CHAPITRE il
17. Sic et fides si non habeal opéra, 17. II en est ainsi de la foi. Si elle n'a mortua est in semetipsft. point les œuvres , elle est morte en ellemême.
^t elle n'a point les œuvres ^ elle est morte en elle-même. Elle est comme morte, ne produisant point de bonnes œuvres, qui sont la marque de la vie spirituelle : ce qui n*em pèche pas que la foi sans la charité et les bonnes œuvres , ne soit une véritable foi, comaie le corps qui n'est plus animé par l'âme , ne laisse pas d'être un véritable corps.
18. Sed dicet quis : Tu 6dem habes, 18. Mais quelqu'un dira : Vous avez la et ego opéra habeo. Ostende mihi fidem foi , et moi j'ai les œuvres. Faites-moi voir tuam sine operibus : et ego oslendam sans les œuvres que vous avez la foi : pour tibi ex opérions fidem meam. moi je vous ferai voir ma foi par les œuvres.
âïai* quelqu'un dira : Vous avez la foi , ete. Ce n'est pas ici une objection que l'apôtre se propose, mais une réfutation de la même erreur qu'il venait de condamner, comme s'il disait : Vous vous vantez de pouvoir vous sauver par la seule foi sans le secours des bonnes œuvres : mais tout fidèle peut vous arrêter tout court, en vous sommant de lui montrer que vous avez la foi sans les œuvres. Pour lui, il lui sera furilft de vous fournir cette preuve, en vous montrant les bonnes œuvres qui accompagnent sa foi. .\u lieu de ces paroles, faites-moi voir sans Ivs œuvres que vous avet la foi , qui se lisent dans la Vulgate , il y a dans le grec d'aujourd'hui , faites^moi voir votre foi par les œuvres. Mais la leçon de la Vulgate est conforme aux meilleurs et aux plus anciens manuscrits, et surtout é celui d'Alexandrie ^ et à celui de Tinter^ prête syriaque.
19. Tu credis quoniàm unus est 19. Vous .croyez qu'il y a un seul Dieu : Deus : benè facis : et dsmones cre- vous faites bien : les démons le croient dunt 9 et contremiscunt. aussi , et en tremblent.
Vous croyez qu'il y a un seul Dieu : vous faites bien. On voit par lé que l'acte de foi, quoiqu'il ne soit pas accompagné de la charité et des autres bonnes œuvres, est cependant un acte bon et louable en lui-même. Hais il ne suffit pas pour le salut : ce que saint Jacques prouve par l'exemple des démons, qui croient pareillement l'unité d'un Dieu , et les autres articles de notre religion , comme il parait par safnt Matthieu , ch. 8. par saint Marc, ch. 5, et par les Actes, ch. 16 et 19; et qui pour croire ces vérités, ne sont pas pour cela dans la voie de salut. Au re^te, les démons croient tout cela ; non pas par une foi surnaturelle, comme qnelques auteurs l'ont prétendu, mais par une foi purement naturelle , convaincus par l'évidence des choses , par la certitude des miracles, qu'ils ne peuvent pas révoquer en doute.
20. Vis autem scire , homo inanis , 20. Mais voulez-vous être convaincu • quoniàm fides sine operibus mortua homme de vaines idées , que la foi sans est ? les œuvres est une foi morte ?
21. Abrabam pater noster nonne 21. Abraham notre père n'a-t-il pas été ei operibus justifîcatus est , oflferens justifié par les œuvres , en offrant sur un Isaac filium suum super altare (1) ? autel Isaac son fils?
