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CHAPITRE XII

l'apôtre les porte par Texemple des anciens , et même de Jésus-Christ , à souffrir géoereDMmenl les afflictions. Il les éloigne da péché ; et surtout il se sert de rexceilence que )a nouvelle alliance a sur Tancienne , pour les éloigner de la désobéissance , de crainte que nous ne soyons plus rigoureusement punis que les Juifs.

1. Ideoqub et nos tantam habentes 1. Ayant donc nous-mêmes au-dessus impositam nubem testium , deponen- de nous une si grande nuée de témoins, tes omne pondus , et circurostans nos défaisons-nous de tout ce qui nous charge, peccatum , per patientiam curramus et du péché qui nous environne de tous ad propositum nobis certamen (i) : côtés; et courons par la patience au combat qui nous a été proposé :

Ayant donc nous-mêmes au-dessus de nous une si grande nuée de témoins. L'apôtre entend par là tous ceux dont il vient de parler dans le chapitre précédent. 11 les appelle témoins , parce que par leurs paroles, et encore plus par leurs héroïques vertus, ils ont rendu témoignage à l'excellence, à la force et à l'utilité de la foi. Il y a dans le f^rec , -ne pix£tfi.ij'/)j t circumpositam ; au lieu que notre interprète à \u intxeifâwrh impositam, - Défaisons nous de tout ce qui nous charge. Saint Paul fait allusion i ce

(!) Uom. 6. 4.-Ephes.4.22. -Colos. 3. 8. -I. Pet.2 l et 4, 2.

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qui se prattqu&it dans les jeux publics, où ceux qui deTaieni combattre à la course , avaient grand soin de mettre bus tout ce qui pouvait les rendre pesants , et les empê^ cher de si bien courir. Saint Paul veut donc qu'à cet exemple, les Hébreux se défassent de tout ce qui pourrait retarder leur course, et les embarrasser. ->- Et du péché qui nous environne de touê côlé$. Par le péché, quelques-uns entendent la concupiscence qui nous porte au péché , et qui est appelée péché par l'apôtre , Rom. 6, 12, Il est vrai que celte concupiscence est un obstacle , qui ne nous empêche que trop souvent d« courir dans le chemin de la perfection : mais par malheur pour nous, c*est un obstacle dont il ne nous est pas possible de nous défaire en cette vie. Il est donc plus naturel d'entendre par là les mauvaises habitudes, ou le péché même que saint Paul considère si souvent comme une personne ennemie de l'homme , qui l'assiège de tous côtés, et qui n'a que trop d'habileté à le surprendre, et à retarder son progrès dans la vertu » s'il ne l'arrête pas absolument. — Et courons par la patience au combat qui nous a été proposé. Il y a dans le grec, rpix^a/uv rbv T:pox.siiJLsvov -hfih xyûya , curramus propo^ situm nobis certamen : ce qui signifie, courons dans la carrière qui nous a été ouverte. C'est dans ce sens que Cicîéron dit , 1. 3. de Offic. qui stadium currit et pro Leg, Agrar, cursus cucurrerunt : et c'est ainsi que l'apôtre dit lui-même , 2. Timot. 4 , 7. bonum certamen certavi : ce qu'il explique aussitôt de la course, en ajoutant, cursum consunt' mavi. En lisant ad proposiium nobis certamen avec l'auteur de la Vulgate, il faut dira qjie l'apôtre avertit les Hébreux de ne pas fuir le combat , mais d'y courir avec intrépidité. Ce sens est aussi bon que le premier, et revient dans le fond au même. Cest donc sans fondement qu'Estius prétend qu'on doit rejeter la préposition ad , qui , selon lui, renverse le véritable sens de l'apôtre. \u reste, la même préposition se trouvo dans la version syriaque , quoiqu'Estius assure le contraire.

2. Aspicientes in auctorem fidei , 2. Jetant les yeux sur Jésus , l'auteur ei consumroatorem Jesum , qui pro- et le consommateur de la foi , lequel ayant posiio sibi gaudio sustinuit crucem, eh vue l'état de joie qui lui fut offert, coDfusione contemptà , atque in dei- soutint le tourment de la croix , sans se lerà sedis Dei sedet. mettre en peine de l'ignominie, et qui par

là est assis dans le trône de Dieu à sa

droite.

