par les mérites de Jésus-Christ. C'est doue à cette espérance que saint Paul exhorte les Hébreux. Il \eut que cette espérance ue soit pas faible et chancelante , mais ferme et immobile : en sorte que rien ne soit capable de nous l'arracher, indeelinahilem. Le motif qu'il leur en apporte est des plus pressants; c'est que celui qui a fait les promesses ^ est fidèle à tenir ce qu'il a prorois. Mais il ne s'ensuit pas de lé , comme prétendent les nouveaux sectaires, qu'un chacun doive avoir une certitude de foi de son salut. Car en vertu des divines promesses , nous sommes pleinement assurés que Dieu ne nous manquera pas : mais nous ne pouvons pas être également assurés de notre fidélité à ne lui point manquer. C'est pour cela que le saint concile de Trente, après avoir enseigné que la persévérance finale, sans laquelle liersonne ne sera sauvé , est un don spécial de la divine miséricorde , dont personne ne peut se tenir pleinement assuré sans une révélation particulière; ajoute, que tous cependant doivent avoir une très-ferme assurance dans le secours de Dieu , et se tenir pleinement persuadés que s'ils ne sont infidèles à y correspondie , il achèvera dans eux ce qu'il y a commencé, nisi ijsi ejus graiiœ defuerint. Voilà la condition; laquelle sans rien diminuer de la fermeté de notre espérance^ qui a Dieu pour objet, doit continuellement nous portera nous défier de nous-mêmes. Estius , en paraissant ici combattre la certitude du salut des nouveaux sectaires , détruit lui-même l'espérance chrétienne , et rentre par une autre voie dans leurs sentiments. Car ce qui détruit cette certitude , selon lui , c'est que Dieu ne promet l'entrée du ciel qu'à ceux qui croient, qui espèrent , qui pratiquent les bonnes œuvres , et qui persé\èrent. Or, continue-t-il, ces moyens ne sont pas promis à tout le monde, mais aux seuls élus, qui ne sont connus que de Dieu seul : quœ média , quia non omnibus promissa sunt , sed solis eleclis , etc. D'où il conclut que chaque particulier ne peut pas avoir la certitude dont se flattent les nouveaux réformés. Mais si ce raisonnement est solide , personne ne pourra plus faiie aucun acte d'espérance. Car la certitude de notre espérance est uniquement fondée sur les divines promesses. Or ces promesses, selon Estius, n'ont été faites qu'aux seuls élus , lesquels ne sont connus que de Dieu seul Donc personne ne sait si ces pronirsses le regardent : persoime par conséquent ne peut appuyer sur cela son espérance. La vérité est, que Dieu n'a promis l'entrt'e du ciel qu'à ceux qui croient, qui espèrent, qui pratiquent le bien, et qui persévèrent. Mais comment un théologien qui se dit catholique peut-il ajouter généialeuient que ces uioyeiis ne sont promis qu'aux seuls élus, et que Dieu ne les donne en effet qu'aux seuls élus? V.bt si Dieu ne les donne qu'aux seuls élus , il faut donc dire encore qu'il n'y a que les seuls élus qui croient, qui espèrent, qui pratiquent le bien, qui soient justifii's, ccuunie il u'y a qu'eux qui persc^èrent. 'N'est-ce pas, comme nous avons dit, retuuiber dans le plus pur calvinisme, en faisant &euiblunt de !e cuuiballrc?
24. Ft ronsidercmus invirem in 24. Et ayons les yeux les uns sur les provocationem charitalis, cl bono* autres, pour nous animer à la charité et rum oi;erum : aux bonnes œuvres :
4B2 EPITRE DE S. PArX AUX HEfiREUX.
25. Non deserentes collectionem 25. Ne manquant point à nos assern* noslrom , sicut consuetudinis est qui- blées , comme quelques-uns ont coulume busdam , sed consolantes, et tantô de le faire i mais tâchant de nous consomagis qnantô vidcritis appropinquan- 1er ; et cela, plus vous \errez que le jour tem diem. est proche.
