CHAPITRE t
porte et noi» sollicite aa mal. Saint Jacques parle âe la première dans les versets pré*cédenta , et il parle ici de la seconde. C*est comme s'il disait : Que nul ne dise, lorsqu'il est sollicita au mal , que c'est Dieu qui l'y porte. — Car Dieu n*est pat capable de tenter pour fe mal : autti ne ienie-t-il personne, b yAp &eb^ ÙTtsipaçi^ ici : xax&v : ce qui peut se prendre dans la signification active , comme l'a pris l'auteur de la Vulgate, qu'on a suivi dans la traduction, ou dans la signification passive, pour dire «pie Dieu est incapable d'être tenté : ce qui signifierait que comme Ûieu est incapable d'être porté au mal , il n'y porte aussi personne. Mais par lA on explique pas la force de la particule ad versa ti ve ^i , aut-em. Mais si ces mots, inteniator malorum est, signifient que Dieu ne tente point pour le mal « ces autres, ipse auiem neminem tentât , que saint Jacques ajoute, doivent précisément signi6er la même chose. Eu n'ayant pas égard au grec, on pourrait aisément se tirer de cet embarras, et expliquer ainsi le texte latiu : Deus tnim intentator malorum est, c*est-é-dire intentât , ou immittil mala; ipse verà neminem tentât, sive sollicitât ad malum. Ce que nous dirions ainsi en français , Dieu vous envoie les maux qui vous éprouvent; mais ce n'est pas é dessein de vous porter au mal : car il ne tente personne de la sorte. Quoi qu^il en soit, nous devons au moins conclure de la que Dieu qui nous tente quelquefois pour nous éprouver, Gen. 22, 1, Deut, 8,2. 13, 3, est incapable de jamais nous tenter pour nous séduire et nous porter au péché, dont par conséqent il ne peut être l'auteur, comme Zwingle, Calvin, Bète l'ont soutenu. Voyes Bellarmin, 1. 2rde Amiss, Gr4tt. c. 2. et seq^
14. Unusquisque verô tenlatur à 14. Mais chacun est lente par l'attrait concupiscentiâ suâ abstractus , et il- et les amorces de sa propre conifoitise. lectus.
15. Deindè concupiscentia cùm con- 15. Ensuite la convoitise » ayant conçu , ceperit , parit peccatum : peccatum enfante le péché ; et le péché , lorsqu'il est verô cùm consummatum fuerit , ge- consommé , engendre la mort.
nerat mortem.
Ensuite la convoitise ayant conçu j enfante le péché; et le péché lorsqu'il est conr' tommé , engendre la mort. Ce que saint Jacques enseigne ici et au verset précédent , a donné lieu aux théologiens de distinguer après saint Grégoire et le vénérable Bède , trois degrés dans la tentation , la suggestion , la délectation et le consentement parfait. La suggestion consiste dans les mouvements de la concupiscence avec ses attraits et ses amorces , dont il est parlé au verset 14. La délectation est lorsque la volonté, au lieu de rejeter ses premiers mouvements, s'y arrête avec quelque plaisir, ce qui n*étant accompagné que d'un consentement imparfait, fait le péché véniel; puisque saint Jacques le distingue du péché consommé par un consentement parfait, et qui engendre la mort , c'est-é-dire qui fait perdre à l'ànie sa justice , et qui la rend digne de la mort éternelle. Il s'ensuit de lé que les mouvements indélibérés de la concupiscence ne sont pas de véritables péchés, si la volonté ne leur donne son consentement, comme le concile de Trente l'a défini , sess. 5. C'est ce que tous les Pères ont enseigné , et entre autres saint Augustin dont voici les paroles, l. 2. de peccat, merit. c. 4. n. 4 : Ad ago' nem intérim manet ( concupiscentia ) non sihi ad illieita consentientihus nihil omninô noeitura. Ce qui fait voir l'ignorance de Calvin , qui ose en cela même accuser celle des catholiques.
16. Nolite itaque errare , fratres 16. Ne vous y trompez donc pas , mes mai dilectissimi. frères bien- ai mes.
17. Omnedatum optimum, et omne 17. Toute faveur insigne et tout don donum perfectum, desursùm est, des- parfait vient d'en haut , et descend du cendens à Pâtre luminum, apud quem père des lumières , qui ne change point, non est transmutatio , nec vicissitu- et dans qui il n'y a pas l'ombre du chandlnis obumbratio. gement.
18. Yoluntariè enim genuit nos 18. Car de son plein gré il nous a enverbo veritatis , ut simus initium ali- gendres par la parole de vérité, afin que quod creaturse ejus. nous tenions en quelque sorte le premier
rang parmi ce qu'il a créé.