^ Jetant les yeux sur Jésus , V auteur et le consommateur de la foi Jésus-Christ est l'auteur de notre foi, en ce que c'est lui qui nous a enseigné ce que nous devons croire, et qu'il nous le fait croire par sa grâce; et il en est le consonmiateur, parce que c'est lui qui la perfectionne , et qui à la fin la récompensera , en nous faisant voir par une vision intuitive les choses que nous aurons crues par la foi. — Lequel ayant en rue l'état de joie qui lui fut offert , soutint le tourment de la croix , sans se mettre fnpeine de l'ignominie. Par cette joie , il faut entendre la gloire dont Thumanité sainte de Jésus-Christ devait être couronnée; qui lui fut promise, Joan. 12, 28; que Jésus- Christ demanda à son Père, Joan. 17. 5. ; que l'ange lui fit encore envisager, Luc. 22, 43, et dont il fut mis en possession après son Ascension, Phil. 2. 9. Il y a dans le grec, ôç àvri rrç iipoyteijj.t^ç àwTw X^p^i uTt^ytAStve çaupbv : ce qu'on peut traduire, 9^i vice sibi projiosili gaudii pertulit crucem. C'est-à-diie, selon les Pères grecs, que Jésus-Christ pouvant ne pas souffrir et ne pas mourir, il a préféré l'ignominie de la croix à la vie heureuse que méritait son innocence. La première explication parait plus conforme au but de l'apôtre, qui est d'animer les Héineux à souffrir constamment pour la foi , en vue de la gloire que Jésus-Christ a méritée par sa mort, et à laquelle us peuvent avoir part, s'ils imitent sa patience dans les souffrances. Il n'est pas niénifl nécessaire , pour suivre cette explication , d'abandonner le texte grec ; car la préposition ovTi, signifie très-souvent la cause finale. On peut donc traduire ainsi le grec, PJ^pter gaudium sibi propositum : ce qu'on exprime encore plus élégamment par l'ahlatif absolu , pro/>o«tïo st6t 9att(2to. Estius nie hardiment que la préposition àvri ait celle signification : mais il n'avait qu'à consulter le dictionnaire d'Henri Etienne, qui lui en eut fourni plusieurs exemples tirés des meilleurs auteurs. Elsans aller si loin, au lieu de ces mots qu'on lit, Matt. 19, 5. Ivexsv roùroxj propler hoc, il y a dans saint Paul,Ephe. 5, 31. àvri toutou. Il n'était donc encore ici nullement nécessaire de corriger la Vulgate.

3. Kecogitatcenim eum , qui talem 3. Ainsi rappelez en votre esprit celui sustinuit à peccatoribus adversùm se- qui a soutenu une si rude attaque des péluetipsum conlradictionem : ut ne cbeurs faite à sa propre personne : afin

•4^>â EPITRE DE S. PAXiL ktX nÉBfittX.

faligemini^animisveBlris déficientes, que vous ne vous lassiez point, et que

vous ne pcfdiez point coura^.

4. Nondura enim usque ad sangui- 4* Car vous n'avez pas encore réstslc nera resiitistis, ddversus peccatuin jusqu'au sang, en combattant contre le répugnantes : péché :

Car vous n'avez pas encore résisté jusqu'au sang , en comballant contre le péché. C'est comme s'il leur disait : Les saints, dont je \ous ai rappelé la mémoire, ont répandu leur sang pour se maintenir dans la justice; Jésus-Christ lui-même, qui est votre modèle, et que vous devez continuellement envisager, a \ersé tout le sien pour ^ouB sauver : ne serait-ii donc pus honteux que vous perdissiez courage, ^ous à qui il s'en faut bien qu'il en ait encore tant coûté?

5. Etobliti eslisconsolationis, quœ Si, Et vous aves oublié la parole consovobistamquàm filiisloquitur, dicens: lante qui s'adresse à vous en ces termes Fili tni , noli negligere •disciplinam comme à des enfants : Mon fils, gardez- Domini, neque fatigeris dùni ab eo vous bien de mépriser la correction du argueris(l}. - Seigneur, et ne perdez pas courage lorsqu'il vous reprend.

Vous avez ouhlié la parole consolante qui s'adresse à vous , en ces termes, etc. Salut Paul , après avoir exhorté les Hébreux à souffiir constamment en suivant i'eientple de Jé<iUii-Chrij>t, les porte maintenant à la métue chose, en leur fuisant voir l'utilité qu'ils peuvent tirer des souffrances. C'est ce qu'il montre par l'endroit des proverbes, où Salomon dit que les afflictions que Dieu envoie à ses serviteurs, ne sont point étt raar(|ups de colère, mais des preuves d'attention et de bonté ; et qu'il en use à leur f^ard comme un père qui châtie ses enfants, dans la seule >ue de les rendre plus parfaits.