Ne manquant point â nos assemhlêe» , comme quelgiies-uns ont eotUume de le faire. M») lyn^araXilitovreç tviv iTrtauvaywyvjV laurâv, «on deserentes eoUectionem, ou congregalionem nostram. Les Pères paraissent partagés sur l'explication de cet endroit. Car saint Cbrysustôme avec les autics Grecs, croient que saint Paul exhorte par là les Hébreux é ne pas abandonner les assemblées que faisaient les chrétiens pour chanter les louanges de Dieu, pour entendre sa parole, et participer aux saints mystères. Mais ta plupart des latins pensent que l'apôtre veut les confirmer dans la foi de Jésus-Christ, et leur inspirer de Thurrcur de l'apostasio dans laquelle plusieursétaieot déjà tombés , et dont les autres étaient menacés par leur instabilité naturelle et par la violence de la persécution. Ces deux explications , quoique différentes, peuvent cependant se concilier ensemlile, en disant que saint Paul exhorte les Hébreux à se trouver exactement aux assemblées des fidèles , pour s'y confirmer dans la foi qu'ils avaient embrassée : de peur que, venante les abandonner, ou par une criminelle négligence, ou par une lâche timidité, ils ne viennent à perdre enfin cette même foi par une honteuse apostasie, comme saint Ignace l'écrivait é ceux d'Ephèse et de Smyrne. ~- Mais tâchant de nous consoler. De vous soutenir, de vous encourager mutuellement, par l'espérance de la récompense qui doit couronner votre constance ; et cela plus vous terrez que le jour est proche. Ce qui doit 6'entendre , ou bien du jour de la mort^ où chacun reçoit son jngement particulier; ou bien du jour du jugement général . où la sentence portée dans le premier sera solennellement confirmée , ou bien peut-être aussi naturellement et plus simplement , du jour de quelque persécution nouvelle, qui est plus proche que vous ne pensez.
26. Voluntariè enim peccantibus 26. Car dès que nous péchons de pronobis post acceptam notitiam veriia- pos délibéré, après avoir reconnu la vêtis , jam non relinquitur pro peccatis rite > il ne reste plus désormais de victime hostia (1), pour les péchés.
Car dès que nous péchons de propos délibéré , après avoir reconnu la vérité, il ne reste plus désormais de victime pour les péchés» Saint Cbrytiostôme et Théophylacie croient que saint Paul signifie par là , que ceux qui pèchent après le baptême, ne peuvent plus espérer un second baptême pour se purifier de leurs péchés. Saint Augustin a suivi la même explication dans son exposition commencée de l'épitre aux Romains. Mais on ne trouvera nulle part , que le mot de victime soit mis pour signifier le baptême. D'ailleurs , quoiqu'il soit vrai que ceux qui tombent dans le péché après le baptême , ne puissent plus être baptisés ; il ne s'ensuit pas qu'il ne leur reste plus à attendre que le terrible supplice du feu , comme le dit l'apôtre , à moins qu'on ne lenr ôfe entièrement la pénitence. Si Ton considère de près toutes les circonstances du texte de l'apôtre, il paraît évident que par ceux qui pèchent volontairement , ou depropot délibéré f il n'entend pas ceux qui tombent dans toutes sortes de péchés; mais leuiement ceux qui ayant connu la vérité de la religion chrétienne, et après l'avoir embrassée la quittent, et renoncent à Jésus-Christ par une apostasie déclarée. C'est ce qui parait i" par le but de toute cette épitre, qui est de retenir les Hébreux dans la profession de la foi de Jésus-Christ , et de les empêcher de retourner au judaïsme. 2* Saint Paul venait de les exhorter à se maintenir dans la profession «fu'ils avaient fuite, a ne point sortir de l'Eglise où ils étaient entrés. Ce qu'il rapporte ici est donc pour leur faire sentir la grièveté d'une telle apostasie. 3<* Ce n'est proprement que de celui qui apostasie de la religion chrétienne qu'on peut le dire, comuie fait l'apôtre, v. 29,qu'i7a f(mlé aux pieds le Fils de Dieu , et qu'il a traité comme une chose immonde le sang de l'alliance , par lequel il a été sanctifié. Voici donc le vrai sens de ces paroles de l'apôtie : Si après avoir embrassé la religion chrétienne avec connaissance de causo , nous venons à la quitter de propos délibéré, il ne nous reste plus désormais de victimes pour les péchés: non pas que ce crime, tout énorme qu'il est, ne puisse encore être expié; mais parce qu'il ne peut l'être que par l'unique victime que les apostats rejettent, et
(I) Sup 6.4.
CIUPITRE X. -4 SB
hors laquelle cependant il ne leur en reste aucune autre qui puisse expier leurs crimes et les «tunctifier.
27. Terribilis autera quardam ci- 27. Mais une attente formidable du jupeclatio judicii , et ignis aennulalio, gemont . et uu feu jaloux qui doit cous uquae consumptura est adversarios. mer les ennemis.