Car de son plein gré il nous a engendrés par Va parole de vérité. Saint Jacques ayant dit au verset précédent , que toute faveur insigne et tout don parfait vient d'en haut , et descend du Père des lumières , il le prouve ici par le bienfait singulier de notre régénération spirituelle , qui est la source de tous {es autres. Car il nous a engendrés en
AU EPITRB CATHOLIQCE l>B S. JACQUES.
noot adoptant au nombre de ses enfants , et cela par la parole de i>érité; e'estp-à-dire selon saiiit Athanase, Hom. 4. cont. Arian. par Jésus-l'.hristqui est son Fils \érilable, ou plutôt par l'Evangile : ce qui renferme Jésus-Christ , sa grâce et sfs mérites qui nous sont couimuniqués par le baptême et les autres sacrements. Mais il nous a engendres tolonlairement et de son plein gré. Ce n'a point été par nécessité ou pour récompenser nos mérites, qu'il nous a traités de la sorte, mats selon son bon plaisir, et par un pur efiPet de sa bonté toute gratuite. — Afin que nous tenions en quelque sorte U premier rang parmi ee qu^il a créé. Comme étant ses enfants et les héritiers de k vie éternelle ; ou selon le grec , afin que nous soyons comme les prémices de ses créatures , c'est-à-dire du genre humain Car ce root de créature est souvent restreint à signifier les hommes : Marc 16» 15 , Colas. I , 23. On peut encore donner ce aens aui paroles de saint Jacques : Dieu nous a engendrés . afin que nous fussions les prémices des fidèles , ayant été appelés avant les autres à la grâce d'adoption. Car saint Jacques parie des Juifs convertis , et des apôtres qui leur avaient annoncé TEvangile ; et d'ailleurs le mot de créature se prend quelquefois pour la nouvelle créature en Jésus-Christ, 2. Cor. Â, 17. Gai. 6,15. Eph.2, 10, c'est-à-dire pour les fidèles justifiés. C'est dans ce même sens que saint Paul dit , 2. Tkessal. 2, 12 : qudd elegerit vos Deus primititu in salulem ; et Apoc. 14,4: Primitiœ Deo et agno.
19. Scitis , fratres mei dilectissimi. 19. Vous le savez , mes frères bien- Sit autem omnis homo velox ad au- aimés. Que tout homme soit toujours prêt diendum ; tardus autero ad loquen- à écouter; qu'il ne parle pas aisément, et dum , et tardus ad iram (1). qu'il ne se mette pas aisément en colère.
Vous le savez , mes frères hien-aimés. Notre interprète a lu \çs scitis , comme oo lit encore maintenant daus l'ancien manuscrit d'Alexandrie; au lieu qu'on lit dans le grec orà'inBÎTeùîçSfquapropter, C'est comme si l'apôtre disait : Vous êtes assez instruits de ce que je Tiens de \ous dire ; mais voici d'autres préceptes qu'il est nécessaire de vous donner.
20. Ira enim viii justitiam Dei non 20. Car la justice de Dieu n'est point operatur. l'ouvrage de la colère de l'homme.
Car la justice de Dieu n'est point Vouvrage de la colère de l'homme. Par la justice de Dieu , il faut ici entendre ce qui plaît à Dieu , et ce qui peut nous rendre agréable» à ses yeux. L'homme qui se met aisément en colère n'acquérera jamais cette justice, et «'expose même au danger de la perdre, s'il la possède déjà.
21. Propter quod abjfcientes om- 21. C'est pourquoi renonçant à tout <^ nem immunditiam, et abundantiam qui est impur, et à tous les excès de l'ioimaliti» , in mansuetudine suscfpite quité, recevez dans un esprit de douceur inslium verbum , quod potesl salvare la parole qui est plantée en vous, et qui a animas vestras. la vertu de sauver vos âmes.
Recevez dans un esprit de douceur la parole qui est plantée en vous. Par cette parok il faut entendre la doctripe évangélique , qui est comme une semence céleste , JUfait, 13» 3, laquelle est semée dans nos âmes par le ministère des apôtres : 1. Cor 3; 6 et 7- Afin que cette semence porte son fruit, saint Jacques exhorte les chrétiens à bien préparer leurs cœurs en renonçant à tout ce qui est impur et à tous les exeèt de l'iniqailéf et à la recevoir avec douceur , c'est-â-dire avec docilité. Il ajoute que cette parole a la vertu de sauver leurs âmes , et non pas qu'elle sauve , pour faire entendre que l'homme est libre de la recevoir , ou de la rejeter , comme le vénérable Bède l'a remarqué.
22. Estote autem faclores verbi , et 22. Or mettez en pratique la parole, et non auditorcs tanlùm , fallentes vos- ne Técoutez pas seulement , vous trompant raetipsos i2). vous-mêmes.
