CHAPITRE XII
Celui dont la voix alort éhranfa la terre. Celui qui nous parle maintenant du haut du ciel, est celui-lé même dont la voix ébranla la terre, lorsque la loi fut donnée ftiir le mont Sinhî Que la ferre Iremblét alors, c'ebt ce qui n'est point dit dans l'Ecriture, où Moïse rapporte cependant exactement tout ce qui arriva de propre é imprimer de la teiTenr. Dans le style de l'Ecriture , ta terre est émue ou ébranlée, lorsqu'il y arrive des choses extraordinaires capables d'exciter la joie, l'étonnement ou la terreur. Pi, 67', 9. Deus^ cûm egredereris in conspectu popuîi tut, aim pertramires in deserlo , terra tnoia est : etenim cœli distillaveiunl à facit Dei Sinài , à fade Dei Jacob. Yoyez le psaume 95 , v. II. et le 113. v. 6. Jésus-Christ en tant que Dieu , ébranla donc alors la terre par les prodi^^es qu'il opéra , et qui jetèrent une si grande frayeur dans l'esprit des Israélites. — Et qui maintenant nous fait une promesse en ces termes : encore une fois et f ébranlerai non^seulement la terre , mais le ciel même. Après avoir établi l'ancienne loi par les prodiges qui ébranlèrent la terre de la manière que nous ATons dit , il nous fait maintenant une promesse qui regarde le temps où nous sommes , le temps de la nouvelle alliance. Il nous promet qu'il ébranlera non-seulement la terre , mais le ciel même , lorsqu'il viendra lui-même pour établir la loi nouvelle. Jésus» Christ en venant établir la loi nouvelle a ébranlé la terre par ses prodiges, qui ont jeté l'étonnement dans les esprits, et qui les ont disposés à recevoir la foi. La terre fut encoie ébranlée par le renversement étonnant du paganisme, par l'abrogation de Tancienne loi, et l'établissement delà religion chrétienne II ébranla le ciel, lorsqu'il fit paraître une étoile, pour conduire les mages à sa crèche ; lorsqu'il fit descendre les anges , pour annoncer sa naissance aux bergers ; lorsque les cieux s'entr'ouvrirent à son baptême et à sa transfiguration ; et surtout lursqu'étant monté lui-même au ciel , il envoya son Saint-Esprit, qui opéra tant de prodiges, que tout le monde en fut rempli d'étonnement et d'adnûration. Estius croit que ces paroles doivent s'entendre du second avènement de Jésus-Christ, et non pas du premier j et que l'apôtre , par cet ébranlement du ciel et de la terre, veut faire entendre aux Hébreux combien le jugement dernier sera terrible. Mais on ne peut expliquer ainsi le texte de cet apôtre, sans avouer qu'il n'a pas entendu, ou qu'il a mal appliqué le passage du prophète Aggée qu'il cite. Car ces paroles dans le prophète s'entendent évidemment du premier avènement de Jésus-Christ; et c'est ainsi que tous les pères les ont expliquées . et saint Augustin comme les autres . dans l'endroit même qu'Estius cite pour lui, /. 18. de Civit. c, 35, où le saint docteur expliquant du premier avènement de Jésu^-Christ ce que rapporte ici suint Paul, il n'explique du second que les paroles qui suivent dans le pro| hète , et dont l'apôtre ne parle pas. Estius convient de cela ; et il est réduit à dire, que saint Paul a pu expliquer du second avènement, un texte qui n'en parle pas : et cela, sive per exclasioncm , siveper accommodationem , sive etiamper concessionem. C'est-à-dire que saint Paul a pu employer un passage dans un sens qu'il n'a point, lors même qu'il s'en sert pour établir un point important de la religion, comme il parait par le verset suivant. C'est ce qu'on ne pardonnerait pas au moindre théologien , et ce uu'Estins aurait été très-fnché qu'on eût pu lui reprocher à lui-même. Saint Paul fait assez connaître qu'il n'est pas tombé dans cette méprise. Car avant que de citer les paroles du prophète , il dit que Dieu par là nous fait une promesse : Nunc autem repromiUit , dicens. Or repromUtere , ou repromissio dans saint Paul , marquent toujours les grâces que sa misériorde veut nous faire, et jamais les châtiments dont sa justice menace de nous punir. 2. Cor. 9 , 5. Heb. 10, 23. Il, 11. Act. 13, 32. 26 , 6. Rom,4,20.Gnl. 3, l8 Heb. 6,15.7, 6. 8, 6. 9, 15. Il ,9. 13, 17.33,39.