6. Quem enim diligit Dominus , 6. Car le Seigneur difttie celui qu'il castigat : flagellât auiem omnem fi- aime : et il frappe de verges tous ceui Hum , quem recipit. qu'il reçoit au nombre de ses enfants.

Et il frappe de verges tous ceux qu*il reçoit au nombre de ses enfants. Cela est encore tiré des proverbes, c. 3. v. 12. . suivant la version des LXX. Car dans la Vulgale traduite sur l'hébreu , il y a , et quasi pater in fUio complacet sibi : au lieu que seloo les LXX, il faut traduire, flagellât autem omnem filium quem rectp«(. Cette différence ajjparente vient de t'umbiguité qui se trouve daus le texte hébreu : mais le sens est paitout le même. Car de ce qu'un père corrige ses enfants pour les perfectionner, on peut conclure qu'il les aime ; et de ce qu'il les aime , on doit conclure aussi qu'il ce manquera pas de les corriger dans le besoin. Il s'ensuit donc de là , et que les croix et tps'persécutiofis sont inséparables de la vie des justes, comme nous l'avons reoiarqué, 2. Timot. 3, 12.; et que les afflictions des justes ne sont pas toujours des peines de leurs pécliés : mais que Dieu les leur envoie «souvent pour épurer et perfectionner leur vertu. C'est ce que le Saint-Esprit nous déclare en termes précis au sujet deTobie : Quia acceptus eras Deo , necesse fuit ut tentatio probaret te,

7. In disciplina perseverate. Tam- 7. Soutenez constamment la correctioa. quàm fiiiis vobis offert se Deus : quis Dieu en use avec vous comme avec ses enim filius quem non corripit pater? enfants : aussi quel est l'enfant que soo

père ne corrige point ?

Soutenez constamment la correction. C'est ici une application que saint Paul fait aux Hébreux , de la maxime générale qu'il vient d'établir par l'Ecriture, que tout pèie châtie ses enfants. Vous vous dites les enfants de Dieu, et vous croyez qu'il vous aime : supportez donc aussi ses coups sans murmure et sans découra^-.enient. 11 y a dans le grec d'aujourd'hui, le naiSeiuv ùitopiévera , si castigntionem tusiinetis : au lies que notre interprète a lu , iiç izaideiocv ùitofiivers, in disciplina perseverate, Bèze croit que la leçon de la Vulgate est contraire à tous les manuscrits grecs, et ne s'accorde pas R^sez avec ce qui suit. Le nouvel interprète français juge de même., que le grée parait faire un meilleuir sens. IMais l'explication naturelle que nous avons donnée, faitfoir qu'ils se sont trompés tous deux: et les plus savants interprètes, comme Riberaet Estius, ne doutent pas que le grec ne soit ici corrompu. Aussi la leçon de la Vulgate

(l}Prov. 3. ll.-Apoc.3. 19.

CHAPltRE Xll. 45S

efst conTorme aux meilleurs manuscrits, comme ceux de Ctermout, de saitit Germain ; ceux des interprètes syriaque, arabe, etbiopien. Il est clair aussi par le commentaire de saint Chrysostôme, qu'il a lu tout de même, comme Ribera i*a remarqué.

8. Quôd si extra disciplinam estis» 8. Que si vous n'éprouvez point la corcujus participes facti sunt omnes, rection, à laquelle tous les autres ont eu crgo adulteri, et non filii estls. part, vous éies donc des illégitimes, et

non des enfants.

Que si vous n'éprouvez point la correction à laquelle tous les autres ont eu part. (/est-à-dire tous les autres amis de Dieu, tous ceux qu'il a regardés et chéris comme SCS enfants. Vous êtes des illégitimes , et non des enfants; puisque Dieu ne tous traite pas comme tous ceux qu'il adopte. Saint Paul fait entendre par là aux Hébreux , qu'ils De peuvent rejeter les souffrances, et tâcher de s'y soustraire, sans renoncer à la qualité d'enfants de Dieu. Au lieu d'aduUeri, qu'on trouve dans la Yulgate, il faut certainement \ïrc adulterini ^ vôBoij des enfants illégitimes. C'est ainsi qu'a lu Cassien, CoUat, 6. G. IL, et le catéchisme romain dans l'explication de l'Oraison Dominicale.