Or meUez en pratique la parole. Ne vous contentée pas d'écouter l'Evangile avec docilité : il faut de plus mettre en pratique ce qu'il vous ordonne. Voyez Jlfo/M. 7, 21 , 24. Rom 2 , 13. Car croire se sauver par la seule foi , et sans accomplir ce que la loi commande, c'est se tromper soi-même. Les luthériens et les calvinistes sont dune convaincus par la d'être daus l'erreur, et de tromper les autres^ lorsqu'ils enseigMnt
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(l) Prov. 17. 27. — (2) Matth. 7. 21. - Rom. 2. 13.
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que \û seule foi suffit pour nous sauver, que la loi est impossible, et que l'infidélité seule peut nous donner.
23. Quia si auis auditor est verbi , 23. Car si quelqu'un écoute la parole et non faciort nie comparabitur viro sans la mettre en pratique, on le compacoDSideranti vultum nativitatis su» rera à un homme qui voit son visage dans in speculo. un miroir , tel qu'il l'a naturellement.
On le comparera à un homme qui voit son visage dans un miroir. L'Evangile ou la loi de Jésus-Christ est romme un miroir fidèle qui nous représente nous-mêmes à nousméiiiea ; qui nous fait connaître nos imperfections , nos défauts , en nous découvrant nos devoirs. Mais si nous nous contentons de l'entendre , sans le mettre en pratique , nous n'en tirerons aucun avantage , semblables à un homme qui voit son visage dans un miroir , et qui s'en va aussitôt , sans se mettre en peine d'ôter les taches qu'il y a remarquées.
24. Consideravît enim se , et abiit , 24. Parce que dès qu'il s'est vu , il se et slatim oblitus est qualis fuerit. retire, et oublie aussitôt quel il était.
25. Qui autem perspexerit in legem 25. Mais celui qui considérera attentiperfectam libertaiis, et permanserit vement la loi parfaite, laquelle aiTranm eâ f non auditor obliviosus factus, chit, et qui y sera attacUé, non comme un sed factor operis : hic bealus in facto homme qui écoute et qui oublie , mais suo erit. comme un homme qui met les choses en
pratique; c'est celui-là que sa conduite rendra heureux.
Mais celui qui considérera attentivement la loi parfaite , laquelle affranchit, b ^k napax.ùtpaç itç vô/uov itapaKÙnzitv , se dit de celui qui se penche , pour considérer uite chose déplus près, et la connaître plus parfaitement. Saint Jacques veut par là nous apprendre que nous ne devons pas nous contenter d'écouter superficiellement la loi de Jésus-Christ , mais que nous devons en faire une étude sérieuse , la prendre pour règle de nos actions, pour perfectionner ce qu'il y a de louable en nous, et corriger ce qu'il y a de défectueux. Luther suppose que par cette loi parfaite et qui affranchit , saint Jacques entend la lot de IKoise , et il en tire une preuve quo la doctrine de cette épitre est contraire à celle de saint Paul. Mais le vénérable Bède , saint Thomas et les autres interprètes catholiques , aussi bien que les plus habiles protestants , conviennent qu'on doit par là entendre la loi de Jésus-Christ qui est une loi parfaite ; parce qu'elle nous conduit à la plus sublime perfection , et qu'elle nous affranchit du péché.
26. Si quis autem putat se religio- 26. Que si quelqu'un pense avoir de la sum esse , non refrsnans linguam religion > ne mettant point de frein à sa suam , sed seducens cor suum ; hujus langue , mais s'abusant soi-même ; c'est vana est religio. une religion frivole que la sienne.
Que si quelqu'un pense avoir de la religion^ ne mettant point de frein à sa langue. Quoique pour avoir véritablement de la religion , il soit nécessaire d'observer toute la loi, saint Jacques toutefois dans ces deux derniers versets s'attache particulièrement à trois articles, dont le premier consiste à mettre un frein à sa langue, en évitant soigneusement les médisances, les calomnies et les autres vices dont elle est l'instrument, et qui ne sont que trop ordinaires à ceux qui font profession d'une plus exacte piété.
27. Beligio mnnda et immacalata 27. La religion pure et sans tache deapud Deum et Patrem , hase est : Vi- vaut Dieu notre Père , est celle-ci : Visisitare pupilles et viduss in tribula* ter les orphelins et les veuves dans leur tione eoTum , et immaculatum se eus- affliction , et se préserver de la souillure todire ab hoc saeculo. de ce siècle.
La religion pure et sans tache devant Dieu notre Père , est celle-ci : visiter les orphelins ^ etc. Ce n'est pas que la religion ne consiste que dans ces vertus j mais l'exercice de ces vertus était alors plus nécessaire. Comme la persécution était trèsvive, il y avait beaucoup d'hommes ou bannis, ou mis à mon pour la cause de la religion. C'est donc pour cela que saint Jacques en fait regarder comme un des devoirs les plus essentiels de vmYer . c'est-à-dire suivant le style de l'Ecritr.re, de soulager les orphelins et les veuves dans leurs afflictions; par où il faut encore entendre tous ceux qui se trouvent sans secours et sans appui.