CHAPITRE III
Il fait le dénombrement des \ices de la langue , qu'il est très-difficile de bien gaiiTerier. Il ajoute la différence qu'il y a entre la sagesse terrestre et la sagesse céleste.
1. NoLiTB plures magistri fieri, 1. Mes frères , qu'il n'y ait point tant fratres mei, scientes quoniàm majus de gens parmi vous qui se mêlent d'enseijudicium sumitis. gner , sachant que par là vous vous atti-
rez un jugement plus rigoureux.
Mes frères , qu'il n'y ait point parmi vous taiU de gens qui se mêlent d'enseigner. Qui sans être sufiisamment instruits, et sans avoir les qualités nécessaires, s'ingèrent d'eux-mêmes dans le ministère de la parole , voulant , comme dit saint Paul ( 1 . Timoth, 1,7.), être docteurs de la loi , quoiqu'ils n'entendent , ni ce qu'ils disent , fit sur quoi ils décident, La raison que saint Jacques en apporte, c'est que ce ministère e^t redoutable, et nous expose à subir un jugement beaucoup plus rigoureux, suivant cet paroles , Sap, 6. 6 : judicium durissimum his quiprœsunt pet. Saint Àugustio explique
(1)Gen. 15. 6. -Rom. 4. 3. - Gai. 3. 6. — (2) Jos. 2. 4.- Heb. 11. 31.
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ceci des roaitrei qui enseignent des doctrines différentes. D'autres croient que saint Jacques parle de ceux qui reprennent les autres avec trop de hauteur et de sévérité : mais reiplication que noua aTons apportée est plus généralement suivie, et paraît plus naturelle.
2. In multis enim offendimus om- 2. Car nous péchons en bien des rennes, contres.
Si quis in \erbo non offendit , hic Si quelqu'un ne pèche point en paroles , perfectus est yïr, Potest etiam frsno c'est là un homme parfait. Il peut même circumducere totum corpus. comme avec un frein gouverner tout son
corps.
Car nous péchont en hien des rencontres. Saint Jacques prouve que ceux qui sont chargés d'enseigner les autres, sont exposés é subir un plus rigoureux jugement; parce que nous péchons en bien des rencontres, et que ces chutes sont encore plus faciles é ceux qui sont obligés de parler. Saint Jacques condamne également ici, et les pélagiens qui soutenaient que l'homme juste vit sans aucun péché, et les nouveaux hérétiques qui soutiennent que le plus juste pèche dans toutes ses actions, contre ce qui est si évidemment marqué dans d'autres endroits de l'Ecriture, Job. ], 22. 2, 3. Psal. 16, 3. 7, 9, 17, 21. 118 , 121. etc. Quand saint Jacques dit que nous péchons tous, il parle des fautes vénielles, qui ne nous font pas perdre la justice, comme nous le dirons plus au long sur la première épitre de saint Jean. — ' Si quelqu'un ne pèche }H)int en paroles^ c'est là un homme parfait Ce nVst poK que la perfection consiste proprement à ne point parler mal; mais parce qu'il est si difficile de ne point manquer en parlant, que celui qui sait garder sa langue, et ne dire rien qui ne soit à propos, peut être regardé comme un homme arrivera une haute perfection. Saint Jacques eu apporte la raison dans les paroles suivantes : c'est que celui qui est maître de sa langue, peut comme avec un frein gouverner tout son corps , c'est-à-dire tous les autres membres de son corps, beaucoup moins difficiles é conduire, ou tout le corps de ses actions ; qu'il peut se gouverner lui-même dans tout le reste. Grotius par le rorps entend l'Eglise; mais quoique l'Eglise soit ainsi appelée, I. Cor. 12, 20, 25, 27. Eph. 4, 12, 16. Col, 1 , 18, cejpeudani xo^^tvaydiyr.aai frœno regere t ne s'est jamais dit du gouvernement de l'Eglise.
3. Si autem equis frsna in ora mit- 3. Or . si nous mettons un frein à la timus ad conseutiendum nobis , et bouche des (.-hevaux pour qu'ils nous soient omne corpus illorum circumferimus. souples ; nous leur faisons tourner tout
le corps.
Or si nous mettons un frein d la bouche des chevaux, Notre interprète à lu iiii si autem : et Bède marque qu'on lisait de même dans plusieurs exemplaires. Grotius a conservé la même leçon : au lieu que nous lisons aujourd'hui \Se ou \$ou, ecce. Ce sens parait plus commode , sans être dans le fond différent.
4. Ecce et naves , cùm magnœ sint» 4. Vous voyez encore comme les navires, et À Yentis validls mfnentur , circum- quelque grands qu'ils soient , et quelque feruntur à modico gubernaculo ubi fort que soit le vent qui les pousse , sont impetus dirigentis voluerit. tournés par un petit gouvernail , du côté
que demande le mouvement de celui qui gouverne.
K. Ita et lingua modicum quidem 5. De même aussi la langue est à la membrum est , et magna exaltât. vérité un membre fort petit ; mais elle fait
des choses de grand éclat.
Ecce quantus ignis quàm magnam Voyez combien peu de feu embrase une silvam incendit ! grande forêt.
De même aussi la langue est d la vérité un membre fort petit; mais elle fait des choses de grand éclat. Elle peut faire de grands biens, et peut encore plus aisément causer de grands maux , comme saint Jacques va le déclarer. C'est pourquoi il est d'une extrême conséquence de donner un frein salutaire à sa langue, afin de procurer le bien dont elle est capable, et d'éloigner le mal qu'elle peut causer.
6. Et lingua ignis est , universités 6. La langue est encore un feu , un as* iniquitatis. semblage de toutes sortes d'iniquités.
Lingua constitultur in membris La langue tient place entre nos mem-