Maii une attente formidable du jugement. Si nous quittons la religion chrétienne , et que nous abandonnions Jésus-Christ, il ne nous reste plus à attendre qu'un jugement terrible, où nous serons condamnés au feu éternel , qui jaloux de venger la gloire de Dieu , tourmentera ses ennemis assez pour les consumer , s'ils pouvaient être détruits. Saint Paul parle du feu de l'enfer comme s'il av*iit de la connaissance et du sentiment, et qu'il fût dans l'impatience de venger les outrages faits au créateur. C'est dans le même sens qu'il est dit ailleurs, que toutes les créatures comhattrant pour Dieu contre ses ennemis insensés, et c'est aussi ce qui a engagé quelques Pères a appeler le feu de l'enfer une flamme raisonnable.
28. Irritam quis faciens legera 28. Celui qui viole la loi de Moïse , est MoYsi , sine ullâ miseraiione duobus rois à mort sans miséricorde , sur le tével tribus tcsiibus moritur (1). moignage de deux ou trois personnes.
Celui qui viole la loi de MdUe , ett mis à mort sans miséricorde. 11 ne s'agit pas ici de celui qui transgresse quelque précepte de la lui de Sloïse , mais de celui qui rejette cette loi tout entière , qui y renonce ]>our embrasser le culte des faux dieux. C'est ce que signifie proprement le mot grec àôsrViaaç, que notre interprète a très-bien rendu par irritum faciens, mettant le présent selon !a coutume , au lieu du prétérit. La loi de Moïse condamnait irréuiissiblement ces apostats à la mort, lorsqu'ils étaient convaincus sur le témoignage de deux ou trois personnes, Deut. 13, 5, 8. 16. 6. Cela nous prouve encore que dans le verset précédent, il s'agit de ceux qui abandonnaient entièrement la religion chrétienne. Car saint Paul compare ensemble l'apostasie de la loi de Moue avec l'apostasie de la religion chrétienne.
29. Quantô magis putatis détériora 29. Combien pensez-vous que mérite mereri supplicia , qui Filium Dei con- de plus rigoureux supplice^ » celui qui culcaverit, et sanguinem testament! aura foulé aux pieds le Fils de Dieu, qui pollutum duxerit, in quo sanciifica- aura traité comme une chose immonde le tus est, et spiritui graliœ coutume- sang de l'alliance par lequel il a été sanctiliam fecerit ? fié, et qui aura outragé l'esprit de la grâce ?
Combien pensez-vous que mérite déplus rigoureux supplices, etc. Si celui qui abandonnait la loi de Moïse était sans miséricorde condamné à la mort, combien pensezvous que mérite de plus rigoureux supplices, celui qui aura quitté la religion chrétienne , et qui aura méprisé le Fils de Dieu , qui en est l'auteur, jusqu'à le fouler aux pieds en tant qu'il est en lui ? — Qui aura traité comme une chose immonde le sang de l'alliance , par lequel il a été sanctifié. Celui qui renonce à la loi de Jésuti- Christ qu'il avait embrassée , loin de regarder Jésus-Christ comme son Dieu , ou même comme un prophète envoyé de Dieu, le regarde au contraire comme un séducteur , nui a abusé du nom de Dieu , et qui pour cela a été légitimement condamné à mort.
,r ... . sang
c|ue la nouvelle alliance a été confirmée. Ce qui augmente encore le crime de l'apt)stat , c'est qu'il fait cette injure au sang du Fils de Dieu , par lequel il a été sanctifié. Il s'ensuit évidemment de là que l'homme après avoir été sanctifié, peut toujours perdra la justice. Car dire ([ue ces mots , in quo sanclificatus est , signifient seulement qu'il a fait une profession extérieure de la foi , ou qu'ils doivent s'entendre de quelques goûts trompeurs et passagers de piété ou de sainteté feinte , et qui n'a de réalité que dans l'opinion fausse des hommes , dire tout cela , comme font Cameron , Junius, Jacques Capelle, Piscator , et plusieurs autres interprètes calvinistes , c'est trop grossièrement abuser des saintes Ecritures : en les interprétant avec une pareille licence, il n'y a point d'erreur qu'on ne puisse s'assurer d'y trouver. 11 ue s'agit donc pas ici d'une sanctification extérieure , hypocrite et trompeuse, qu'on devrait plutôt attribuer au
(l) Deut. 17. 6.- Matt. IS. IG. - Joan. 8. 17, - 2. Cor. 13. 1.