9. Deindé patres quidem carnis 9. D'ailleurs, les pères de nos corps nostrs , eruditores habuinius , et re- nous ont châtiés , et nous ne laissions pas verebamur eos : non mullô magis ob- de les respecter : n'avons-nous pas beautemperabimus Patri spirituum, et vi- coup plus de raison, pour avoir la vie, de vemus ? nous soumettre à celui qui est le Père des

esprits ?

D'ailleurs , les pères de nos corps , etc. C'est comme si l'apôtie disait : Si nous avons souffert a>ec patience la correction de nos pères selon la chair , sans cesser pour cela de les respecter et de les aimer ; à combien plus forte raison faut-il nous soumettre aux afflictions que nous recevons de la main de Dieu, qui est appelé le père des esprits; et parce qu'il est le créateur de nos âmes, et parce que par sa grâce il leur donne une nouvelle naissance surnaturelle et toute divine? L'opposition que met ici saint Paul entre les pères de nos corps et Dieu , qui est le père des esprits , montre que nos âmes sont créées de Dieu seul , et ne nous sont pas transmises par nos pères selon lu chair, comme Tertullien et d'autres l'ont pensé.

10. Et illi quidem in tempore pau- 10. Pour eux , durant peu de tempsi:i]s corumdierumysecundùm voluntatem nous ont châtiés comme il leur a pju : suam erudiebant nos : hic autem ad mais lui , il le fait en vue de ce qui peut id quod utile est in recipiendo sanc-* nous servir pour avoir part à sa sainteté, tificalionem ejus.

Pour eux . durant peu de temps , etc. Saint Paul confirme ici le raisonnement qu'il vient de faire au verset précédent ', et voici de quelle manière. Il est d'autant plus juste, dit-il , que nous nous soumettions aux correction de Dieu , comme nous avons fuit à celles de nos pères selon la chair, que ceux-ci durant peu de temps nous ont châtiés comme il leur a plu. Us ne nous ont châtiés que pour nous apprendre à nous conduire dans les choses qui regardent cette vie de peu de jours ; et en cela même ils ont souvent moins consulté la raison que leur intérêt , leur mauvaise humeur ou leur caprice, ucundûm voluntatem suam : au lieu que Dieu le fait uniquement en vue de ce qui peut nous servir pour avoir part à sa sainteté. Toutes les corrections qu'il nous fait , toutes les afflictions qu'il nous envoie , ne tendent qu'à nous sanctifier, et à nous procurer une vin heureuse qui ne finira jamais.

11. Omnis autem disciplina, in 11. Or toute correction ne fait point praesenti quidem videtur non esse plaisir dans le moment ; au contraire elle gaudii» sed mœroris : posteâ autem cause du chagrin: néanmoins après cela l'ructum pacatissimum exercitatis per elle fait goûter à ceux qui ont passé par eam reddet justitis. celte épreuve » un fruit de justice , qui

produit une grande paix.

12. Propter quod , remisses manus, 12. C'est pourquoi relevez vos mains et soiula genua erigite; abattues de faiblesse « et vos genoux qui

n'ont pas la force de se soutenir ;

Cest pourquoi relevez vos mains abattues de faihUsse, Saint Paul fait ici allusion , ou plutôt cite 1rs propres paroles d'Iso'io, c. 35. v. «i, où nous lisons, selon la Vul|<;ate;, cQufuiiale mauHS dissolulas et genua debilia roborate. Le prophète, dans ceteudruit,

4o4 EPITRC DE S. PkVL kVX HEBREUX.

consiflère IVtat do faiblefise et de langueur où se trouvaient Ie« gentils avant -tésui»'*' Christ ; et il les exliorte à profiter de sa \enne, pour pratiquer avec forvenr les œuvres de piété, et raarclier avec confiance dans les sentiers de la iuslice. Saint Paul emploie ce niênie passajre, pour affermir les Hébreux contre la crainte , laquelle étant exres'^ si\e . no»« fait tomber les mains , et plier les genoux de faiblesse. C'est comme s'il leur di$sait: que la crainte des persécutions ne vous jette pas dans une langueur criminelle, et ne vous empêche pas de marcher avec intrépidité, et d'avancer avec constance dans la carrière où vous êtes entrés.

