CHAPITRE I
fidèles; afin que par ce moyen ils soient parfaits eux-mêmes par la pratique de toutes les vertus chrétiennes, que la patience nourrit , entretient et perfectionne. Il y a dans le grec i/Jrot , habeal , comme on lit encore dans plusieurs Bibles latines : Il y a dans le syriaque habebit^ ce qui revient au même.
5. Si quis autem vcstrûm indiget 5. Que s*11 manque de la sagesse à quelsapientiâ, postulet à Deo , qui dat qu'un de vous, qu'il en demande à I>ieu, omnibus aflluenter , el non iniprope- qui , sans faire de reproches , en donne à rat : et dabitur eu tous abondamment : et il lui en sera
donné.
Que s^il man-que de ta sagetse d qudquun de tout , çru'tl en demande à Dieu, Gela peut s'entendre en particulier , ou de cette sagesse qui nous fait connaître le prix dea souffrances et des croix , qui nous les fait souhaiter; comme si saint Jacques disait : si qtielqu'un de vous n'est pas encore parvenu é ce haut point de sagesse qui nous fait trouver notre bonheur dans les souffrances , et qui nous les fait endurer non-seulement avec résignation, mais encore avec joie , qu'il la demande à Dieu. Le mot de sagesse se peut entendre encore en général pour la sagesse surnaturelle et pratique , qui nous fait connaître ce qui nous est salutaire, et qui nous le fait pratiquer. — Qui tant faire de reprochet , en donne à iout abondamment. Voilà trois raisons qui nous doivent porter à la demander cette sdgesse. l" (l*est que Dieu répand ses dons avec bonté , sans user de reproches. Nous voyons cependant que quelquefois Dieu reproche à quelques-uns les bienfaits dont ils ont été comblés : MalU 11, 20 23, 37. Mare. 16, 14. Mais ce n^est qu'à l'égard des ingrats qui en abusent, et à dessein de les porter à en faire un meilleur usage. 2*> Dieu en donne à tout, parce qu^il veut tous les sauver, 1. Ttmoth, 2,4. parce qu'il fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, Matt. 5 , 45. et qu'il a également soin de tous , et œqualiter cura ett illi de omnibut , Sap. 6, 8, non* seulement de ceux qui le cherchent , mais encore de ceux qui le fuient : Èom. 10, 21. 3" Dieu donne abondamment à7rÀâ$ timpliciter. Quand il s'agit de donner ., le mot de timpîicilé se dit d^un cœur grand et généreux qui ne cherche point de détours pour se dispenser de donner: qui ne donne point par ostentation ou par intérêt , mais uniquement pour faire du bien à ceux qui se trouvent dans la nécessité, et qui donne par conséi{uent avec abond<ince. C'est ainsi que le mot de simplicité a.itXàrYjç se prend , Rom. 12. 8, 2. Cor. 8, 2, 9, 13. Saint Jaccpies ajoute qu't7 lui en sera donné, pourvu qu'il demande comme il faut. La promesse de Jésus-Christ y est expresse , Malt, 7, 7. Marc, 11,24. Joa». 16,23.
6. Postulet autem in fide nibil h»- 6. Mais qu'il demande avec foi , ne sitans : qui enim h«siiat, similis est chancelant point : car celui qui chancelle, Qucttii maris, qui à vento movetur et est semblable aui flots de la mer, que le circumfertur (ij. veut agite et pousse de tous côtés.
Mais quU dema,nde avec foi, ne chancelant point, Avec une foi ferme dans les promesses de Dieu , qui ne peut pas manquer d'être fidèle à les remplir. Cette foi nous inspire la confiance d'être exaucés , quand nous lui demandons ce qui nous convient , et de la manière qu'il faut. 1 . Joan. 5, \A: £U hwcetl fiducia qiuim habemut ad eum; quia quodcumque pelierimut tecundûm tolunlatem ejus, audit nos. Il n'y a pas un auteur catholique qui n'exige cette confiance dans la prière. C'est donc par la plus noire calomnie que Calvin nous accuse ici d'enseigner le contraire, lorsqu'il dit dans son Comment, sur cet endroit : Insignis hic locus ad refellendum impium illud dogma, quod in toto papatu pro oraculo habelur : nempè dubitanter et incertâ successûs opinione este orandum, La confiance qui doit accompagner nos prières, est fondée sur les divines promesses; et ainsi de ce côté-là nous ne devons jamais hésiter, ni chanceler. Mais ces promessies sont conditionnelles, si nous demandons ce qu'il faut, et comme il faut le demander. Or nous ne pouvons sans une révélation spéciale, être jamais assurés ni de Tun ni de l'autre,
7. Non crgo sstimet homo ille quôd 7. Qu'un tel homme ne croie donc pas accipiat aliquid à Domino. recevoir quelque chose du Seigneur.
8. Vif duplex animo , inconstans 8. L'homme qui est animé de deux est in omnibus viis suis. sortes d'esprit, est inconstant dans toutes
ses voies.
(l)Matth.7.7. et21.22.-Marc. II. 24. -Luc. 11. 9. -Joan. 14. 13 el 16. 23.24.