27. Quod aulem, Adhuc semcl , 27. Or, par ces paroles, Encore une fois, dicit, déclarai mobilium translationcm 1! fait entendre le changement qui doit artanquàm factorum , ut maoeantea, river des choses muablescomtne des choses quœ sunt immobilta. qui ont été faites , afin que celles qui sont
immuables , subsistent.
Or par ces paroles , encore une fois , il fait entendre le changement qui doU arriver des choses mttables . Saint Paul prouve par le pas.«age d'Aggée , que la loi ancienne, pour l'établissement de laquelle Dieu avait ébranlé la terre, devait être abrogée pour faire place à la loi nouvelle, qui doit durer toujours. Car Dieu déclarant par la bouche de sou prophète , qu't7 ébranlera encore, non-seulement la terre , mais même le ciel ; il marque qu'il devait airiver du changement dans ce qu'il avait établi la première fois : et en ajoutant qu'il ne l'ébranlera plus qu'une fois , il nous fait entendre que la loi qu'il doit établir par ce second ébranlement , sera immuable et subsistera toujours. Saint Paul appelle la loi de Moïse , avec son sacerdoce, et toutes ses cérémonies, des
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thoiet muahlet; parce qu'elles n'avaient été établies que pour un temps, joiqii'é Tarrlsée de Jésus-Christ , à la présence duquel les ombres et les figures devaient disparaître.
28. Itaque regnum immobile sus- 28. C'est pourquoi, entrant déjà dans cipientes, habemus gratiam : per un royaume qui n'est point sujet au chanquam serviamus plaçantes Dec , cum gement , nous possédons la grâce , pour metu et reverentia , servir Dieu avec crainte et avec respect
d'une manière qui lui plaise.
C'est pourquoi entrant déjà dam un royaume qui n'est point sujet au changement , nous possédons la grâce. Ce royaume où nous sommes déjà, n'est autre chose que l'Evangile ou l'Eglise de Jésus-Christ. C'est ce royaume dont Jean-Baptiste, MaU, 3, 2., et Jésus-Christ lui-même, Hîatt, 4, 7., disaient appropinquavit enim regnutn eœlorum. Ce royaume n'est point sujet au changement, parce qu'il ne finira jamais , et que les portes de l'enfer ne sont pas capables de le renverser. Étant donc entrés dans ce royaume, nous ^tossédons la grâce. En embrassant l'Evangile, Jésus-Christ nous donne les grâces qui nous sont nécessaires pour le servir d'une manière qui lui plaise, avec crainte et avec respect,
29. Etenlm Detis noster ignis con- 29. Car notre Dieu est un feu consuturaens est (1). mant.
Car notre Dieu est un feu consumant. Ces paroles sont tirées du Beuléronome, c. 4, T. 24, où Moïse avertit les Israélites de ne pas adorer les faux dieux ; parce que Dieu est un feu consumant, qui saurait bien les détruire, et tirer vengeance de leur perfidie. Saint Paul se sert de ce passage, pour leur faire entendre que s'ils quittaient l'Evangile pour retourner à la loi, ils ne pourraient échapper à la justice vengeresse de Dieu , non plus que les Israélites, qui quittèrent la loi pour adorer les faux dieux. L'apôtre nous apprend encore par là , que la loi évangélique n'est pas tellement une loi d'amour , qu'on en doive bannir la crainte des supplices éternels , comme n'appartenant qu'à la loi ancienne.