Abraham notre père n'a-t-il fas été justifié par les œuvres. Saint Paul , Rom. 4 , 3. se sert de ce même exemple, pour prouver que l'homme est justifié par la foi sans les œuvres de la loi : ce qui parait entièrement contraire à ce qu'établit ici saint Jacques. Pour concilier ensemble ces deux endroits, voyez ce que nous avons dit sur cet endroit de l'épitie aux Romains. Ceux qui en voudront une plus ample explication , n'ont qu'à lire saint Augustin, l, de Fide et operi. c. 14 ; Bellarin. l. 4, de Justifi . e. 18, Justiniani sur cet endroit de saint Jacques. Le précis de ces explications se réduit à dire que saint Paul exclut les œuvres qui précèdent la fui , et qui sont faites par les seules forces de la nature sans le secours do la grâce de Jésus-Chrii^t , au lieu que saint Jacques parle des œuvres qui supposent la foi , et qui sont faites avec le secours de la grâce. Les premières ne servent de rien pour la premièie ou la seconde justification, c'est-à-dire, pour acquérir ou augmenter la justice : mais saint Paul n'exclut pas pluf que saint Jacques les œuvres prises dans le second sens même de la première justification ; puisqu'il enseigne, Rom. 2 13, que cène sont pas ceux qui écoutent la loi, mai* ceux qui la pratiquent , qui seront justifiés devant Dieu,
(l)Gen. 22. 9.
22. Vides quoniàm fides cooperalur 22. Voyez-vous que la foi agissait de operibus illius : et ei operibus fides concert avec ses œuvres, et que la fui cunsummata est? reçut des œuvres sa dernière perfectioD ?
23. Et suppleta est scriptura dicens : 23. Ainsi s'accomplit l'Ecriture qui dit : Credidit Abraham Deo, et reputatum Abraham crut Dieu , et pour cela il fut est illi ad jusiitiam, et araicus Dei réputé juste» et appelé ami de Dieu, appellatus est (l).
Aintii' accomplit l'Ecriture qui dit : Abraham erui Dieu , et pour cela U fut réputé ju»te. Ces paroles sont tirées de la Genèse 15,0, et Moïse les rapporte, non paa après le sacrifice qu'Abraham fit de son propre fils, mais après qu'il eut ajouté foi à la promesse que Dieu lut fit de le lui accorder. Saint Jacques ne veut donc pas dire en citant ce passage, qu'Abraham ne fut justifié que lorsqu'il se mit en diapoaîtion d'immoler son fils Isaac : car les paroles de Moîse ne permetteut pas de douter qu'il ne fût justifié longtemps auparavant; et saint Paul, Heb. 11,8, marque suffisamment qu'il était juste dès te temps qu'il quitta son pays pour aller dans la terre promise. Maissuiiit Jacques veut seulement marquer que cette action par laquelle Abraham se mit en devoir d'immoler sou fils, fut agréable à Dieu , et augmeuta la justice qu'il avait déjà acquise.
24. Videtis quoniàm ex operibus 24. Vous voyez bien que l'homme est justificatur homo , et non ex fide justifié par les œuvres, et non par la foi Lantùm. seulement.
25. Similiter et Rahab meretrix 25. Pareillement Rahab , qui était ane nonne ex operibus justificata est , femme de mauvaise vie , n'a>t-elle pas suscipiens nuncios » et alià vtâ eji- aussi été justifiée par les œuvres, receciens (2) ? vant en son lo^is ceux qu'on avait envoyés
pour faire rapport du pays , et les faisant sortir par un autre côté?
26. Sicut enim corpus sine spiritu 26. En effet , comme un corps sans mortuum est, ita et fides sine operi* âme est un corps mort » de même aussi la bus morlua est. foi sans les œuvres est une foi morte.
Car comme un corpt tant âme est un corps mort : de même aussi la foi sans les œuvres est une foi morte» Dèze conclut de là que la foi dont {>arie saint Jacques est une foi nulle et simulée : mais il devait conclure le contraire. Car comme un corps séparé de l'âme ne cesse pas pour cela d'être un corps véritable : de même quoique la foi suit sans la charité et les bonnes œuvres, elle ne cesse pas pour cela d'être une foi véritable.