13. Et gressus rectos facile pedibus 13. Et marchez d'iin pas ferme et droit : Testris : ut non claiidicans quis erret , de peur qu'en clochant , quelqu'un ne s'éniagis auiom saoetur. gare : mais plutôt que chacun reprenne

ses forces.

Et marchez d'un pas ferme et droit ^ elc, les premières paroles de ce verset sont tirées du livre des Proverbes , c. 4. v. 26. L'apôtre s'en sert pour exhorter les Hébreux é s'avancer d'un phs égal et constant dans la vote que Jésus-Christ leur avait ouverte, sans pencher de côté et d'autre , en voûtant joindre au christianisme qu'ils avaient embrassé, les observances de la loi.

14. Pacem sequimini cum omni- 14. Cherchez à avoir la paix avec tout bus . et sanctimoniara , sine quâ nemo le monde , et à vous sanctifier; sans quoi videbit Deum (1) : nul ne verra Dieu :

15. Coiitemplanles ne quis desit 15. Etant sur vos gardes, de crainte gratis Dei : ne qua radix amaritudi- que quelqu'un ne manque à la grâce de nis sursùm genninans impediat, el Dieu; que quelque racine pleine d'amerper illara inquinentur multi. tume venant à pousser en haut n'y mette

obstacle, et que plusieurs n'en soient gâtés.

Etant sur vos gardes , de crainte que quelqu'un ne manque à la grâce de Dieu, Cela pieut signifier, ou l'attention qu'on doit avoir pour ne pas manquer soi-même à la grâce de Dieu , ou l'attention qu'on doit avoir pour que les autres n'y manquent pas. C'est dans ce dernier sens que les Grecs expliquent ces paroles; et c'est en effet ce que parail signifier le mot grec, gTrtTXOTroOvTâg , qui marque plus la vigilance qu'on doit a autrui, que celte qu'on se doit à soi-même. Par la grâce dont il est ici paVlé, on peut entendre , ou les grâces actuelles que llieu nous présente pour faire le bien ou la grâce (\\\e Dieu nous fait en nous appelant é la in\ , et en nous recevant au nombre de ses enfants : et en suivant ce sens, on -pourrait traduire conformément an texte grec , ne quisdeficial dgratiâ Dei, ne quis privetur, ou destituatur gratta Dei, Mais quoi que ce soit qu'on entende , il est toujours clair par l'avertissement de saint Paul, et que Dieu ne nous refuse point ses secours dans nos divers besoins, et que ces secours pour faire le bien et nous maintenir dans la justice , ne sont pas tels, que nous ne puissions y refuser notre consentement. Sans cela , il serait tout-é-fait inutile , comme le Père Amelotte l'a remarqué, que saint Paul nous avertît d'être sur nos gardes. C'est ce que saint Thomas a aussi bien compris, lorsque pour éclaircir cet endroit, m cap, 12. Epist. ad Hebr, leci. '6. , il cite celui où saint Paul dit, que Dieu >eot que tous les hommes soient sauvés, l. Timol. 2, 4. D'où il conclut que la grâce nécessaire pour se sauver ne manque à personne , et se répand aussi généralement sur tous les hommes que la lumière du soleil : Et ideù gratia Dei nulli deesi , sed tu omnibus quantum in se est se communicat , sicut nec sol deesl oculis cœci. ~ Et que quelque racine amère venant à pousser en haul^ etc. Pour entendre cet endroit il faut consulter le passage du Deutérunome que saint Pajul a ici en vue. C'est au chcp. 29, V.28, où 33oïse jiarle ainsi au peuple d'Israël : Qu'il ne se trouve donc pas aujourd'hui parmi vous un homme ou une femme , une famille ou une tribu , dont le cœur se détournant du Seigneur notre Dieu aille adorer les dietia: de ces nations; qu'il ne se produise pas parmi vous une racine , el un germe de fiel\et d'amertume. Moïse a-vei— tissait par là les Israélites de ne point souffrir parmi eux d'impies qui pussent les pervertir; et par leurs exemples ou pur leurs conseils , les détacher du culte du vrai Dieu , et les engager dans l'idolâtrie. Saint Paul avertit donc les Hébreux de s'appliquer de même à écarter d'entre ^eux ces pécheurs scandaleux , et ces esprits inquiets, qui parleurs discours ou par leurs actions, ont la force d'entraîner les autres dans le

(l)Rora. 12. 18.

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