CHAPITRE XI
Par la foi , MtfUe étant devenu grand , protesta qu'il n'était point fils de la fille de Pharaon. L'Écriture , i4c. 7 , 23 , marque qu'il avait alors quarante ans. On peut voir dans l'Exode , c. 2, comment la fille de Pharaon fit retirer Moïse de dessus le Nil , où il était exposé; et Viiyant fait ndurrir , l'adopta ensuife pour son fils. Il fullut sans doute que Moïse eût bien de la fui, pour mépriser une qualité qui lui promettait tant d'avantages, et à laquelle il ne pouvait renoncer , sans s'exposera toutes les vexations qui faisaient gémir ses frères , comme l'apôtre le marque dans les versets suivants.
25. Magis eligens affligi cum po- 25. Choisissant plutôt d'ctre affligé avec pulo Dei , quàm lemporalis peccati le peuple de Dieu, que de goûter le plaisir nabere jucuDditatem : du péché qui passe avec le temps :
Que de goûter le plaisir du péché qui passe avec le temps. Moïse n'eût pas manqué de se rendre coupable . si étant appelé de Dieu pour délivrer ses frères , il eût mieux aimé jouir des délices de la cour, que de s'exposer à toutes les peines attachées à sa vocation.
26. Majores divitias ffstimans the- 26. Estimant que l'opprobre de Jésussauro ^gyptiorum , improperium Christ était un plus grand fonds de ri- Cbristi : aspiciebat enim in remune- chesses, que les trésors des Egyptiens : ralionem. parce qu'il avait en vue la récompense*
Estimant que l'opprahre de Jésus-Christ était un plus grand fonds de richesses , quê les trésors des Egyptiens. Par l'opprobre de Jésus-Christ , saint Chrysostôme et les autres Grecs entendent ce que Muïse eut à souffrir de ses frères, assez semblable à ce que Jésus-Christ souffrit depuis des Juifs qu'il venait mettre en liberté. Mais par l'opprobre de Jésus— Christ , il paraît bien plus naturel d'entendre ce que Moïse souffrit en vue de Jésus-Christ, et pour se rendre semblable à lui. Car on ne peut pas douter qu'un si grand prophète n'ait connu ce que Jésus-Christ devait endurer pour le salut des hoDiDies, et qu'il n'ait volontiers embrassé ce qui le pouvait rendre conforme au divin libérateur dont il était la figure. — Parce qu'il avait en vue la récompense, ot.Tzi^\gni 'fip 8«5 T^v /itçBanoSodlavj aspiciebat enim in remuneralionem. Ce ne fut pas une récompeuse temporelle que Moïse envisagea : son espérance eût été très-mal fondée, puisque d'un côté il n'entra pas même dans la terre promise, qui d'ailleurs n'elait pas capable de le dédommager de ce qu'il quittait à la cour de Pharaon . et que de l'autre côte il n'eut que des fatigues , des travaux et des contradictions à souffrir dans le désert quarante ans durant. Mais ce saint patriarche envisageait la réconipense céleste, dont Dieu devait payer ses peines et ses travaux ; et ce fut elle qui l'engagea é tout quitter, et à tf)ut souffrir. Après cela , peut-un douter qu'il ne soit louable d'agir en vue de la récompense éleruelle; puisqu'un si !>aint homme s'est conduit par ce motif, et qu'eu cela saiut Paul seuitle le canoniser. TVous avons encore ici unepreu\eque la gloire céleste u'est point un don purement gratuit, dont Dieu nous fasse part par pure bienveillance, mais une récompense qu'il donne à nos mérites en qualitéde juste juge. Car c'efrt là ce que signifie le mot grec /iiidaTzaSofficc , comme nous l'avons déjà remarqué.
27. Fide reliquit iEgyptum ; non 27. Par la foi, il quitta l'Egypte, sans veritus animositatem régis : invisibi- craindre l'indignation du roi : car il at- Icm enim tamquàm vidcns sustinuit. tendit constamment celui qu'on ne voit
point, comme s'il l'eût vu.
Par la foi, il quitta V Egypte, sans craindre l'indignation du roi. Saint Chrysostôme et les autres Grecs entendent cela de la première sortie que Muïse fit tout seul , en se retirant dans la terre de Madian , pour se soustraire aux recherches de Pharaon, qui voulait le faire mourir, sachant qu'il avait tué un Egyptien , comme il est rapporté Exod. 2. 14, 15. Mais dans cette occasion. Moïse marque lui-même que ce fut la crainte qui lui fit quitter l'Egypte, timuii Mdises : la foi ne semble point y avoir eu de part. FA il ne sert à rien de dire qu'il ne craignit pas, de telle sorte qu'il ne revint dans la suite courageusement pour délivrer son peuple. Car il n'est pas ici question du temps de son retour, mais du temps de la sortie, où la crainte et la prudence, sans beaucoup de foi, suffisaient seules à le faire partir. Il s'agit donc en cet endroit de la seconde sortie que fit Moïse avec tout le peuple qu'il conduisit dans le désert. C'est dans cette rencontre que le saint législateur eut besoin de toute sa foi. Car il s'attendait bien que Pharaon irrité , et changeant comme il était, mettrait tout en œuvre pour le faire périr avec tous les Ilébrcux. Mais la foi qu'il eut aux promesses que Dieu avait faites à Abraham . Isaac et Jacob , et à lui-même , lui fit mépriser tous les dangers que