L'homme qui ett animé de deux êortet d'eeprit, ii^vxoç vir dupïici anf'mo. Si l'on \eut que ces paroles se rapportent é ce qui précède, il faut entendre par cet homme qui eei animé de deux sorlee d'esprit , celui qui est tantôt plein de confiance, et qui tantôt tombe dans le désespoir; qui parait tout attendre de Dieu , puisqu'il s'adresse à lui dans la prière; et qui n'en attend dans le fond rien , puisqu'il se laisse abattre par la défiance : ce qui fait qu'il n'est jamais exaucé. Mais on peut dire que c'est ici un précepte particulier ; et que saint Jacques exhorte les fidèlca d'éviter la duplicité, qui tsi uo vice fort étendu. Les uns l'appliquent aux hypocrites , d'autres aux adulateurs , d'autres aux hérétiques, dont les variations sont perpétuelles; d'autres enfin aux esprits légers qui ne peuvent se fixer à rien , qui mettent la main a la charrue , et qui regardent derrière eux ; qui voudraient servir Dieu et le iiionde, faire leur devoir et contenter leurs passions.
9- Glorietur autem fréter humilis 9. Du reste, que celui de nos frères qui in exaltalione suA. est dans un état de bassesse , se fasse hon-
neur de son élévation.
Du reste , qui eeilui de nos frères qui est dans un étal de bassesse , se fasse hoimeur de son élévation, xaicstvbç humilis ^ abjectus, celui qui est dans la pauvreté et dans la misère, et qui pour rela paraît vil, abject et méprisable. Que celui qui est dans un tel état , se fasse honneur de son élévation : ce qu on peut entendre, ou de son élévation présente, parce que c'est une véritable grandeur d'être ainsi pauvre et méprisé pour Jésus-Christ , ou plutôt de son élévation future é laquelle il aspire ; et que Jésus- Christ lui a promise par ces paroles, Matth, 23. 12 : Qui se humiliât exaltabilur.
10. Dives autem in humilitate suft , 10. Et que le riche au contraire se fasse quoniàm sicui flos fœni transibit (1). honneur de sa bassesse, puisqu'il passera
comme la fleur d'une plante.
Que le riche au contraire se fasse honneur de sa bassesse. Suivant cette traduction , il faut ici snus-entendre glorietur du verset précédent. Cela supposé, quelques-uns croient qu'il y a ici une ironie, comme si l'apôtre disait : Que ceux qui sont riches, se {glorifient dans leur abondance; mais qu'ils sachent qu'elle ne durera pas longtemps, et quMIs seront humiliés. D'autres l'expliquent ainsi : Que le riche qui a été dépouillé de ses biens, se fasse honneur de l'état d'abaissement où il se trouve. Mais il parait plus naturel de sotis-entendre TaTtscvoDffTOi}, humilietur , ou àcffXuviirTw confundatur. Il y a plusieurs exemples semblables, comme I. Timoth, 4,3., prohibentium nubere^ àbstinere à eibis , où il faut sous-entendre au second mewhrB ^ jubentium abstinere à cibis. Voici donc le sens le plus naturel de ces deux versets : Que le chrétien qui est dans l'humiliation se glorifie dans l'élévation qui lui est promise, et que le riche, au contraire, qui est dans l'abondance et dans l'éclat^ s'humilie dans la vue de l'abaissement dont il est menacé. Car la fortune n'en sera pas de longue durée, semblable à une fleur qu'on voit éclore , briller et se flétrir dans le même jour, comme saint Jacques l'explique dans les versets suivants.
11. Exortus est enim sol cum ar- 11. Carie soleil vient à paraître avec dore . et arefecit fœnum , et flos ejus des rayons ardents , aussitôt la plante est decidit , et décor vultûs ejus deperiit : séchce , sa fleur tombe , et toute sa beauté ita et dives in itineribus suis mar- périt. C'est ainsi que se flétrira le riche cescet. au milieu de sa course.
12. Beatus vir qui suff'ert tentatio- 12. Heureux l'homme qui soutient de nem : quonlÀm cùm probatus fuerit , rudes épreuves : parce qu'après avoir été accîpiet coronam vils , quam repro- éprouvé , il recevra la couronne de la vie , misit Beus diligentibus se (2). que Dieu a promise à ceux qui l'aiment.
13. Nemo cùm tentatur , dicat , 13. Que nul ne dise, lorsqu'il est tenté, quoniàm à Deo tentatur. Deus enim que Dieu le tente. Car Dieu n'est pas caintentator malorum est : ipse autem pable de tenter pour le mal : aussi ne neminem tentât. tente-t-il personne.
Que nul ne dise, lorsqu'il est ien*é, qve Dieu le tente. Il y a deux sortes de tentations marquées dans l'Ecriture, l'une d'épreuve, et l'autre de suggestion ou de séduction. La première épure notre vertu , et la rend plus éclatante ; la seconde nous
(1) Eccli. 14. 18.- Is. 40. 6.- l. Pet. 1.24. — [2) Job. fi. 17.